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Émilie Covet

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Aix, en cette fin du XVIIIème siècle, était une ville d'« avant-garde » où la fidélité dans le mariage apparaissait comme une chose risible. Les jeunes filles étaient sans retenue. A dix-sept ans, Emilie de Marignane écrivait à son père, à propos d'un rébus fait par le comte de Vence : « Il avait fait à Aix un autre rébus qui est beaucoup plus plaisant, mais je n'ose pas vous l'envoyer parce qu'il est trop cochon ! ».

L'amour tenait à Aix une place majeure. Dans « La Pécheresse » d'Henri de Régnier, on peut lire : « M. de Séguiran ne s'était guère douté qu'à une heure et demi de sa demeure se trouvaient réunis tant de gens, de qualité et d'âge si divers, dont la principale occupation fût de faire l'amour et d'en parler… Les intrigues amoureuses foisonnaient de par la ville ».

Les Covet habitaient à Aix un hôtel au numéro 12 de la rue Mazarine. Mirabeau ne pouvant obtenir la main d'Emilie, fille unique du marquis Joseph Marie de Covet, soudoya une femme de chambre pour se faire ouvrir de bon matin la porte de l'hôtel et se montra ostensiblement en chemise de nuit, très dévêtu, à une fenêtre, alertant les passants… Quelques jours plus tard, il épousait Emilie le 23 juin 1772 dans l'église du Saint-Esprit.

A quelques six kilomètres de là, le château du Tholonet, dans un parc aux grands arbres, où les fontaines chantent encore le souvenir fastueux des Gallifet, les propriétaires et d'Emilie qui y joua la comédie. Alexandre Galliffet avait acquis ce château en 1637, de la famille d'Albertas A 28 ans, Louis-François Galliffet, alors qu'il est veuf depuis peu, rencontre la jeune Emilie de Marignane, comtesse de Mirabeau, délaissée par son époux, le marquis de Mirabeau.

Ses déboires conjugaux ne l'avaient point abattue et elle allait de château en château pour jouer la comédie et endiabler l'atmosphère. Celui du Tholonet construit par Galliffet pour les exhibitions d'Emilie de Marignane avait ses faveurs qu'elle réservait d'abord à son gentil propriétaire qui le lui avait fait édifier. Passionnée de chant et de comédie, elle est à la fois l'imprésario et la diva du théâtre du château qui était un haut lieu du plaisir où se rassemblait toute l'aristocratie provençale, où tout Aix se faisait laver dans l'eau claire et sécher sur les prairies où Emilie, Madame de Mirabeau tenait ses cours d'amour !

Mirabeau ne vit pas tout cela d'un bon œil et se battit en duel avec Gallifet. Cette situation est en partie à l'origine d'un long conflit pour Emilie qui débute avec le retour de son mari. Tout cela finira par un divorce où s'illustra Portalis, l'avocat d'Emilie qui sera ministre sous l'Empire. Mirabeau se défendra avec brio mais devra son échec à son insolence. Mirabeau s'éteindra le 2 avril 1792 et Emilie le 16 mars 1800, dans la même chambre que son tribun de mari dont elle reportait le nom depuis 1798. Emilie avait eu, avec un monsieur Foucard, de Nice, un fils, Victor qui était au collège à Marseille, décédé à huit ans.


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