Encyclopédie Wikimonde

Auguste Desmoulins

Aller à : navigation, rechercher

Auguste Desmoulins (né à Noisy-le-Grand (Seine-et-Oise) en France, le 20 juillet 1823 et décédé en 1892) est un typographe et militant ouvrier français, rédacteur dans de nombreux journaux à tendance socialistes et défenseur de la liberté d'enseignement.

Formation et parcours professionnel

Formation à la typographie et premiers engagements sociaux

Instituteur[1], il se forma à la typographie en 1846 chez Pierre Leroux[2] (dont il fut plus tard le gendre) à son imprimerie, éditrice de La Revue sociale, située à Boussac. Il la dirigera en collaboration avec Etienne-Luc Desages, après le départ de Pierre Leroux pour l'Assemblée constituante en 1848[3]. En 1849, Desmoulins et Desages[4] furent arrêtés sous motif d'avoir participé à l'Insurrection lyonnaise (accusation basée sur le contenu d'une lettre rédigée par Desmoulins). Avec l'aide de Pierre Leroux, ils furent acquittés par le deuxième conseil de Guerre de Lyon. Il partit en 1850 pour Paris, où il travailla dans une imprimerie. Il fut à nouveau poursuivi judiciairement pour avoir, cette fois-ci, publié dans le journal La Voix du Peuple, avec d'autres membres des comités démocrates socialistes[5], une pétition s'opposant à la loi du 31 mai 1850, législation excluant plus de 3 millions de citoyens français du droit de vote[6] , puis fut acquitté le 22 juillet 1850[7].

Auguste Desmoulins devint, en octobre 1851, secrétaire d'une société en nom collectif[8], la Société de la Presse du travail, dont les objectifs étaient de créer le journal L'Association, Moniteur du travail et des corporations industrielles, artistiques et scientifiques, qui devait servir de plateforme pour vendre les marchandises produites par les Associations ouvrières. Mais le but de cette société était d'unir les associations préexistantes en une organisation centrale. Le coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851, empêcha la réalisation de ce projet. Il rédigea ensuite avec Jules Leroux[9] et Gustave Naquet[10] le Manifeste aux travailleurs, dans lequel ils voulaient dénoncer les restrictions au suffrage universel et appelaient la population ouvrière à prendre les armes contre le nouvel empereur[11]. Desmoulins fut ensuite arrêté pour ces faits et condamné à être envoyé en déportation en Algérie (ou à Cayenne) en 1852 mais il n'aurait jamais été déporté[7].

Exil à Jersey

Il rejoignit Pierre Leroux, exilé sur l'île de Jersey[12], et devint membre de l'Union socialiste et fit partie de son Conseil. Il continua à publier dans la nouvelle revue fondée par Leroux en 1858, L'Espérance, et rédigea avec E. Faure, Journal d'un combattant de Février, en 1859. Auguste Desmoulins faisait aussi partie de la franc-maçonnerie (son initiation s'était déroulée à Paris) et il continuait à la pratiquer avec Leroux et Desage à Jersey. Il partit ensuite pour les États-Unis avec Jules Leroux, où ils s'installèrent à Neuchatel dans le Kansas, dans une colonie socialiste, jusqu'en 1870 et le retour de Desmoulins à Paris[13].

Retour en France et représentation ouvrière

Il collabora à son retour aux publications La Vérité et L'Homme (qui changea de nom et devint L'Homme libre en 1871) ; le 14 avril de la même année, il prononça l'éloge funèbre lors des funérailles de son maitre à penser, Pierre Leroux. Il prit part en 1873 à une réunion de délégués syndicaux et de coopératives, dans le but de mettre sur pied une société anonyme et coopérative à personnel et capital variable, qui s'occuperait d'organiser le crédit mutuel des ouvriers. Il créa aussi en 1876 une bibliothèque coopérative à Paris, dans le but de favoriser l'éducation populaire. Dans cette même ambition éducative, il participa ensuite au premier Congrès ouvrier de la salle d'Arras, qui se déroula à Paris en 1876, en tant que représentant de la Société pour l'extension de l'éducation libre (avec Barberet[14], délégué de la bibliothèque coopérative précitée), et auquel il présenta un rapport concernant l'enseignement professionnel. Il représenta ensuite, en juillet 1880, le Syndicat des instituteurs et institutrices libres, lors du Congrès ouvrier socialiste de la Région du centre, qui se déroulait à Paris, et où il émit la proposition de transférer le budget alloué aux cultes à celui de l'enseignement public, ainsi qu'au Congrès des socialistes modérés se tenant au Havre, où il défendit l'introduction à l'école de l'enseignement professionnel. Il était aussi parmi les organisateurs du Congrès ouvrier socialiste de France, qui se tint à Paris du 29 novembre au 5 décembre 1881[13].

Desmoulins fut élu, en 1884, conseiller municipal pour le quartier des Epinettes (quartier se situant dans le XVIIIe arrondissement parisien), remplaçant Henry Maret[15]. Il écrivit des articles sur la genèse du mouvement social, qui parurent en 1885 dans la Revue socialiste, fut membre de la Société d'économie sociale, créée par Benoit Malon[16], ainsi que du Bureau du Comité parisien de secours aux grévistes de Decazeville. Il collabora encore à la Revue du mouvement social et au journal l'Emancipation en 1886. Il fut encore secrétaire du comité de Paris de la Fédération pour la paix et l'arbitrage. Il démissionna en 1887 de son poste de conseiller municipal et fut remplacé par Paul Brousse[17]. Il décéda en 1891 ou en 1892[13].

Publications

Collaboration aux revues éditées par Pierre Leroux La Revue sociale (1845-1848), L'Eclaireur de l'Indre (1848), puis publication avec Etienne-Luc Desages de Doctrine de l'humanité. Aphorismes (1848). Journal d'un combattant de Février, avec E. Faure (1859). Collaboration à la revue L'Espérance, publiée par P. Leroux (1858). Collaboration aux revues La Vérité et L'Homme en 1870, à La Revue socialiste à partir de 1885, aux revues le Mouvement social et L'Emancipation en 1886.

Oeuvres

- Avec Etienne-Luc Desages, Doctrine de l'humanité. Aphorismes (1848). - "De l'enseignement" (1879).

Notes et références

  1. PERRIER A., « Auguste Desmoulins », in D'AMAT R., LIMOUZIN-LAMOTHE R. (dir.), Dictionnaire de biographie française, t.X, Paris, Letouzey et Ané, 1965, col.1473-1475.
  2. Philosophe et éditeur socialiste français, fondateur en 1824 d'un premier périodique, Le Globe, il prend petit-à-petit conscience de la situation dans laquelle se trouve le prolétariat. Il va alors se tourner vers une philosophie sociale et une pensée basée sur l'association entre les doctrines étatique et libérale. Il édite différentes revues, notamment la Revue sociale dans son imprimerie sociétaire de Boussac, et publie De l'humanité, en 1840. Il est élu en 1848 député à l'Assemblée constituante mais doit s'exiler à Jersey à l'avènement du Second Empire en 1851. COMBES A., « Pierre Leroux, inventeur du socialisme », in Humanisme, n°280, mars 2008, p.112-114, http://humanisme-revue.org/wp-content/uploads/2012/08/280-Leroux1.pdf (Consulté le 5 décembre 2014).
  3. BRÉMAND N., « Pierre Leroux. Revue sociale ou solution pacifique du problème du prolétariat », Les premiers socialismes, bibliothèque virtuelle de l'Université de Poitiers, publié en ligne le 23 août 2011, http://premierssocialismes.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=1451, (consulté le 2 décembre 2014)
  4. Diplômé en droit, il fut disciple de Pierre Leroux et travailla notamment dans son imprimerie aux côtés d'Auguste Desmoulins, avec lequel il publia Doctrine de l'humanité. Aphorismes (1848). Il suivit Pierre Leroux dans son exil à Jersey et y enseigna le Français. PERRIER A., « Etienne-Luc Desages », op. cit., t.V, col.1167-1168.
  5. CORDILLOT M., « Desmoulins Auguste », in CORDILLOT M., PENNETIER C. (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français. Biographies nouvelles, t.XLIV : Compléments aux tomes 1 à 43 : 1789-1939, Paris, Les Editions de l'Atelier/Editions Ouvrières, 1997, p.167-168.
  6. CHAMBOST A.-S., « Proudhon et l'opposition socialiste à la loi du 30 mai 1850 : face à la trahison des représentants », in Revue Française d'Histoire des Idées Politiques, t.XXXI, n°1, 2010, p. 81-107. http://www.cairn.info/revue-francaise-d-histoire-des-idees-politiques-2010-1-page-81.htm (Consulté le 2 décembre 2014).
  7. 7,0 et 7,1 CORDILLOT M., « Desmoulins Auguste », op cit., p.167; PERRIER A., « Auguste Desmoulins », op. cit., col.1473-1474
  8. « Société de personnes, commerciale par la forme et connue du public sous une raison sociale, dans laquelle les associés (qui ont tous la qualité de commerçants) sont tenus indéfiniment et solidairement des dettes sociales ». « Société en nom collectif », CORNU G. (dir.), Vocabulaire juridique, 10e éd. mise à jour, Paris, PUF, 2014 (Quadrige. Dicos poche), p.972.
  9. Frère cadet de Pierre Leroux avec lequel il collabora, ouvrier typographe, il rédigea ou participa à diverses publications ouvrières. Il fut élu député de la Creuse en 1849 à la Législative et y défendit l'enseignement public. Il s'opposa avec Pierre Leroux et Auguste Desmoulins au coup d'Etat de 1851 et fut incarcéré. Relâché, il s'installa d'abord, en Angleterre, retourna en France et émigra ensuite définitivement aux Etats-Unis. CORDILLOT M., GRANDJONC J., « Leroux Jules », CORDILLOT M., PENNETIER C. (dir.), op. cit, p.259-262.
  10. Journaliste et professeur, militant pour l'éducation ouvrière, il est rédacteur dans diverses publications, journalistiques de gauche (Contrat social. Journal démocratique, Le Niveau social, Le Peuple) et participa à la rédaction du Manifeste aux travailleurs avec Jules Leroux et Auguste Desmoulins. A Marseille, à la chute du Second Empire en 1870, il participa à la mise en place des institutions républicaines. Il fut nommé préfet de la Corse mais ne fut pas réélu en 1876. « Naquet Gustave », EGROT M., MAITRON J. (dir), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, t.VIII : Deuxième partie : 1864-1871. La Première Internationale et la Commune, Paris, les Editions ouvrières, 1970, p.31-32.
  11. JARRIGE F., «Une « barricade de papier » : le pétitionnement contre la restriction du suffrage universel masculin en 1850 », in Revue d'histoire du XIXe siècle. Société d'histoire de la révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle, n°29, 2004, p.53-70, http://rh19.revues.org/698 (consulté le 8 décembre 2014).
  12. COMBES A., « Pierre Leroux, inventeur du socialisme », Ibid., http://humanisme-revue.org/wp-content/uploads/2012/08/280-Leroux1.pdf (consulté le 5 décembre 2014).
  13. 13,0, 13,1 et 13,2 CORDILLOT M., « Desmoulins Auguste », op. cit., p.168 ; PERRIER A., « Auguste Desmoulins », op. cit., col. 1474.
  14. Ouvrier boulanger, il dirigea le journal La Marseillaise, avant d'être condamné à 6 mois de prison pour délit de presse. Il représenta avec Auguste Desmoulins la Société pour l'extension de l'éducation libre au Congrès ouvrier de la salle d'Arras. Il défendit régulièrement le système des coopératives, notamment aux congrès ouvriers de 1876 et 1878, mais fut battu au Congrès ouvrier de Marseille en 1879 et décida de quitter le Parti ouvrier en 1880. Il entra ensuite au ministère de l'Intérieur et fut reconnu comme ayant joué un rôle important dans le développement de la législation sociale. « Barberet Jean Joseph », EGROT M., MAITRON J., op. cit., t.IV, p.183-184.
  15. Journaliste et homme de lettres français, originaire de la bourgeoisie, il collabora avec différents quotidiens français tels que l'Illustration, Charivari ou Le Figaro. Rédacteur assidu durant la Commune, notamment dans les journaux le Mot d'ordre, la Commune, et le Vengeur, il fut condamné le 31 septembre[Quoi ?] à 5 ans de prison (et 500 francs d'amendes) pour l'écriture de ces articles, peine commuée en quatre mois de prison et interdiction de faire usage de ses droits civiques. Il s'exila à Jersey, puis revint en France et devint conseiller municipal jusque 1881, puis de 1881 à 1885 député de la Seine et de 1885 à 1906 député du Cher. « Maret Achille Henry », JOLLY J.(dir), Dictionnaire des parlementaires français. Notices biographiques sur les ministres, députés et sénateurs français de 1889 à 1940, t.VII, Paris, PUF, 1972, p.2366-2367 ; ERGOT M., MAITRON J. (dir.), op. cit., t.VII, p.253-254.
  16. Ouvrier teinturier, commis libraire puis journaliste et écrivain, il fut l'un des fondateurs de l'Internationale. Il créa, en 1880, la Revue sociale, qui ne parut plus pendant un temps et reparut entre 1885 et 1914. ERGOT M., MAITRON J. (dir.), Ibid., p.230-235.
  17. Il fut professeur de médecine à l'université de Montpellier. Il intégra le mouvement social, avec sa famille et adhéra à l'Internationale. Poursuivi pour sa participation à la Commune en 1870, il s'exila en Espagne. De retour en France, il fut élu, en 1887, conseiller municipal de Paris en remplacement d'Auguste Desmoulins. Il y fonda le Parti socialiste et fut vice-président du Conseil municipal en 1888-1889 puis président en 1905. Il fut ensuite élu député socialiste en 1906. D'AMAT R., « Brousse Paul-Louis-Marie », PREVOST M., D'AMAT R. (dir.), Dictionnaire de biographie française, t.VII, Paris, Letouzey et Ané, 1956, p.452-453.

Bibliographie

  • CORDILLOT M., PENNETIER C. (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français. Biographies nouvelles, t.XLIV : Compléments aux tomes 1 à 43 : 1789-1939, Paris, Les Editions de l'Atelier/Editions Ouvrières, 1997.
  • CORNU G. (dir.), Vocabulaire juridique, 10e éd. mise à jour, Paris, PUF, 2014 (Quadrige. Dicos poche).
  • D'AMAT R., LIMOUZIN-LAMOTHE R. (dir.), Dictionnaire de biographie française, t.X, Paris, Letouzey et Ané, 1965.
  • JOLLY J.(dir), Dictionnaire des parlementaires français. Notices biographiques sur les ministres, députés et sénateurs français de 1889 à 1940, t.VII, Paris, PUF, 1972.
  • JARRIGE F., «Une « barricade de papier » : le pétitionnement contre la restriction du suffrage universel masculin en 1850 », in Revue d'histoire du XIXe siècle. Société d'histoire de la révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle, n°29, 2004, p.53-70, http://rh19.revues.org/698 (consulté le 8 décembre 2014).
  • MAITRON J. (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, t.V : Deuxième partie : 1864-1871. La Première Internationale et la Commune, Paris, Les Editions ouvrières, 1968.

Article publié sur Wikimonde Plus.

Erreur Lua dans Module:Suivi_des_biographies à la ligne 189 : attempt to index field 'wikibase' (a nil value).