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Binarité de sexe

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La binarité de sexe est un concept utilisé en sciences sociales pour désigner les différences biologiques entre les femmes et les hommes.

Les personnes intersexes sont considérées par certains comme des exceptions à la binarité de sexe[1], ce que beaucoup de personnes intersexes et certains chercheurs contestent. Ils se désignent parfois par sexe neutre[2].

Histoire et définition

Le concept de binarité de sexe désigne la dualité biologique femme / homme. Ce concept a émergé au sein des mouvements féministes et marxistes dans les années 1970 en parallèle des questionnements sur la question du genre[3],[4],[5].

Selon Judith Butler, c’est la « performativité de la binarité sexuelle qui l'a rendue hégémonique, instituant le dogme de l’hétéronormativité »[5]. Selon Butler, la binarité sexuelle aurait une essence biologique et anatomique sur laquelle auraient fonctionné toutes les sociétés traditionnelles[5].

Continuum sexuel

Anne Fausto-Sterling suggère une classification en cinq sexes (mâle, femelle, « merm », « ferm », et « herm ») et un abandon de la classification binaire des sexes socialement construite des hommes et des femmes. Dans son article Les cinq sexes: Pourquoi hommes et femmes ne sont pas assez, elle expose l'existence des personnes intersexes possédant une combinaison de « parties génitales ». L'existence de ces individus conteste cette binarité standard et remet en question la construction de l'égalité dans la société[6].

La biologiste Anne Fausto-Sterling montre, notamment par l'étude de la question de l'intersexuation, que nos structures reproductives sont, selon elle, presque dimorphes mais pas complètement [7],[8],[9],[10]. Il existe un ensemble de critères d’ordre biologique que la sociologie ne nie pas, mais explique que le travail par lequel ces critères sont liées ensemble et unifiées est en revanche un fait social : l’existence de variable continue (« continuum sexuel »[11]) pour chacun des critères montre une volonté sociale d'une classification dichotomique [12],[13]. Les travaux d'Anne Fausto-Sterling et notamment l'idée d'un continuum sexuel sont cependant contestés par d'autres chercheurs[14].

Certaines personnes intersexes revendique parfois l'appartenance à un troisième genre[2]. En 2017, en France, la Cour de cassation a rejeté la mention « sexe neutre » pour l'inscription à l’état civil français[2].

Critiques

Selon Alex Byrne, professeur de philosophie au MIT, Anne Fausto-Sterling base son assertion d'un « continuum sexuel » ou d'un « spectre des sexes » sur l'analyse des chromosomes sexuels. Selon Byrne, cela est complètement erroné. Les femelles de nombreuses espèces ont des chromosomes sexuels différents et les sexes « sont essentiellement définis par les gamètes qu'ils produisent »[15]. Les femelles produisent de gros gamètes et les mâles en produisent de petits. Il n'existe pas d'autre type de gamètes dans le monde animal le sexe est donc binaire[15]. Pour les cas de troubles du développement sexuel, Byrne suggèrent qu'une classification binaire est toujours possible : les femelles étant celles qui ont parcouru une certaine distance sur la voie du développement de la production de gamètes de grande taille et inversement pour les mâles[15].

Toujours selon Alex Byrne, la contestation de la binarité de sexe est une utilisation particulière de la biologie pour guider des questions sociales et juridiques, ce qui est à ses yeux complètement erroné. Les personnes qui ne se reconnaissent pas dans la binarité de sexe devraient être libres comme tout le monde de vivre et de travailler sans être stigmatisées que le sexe soit binaire ou non[15].

Pour les défenseurs du concept de binarité de sexe, les troubles du développement sexuel sont extrêmement rares et touchent moins de 0,02 % de la population[14], y compris le syndrome d'insensibilité aux androgènes et l'hyperplasie congénitale des surrénales, et sont tous des déviations médicalement identifiables de la norme sexuelle binaire humaine[16]. Selon les pédiatres de l'American College of Pediatricians, regroupant des professionnels de la santé de tendance conservatrice aux États-Unis, la sexualité humaine est binaire par nature dans le but de reproduire notre espèce sauf dans le cas de rares troubles du développement sexuel[16].

En biologie, un organisme est mâle ou femelle s'il est structuré pour jouer l'un des rôles respectifs dans la reproduction. Cette définition n'exige pas de caractéristiques ou de comportements physiques arbitraires, mesurables ou quantifiables ; elle exige la compréhension du système reproducteur et du processus de reproduction[17].

Selon Kathleen Stock, Professeur de philosophie à l'Université du Sussex, une distribution bimodale (hommes et femmes) avec des « valeurs aberrantes prévisibles » (personnes intersexuées), ne constitue pas un « spectre »[18].

Références

  1. Mohamed Chaaben, « Le sexe neutre et le paradigme de la binarité des sexes », Les Annales de droit, no 11,‎ , p. 87–106 (ISSN 1955-0855 et 2606-1988, DOI 10.4000/add.524, lire en ligne, consulté le 26 novembre 2018)
  2. 2,0, 2,1 et 2,2 « La binarité des sexes à l’état civil et l’intersexuation », sur www.lecourrierduparlement.fr (consulté le 9 janvier 2019)
  3. Hélène Rouch, « La dualité dans la reproduction sexuée », in Marie-Blanche Tahon (dir.), Des frontalières, Actes du 4e Congrès international des recherches féministes dans la francophonie plurielle, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 2007, 181 p., p. 27-44
  4. Hélène Rouch, Les corps, ces objets encombrants : contribution à la critique féministe des sciences, Donnemarie-Dontilly, Editions iXe, 2011, 231 p.
  5. 5,0, 5,1 et 5,2 Haicault, Monique. "Autour d’agency. Un nouveau paradigme pour les recherches de Genre." Rives méditerranéennes 41 (2012): 11-24.
  6. (en) Morgan Holmes, Intersex: A Perilous Difference, Associated University Presse, , 17 p. (ISBN 978-1-575-91117-5, lire en ligne).
  7. (en) Fausto-Sterling Anne, Myths of gender: biological theories about women and men, New York, BasicBooks, (ISBN 978-0-465-04792-5)
  8. (en) Fausto-Sterling Anne, Sexing the body: gender politics and the construction of sexuality, New York, Basic Books, (ISBN 978-0-465-07714-4)
  9. Fausto-Sterling Anne, Corps en tous genres : La dualité des sexes à l'épreuve de la science, Paris, La Découverte, (ISBN 9782707169105)
  10. (en-US) Anne Fausto-Sterling, « Opinion | Why Sex Is Not Binary », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 20 février 2019)
  11. Anne Fausto-Sterling et Priscille Touraille (trad. Michal Raz), « Autour des critiques du concept de sexe. Entretien avec Anne Fausto-Sterling », open edition journals,‎ (lire en ligne)
  12. Delphy Christine, L’ennemi principal 2. Penser le genre, Paris, Éditions Syllepse, , 366 p. (ISBN 978-2-84950-395-9), p. 252
  13. Cynthia Kraus, La bicatégorisation par “sexe” à l’épreuve de la science : le cas des recherches en biologie sur la détermination du sexe chez les humains, Editions des archives contemporaines/ Histoire des sciences, des techniques et de la médecine, (ISBN 90-5709-015-5), p. 187-213
  14. 14,0 et 14,1 (en) Leonard Sax, « How common is lntersex? A response to Anne Fausto‐Sterling », Journal of Sex Research, vol. 39, no 3,‎ , p. 174–178 (ISSN 0022-4499 et 1559-8519, DOI 10.1080/00224490209552139, lire en ligne, consulté le 14 novembre 2018)
  15. 15,0, 15,1, 15,2 et 15,3 Alex Byrne, « Is Sex Binary? », sur Arc Digital, (consulté le 10 janvier 2019)
  16. 16,0 et 16,1 (en-US) « Gender Dysphoria in Children », American College of Pediatricians,‎ (lire en ligne, consulté le 15 octobre 2018)
  17. « Part Three: Gender Identity – Sexuality and Gender », sur The New Atlantis (consulté le 23 janvier 2019)
  18. (en) Kathleen Stock, « Why self-identification should not legally make you a woman », sur The Conversation (consulté le 19 février 2019)

Articles connexes

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