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Atelier Paysan

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L'Atelier Paysan est une Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC) créée en 2014 en Isère, qui représente l'aboutissement d'un mouvement d'autoconstructeurs de machines agricoles, dont la démarche a été lancée en 2009 par l'association ADABio (Aide au Développement de l'Agriculture Biologique). L'Atelier Paysan doit sa notoriété à trois principales activités : l'innovation collaborative dans le domaine des technologies agricoles appropriées et open source ; la promotion de l'agriculture biologique ; son activité dans l'autoconstruction comme moyen de transmission des savoirs.

Contexte : industrialisation et agriculture

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L'Atelier paysan : genèse

Le collectif

Ce mouvement d'autoconstructeurs est le fruit de nombreuses rencontres. La première eut lieu en 1999 en Allemagne, entre Joseph Templier, alors membre actif du réseau Bio Légumes Rhône-Alpes, et Mr Wenz Mansfred et Mr Mussler Hubert[1], qui ont développé une technique de maraîchage diversifié : la culture en planche permanente. Par la suite, les maraîchers français la développent sur leurs terres et conçoivent en autoconstruction des outils appropriés à cette culture (notamment au Jardin du Temple en Isère). Après dix années d'expérimentation, la rencontre entre Joseph Templier et Fabrice Clerc, employé de l'association ADABio en tant que technicien en maraîchage responsable du pôle machinisme, fait naître le projet[2]. En 2009, ils décident ensemble de promouvoir l'autoconstruction d'outillages agricoles adaptés au maraîchage biologique en planche permanente.

Raison d'être de l'initiative

L'Atelier Paysan se place en moteur social et technique dans le but de faire revivre une paysannerie consciente et libre. La structure donne son soutien aux paysans de l'agriculture biologique grâce à une démarche de « réappropriation des savoirs paysans et d'autonomisation dans le domaine des agroéquipements adaptés à l'agriculture biologique »[3]. Le travail d'Atelier Paysan est issu d'une volonté de décloisonner la sphère socio-professionnelle de l'agriculture, ceci par la mise en place d'outils organisationnels et économiques. L'Atelier Paysan trouve sa raison d'être parmi les alternatives économiques et écologiques de son temps.

Évolution

  • 2009 : L'association ADABio s'engage dans la création de formation à l'autoconstruction d'outils adaptés à la culture des planches permanentes.
  • 2010 : le recensement des machines autoconstruites et leur transcription en dessin technique est lancé.
  • Octobre 2011 : création de l'association ADABio autoconstruction.
  • Fin 2011 : élargissement des domaines de culture autre de la planche permanente.
  • Février 2012 : publication du livre «  Guide de l'autoconstruction, outils pour le maraîchage biologique », préfacé par Pierre Rabhi, en autoédition.
  • Octobre 2012 : L'indépendance complète de l'association permettant un pilotage politique et économique en propre, et l'ouverture de trois emplois.
  • 2014 : Conversion de l'association en une Société Coopérative d'Intérêt Collectif baptisée L'Atelier Paysan[4].
  • 2015 : ouverture de la question : autoconstruction et architecture paysanne libre.

Société Coopérative d'Intérêt Collectif et modèle économique

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Philosophie

Autoconstruction

Contexte et enjeux de l'autoconstruction

L'autoconstruction est l'action de construire par soi-même et avec les matériaux disponibles, dans quelque domaine qu'il soit (habitat, bâti agricole, outils...). Le monde paysan s'est toujours muni de ce savoir-faire empirique et autonome. Toutefois, cette indépendance est abandonnée au profit de l'industrialisation massive à la seconde moitié du XXe siècle[5]. Dans le domaine du machinisme ou de l'architecture, cette transition est brutale. Ainsi, pourvoir les nouvelles infrastructures modernes représente un coût considérable pour l'agriculture et l'élevage. À partir de cette époque, l'autoconstruction est d'une part devenue très minoritaire, et d'autre part, elle devient une réponse possible aux problématiques économique, éthique, écologique ou politique.

Indépendance technique des agriculteurs

Concrètement, l'Atelier Paysan s'est mis au défi de faire émerger les savoirs individuels, locaux et empiriques issus des autoconstructeurs du monde paysan. Par des recherches de terrains, nommées par le groupe « traque d'innovation »[6], la coopérative met en place le recensement de l'autoconstruction d'outils agricoles. Ces recherches sont ensuite mises en ligne afin de les mettre en valeur collectivement et de permettre la réappropriation de ces savoirs. Rendre accessible le domaine technologique et le savoir technique est l'objectif fixé qu'Atelier Paysan réalise via l'autoconstruction. Il s'agit de donner au paysan « les compétences pour entretenir, modifier et réparer ses outils »[7]. Le groupe ne prétend pas être une coopérative qui crée et invente d'elle-même, mais c'est au contraire une plate-forme disponible au réseau d'autoconstructeurs et propice à l'innovation collective. « Nous ne nous élevons pas en prescripteurs, mais bien comme des passeurs de l'innovation collective, au service du développement de l'agriculture biologique »[8]. Le groupe fait de son travail une œuvre collective et collectiviste.

Vers l'autonomie

L'Atelier Paysan propose cette démarche sous forme de « stage d'accompagnement à l'autoconstruction » dont l'objectif est de faciliter l'accès des paysans à leur machines agricoles. Cet accompagnement est, selon les intentions du groupe[3], un travail social d'éducation populaire qui a pour but de rendre possible l'indépendance des agriculteurs vis-à-vis des agro-industriels, et de faciliter financièrement les jeunes agriculteurs à s'installer. La formule proposée a touché plus de 400 producteurs depuis sa création jusqu'en 2015, selon les chiffres de la coopérative.

Machine, homme et agriculture

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Propriété intellectuelle libre

Diffusion du savoir

La production intellectuelle du collectif est placée sous licence Créative Commons BY SA autorisant « toute utilisation de l'œuvre originale (y compris à des fins commerciales) ainsi que la création d'œuvres dérivées, à condition qu'elles soient distribuées sous une licence identique à celle qui régit l'œuvre originale »[9]. Le groupe se dit être un simple « passeur de savoir »[10], celui qu'il a trouvé chez les paysans et qu'il restitue aux autres paysans. La perpétuation de l'autoproduction de bien dépend essentiellement de deux actions : l'emprunt du savoir existent d'une part, et la partage du savoir créé d'autre part. Cette passation nécessaire fait partie de la mission du collectif qui a mis en place une «encyclopédie libre et participative des savoirs paysans»[11]. Pour ces raisons, l'Atelier Paysan revendique son adhésion au mouvement open source, plus connu dans le domaine informatique.

Création de réseau

L’ Atelier Paysan propose d'être acteur dans la mise en relation des paysans, ceci à plusieurs échelles : à l'échelle locale lors des formations à l'autoconstruction qui regroupent des paysans de proximité, à l'échelle nationale notamment lors des « traques d'innovation », lors de la coordination des formations, ou lors des communications (conférences, articles de presse, salons) ; et à l'échelle internationale via leur forum de discussion et les partenariats créés avec des groupes québécois et l'association américaines Farm Hack. En 2014 ont été recensés plus de 7000 visiteurs mensuels fréquentant le site internet et le forum de partage, selon les chiffres de la coopérative.

Utopie politique

La problématique d'Atelier Paysan alimente la voix de l'autonomisation partagée par de nombreux autres groupes. La démarche empruntée contribue à l'utopie dite « du libre »[12], c'est-à-dire d'un monde de production sans brevet impliquant des systèmes socio-économiques engagés, tel que la libre reproductibilité des inventions, la circulation du savoir et sa libre appropriation, l'économie de matière et d'argent pour un moindre impact sur l'environnement, le recyclage, la récupération. Dans l'ouvrage « Guide de l'autoconstruction »[13], les auteurs reprennent l'idée de l'économie de contribution développée en ces termes par le philosophe français Bernard Stiegler comme « une reconquête du savoir, une déprolétarisation »[14].

Activités

Recherche et développement

Les actions du groupe peuvent aujourd'hui être divisées en trois tâches.

  • Premièrement, l'Atelier Paysan travaille sur le terrain pour accéder au savoir empirique des paysans dans leur ferme. Cette étape qu'ils nomment « la traque d'innovation »[6] a pour but de redistribuer les expériences localisées et individuelles. Les connaissances amassées sont ensuite misse à disposition de manière libre de sorte que les paysans puissent reproduire les machines recensées, ou s'en inspirer.
  • Dans un deuxième temps, les chantiers de « co-conception » et de « prototypage » s'ouvrent à la demande des agriculteurs intéressés. Lorsqu'un groupe est constitué, l'Atelier Paysan a pour rôle de fournir des compétences en ingénierie afin de mener à bien la création d'une machine, tandis que les paysans conçoivent avec leurs connaissances techniques, ergonomiques et agronomiques. Une fois le prototypage du nouvel instrument de culture validé, l'Atelier Paysan organise alors les chantiers d'autoconstruction sous forme de formation pour cet outil. Ces moments de formation sont des transmissions de savoir et de savoir-faire avec une « pédagogie qui nous rend acteur de notre devenir »[3].
  • Troisièmement, l'accompagnement à l'autoconstruction se poursuit dans la mise en communication des expériences. Ce travail a pour support principal le forum que le groupe a créé à cet effet. Les plans des machines sont libre d'accès, des didacticiels sont développés pour les reproduire, les expériences de chacun sont partagées afin d'améliorer l'outil. Cette publication de toutes les étapes représente pour l'Atelier Paysan le moyen de créer le « réseau informel des autoconstructeurs » via la plate-forme numérique afin de contribuer à la transformation de la société de propriété et de capital, pour une société de partage et de contribution[13].

Réalisations

  • Triangle d'attelage : système d'attelage.
  • Bascule : articulation entre le tracteur et l'outil attelé.
  • Vibroplanche des Jardins du Temple : outil d'affinage du sol.
  • Cultibutte des Jardins du Temple : outil permettant la formation et l'entretien des planches permanentes.
  • Rouleau perceur : perçage des paillages pour la culture sous couvert.
  • Butteuse à planche : outil permettant la formation de butte.
  • Barre porte-outils : outil adaptable et polyfonctionnel.
  • Planteuse traîne-fesse : planteuse.
  • Houe maraîchère : désherbage entre les allées.
  • Roloflex : outil permettant d'écraser un engrais vert, notamment pour la culture sous couvert.
  • Dérouleuse à plastique : dérouleuse de rouleaux plastiques pour le recouvrement des plantes.

Perspectives

  • Architecture paysanne libre : dans la démarche d'autonomisation de la paysannerie, la coopérative œuvre aujourd'hui pour créer un accompagnement à l'autoconstruction d'architecture paysanne.

Reconnaissance

  • Trophée excellence bio[15], organisé par l'Agence Bio et le Crédit Agricole et décerné en février 2014 au Salon National de l'Agriculture de Paris, dans la catégorie producteur pour le soutien de l'agriculture biologique.

Annexes

Initiatives similaires

Liens externes

Articles connexes

Notes et références

  1. B. Leclerc, C. Aubert, A. Coulombel, et U. Schreier, «25 ans en non labour !», Alter Agri, n° 82, mars-avril 2007, p.30–31.
  2. Fabrice Clerc, et Thibault Michoux, «Autoconstruction, valorisation, diffusion et développement du savoir-faire des producteurs», Alter Agri, n° 107, juin 2011, p.23-25.
  3. 3,0, 3,1 et 3,2 http://www.latelierpaysan.org/cooperative/l-esprit-et-la-methode.html/
  4. http://www.rhone-alpesolidaires.org/adabio-autoconstruction-devient-l-atelier-paysan-une-nouvelle-vie-commence
  5. Philippe Madeline, «Les constructions agricoles dans les campagnes françaises», Histoire & Sociétés Rurales, Volume 26, N°2, 2006, p53‑93.
  6. 6,0 et 6,1 http://www.latelierpaysan.org/actualites/tournees-de-recensement-de
  7. Xavier De mazenod, «L'open source, l'esprit du don», Kaizen, N°5, nov-déc 2012, p51-54.
  8. Pierre Rabhi, «Préface», dans Guide de l'autoconstruction, outils pour le maraîchage biologique, Autoédition, 2012, p3-5.
  9. http://creativecommons.fr/licences/les-6-licences/
  10. Nicole Gellot,«Quand des maraîchers construisent leurs outils», l'Age de faire, N°62, mars 2012, p17.
  11. Emmanuel Daniel, «A l'école de la bricole agricole», Terra Eco, Janvier Février 2014, p62.
  12. Agnès Rousseaux, «Ces agriculteurs et ingénieurs qui veulent libérer les machines», Basta !, 12 novembre 2013, http://www.bastamag.net/Ces-agriculteurs-et-ingenieurs-qui.
  13. 13,0 et 13,1 F. Clerc, V. Bratzlawsky, J. Templier, Guide de l'autoconstruction, outils pour le maraîchage biologique, Autoédition, 2012, 245p.
  14. Bernard Stiegler, (propos recueillis par Thomas Johnson, Marc Borgers), «Le marketing détruit tous les outils du savoir», Basta !, 20 mars 2012, http://www.bastamag.net/Bernard-Stiegler-Le-marketing.
  15. http://www.news-banques.com/le-credit-agricole-lagence-bio-recompensent-adabio-aria-85-laureats-de-la-troisieme-edition-des-trophees-de-lexcellence-bio-2/0121117171/

Sources complémentaires

  • Aude Torchy, «Une coopérative de savoir paysan», Transrural initiative, N°426, avril 2013, p17.
  • François Fuchs, «L'autoconstruction du matériel fait germer un nouveau réseau», Travaux et innovation, N°199 juillet 2013, p17-20.

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