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Bienfaisance et charité à La Neuveville-sous-Châtenois avant 1914

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La Maladrerie

La Maladrerie (dont on sait peu de choses), première œuvre connue de bienfaisance ayant existé à La Neuveville, se trouvait suivant l'usage, et pour cause sanitaire évidente, à l'extrémité du village, au lieu-dit "le Pré Pernot".

Il serait difficile de dater précisément l'origine de cet établissement. On sait que la lèpre existait déjà en Lorraine au VIIe siècle. L'histoire de Digot, t. Ier, p. 113, nous montre Saint Arnoul, évêque de Metz, retiré dans la solitude sur le Saint-Mont (près de Remiremont) rassemblant les lépreux qu'il soignait lui-même. Mais les relations avec l'Orient, à l'époque des Croisades, donnèrent au mal une intensité plus grande et les léproseries ou maladreries se multiplièrent au XIIIe siècle en différents points du diocèse de Toul. Il est probable que la maladrerie de La Neuveville date de cette époque.

La crainte qu'inspirait la lèpre faisait donc s'éloigner des agglomérations les malheureuses victimes pour limiter la contagion. On a beaucoup écrit sur leur séquestration : en cela comme en toutes choses, il ne faut rien exagérer. Pour être pénible, leur situation n'était pas insupportable. À cette époque de foi et de charité, de courageux chrétiens se consacraient à leur service. On rapporte même que leur sort paraissait si enviable à certains malheureux que de sévères mesures durent être appliquées pour éviter les faux lépreux. Quoi qu'il en soit, les dispositions qui furent prises contribuèrent à la disparition du terrible fléau et la création d'un certain nombre d'hôpitaux. Plusieurs de ces lazarets survécurent à la lèpre et furent affectés au service des autres malades.

L'Hôpital Saint-Nicolas

Les documents sont nombreux à propos de l'Hôpital Saint-Nicolas. Par exemple, l'état temporel des paroisses de Lorraine et de Bar, dressé de 1702 à 1713, par Antoine Rice, curé de Rouceux, à la demande du Duc Léopold mentionne :

"Il y a dans ladite paroisse de La Neufville la rue du Pont, la rue de la Halle et la rue de Saussure qui sont comme différents hameaux qui ne forment pourtant qu'une communauté. Il y a dans la rue du Pont une chapelle de Saint-Nicolas que l'on appelle "hôpital"."

Cette chapelle, qui se trouvait exactement dans le jardin de la famille Dautrey en 1907, était autrefois attachée à un hôpital du même nom. Cet établissement avait disparu depuis longtemps. On lit dans le pouillé de 1689 :

"Il y a joindant ladite chapelle une maison pour loger des pauvres, une maison qui est présentement ruinée."

Déjà un siècle auparavant, son aspect de ruine était signalé dans un état des revenus et des charges de l'Hôpital Saint-Nicolas, dressé le 20 février 1561, à l'occasion d'un changement de titulaire :

"La chapelle dudit hôpital a 23 pieds de longueur et 18 pieds de largeur. La maisonnette joindant à ycelle chapelle contient 45 pieds de longueur et 20 de largeur. Elle est par à présent ruynée."

À qui faut-il attribuer la fondation de l'hôpital Saint-Nicolas? L'État temporel de Rice répond : "On ignore qui en sont les fondateurs." Le pouillé de 1689 est plus affirmatif :

"Il y a audit La Neufville une chapelle sous l'invocation de Saint-Nicolas, dépendant de l'hôpital dudit lieu, fondée par les Princes de Lorraine."

Il faut croire que cette affirmation n'était par certaine, puisque 15 ans plus tard, on n'en fait pas état et qu'on ignore les fondateurs. Or le pouillé comme l'État temporel, ont été rédigés sur les dépositions des habitants. De cette ignorance des fondateurs, comme de ce fait que l'hôpital était déjà en ruines en 1561, nous pouvons conclure qu'il était fort ancien. Il a été construit au XIVe siècle, peut-être au XIIe, époque à laquelle les hôpitaux se multiplièrent en Lorraine. C'était l'usage autrefois que ceux qui avait bâti une chapelle en conservaient le patronage, c'est-à-dire le droit de présenter le titulaire à la nomination de l'évêque. Comme il y avait incertitude sur les fondateurs, il y eut aussi divergence dans la manière de nommer le titulaire. En 1561, c'est le Duc de Lorraine, Charles III, qui exerce le droit de patronage.

"Comme la collation, provision et totalle disposition de la chapelle et hospital de Sainct Nicolas, fundez et estantz auprès du grant pont de La Neufville soubz notre ville de Chastenoy, nous appartiengne de plain droict quant vacation y eschiet, laquelle chapelle et hospital sont présents vacans par pure, simple et libre résignation et démission faicte en noz mains par messire Didier CABLEY prebtre chappelain de ladicte chapelle, à raison de sa vieillesse et caducité et qu'il ne peut plus cheminer ny desservir icelle chapelle, scavoir faisons que nous dheuement informez des vertus, mérites… de nostre bien amé Mengin DALLEY, clerc, filz de François DALLEY, lieutenant de prévost dudict Chastenoy, à icelluy… avons conféré… ladicte chapelle…"

Pendant l'occupation française, comme la chapelle avait le titre d'hôpital, le roi la donna aux chevaliers de l'Ordre de Saint-Lazare qui l'abandonnèrent bientôt. Dans l'incertitude des patrons, l'évêque de Toul y pourvut directement en faveur des curés de La Neuveville, en nommant titulaires de la chapelle Saint-Nicolas, Jacques APPARU le 7 août 1682, puis Claude CONTAL le 28 mai 1698. Quelques années plus tard, le Duc Léopold réclama ce droit de patronage ; ses successeurs l'exercèrent après lui. Lors de la réunion de la Lorraine, ce droit appartient aux rois de France jusqu'à la Révolution. On voit qu'en fait les ducs de Lorraine furent la plupart du temps les patrons de la chapelle Saint-Nicolas. Tout porte à croire qu'ils en avaient été les fondateurs. Il ne faudrait pas croire que les titulaires de la Chapelle Saint-Nicolas gardaient toujours la résidence dans leur bénéfice ; la plupart du temps, c'était des étrangers. Ainsi en 1689, le titulaire est le Chevalier de Ménonville, de l'ordre de Saint-Lazare, originaire de Normandie ; en 1789, le titulaire est chanoine à Gray. En fait, le véritable chapelain de l'hôpital Saint-Nicolas fut le curé de La Neuveville ; on en a la preuve dans les registres. Au début, il devait y célébrer la messe une fois par semaine et le jour de Saint-Nicolas. Mais la dotation étant diminuée et une partie des biens perdue, l'État temporel des paroisses nous apprend que le Curé n'était plus tenu qu'à une messe par mois à la chapelle. Les Curés de La Neuveville y firent même quelquefois acte de ministère. Nous lisons par exemple aux registres de baptême :

"Le jour des Roys, le 6 janvier 1666, fut baptisée en la chapelle Saint Nicolas, Anne, fille de René FERRY et de Anne sa femme. Elle eut pour parrain Jean SYMON, et pour marraine Benoiste, femme du garde du bestaille. Le 17 février 1666, fut baptisée en la chapelle Saint Nicolas, Françoise, fille de Jean COBLEY et d'Anne sa femme. Elle eut pour parrain : Messire Claude PERRIN, curé de Houécourt, et pour marraine : Françoise, fille de Monsieur du ROSET."

L'église était alors dans un état de délabrement presque complet. Pour subvenir à l'entretien de l'hôpital Saint-Nicolas, les fondateurs lui avaient donné des prés et des terres. Peut-être même, au cours des temps, de simples particuliers contribuèrent-ils à augmenter son patrimoine par de nouveaux dons. Toujours est-il que l'acte du 20 février 1561, contenant l'état des biens de l'hôpital, accuse en dehors des biens de la chènevière et du jardin avoisinant la chapelle : 7 fauchées 1/4 de preys et 24 jours 2 quarts 1/2 de terres labourables aux bans de La Neuveville, Sandaucourt, Houécourt et Châtenoy. En voici le détail :

  • 1°) les prés : 1 fauchée 1/2 dessous le Pont plus 1 fauchée au même lieu, plus 1 fauchée 1/2 au bied Charotte, plus 2 fauchées au Tailleux, plus 1/4 au ban de Chatenoy, plus 1/2 fauchée au ban de Houécourt en Breux en Closel
  • 2°) les champs : 10 jours 1/4 à la "saison" de Masseléchamp, 4 jours 1/2 à la saison de Voichichamp, 10 jours à la saison de la trêle.
    • Au total 7 fauchées 1/4 de prés et 24 jours 2 quarts 1/2 de terres labourables.

L'hôpital étant en ruines en 1561, il est évident que ses revenus allaient diminuer avec le temps au lieu d'augmenter. Le pouillé de 1689, fait de nouveau l'énumération de ces biens ; nous trouvons encore 7 fauchées 1/4 de prés, mais nous n'avons plus que 16 jours 3/4 1/2 de terre au lieu de 24 jours 2 quarts 1/2. Les revenus de ladite chapelle sont évalués à 40 francs dans un registre des revenus des abbayes, prieurés, chapitres, cures et chapelles du XVIe siècle, ils montent à 5 paires, mesure de Nancy, chaque année suivant la déclaration faite par le bail par devant GUENEL, tabellion. En 1703, Claude CONTAL, curé de La Neuveville et chapelain de l'hôpital déclare que le gagnage rapporte 4 paires annuellement. C'est encore trop pour les habitants de La Neuveville. Ils ne manquèrent pas d'en parler dans leurs cahiers de doléances au début de la Révolution.

"Observent les officiers municipaux que la Charité de La Neuveville n'a que les revenus les plus modiques et qu'elle est chargée d'un nombre infini de pauvres qui sont sans ressource, attendu que le nombre des habitants aisés est très peu considérable, tandis qu'il existe sur leur finage des biens et héritages qui faisaient la dotation d'un hôpital qui serait dans le cas de les secourir, et que l'on applique entièrement à celle d'une chapelle sous l'invocation de Saint Nicolas, à la nomination royale, et dont le titulaire est chanoine à Gray, ce qui a fait dans le temps l'objet des réclamations de la communauté. Elle les a consignées dans ses cahiers envoyés pour former ceux qui devaient être remis à Messieurs les députés de l'Assemblée Nationale. Elle espère que Messieurs du District et du département voudront bien prendre en considération leur juste demande."

En fait, on comprend le bien-fondé de leurs doléances. L'hôpital Saint-Nicolas avait été fondé pour secourir des pauvres et non pour servir de rentes aux favoris de Son Altesse Royale. C'était un abus à déplorer et à réformer. Il est établi par exemple qu'à l'heure actuelle, sur 100 francs donnés à l'Assistance publique, 67 francs sont employés au traitement des fonctionnaires, frais de bureau, etc. 33 francs seulement vont à leur destination. L'Assemblée y mit ordre en confisquant purement et simplement les biens des églises, monastères et chapelles. Les biens de l'hôpital Saint-Nicolas subirent la loi commune et disparurent dans la tourmente. C'est ainsi que la Révolution corrigeait les abus par un abus plus violent : la spoliation et le vol. Comme mentionné plus haut, déjà en 1561, la maison qui servait d'hôpital tombait en ruines, elle ne fut pas relevée. La chapelle resta debout. Elle devait être fort simple. D'après le pouillé de 1689 : "Il y a un autel sans ornement et sans lambry à la voûte".

Soit qu'elle menaçât ruine, soit pour toute autre cause, elle fut reconstruite et bénite en 1701. Le 9 mai de cette année, en effet, en vertu de la permission de Monsieur DELAIGEE, vicaire général du diocèse de Toul, et par déférence de Monsieur Claude CONTAL, prêtre curé de La Neuveville, le curé de Rainville bénit la chapelle érigée sous l'invocation de saint Nicolas, situé au dit La Neuveville.

Cette chapelle est tombée en ruines au milieu du XVIIIe siècle. Nous savons en effet, que par les lettres patentes du 21 janvier 1760, il fut permis de transférer la chapelle Saint-Nicolas dans l'église paroissiale, c'est-à-dire que le curé fut autorisé à dire dans son église la messe qu'il célébrait auparavant chaque mois à la rue du Pont. La statue du Saint, statue en pierre du XVIe siècle, demeura longtemps encore exposée à la vénération des passants, sur le bord de la route, du même côté que l'ancienne chapelle, mais plus avant dans le village. Elle était conservée dans une maison particulière à l'époque où l'abbé Petitjean rédigea sa monographie sur le village, avant 1914. Il est à regretter que cette statue n'ait pas continué d'être exposée en public. Elle aurait conservé dans la paroisse avec la dévotion à Saint Nicolas, le souvenir de la plus ancienne institution charitable du pays. Malgré la décadence où était tombé l'hôpital, il n'est pas permis d'oublier les services qu'il a rendus à la paroisse dans les siècles précédents.

Nota : À côté du titulaire résidant ou remplacé dans ses fonctions par le curé de la Neuveville-sous-Châtenois, il y eut parfois un garde de chapelle. c'est ainsi que les registres communaux signalent en 1747, le décès à l'âge de 100 ans de Hubert PERRIN, ancien garde de la Chapelle Saint-Nicolas. L'ordonnance épiscopale du 4 avril 1716 prescrivait que les gardes chapelles fussent autant que possible de véritables ermites. Hubert PERRIN était-il un véritable ermite ? C'est douteux. C'est probable pour Claude PARUS, ancien meunier de La Gravière, décédé en 1729 à l'ermitage de Saint-Martin de Bouzey, où il s'était retiré.

Bureau de Charité ou des Pauvres

Il ne faudrait pas conclure à la suite des plaintes formulées contre l'hôpital Saint-Nicolas, que la communauté de la Neuveville était sans ressources pour secourir ses pauvres. Là comme ailleurs, fonctionnait régulièrement le "bureau de charité" ou "des pauvres", fondé vers 1725 par le duc Léopold qui administra ses états avec tant de sagesse. Le bureau avait reçu avec le temps des dons assez considérables, dont voici la liste connue :

  • 1. Le 17 janvier 1736, Pierre PERRIN donne 15 livres de rentes au bureau des pauvres de La Neuveville.
  • 2. Le 24 mars 1737, il lui donne à nouveau 21 livres de rentes.
  • 3. Le 14 mars 1748, Pierre BONTUS donne 9 livres de rentes.
  • 4. Le 13 avril 1757, Anne ARNOULD, veuve de Pierre BONTUS, donne une créance de 200 francs barrois.
  • 5. Vers 1760, le sieur SIMONIN, ancien curé de Dombrot, cède au bureau des pauvres de La Neuveville une créance (de valeur non précisée), pour l'exécution du testament de Barbe CHIPART, veuve de François CHERMISET.
  • 6. Vers 1775, les sieurs BOUVENOT, de Neufchâteau, donnent une somme de 1 400 francs.
  • 7. Vers 1780, Jean Baptiste VUIDEL paye la rente de 400 francs donnés au bureau des pauvres et hypothéqués sur la maison qu'il a achetée.
  • 8. Le 13 avril 1782, actes de constitution de 400 livres.
  • 9. Le 29 novembre 1784, nouvelle constitution pour la même somme.

Le revenu approximatif était ainsi de 200 livres. Mais le bureau de charité avait certainement d'autres ressources : à celles indiquées (connues par l'inventaire des titres du bureau en 1790), il faudrait y ajouter les capitaux et les revenus donnés sans titre, ou dont les titres avaient été perdus. Mais ces revenus trouvaient facilement leur emploi même s'ils étaient le double de ce qui est connu. En effet, à la fin du XVIIIe siècle, la paroisse de La Neuveville était très peuplée et comptait beaucoup de familles nombreuses et nécessiteuses. Les ressources leur étaient distribuées par les soins du curé, président du bureau de Charité, assisté de son conseil, c'est-à-dire de quelques membres de l'assemblée municipale et de plusieurs notables. À cette époque de foi où le laïcisme n'avait pas pénétré dans les mœurs, où l'on avait pas encore défiguré la charité, sous le nom païen de philanthropie ou de solidarité, on se bornait à la considérer comme une vertu chrétienne, et l'on pensait avec raison que le prêtre, ministre de Dieu parmi les hommes, était tout qualifié pour répandre au nom de Dieu et au nom des hommes les bienfaits de l'aumône sur les pauvres honorés par l'Église comme les membres souffrants de Jésus Christ. On admettait aussi généralement que le curé est à même de mieux que beaucoup d'autres de connaître les besoins de ses paroissiens et de les aider avec toute la délicatesse qu'inspire la religion. Le curé subvenait donc aux besoins des pauvres avec les revenus du bureau de Charité, ce qui augmentait son influence morale sur les populations. C'est là le seul motif (les ennemis de la religion l'on avoué dans un moment de franchise) pour lequel le prêtre a été depuis ce temps éloigné de l'administration des bureaux de bienfaisance. Le curé aidait aussi les pauvres et largement de ses propres deniers, tels ici : les NINOT, les RELLOT, qui donnaient sans compter à l'église, à la commune et aux particuliers. Il les aidait enfin avec les aumônes des fidèles donnés à cet effet. On lit par exemple à la date du 28 décembre 1751, dans le testament d'Anne ARNOULD, veuve de Pierre BONTUS, qui fut au XVIIIe siècle, la grande bienfaitrice de l'église et des pauvres :

"Je veux que le surplus de mon héritage soit employé à faire, au dit La Neuveville, un fonds de charité pour le soulagement des malades, dont la seule rente sera perçue par le sieur curé, qui emploiera sans être obligé de rendre compte, et au cas où l'on établirait au dit La Neuveville une confrérie de la Charité, comme il se pratique en beaucoup d'autres paroisses, les directeurs d'ycelle percevront ladite rente et en feront l'usage qui en sera le plus propre selon l'avis du sieur curé et de ses successeurs."

La Confrérie de la Charité ne fut fondée qu'en 1807, mais elle ne recueillit point les fonds de cette donation. Comme exposé plus loin, toutes les rentes, destinées au soulagement des pauvres et qui n'avaient pas été perdues pendant la Révolution, furent confiées en 1817 au "bureau auxiliaire de charité" qui prit en 1824 le nom de "Bureau de Bienfaisance".

Association des Dames de Charité et Bureau Auxiliaire de Bienfaisance

La Confrérie de Charité que désirait au siècle précédent Anne ARNOULD, fut établie à La Neuveville en 1807 par l'abbé RELLOT. Son règlement reçut l'approbation de Monseigneur l'Evêque de Nancy, le 25 juin de cette année : il était sagement rédigé comme on peut en juger par ses principales dispositions :

Les associées devront se dévouer aux œuvres de charité, au soulagement des pauvres, des malheureux et surtout des malades.
La fête patronale de l'Association aura lieu à la Visitation, avec service le lendemain pour les associées defuntes.
À la tête de l'œuvre sera le bureau ou conseil composé de huit membres élues par les associées : 4 demeurant dans la rue de l'Église et 4 habitants l'autre rue ;
Le bureau nommera à son tour parmi ses membres une supérieure, une trésorière, une gardienne des linges et autres objets à l'usage des malades.
Le bureau quêtera à l'église aux grandes solennités et 2 fois par an dans les maisons ; à Pâques et après les récoltes ; il délibérera sur l'emploi des deniers qui lui sont confiés et sur les moyens de secourir les pauvres et les malades.
Le curé présidera la réunion annuelle pour la reddition des comptes, la supérieure présidera les autres.

Aussitôt l'approbation du règlement, 26 membres se firent inscrire ; elles élurent le bureau de 8 membres qui nommera à son tour : Marie Reine BOUTON, supérieure, Marie Jeanne NINOT, trésorière, et Dorothée PERRIN, ancienne religieuse, gardienne des linges. Dans la même séance, considérant les services que M. DENY père et ses ancêtres avaient rendus à la paroisse, le bureau avait choisi comme officier de santé son fils demeurant à Saint-Remimont.

  • La première reddition des comptes eut lieu après 1 an, à la Visitation de 1808. Les recettes s'élevaient à 55 livres 17 sols, et les dépenses à 14 livres 5 sols seulement, pour secours en argent et en nature aux indigents, frais de médecin et un service pour une associée défunte.
  • L'année suivante, la recette fut de 21 livres 11 sous et 6 deniers et la dépense de 32 livres 2 sous 6 deniers. Grâce à l'excédent du premier compte, la caisse n'était pas en déficit. Néanmoins, le bureau décida de créer de nouvelles ressources en imposant à tous les nouveaux membres une redevance de 6 sous à leur entrée dans l'Association, pour les prières et services.

Grâce à cette mesure, le bureau put soulager plus de misères dans les années suivantes, qui furent comme on le sait, très mauvaises. Le nombre toujours plus grand des malades fit choisir M. ROUGE de Sandaucourt comme deuxième officier de santé.

  • La cherté des denrées était telle que toute la recette de 1812, soit 82 fr 70, passa en dépense l'année suivante : C'est ainsi qu'un demi-résal de blé fut payé 20 fr, pour faire du pain et le distribuer aux pauvres.

L'Association des Dames de Charité accomplit ainsi son œuvre pendant 10 années. En 1817, "des rentes dues jadis aux pauvres de la commune ayant été restituées", le bureau laïque commença à fonctionner et à faire le bien de concert avec l'Association des Dames sous le nom de "Bureau auxiliaire de Charité". Les premiers membres furent : le maire Jean COLY, Claude D'HABIT et Claude MATHIEU, les abbés NINOT et RELLOT. Ils donnèrent aux pauvres une somme de 76 francs.

  • Le 25 février 1818, le nouveau bureau formé, suivant l'arrêté préfectoral, du maire et du curé, de Joseph TOTE présenté par eux et agréé le 17 janvier, invite Claude D'HABIT et l'abbé NINOT à se joindre à lui.

Ils distribuent aux pauvres la somme de 20 francs, versent à l'office de santé 30 Fr 10 et remettent le reliquat de 7 Fr 50 au curé qui le donnera lui-même. La même année, à l'occasion de la Saint-Louis, le bureau de charité distribue 30 francs, don de sa majesté. Enfin le 18 décembre, le bureau, ayant reçu 142 francs de rentes dus aux pauvres, donne 130 francs et remet le reste au curé pour le distribuer.

  • En 1819, le bureau reçoit et verse aux pauvres la somme de 70 francs. Pendant les années suivantes, les 2 bureaux payent chacun par moitié les honoraires de l'officier de santé.

Cette harmonie entre 2 œuvres similaires ne dura pas longtemps, car le Bureau auxiliaire de Charité fut supprimé en 1828, et remplacé par le "Bureau de Bienfaisance". L'Association des Dames de Charité, bien que ne disposant pas de fondations et de faveurs de l'État, continua cependant son œuvre dans la mesure de ses ressources. En 1840, on comptait 45 membres. Ses derniers comptes sont de 1845. Il est probable que cette époque marque l'époque de sa disparition comme association pieuse et charitable. Toujours est-il qu'elle avait rendu de grands services avant que la charité officielle ne fut organisée à La Neuveville, puis de concert avec elle et pendant vingt années qui suivirent leur séparation. Depuis cette époque, ceux qui veulent conserver à leurs aumônes le caractère religieux, ont la ressource de les faire eux - mêmes dans cet esprit, ou par l'intermédiaire du curé de la paroisse, ou encore par le moyen du tronc de Saint-Antoine dont les revenus sont distribués aux pauvres.

Bureau de Bienfaisance

Après avoir détruit les institutions charitables de l'Ancien Régime, la Révolution se vit dans la nécessité de les remplacer. La vente des "Biens nationaux" n'avait profité qu'à quelques spéculateurs, et le partage des biens communaux n'avait pas enrichi les populations ; d'autre part, si la guerre avait couvert de gloire le pays, elle avait appauvri par la levée en masse et les réquisitions incessantes. De sorte qu'après quelques années, le rêve de félicité universelle avait disparu ; il fallait se rendre à l'évidence : les pauvres existaient encore en France.

C'est pour leur venir en aide que la loi du 7 frimaire an V (27 novembre 1796), institua les Bureaux de Bienfaisance. Comme on le pense, des lois nouvelles sont venues modifier ou compléter l'organisation première, telle l'ordonnance royale du 31 octobre 1821, du 17 septembre 1837, les lois ou décrets de 1852, 1861, 1867, 1873, 1876, 1879, et enfin la loi du 5 avril 1884. Quels que soient les changements apportés, le but des Bureaux de Bienfaisance est resté le même : distribuer à domicile (par l'intermédiaire de ses membres, par des adjoints, par des dames ou des sœurs de charité) des secours, en nature autant que possible, aux personnes nécessiteuses et aussi faire soigner à domicile les malades et infirmes pour les conserver dans leurs familles et en décharger les hospices dont ils sont aussi les auxiliaires. Les Bureaux de Bienfaisance doivent donner ces secours et ces soins à ceux qui sont dans le besoin et habitent la localité sans distinction de culte, d'opinion ou de catégories. Pour accomplir leur œuvre charitable, il faut aux Bureaux de Bienfaisance des ressources. Elles se composent :

  • 1°) des biens qui lui ont été rendus par les loi de l'an V, de l'an IX et le décret du 12 juillet 1807 qui leur allouèrent les propriétés et les rentes des anciennes institutions de bienfaisance ;
  • 2°) des biens qu'ils ont été autorisés à acquérir à titre onéreux ;
  • 3°) des dons et des legs qu'ils ont été autorisés à accepter.

Les rentes de cette dotation, de ce fonds, jointes aux dons, collectes et aumônes forment le revenu annuel du bureau de bienfaisance. Ces biens sont gérés par une commission administrative composée du Maire, président et 6 membres renouvelables, 2 élus par le conseil municipal et 4 nommés par le préfet.

Le Bureau de Bienfaisance de La Neuveville fut établi en 1823, conformément à l'ordonnance royale du 31 octobre 1821, et à l'arrêté préfectoral du 22 mai 1823. Il remplaça le bureau auxiliaire de charité qui fonctionnait depuis 1817 de concert avec l'association des dames de charité fondée par l'Abbé RELLOT. Dans sa séance du 12 juillet 1823, le Conseil municipal indique la nature et l'importance des revenus de la commune affectés au soulagement des pauvres. Ils consistent dans les rentes d'un capital de 2720 livres cours de Lorraine, donnés dans ce but au Bureau des Pauvres et rapportant annuellement 112 francs environ. Pour bien comprendre ces chiffres, disons que 2720 livres cours de Lorraine valaient 2105 livres 5 sous, cours de la République, et 2079 fr 75 de notre monnaie, rapportait aux taux de 5 % 103 fr 99. Le chiffre de 112 fr donné comme approximatif au registre des délibérations a été rayé comme manquant sans doute de précision. Dans la même séance, le Conseil municipal proposait les 15 membres parmi lesquels le préfet devait en choisir 5 pour former le bureau. Ceux-ci étaient nommés le 15 décembre suivant : Charles Léopold RELLOT, desservant. Claude MATHIEU, Joseph COLSON, François MORLOT et Pierre François GOURDOT. La liste des membres qui ont composé le Bureau de Bienfaisance de La Neuveville, depuis sa fondation, serait trop longue. Un regret pourrait être exprimé à ce sujet : c'est que le curé de la paroisse ait cessé d'en faire partie depuis 1881. Pourtant à cette époque, on admettait encore le prêtre dans une administration. Le "Manuel des Maires", imprimé en 1886, indique même, à la page 413 :

"Les ministres des cultes peuvent parfaitement être élus par le Conseil muunicipal ou nommés par l'administration membres des commissions administratives. Il est même bon qu'il en soit ainsi, afin de ne pas rompre les traditions. (Circ. du Ministre de l'Intérieur 26 septembre 1879)."

D'ailleurs le Bureau de Bienfaisance de La Neuveville aurait beau faire pour se laïciser, il n'y parviendrait pas : toutes les ressources portent une empreinte religieuse. Sa dotation première lui vient de l'ancien bureau de charité, administré par le curé de la paroisse, donnée non seulement dans un but humanitaire, mais par esprit de foi comme on peut le voir aux contrats de constitution. Les terres de Biécourt et l'hospice actuel lui viennent de Joséphine LAMOTTE, nièce de l'abbé NINOT, avec l'intention clairement exprimée d'avoir une sœur pour les malades. Le legs PIERSON depuis la volonté du donateur, s'appelle la "rente Sainte Marie-Rosalie". Il n'est pas jusqu'au coin de terre donné par Marguerite RENARD qui ne porte l'estampille religieuse : il n'est donné qu'en échange de messes à perpétuité. Il faut donc en prendre son parti : c'est toujours l'esprit de charité chrétienne qui préside l'intention de ceux qui ont doté le Bureau de Bienfaisance de La Neuveville-sous-Châtenois. En dehors de cette réserve, touchant l'exclusion du curé de la paroisse, on reconnaîtra volontiers que le Bureau de Bienfaisance de La Neuveville a été d'ordinaire sagement administré pour la perception et l'emploi de ses revenus.

Ressources

Les ressources du Bureau de Bienfaisance de La Neuveville se composent : des rentes dues au Bureau des Pauvres (restituées après la Révolution) qui (peuvant être évaluées à 104 fr, représentant un capital de 2080 fr) étaient dues par divers particuliers qui se sont libérés avec le temps par le remboursement. L'abbé Petitjean signalait qu'elles avaient disparu définitivement, la dernière s'étant éteinte à la liquidation d'Honorine MOUGEL. Or, au fur et à mesure que les débiteurs se sont libérés, c'est-à-dire de 1852 à 1906, le Bureau de Bienfaisance a placé ses capitaux sur l'État, de sorte que les rentes sur l'État augmentent dans la proportion où celles des particuliers diminuent.

Rentes Bienfaisance LaNeuveville.jpg

Celles-ci sont de 119 fr 60 en 1842, de 38 Fr 25 de 1859 à 1877 et de 15 fr de 1878 à 1906. Mais d'autre part, la première rente sur l'État, soit 10 fr, achetée en 1852, a passé à 31 fr en 1856, à 77 fr en 1859, à 96 fr 50 en 1872, à 145 fr en 1878, enfin à 213 fr l'année où l'abbé Petitjean rédige sa monographie.

On remarquera que le chiffre des rentes sur l'État est assez élevé, c'est qu'en effet il représente en plus des anciennes rentes sur particuliers, quelques économies successives du Bureau de Bienfaisance. Les recettes sur particuliers sont représentées dans cette somme de 213 fr pour environ 80 fr, le reste (soit 133 fr) répond à un capital d'à peu près 3 000 fr placé à différents taux et à différentes époques, grâce à des excédents de recettes. Les ressources du Bureau de Bienfaisance proviennent en outre de la location d'un terrain de 10 ares 22 à la Chouée :

  • Après avoir donné aux pauvres, par son testament du 31 mai 1831, ses habillements plus une somme de 100 francs, et fait divers legs, Marguerite RENARD, veuve GOMY, abandonnait au Bureau de Bienfaisance le surplus de sa succession mobilière et immobilière ; elle lui cédait en outre la propriété d'un terrain de 10 ares 22 à la Chouée, mais seulement après la mort de sa domestique, Marie GREGOIRE. À partir de ce moment, le Bureau de Bienfaisance devait en retour faire acquitter deux messes basses aux intentions de la donatrice. Marie GREGOIRE étant décédée au commencement de 1861, le Bureau de Bienfaisance a loué le terrain depuis cette époque, d'abord 24 fr, puis 20 fr, enfin 10 fr et a versé annuellement 1 fr 50 pour l'acquit des messes du moins jusqu'en 1905, jusqu'à la loi de séparation.

Mais ce sont des années plus tard que le Bureau de Bienfaisance a vu s'accroître ses ressources dans des proportions inespérées :

  • Par son testament du 24 août 1871, Marguerite Joséphine LAMOTTE instituait le Bureau de Bienfaisance de La Neuveville-sous-Châtenois son légataire universel à charge de fonder un établissement hospitalier tenu par des sœurs du Saint-Esprit et affecté aux malades, infirmes, pauvres, vieillards et orphelins de la commune. Le décret du 24 septembre 1880 a autorisé l'acceptation du legs, mais jusqu'à concurrence des 2/3 seulement. L'hospice a été établi en 1883 (Voir plus loin !).

Par cette donation, le Bureau de Bienfaisance a acquis avec la maison et les terrains de La Neuveville qu'il met à la disposition des sœurs, la ferme de Biécourt, qui louée d'abord 1087 fr, ne rapporte plus du temps de l'abbé PetitJean que 705 fr. Quelques années après, le Bureau de Bienfaisance recevait un nouveau secours non moins appréciable :

  • Plus précise et moins étroite dans son application que le legs Lamotte, la donation Pierson, faite le 11 février 1896, autorisé le 20 juin suivant, a pour but de venir en aide aux familles nombreuses les plus nécessiteuses. La distribution annuelle des revenus se fait par des secours de 100 fr à 300 fr : ces revenus consistent dans la location des terrains donnés. Ils rapportèrent 824 fr la première année, ils produisirent 840 fr l'année où l'abbé Petitjean rédigea sa monographie.
Recettes du Bureau de Bienfaisance en 1906 ou 1907 Total
rentes sur l'État 213 fr
location du terrain à la Chouée 10 fr
location des terres de Biécourt 705 fr
location des terres de la fondation Pierson 840 fr 1 768 fr
rentes des fonds placés au Trésor réserve pour cas de besoin environ 1 800 fr

Dépenses

En principe, il doit secourir les pauvres, c'est là le but de son institution, mais il doit le faire avec économie, n'allant pas au-delà de ses revenus, et même se réservant quelque chose pour les années calamiteuses. Le premier compte est celui de 1842. Depuis cette année jusqu'en 1861, les ressources étant modestes, les dépenses ne pouvaient être élevées. On trouve 109 Fr 43 en 1842, 36 Fr 93 en 1844, 102 Fr 65 en 1850, 96 Fr 87 en 1856. Cet esprit d'économie permit au Bureau de Bienfaisance de faire de plus fortes dépenses dans les années mauvaises. Ainsi le 10 novembre 1846, vu la cherté des denrées et le reliquat en caisse, soit 1053 Fr 88, le bureau autorise son président à distribuer 600 Fr aux pauvres. Le 26 mars 1854, les membres de la commission administrative du Bureau de Bienfaisance "pour faire face à toutes les misères dans cette année de disette" demandent de disposer de 400 Fr qu'ils possèdent encore à la caisse de service et de ne pas être oubliés dans la distribution des secours accordés par le gouvernement. Cette année qui débutait si mal fut, on le sait, l'année du choléra. L'hiver qui suivit fut également fort pénible. Aussi dans une séance de janvier 1855, considérant qu'il n'a que 100 et quelques francs de revenus annuels, qu'il a épuisé les 400 Fr de l'année précédente, que par la suite de l'épidémie cholérique et de la cherté des vivres, l'année qui commence est encore une année de misère, le Bureau de Bienfaisance demande un secours au préfet. On ignore si ce secours fut accordé, mais il s'avère que dans ces temps de grande calamité, le conseil municipal lui vint en aide sur les deniers municipaux. C'est ainsi qu'il vota 600 francs pour payer les dépenses faites à l'occasion du choléra. De 1861 à 1881, les ressources premières du Bureau de Bienfaisance n'étant augmentées que d'une modique somme de 24 Fr, provenant de la location du terrain de la Chouée et n'arrivant qu'à 150 ou 180 francs annuellement, les dépenses continuent dans la même proportion que par le passé, variant de 70 à 130 Fr. D'ailleurs cette période fut assez favorable et la misère moins grande. Sans doute, la Guerre de 1870-1871 occasionna bien des maux, mais la caisse communale en souffrit plus que celle du Bureau de Bienfaisance. Celle-ci en effet, après avoir demandé le 27 juin 1870 de placer 500 Fr sur l'État, fruit de ses économies, les plaça en réalité l'année suivante, immédiatement après la guerre. Depuis 1881, grâce aux donations Lamotte et Pierson, dont les revenus sont venus se joindre à ceux déjà existants, le Bureau de Bienfaisance de La Neuveville a pu répandre largement les bienfaits de la charité sur les pauvres et les malades. À la différence de la donation Pierson, dont les revenus (déduction faite des contributions et autres faits) sont distribués intégralement chaque année à quelques familles nombreuses et nécessiteuses, le legs Lamotte permet de distribuer des secours variés à un grand nombre de personnes :

  • D'abord l'établissement hospitalier reçoit et entretient constamment un indigent de la commune, un lit et même deux (dans le cas de nécessité) sont mis à la disposition momentanée des malades qu'on ne pourrait facilement soigner à domicile.
  • La sœur des malades doit visiter et soigner gratuitement les malades pauvres de la commune.
  • De plus, le Bureau de Bienfaisance est (à l'époque où écrit l'abbé Petitjean) à même de distribuer des secours à 15 ou 20 pauvres pendant les mois d'hiver et de prendre à sa charge les frais de pharmacie des indigents.

En somme, si la recette ordinaire du Bureau de Bienfaisance est d'environ 1800 Fr, la dépense s'élève à peu près à la même somme. En voici le détail approximatif :

traitement du receveur et du secrétaire, imprimés, timbres, entretien des biens : 150 Fr, contributions et assurance : 360 Fr, traitement de la sœur : 300 Fr, secours aux indigents et aux malades : 300 Fr, pension de la domestique de M. PIERSON : 200 Fr, distribution du secours Pierson : 490 Fr, au total 1800 Fr.

Le compte exact pour l'année 1905 a été le suivant :

recettes : 1911 Fr 83 ; dépenses 1895 Fr 52 ; excédents de recettes : 16 Fr 31, qui joints à l'excédent de l'exercice 1904, soit 837 Fr 07, font un excédent total de 853 Fr 38.

Mais voilà que les revenus du Bureau de Bienfaisance vont s'accroître de 437 Fr. Car les Bureaux de Bienfaisance vont être complices involontaires de l'iniquité, en se voyant adjuger les dépouillés des fabriques supprimées par la loi dite de séparation. L'abbé Petitjean s'interrogea alors sur ce qu'il adviendrait de cet argent (les fondateurs, d'une manière bien formelle, ont voulu des messes et pas autre chose) en rappelant les paroles de l'évêque de Saint-Dié :

"Je proteste parce que ceux qui n'ont pas le droit de nous enlever nos biens, n'ont pas davantage le droit d'en faire des largesses. Prendre aux défunts pour donner aux pauvres ne supprime pas l'iniquité ; dépouiller les Fabriques aux profit des Bureaux de Bienfaisance, ce n'est que déguiser l'injustice afin de la rendre moins odieuse. En conséquence, nous rappelons à tous qu'il n'est permis, en aucun cas, ni en aucune façon, de coopérer à cette dévolution. Je sais bien que cette dévolution se fera souvent d'office, c'est-à-dire d'une manière presque automatique, sans même que les conseils municipaux ou les administrateurs des Bureaux de Bienfaisance se donnent la peine de réclamer. Dans ce cas, les catholiques vraiment dignes de ce nom, qui font partie des administrations municipales ou charitables, devraient faire consigner au procès-verbal d'attribution la protestation de leur conscience indignée. Mais si leur religion ne se hausse pas jusqu'à cet acte de courage pourtant facile, au moins devraient-ils dans l'emploi des revenus, se rapprocher autant que possible des intentions des fondateurs ou donateurs."

Legs et hospice Lamotte

Le 20 février 1879, mourait à La Neuveville, Marguerite Joséphine LAMOTTE, fille de Nicolas LAMOTTE et de Jeanne Félicité NINOT. Petite-nièce par sa mère de l'abbé NINOT (ancien curé de la paroisse, bienfaiteur de l'église, de la commune et des pauvres), elle avait continué toute sa vie les œuvres charitables de sa famille, d'abord de concert avec sa sœur Berthilde, décédée le 24 février 1865, puis seule à partir de cette époque. Elle sut encore y pourvoir après sa mort.

Dès le 3 mars 1879, Mr DECOSSE, notaire de Neufchâteau, informait le maire de la commune M. J.B. MORLOT, que le testament de Mlle LAMOTTE avait été déposé dans son étude le 24 août 1871 et qu'il instituait le Bureau de Bienfaisance de La Neuveville-sous-Châtenois son légataire universel, à la charge de fonder un établissement hospitalier pour les malades, les infirmes, les pauvres, les vieillards et les orphelins de la commune.

Le 9 mars suivant, la commission administrative décidait d'accepter le legs de Joséphine LAMOTTE évalué à 70 000 Fr environ, observant toutefois que :

- 1. la presque totalité des biens étant en immeubles, le revenu ne serait pas supérieur à 1200 Fr,
- 2. au début de l'établissement hospitalier, une religieuse serait suffisante pour la distribution d'un revenu aussi minime,
- 3. les pauvres indigents encore valides pouvaient être secourus à domicile.

Le 29 du même mois, elle déléguait son président et le receveur communal pour faire les démarches nécessaires. Ces démarches devaient être assez longues, car si Mlle LAMOTTE avait oublié ses héritiers, ceux-ci, du moins quelques-uns, n'entendaient pas être dépouillés entièrement.

Le 21 juin 1879, M. Charles NINOT, Mlle Appolline NINOT, Mme THECLE - NINOT, veuve MOUGEL, de Châtel-sur-Moselle, adressaient une supplique au préfet des Vosges. La réponse que le Bureau de Bienfaisance fit à leurs arguments permet d'en supposer la teneur :

  • 1. Les opposants auraient dû se réconcilier avec leur parente, c'est leur délaissement qui l'a décidée à faire son legs en faveur du Bureau de Bienfaisance.
  • 2. Ils accusent une fortune au-dessous de la vérité, ils ont chacun de 40 à 50000 Fr.
  • 3. Ils sont dans l'erreur en disant que La Neuveville est un pays riche et sans malheureux. Le Bureau de Bienfaisance n'a que 200 Fr de revenu pour secourir 6 familles dans la misère et une douzaine de vieillards indigents.

L'affaire suivit son cours et le dossier fut envoyé par la préfecture au ministère de l'Intérieur et des Cultes le 29 août. En attendant une solution, le maire engagea les négociations avec la supérieure des sœurs du Saint-Esprit à Rouceux, pour l'établissement hospitalier. Le 11 janvier 1880, invité à compléter ses renseignements du 9 mars précédent, concernant l'affectation à donner à la maison Lamotte, le Bureau de Bienfaisance déclarait ce qui suit :

La maison peut être transformée en petit hospice sans frais. Dans le but de conserver pour les indigents la plus grande partie des immeubles ruraux, voici sur quelles bases serait établi à son début l'établissement hospitalier : bases projetées entre le maire et la supérieure de Rouceux :
  • La maison sera gérée par deux sœurs du Saint-Esprit.
  • Il y sera établi un fourneau économique pour distribuer des portions aux indigents.
  • Les sœurs soigneront à domicile les malades auxquels on fournira les médicaments les plus indispensables.
  • On n'installera à l'hospice que les malades ou les enfants tout à fait délaissés. Le nombre pourrait en être de 6 à 300 Fr pour chacun.
  • Les sœurs n'auront pas de salaire ; elles y suppléeront en soignant au village des malades payants et en prenant des pensionnaires pour les lits vacants.

Le lendemain, le conseil municipal déclarait tous ces renseignements exacts, les négociations entre le maire et la supérieure de Rouceux avantageuses, et promettait son concours pour l'avenir s'il était nécessaire.

Quelques jours après, le 29 janvier, les héritiers NINOT adressaient leurs réclamations au ministre de l'Intérieur. À la demande du maire, M. MORLOT, le député de l'arrondissement, M. Frogier de PONLEVOY, prit en main les héritiers de la commune et le 2 avril, conformément aux conclusions du préfet des Vosges, un décret fut soumis au Conseil d'État tendant à autoriser pour le Bureau de Bienfaisance l'acceptation intégrale du legs Lamotte. Néanmoins, M. de PONLEVOY avait peu d'espoir, et le 25 mars il avait écrit au maire :

"La jurisprudence du Conseil d'État n'admet pas que les intérêts soient complètement dépouillés au profit des communes. L'avis du ministre de l'Intérieur est de laisser à la famille les valeurs mobilières."

Le Bureau de Bienfaisance, ne se tenant pas pour battu, répondit à la pétition des héritiers :

"Il est faux que Mlle Lamotte ait des rentes sur l'État ; que la fortune s'élève à 120 000 ou 130 000 francs ; l'inventaire du 9 avril 1879 n'accuse que 56 000 francs ; que La Neuveville soit un pays riche ; que les Ninot de hâtel soient pauvres ; que Mlle Lamotte ait capté des testaments. Le revenu de la donation sera de 1200 francs ; le Bureau de Bienfaisance n'a que 198 Fr. En abandonnant aux héritiers les valeurs mobilières, soit 13 000 fr, il devra emprunter 8 000 Fr pour payer les frais du testament, de l'inventaire et de l'amortissement. Pour ces motifs, la commission administrative ne peut accorder aux réclamants la concession que M le Ministre a cru devoir conseiller, car la donation deviendrait onéreuse, et il serait impossible de faire fonctionner l'établissement charitable."

Toutefois, le Bureau de Bienfaisance reconnut bientôt qu'il était préférable de traiter avec les héritiers. Le 27 juin 1880, vu la lettre du Préfet du 19 juin, et voulant en finir avec ces réclamations, il décide d'allouer aux héritiers un secours une fois donné sur l'actif mobilier se montant à 13 270 francs ; se réservant dans cet actif ce qui est nécessaire pour payer les frais soit 7 000 francs, il consent à leur donner le reste, soit 6 270 francs. Le décret présidentiel rendu le 24 septembre 1880 fut plus généreux. Il autorisait la commission administrative à accepter aux clauses imposées le legs Lamotte consistant dans l'universalité de ses biens, mais seulement jusqu'à concurrence des deux tiers, l'autre tiers restant aux héritiers.

Après bien des négociations pour éviter une liquidation judiciaire, le partage se fit à l'amiable le 5 mai 1881 par le ministère de M. Drouin, notaire à Châtenois.

La masse active s'élevait à 62 396 fr 62, comprenant la maison et les terres de La Neuveville estimées 10 500 fr ; les terres de Totainville, 6 800 fr ; celles de Biécourt, 28 000 fr ; la vente des meubles, l'argenterie, le numéraire, les fermages et créances solides avec leurs intérêts, soit 17 096 fr 65. Les dépenses faites pour service, messes, scellés, timbres, entretien de la maison s'élevant à 891 fr 90, il restait à partager 61 504 fr 75.

Suivant le décret, les deux tiers revenaient au Bureau de Bienfaisance, soit 41 003 fr 15, et l'autre tiers aux héritiers, soit 21 501 fr 60 ; Le Bureau de Bienfaisance reçut :

- 1° la maison avec le jardin de Mlle LAMOTTE, estimé 4 500 fr ; 36 ares 66 de chènevière sous l'église d'une valeur de 1 000 fr ; 81 ares 73 de prés à la Maix, avec 15 ares de prés servant de chemin au précédent, estimés 1 800 fr ; ces propriétés étant nécessaires à l'établissement hospitalier
- 2° la ferme de Biécourt comprenant 19 pièces de près d'une contenance de 2 hectares 10 ares 70 centiares, et 66 pièces de terres d'une contenance de 15 ha 23 ares 79 ca, le tout estimé comme il est dit 28 000 fr
- 3° des fermages et créances diverses dans la mesure nécessaire pour compléter la somme qui leur était due.

M. LAMOTTE Jean Joseph Alfred, de Nancy, cousin germain de la défunte et son plus proche parent dans la ligne paternelle, héritier pour la moitié du tiers accordé à la famille, reçut :

les terres non réservés par le Bureau de Bienfaisance et situées à La Neuveville, d'une valeur de 3 200 fr, et sur les créances, ventes mobilières, numéraire, etc., la somme nécessaire pour parfaire ce qui lui était dû, soit au total 10 250 fr 75.

Enfin les NINOT de Châtel, cousins issus de germain de Mlle LAMOTTE, et ses plus proches parents dans la ligne maternelle, reçurent :

une part égale, soit 10 250 fr 75, formée de la ferme de Totainville estimée 6 800 fr, et d'une partie du produit de la vente mobilière.

Il fut stipulé que chacun jouirait de son bien à partir de ce jour, et que si les créances douteuses s'élevant à 2 169 fr 65 venaient à être remboursées dans l'avenir, elles seraient partagées selon les droits de chacun.

Le 24 juillet 1881, le Bureau de Bienfaisance rendait compte de cette liquidation, et demandait l'approbation préfectorale ; elle fut accordée le 16 septembre suivant.

Quant aux terres de Biécourt, devenues propriété du Bureau de Bienfaisance, leur revenu primitif a baissé considérablement : il était de 1 087 francs en 1881, de 625 fr seulement en 1887, il est de 705 fr l'année où l'abbé Petitjean rédige sa monographie.

Concernant l'établissement hospitalier que le Bureau de Bienfaisance était tenu de créer en acceptant la succession de Mlle LAMOTTE, des négociations étaient engagées, depuis quelque temps déjà, entre le maire de La Neuveville et la Supérieure des Sœurs du Saint-Esprit de Rouceux. Le premier traité au sujet de l'hospice fut signé le 28 octobre et approuvé le 9 novembre suivant. Le Bureau de Bienfaisance s'engageait à donner en toute jouissance aux religieuses, la maison et les terres de La Neuveville et à payer annuellement une somme de 300 francs à la religieuse des malades. En retour, les religieuses devaient fournir une sœur hospitalière pour soigner les vieillards, les malades et les enfants pauvres du village, et pour distribuer les secours en nature aux pauvres désignés par le Bureau de Bienfaisance, entretenir constamment à leurs frais un indigent de la commune, tenir à la maison un lit disponible (deux dans le cas de nécessité et par exception) pour recevoir momentanément un malade qui ne pourrait être soigné à domicile.

Le 10 novembre 1883, date de l'approbation du traité, est aussi le jour de l'occupation de l'immeuble par les religieuses du Saint-Esprit. Y entrèrent sœur Alphonse, supérieure, et sœur Philomène, qui fut remplacée l'année suivante par sœur Marthe.

Le premier traité était fait pour trois ans ; il fut renouvelé en 1886 pour 30 ans, mais une si longue durée ne fut pas approuvée, de sorte que le deuxième traité expira à son tour en 1889. Le deuxième bail était conçu dans les mêmes termes que le premier, sauf en ce qu'il autorisait les religieuses à faire à leurs frais tous les agrandissements qu'elles jugeaient convenables. Comme le Bureau de Bienfaisance ne pouvait rétribuer qu'une seule religieuse, il avait prévu dès le début la possibilité pour les sœurs de prendre des pensionnaires ; mais encore fallait-il pour cela un local plus vaste. En vertu du traité de 1886, et cette même année, Sœur Alphonse créa de nouvelles pièces d'habitation, en même temps qu'une troisième religieuse, Sœur Irénée, vint seconder les 2 premières. Une quatrième fut bientôt nécessaire d'autant plus que l'acquisition de la maison voisine par les Sœurs en 1891 donna à l'hospice une importance plus considérable.

Le dernier bail entre le Bureau de Bienfaisance et les Sœurs du Saint-Esprit fut fait le 9 avril 1889 pour une durée de 18 ans. Il est le même que le précédent, avec cette clause additionnelle : si les religieuses quittent l'établissement de leur bon gré, il ne leur sera donné aucune indemnité pour les travaux d'agrandissement. Mais dans le cas où, contre le gré des religieuses, soit par le fait du Bureau de Bienfaisance qui refuserait leur service, soit par la suite de mesures dont elles seraient l'objet, ces dernières ne pourraient plus remplir à La Neuveville les offices qui sont stipulés dans le présent contrat, il leur serait alloué une indemnité en rapport avec les constructions et améliorations entreprises par elles à l'hospice. C'est qu'en effet, il fallait dès lors prévoir des jours mauvais pour les communautés religieuses, dont le dévouement, inspiré par l'amour de Dieu, ne plaît pas aux ennemis de la religion. Du moins le Bureau de Bienfaisance et le conseil municipal de La Neuveville ont fait leur possible pour conserver les religieuses appelées par Mlle LAMOTTE.

Dans sa séance du 9 janvier 1902, le Bureau de Bienfaisance a donné son avis en réponse à la circulaire du 5 décembre 1901 : Considérant que les Sœurs du Saint-Esprit rendent des services importants à toute la population et spécialement à la classe pauvre de la commune en soignant les malades à domicile, il demande leur maintien dans l'établissement hospitalier.

Le conseil municipal approuve cette délibération le même jour. Appelé lui-même peu après à donner son avis, il demande à l'unanimité et pour les mêmes raisons dans sa séance du 9 mars le maintien des Sœurs du Saint-Esprit.

La même année, conformément à la loi de 1901, les religieuses déposaient une demande d'autorisation. Le Bureau de Bienfaisance, appelé à se prononcer de nouveau, persiste dans sa première décision. "Considérant que son avis favorable du 9 janvier a toujours les mêmes raisons d'être, que l'établissement hospitalier de La Neuveville a été autorisé par un décret du Président de la République le 24 septembre 1880, qu'on peut estimer à 700 le nombre des journées des personnes hospitalisées ou secourues à domicile", il insiste sur le maintien des Sœurs du Saint-Esprit.

Si l'abbé Petitjean, dans les années suivant 1905, ne doute pas que la population de La Neuveville unira leur souvenir dans un même sentiment de reconnaissance avec celui de Mlle LAMOTTE, fondatrice de l'établissement hospitalier, et les appellera comme elle "Bienfaitrices des pauvres" et souhaite que Dieu veuille que malgré les tristesses des temps actuels, elles continuent longtemps encore à accomplir le vœu de Mlle LAMOTTE, c'est-à-dire à soulager les pauvres et les malades, il lui est impossible de citer le nom de toutes celles qui ont aidé Sœur Alphonse, de vénérée mémoire, dans son œuvre de dévouement, autres que :

  • Sœur Félicie, Sœur Saint-André, Sœur Saint-Ambroise, de Sœur Clotilde et Sœur Saint-Pierre,
  • celles en fonction à l'époque de la rédaction de sa monographie : Sœur Germaine, supérieure, secondée par Sœur Marguerite, Sœur Saint-Antoine et Sœur Rosalie.

Donation Pierson

Le Bureau de Bienfaisance de La Neuveville répandait largement depuis 15 ans, soit par lui-même, soit par l'Hospice Lamotte, ses secours sur les pauvres et les malades quand une donation nouvelle et non moins généreuse vint lui permettre d'étendre encore son œuvre charitable.

Il s'agit de la donation de Pierre François Louis Pierson. Celui-ci, domicilié à Mirecourt, était originaire de La Neuveville par sa famille. Marie Françoise Rosalie Perrin, sa mère, était la fille de Pierre Perrin, lequel eut pour frère l'abbé Joseph Perrin, pour sœurs Elisabeth Perrin (décédée religieuse à l'hôpital de Saint-Cloud) et Marguerite Dorothée Perrin (religieuse Clarisse à Neufchâteau, avant la Révolution).

Louis Pierson, qui tenait de ses parents de nombreuses terres aux environs de La Neuveville, voyait avec regret diminuer chaque jour la valeur de la propriété foncière. Il en attribuait la cause et la raison à la dépopulation des campagnes, par suite de l'émigration des habitants vers les villes et la diminution de la natalité. Il résolut donc, exécutant en cela une dernière volonté de sa mère, de secourir les habitants de la campagne. Dès l'année 1892, il proposa à la commune de Châtenois de l'aider à créer un hospice cantonal, mais le concours de la majorité des communes ayant fait défaut, il abandonna son projet. Il le reprit quelques années plus tard sous une autre forme, pour le plus grand bénéfice des pauvres de La Neuveville.

L'acte de la donation Pierson est du 11 février 1896, rédigé par Me Aubry, notaire à Mirecourt, en présence de Me J.B. Morlot, maire et président de la commission administrative du Bureau de Bienfaisance de La Neuveville, son cousin issu de germain.

Louis Pierson déclare donner, pour en jouir à partir du jour de l'autorisation préfectorale, au Bureau de Bienfaisance de La Neuveville, les propriétés suivantes :

  • 1 hectare, 20 ares, 8 centiares de prés et 7 hectares, 40 ares, 10 centiares de terres labourables à Balleville ;
  • 40 ares, 88 centiares de terres à Châtenois ;
  • 1 hectare, 29 ares, 45 centiares de prés à Dombrot-sur-Vair ;
  • 1 hectare, 22 ares, 64 centiares de prés à Longchamp-sous-Châtenois ;
  • 10 ares, 22 centiares de terres à La Neuveville-sous-Châtenois,

au total : 15 hectares, 26 ares, 75 centiares dont 14 prés d'une contenance de 6 hectares, 53 ares, 79 centiares ; et 41 terres labourables d'une contenance de 8 hectares, 72 ares, 96 centiares ; toutes ces propriétés lui revenant à la somme de 30 000 fr. et ne rapportant que 900 fr.

Il les donne au Bureau de Bienfaisance de La Neuveville, parce que cette commune est le berceau de la famille de sa mère, et que lui, ainsi que ses parents y ont toujours reçu les témoignages les plus affectueux. Il interdit de les aliéner avant 60 ans dans l'espoir qu'elles reprendront un jour leur ancienne valeur. Le revenu de ces immeubles, déduction faite de l'impôt, sera employé chaque année au soulagement des familles de la commune "les plus méritantes et comptant le plus grand nombre d'enfants".

  • Chaque famille secourue recevra au moins cent francs et au plus trois cents, en argent ou en nature.
  • Celles dont le chef s'adonne notoirement à l'ivrognerie sont formellement exclues du bénéfice de cette donation.
  • Les enfants des familles secourues devront être nés dans la commune même, ou nés au-dehors, mais de père et de mère qui, après une absence momentanée, seront revenus se fixer définitivement dans la commune et dont l'un ou l'autre au moins sera originaire du canton de Châtenois, ou du canton de Mirecourt.

La rente se nommera "Rente Sainte Marie-Rosalie" en souvenir de sa mère.

À partir du décès de M. Pierson, le Bureau de Bienfaisance de La Neuveville devra servir à Marie Sophie Augustine Bonvouloir, en récompense des soins assidus et dévoués qu'elle a donnés pendant 18 ans à la mère de M. Pierson, une pension annuelle et viagère de 200 francs, payable par trimestre. Il devra de plus entretenir la tombe de M. Pierson père, qui renferme aussi les ossements de l'abbé Joseph Perrin, décédé curé de Mirecourt, celle de Mme Pierson mère, et celle du donateur après sa mort.

Les clauses de la donation Pierson furent acceptées par le Bureau de Bienfaisance dans sa séance du 22 mars suivant qui adressa au généreux bienfaiteur "ses plus vifs et ses plus sincères remerciements au nom des familles qui seront appelées à en bénéficier". L'autorisation préfectorale fut accordée sans retard le 20 juin. Cette même année, le Bureau de Bienfaisance percevait pour la première fois les loyers s'élevant à 824 francs et distribuait une somme de 650 francs, le reste étant absorbé par les impôts et par les frais. L'année suivante, les revenus de la donation montaient à 855 francs, mais la distribution donna lieu à de sérieuses difficultés.

Le Bureau de Bienfaisance avait fixé à 3 enfants en bas âge, le nombre nécessaire comme base de répartition : il proposait de distribuer ainsi 700 francs sur les revenus de 1897 : 4 secours de 125 francs et un de 200 francs. Mais le donateur fut d'avis que 3 enfants ne suffisaient pas pour constituer une famille nombreuse et que celle qui avait reçu 200 francs méritait davantage, soit le maximum 300 francs. Il écrivit donc aux membres de la commission, et même leur fit sommation par huissier de se conformer aux conditions qu'ils avaient posées, menaçant de faire annuler la donation. Le Bureau de Bienfaisance décida, le 24 avril, qu'aucune distribution ne serait faite jusqu'à ce que M. Pierson soit venu donner des explications sur les familles qu'il entendait secourir. Lorsqu'il eut fait savoir qu'il ne pouvait se rendre à La Neuveville, le président lui envoya la liste de tous les pères de famille qu'on voulait secourir, lui demandant sa décision. Louis Pierson répondit au maire, le 11 mai :

"Vous connaissez mieux que personne, puisque vous étiez présent à l'acte du 11 février 1896, le but que je désirais atteindre : Encourager les natalités dans les familles de la campagne, attacher l'enfant du village au sol fécondé par ses pères, arriver ainsi à diminuer l'émigration des populations rurales dans les grands centres, et à restituer à la propriété immobilière la valeur qu'elle a perdue ; voilà l'idée que j'ai eue en fondant la « rente Sainte Marie-Rosalie ». C'est vous dire que les familles nombreuses seules pourront en bénéficier. Mais que faut-il entendre par familles nombreuses ? Reportez-vous au préambule de l'acte de donation, vous y lirez avec quel regret je constate qu'aujourd'hui, il n'y a plus à La Neuveville que 15 familles ayant plus de 3 enfants, tandis qu'il y a 30 ans, les familles de 8 enfants étaient loin d'être rares. Ces réflexions ne précisaient-elles pas ma pensée ? Une famille de 3 enfants n'est pas suivant moi une famille nombreuse, et, à moins de circonstance la rendant exceptionnellement intéressante, elle ne doit pas bénéficier des revenus des biens donnés ..."

Le malentendu continua quelque temps encore. M. Pierson écrivit au préfet le 25 juin : le Bureau de Bienfaisance, invité à donner des explications, répondit en manifestant et sa bonne volonté et son embarras : il pria une deuxième fois le donateur de venir à La Neuveville ou de recevoir son président à Mirecourt. Enfin une lettre du 3 octobre à M. PIERROT mit fin à l'incident.

"Vous avez bien voulu, Monsieur le Maire, écrivit M. Pierson, me poser un certain nombre de questions sur la manière dont les revenus des immeubles donnés doivent être distribués. Il est impossible de faire une classification des familles à secourir. Mon but a été d'encourager la natalité et le travail. J'ai voulu que la rente Sainte Marie-Rosalie fut distribuée en prime de 100 francs au moins et de 300 francs au plus en argent ou en nature aux familles les plus nécessiteuse et comptant le plus grand nombre d'enfants. J'ai seulement exclu formellement du bénéfice de cette répartition celles dont le chef s'adonne notoirement à l'ivrognerie, c'est-à-dire non seulement se trouve en état d'ébriété manifeste, mais encore dépense au café la notoire partie de son gain journalier. Sur ces questions de détail, je m'en rapporte à la sagesse et à l'impartialité du Bureau de Bienfaisance."

À partir de ce moment, toute difficulté disparut, et si cet incident fut regrettable, il eut du moins l'avantage de faire préciser au donateur ses intentions. M. Pierson est mort peu après, le 10 janvier 1899. Depuis ce jour, suivant une des clauses de la donation, le Bureau de Bienfaisance donne par trimestre une pension viagère de 200 francs à Marie Bonvouloir. Les revenus à distribuer ont donc diminué d'autant ; En 1906, ils étaient de 840 francs ; après avoir payé cette pension, les impôts et les frais de toute nature, le Bureau de Bienfaisance a distribué 489 francs, soit 4 secours de 100 francs et 1 de 89 francs.

Par son testament en date du 13 mai 1898, Louis Pierson donnait encore le quart de son linge et ses près de La Neuveville à l'hospice LAMOTTE, à la condition qu'un lit y serait fondé et porterait un écriteau avec cette inscription : « Sainte Marie-Rosalie », en souvenir de sa mère. Ce leg n'a pas été exécuté. Dans sa délibération du 23 septembre 1899, considérant que quelques jours avant sa mort, M. Pierson a distrait le meilleur de ses près de La Neuveville loué 250 francs pour le donner au Bureau de Bienfaisance de Gironcourt (la mère de Mme Pierson, Marie Françoise CHAROTTE épouse de Pierre PERRIN était de Gironcourt) ; qu'il ne reste que le pré de la Maix, loué 110 francs, somme insuffisante pour l'entretien d'un pensionnaire, le Bureau de Bienfaisance accepta la libéralité en proposant que l'écriteau fut placé près d'un lit entretenu par les sœurs. Mais le décret présidentiel, vu les déclarations des héritiers, leur situation de fortune et les délibérations du Conseil Général en 1899, 1900, 1901, refusa de l'autoriser à accepter le legs immobilier fait à l'hospice LAMOTTE.

On connaît la dernière clause du testament de M. Pierson.

"C'est mon beau département qui sera mon légataire universel, moins ce que je donne dans le présent testament. Mes propriétés ne seront pas vendues avant 80 ans."

Les revenus sont destinés à soulager les pauvres de l'arrondissement de Mirecourt. Comme on le pense, ces dispositions n'ont pas été de nature à satisfaire les héritiers, pas plus que la ville de Mirecourt : il n'en est pas moins vrai que Louis Pierson reste le bienfaiteur des pauvres et en particulier ceux de La Neuveville, où la "rente Sainte Marie-Rosalie" lui conservera un durable et reconnaissant souvenir.

NOTA : Le 9 avril 1907, le Conseil Général des Vosges nomme la commission de répartition des revenus de l'année 1907. Ils sont évalués à 18 612 fr 60, sur lesquels il faut défalquer 2 600 francs pour diverses charges. Reste 16 012 fr 60 sur lesquels on distribuera 1 200 fr à 115 familles remplissant les conditions voulues par le testateur.

Bibliographie

  • Auguste Digot, Histoire de Lorraine, Nîmes, C. Lacour, (1re éd. 1856 Vagner à Nancy) (ISBN 2841492532) 
  • Monographie de l'abbé Petitjean (curé de La Neuveville-sous-Châtenois, avant 1914), publiée dans le bulletin paroissial du village.

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