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Aimé Doniat

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Aimé Doniat est un artiste lyrique de la chanson française, de l'opérette et de l'opéra comique. Sa voix de baryton-martin, à la fois douce et puissance, en a fait un interprète particulièrement apprécié des grandes pages des répertoires signés Delmet, Botrel, Offenbach, Messager, Lehar, Boieldieu, Audran, …

Aimé Doniat fut d'abord un musicien, un instrumentiste ayant étudié et pratiqué le basson et le hautbois.

Aimé Doniat était un "pied noir", d'origine alsacienne et savoyarde : il est né en Algérie, le 23 mai 1918, à Guelma dans le Constantinois, dans une famille de commerçants amateurs de chant. Cinquième enfant de la famille, il dut quitter le lycée peu avant de passer le baccalauréat, pour gagner sa vie dans un cabinet d'assurances.

C'est au cours d'un gala dans la ville de Bône, où il emporta l'enthousiasme général, qu'un chef d'orchestre et professeur de musique l'encouragea à aller plus loin, et à suivre un enseignement musical rigoureux. Il lui prodigua ses premiers cours de solfège et de chant.

Aimé Doniat, après son service militaire, s'inscrivit au Conservatoire de Musique de Montpellier, tout en exerçant divers petits métiers, et en travaillant en particulier dans un cirque, au sein d'une équipe d'équilibristes (il était grand pour sa génération, mais aussi d'une constitution très puissante). Il ne se contenta pas de suivre les cours de chant; il décida d'étudier la musique et s'inscrivit dans une classe d'instrumentation. Outre le hautbois, il choisit principalement l'étude du basson, un instrument aux très belles possibilités "vocales".

A sa sortie du Conservatoire (doté d'un premier Prix de basson), il est engagé dans un orchestre. Mais la guerre, dès 1939, le contraint à endosser l'uniforme de soldat, avant d'être fait prisonnier de guerre, et en tant que tel, de travailler comme ouvrier agricole en Allemagne orientale, et d'être traducteur dans les camps qu'il dut fréquenter.

Aimé Doniat décida bien vite d'échapper à ses geôliers. Mais ce n'est qu'à la troisième tentative, alors que pour cause de récidive il était sur le point d'être conduit en camp de concentration, qu'il ne fut pas repris. Il réussit, dans des conditions périlleuses et épuisantes, à rejoindre la France libre, et Marseille, en juillet 1941.

Il regagne alors l'Algérie, et y retrouve un emploi dans un grand cabinet d'assurances d'Alger. On lui propose de s'y former pour en reprendre la direction. Mais il ne rêve plus que de chanter. Au bout d'à peine trois mois, et ayant fait la connaissance d'une petite troupe ambulante de spectacle, il s'y fait engager, l'accompagne lors de sa tournée en Algérie, puis rejoint avec elle Marseille. Là, il la quittera rapidement, pour rejoindre la Radio Nationale, alors exilée en zone libre : il est engagé dans les chœurs de l'orchestre.

L'orchestre de la Radio, et ses chœurs, retournent à Paris en mars 1943.

Il devient soliste au sein des chœurs, et tient également de plus en plus souvent des petits rôles de chanteur soliste dans les émissions lyriques, alors bi-hebdomadaires. Il a une bonne capacité à déchiffrer des partitions, et est fréquemment appelé à remplacer au pied levé des chanteurs dans des spectacles lyriques, sur diverses scènes parisiennes et de province.

Dès 1944, il décide de prendre un grand risque, nécessaire pour sa carrière : il démissionne des choeurs, et postule comme soliste, au cachet, pour les diverses émissions de la radio : opérettes, opéras comiques, mais aussi, car plus lucratives, chansons populaires de l'époque et de début de siècle.

Son activité nouvelle le conduit également à participer à plusieurs distributions dans diverses opérettes jouées en salles de concert.

Il travailla abondamment pour les firmes Véga, Decca, RCA, Erato, Saphir, Le Chant du Monde, Musidisc, EMI, Pathé, Vox, Visadisc, Philips, … Il enregistra plus de 160 microsillons.

Après sa disparition, plus d'une cinquantaine de rééditions ont vu le jour avant même la fin du vingtième siècle, en disques, cassettes et compact-discs.

Il remporta 10 Grands Prix du Disque.

Il chanta Delmet, Botrel, Scotto, et beaucoup d'autres. Il ressuscita auprès du public des chansons médiévales et des provinces françaises. Il écrivit des paroles sur des mélodies anciennes qu'il aimait découvrir. Il traduisit en français les livrets de quelques opérettes de langue allemande.

A côté de ses enregistrements discographiques, Aimé Doniat demeura jusqu'à sa mort prématurée, un des piliers essentiels du Service Lyrique de la RTF, puis de l'ORTF. Pendant de nombreuses années, avant que ne s'estompe le goût du public français pour l'art lyrique classique, il enregistra pour France Musique une dizaine d'opérettes par mois (ce qui laissait bien peu de temps aux répétitions), aux côtés notamment de Jany Sylvaire et Lina Dachary, ses plus fidèles partenaires féminines, et sous la direction en particulier de Jules Gressier et Marcel Cariven.

Le rythme de ces enregistrements devait, durant les dix dernières années de sa vie, se réduire à deux par mois, car les programmes de diffusion s'en étaient fortement réduits sur les ondes nationales. On l'entendait alors davantage sur les chaînes radiophoniques belges et suisses.

Il participa également à un certain nombre d'émissions télévisées : émissions de variétés, opérettes (dont un "Monsieur Beaucaire"), et opéras comiques.

Aimé Doniat avait un don particulier pour l'apprentissage et la pratique des langues étrangères, et pour ceux des prononciations et accents les plus divers. Cela lui permit notamment de chanter avec aisance en allemand, anglais, russe, italien, espagnol, provençal, arabe, …

Aimé Doniat a écrit et enregistré deux méthodes de solfège et de chant, par lesquelles il rendait ces disciplines accessibles à tous, et attrayantes.

Il enseignait le chant depuis longtemps à titre privé, pour quelques élèves choisis, quand il reçut une consécration supplémentaire : lorsqu'en 1972 furent créés les tout premiers Conservatoires Régionaux de Musique, le premier concours de professeur de chant destiné à les pourvoir n'admit - parmi beaucoup de candidats - qu'un seul élu, Aimé Doniat, qui choisit d'enseigner à Versailles.

Il ne put jamais rejoindre ce poste qui l'honorait, car la maladie puis la mort mirent fin prématurément à son existence : il n'avait que 54 ans.

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