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Campagne de Jacques Duchesneau à la mairie de Montréal

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La campagne de Jacques Ducheneau à la mairie de Montréal se déroule lors de l'élection municipale montréalaise de 1998. Duchesneau s'oppose notamment à Pierre Bourque.

Duchesneau se présente à la mairie suite à son départ de la direction du Service de police de la Communauté urbaine de Montréal (SPCUM). Il fonde alors le parti Nouveau Montréal à cette fin. La campagne de Duchesneau a été marquée par divers incidents, dont un entartrage, des allégations de fraude fiscale et de bigamie politique, et des engagements électoraux controversés, comme la promesse d'investissements privés d'un demi-milliard de dollars à Montréal s'il était élu. Le parti de Duchesneau a été battu par Vision Montréal, la formation politique du maire sortant Pierre Bourque. Des allégations de financement politique illégal vont revenir hanter Duchesneau plusieurs années plus tard.

Personnalité sollicitée

Dans les premiers mois de 1998, Jacques Duchesneau était sollicité de toutes parts. Ainsi, en janvier, le Conseil privé d'Ottawa avait offert à Duchesneau de devenir directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS)[1].

À la même époque, Duchesneau était encouragé à se lancer en politique, notamment par des sondages. Ainsi, en mars 1998, la maison de sondage SOM publiait que Duchesneau jouissait d'un taux de satisfaction de la population de 82,2 %, comparativement à 45,5% pour Pierre Bourque, le maire de Montréal et chef du parti Vision Montréal. « Il a d'énormes appuis dans le milieu des affaires et toutes ces pressions l'ont amené à reconsidérer sérieusement sa décision [de ne pas aller en politique] », a déclaré à La Presse l'homme d'affaires et ancien joueur de hockey Serge Savard, qui était un bon ami de Duchesneau[2].

Parmi ses partisans, on retrouvait Pierre Péladeau, le fondateur de l'empire Québecor. Dans sa biographie, on apprend que Duchesneau avait consulté Péladeau relativement à un éventuel saut en politique. Ce dernier lui avait alors conseillé de considérer de se présenter à la mairie de Montréal, s'il voulait vraiment faire carrière en politique[3].

Bernard Bujold, ex-adjoint au président de Quebecor, a révélé que Péladeau avait demandé conseil à Duchesneau alors qu'il voulait acquérir une arme à feu. Avec l'aide de l'armurier du SPCUM, Péladeau s'était très vite retrouvé équipé d'un Backup DA de calibre 380, « assez petit pour tenir dans la poche d'un veston », avec en prime le privilège de pouvoir l'essayer en compagnie de Duchesneau au centre de tir de la police. « C'est tout à fait normal, a commenté Bujold. Québecor était une compagnie importante. Duchesneau se devait donc de rencontrer son président afin de le conseiller sur sa sécurité personnelle[4].

Vers la fin de mars 1998, un nouveau sondage SOM indiquait que Duchesneau devançait pour la première fois légèrement l'ex-maire de Montréal Jean Doré dans les intentions de vote des Montréalais[5]. À ce moment-là, Duchesneau avait déjà annoncé son intention de quitter la police dès le 1er avril[6].

Deux semaines après son départ du SPCUM, Duchesneau a déposé une demande d'autorisation de former un nouveau parti, du nom de Parti Nouveau Montréal, auprès du Directeur général des élections (DGE). La Presse écrivait alors que plus de la moitié des 51 conseillers municipaux auraient frappé à la porte du futur candidat à la mairie de Montréal pour discuter des possibilités de se joindre à lui[7].

Fraude fiscale et bigamie politique

Dès avril 1998, les tuiles commencent à s'abattre sur la campagne électorale de Duchesneau alors que celui-ci n'a même pas encore annoncé officiellement sa candidature. Ainsi, les médias révélaient qu'un des responsables du financement de la campagne de Duchesneau, Yves Rajotte, avait déjà été condamné pour évasion fiscale en 1995. Rajotte, un homme d'affaires qui avait déjà été coordonnateur des campagnes de financement du Parti libéral du Québec, avait plaidé coupable et dû payer une amende de 18 785 $ pour avoir omis de déclarer pour plus de 100 000 $ de revenus lors des années 1990, 1991 et 1992. « M. Rajotte n'est pas un renégat. Il a droit à toute ma considération », a alors soutenu Duchesneau[8].

Une semaine plus tard, Duchesneau congédiait Rajotte après avoir appris que celui-ci lui avait caché de nombreux démêlés avec la justice. Rajotte avait en effet payé une amende de 50 $ pour une affaire de conduite avec les facultés affaiblies, en 1978, et avait écopé d'une amende de 150$ dans une affaire de délit de fuite, en 1983, sans compter des condamnations par des tribunaux civils. « Il m'a répété plusieurs fois que rien dans son passé ne pouvait entacher la réputation de notre parti. J'ai fait une erreur, je l'ai cru », a déclaré Duchesneau[9].

Au même moment, une autre controverse éclatait, cette fois-ci sur le rôle joué par Francis Hooper, un ami de Rajotte, et surtout, l'organisateur de Thérèse Daviau, cheffe du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM) et officiellement adversaire de l'ex-directeur du SPCUM dans la course à la mairie de Montréal. Or, malgré son affiliation au RCM, Hooper avait déjà commencé à recruter des gens pour le compte de la campagne de Duchesneau[10]. « J'ai demandé à M. Hooper de se décider rapidement. On ne peut pas jouer sur les deux tableaux à la fois », s'est défendu Duchesneau[11].

L'entartrage

Le 21 mai est le jour du lancement officiel de la campagne de Duchesneau. « Quelque 2200 invités se pressaient sur le plancher de la gare Windsor au son de Toujours vivant chanté par le chorale de l'Accueil Bonneau. Joëlle Tardif, sa compagne depuis cinq ans, était à ses côtés. Ses fils, Dominic, 21 ans et Jean-Philippe, 18 ans, aussi. RDI diffusait en direct. L'esprit était à la fête. Souriant et sûr de lui, Duchesneau s'apprêtait à prendre la parole lorsqu'un entarteur a tout gâché », écrit Nathalie Petrowski de La Presse[12].

À ce moment-là, Duchesneau avait réagi avec humour, déclarant aux partisans que c'était moins pire que de se faire couper la moustache. Une réaction qu'il regretta par la suite. « Je ne vois vraiment pas ce qu'il y avait de comique ni pourquoi on aurait dû trouver ça drôle. Une tarte à la crème ou une gifle, pour moi c'est du pareil au même. C'est une voie de fait. Et si je dois me faire entarter pour être élu, alors oubliez-moi, ça bouscule trop mes valeurs. Je l'ai fait une fois, on ne m'y reprendra plus », dit-il.

« La tarte dans la face, il ne l'a jamais pris, a raconté un ancien compagnon de route à La Presse. Ça l'a rendu paranoïaque. On s'est retrouvés avec plein d'anciens policiers dans le bureau. Quand il sortait, il avait son chauffeur, son accompagnatrice, son attaché de presse, un responsable de la sécurité et un ancien gars de la GRC. Pendant ce temps, Pierre Bourque se faisait photographier en jouant à la balle avec des enfants au parc Jarry »[13].

L'affaire Provençal refait surface

En juillet, Dan Philips, président de la Ligue des Noirs du Québec et candidat pour le RCM, s'en est pris au passé policier de Duchesneau en rappelant l'affaire Provençal, qui avait valu à ce dernier un blâme de la part de la Commission de police du Québec, l'ancêtre du Commissaire à la déontologie policière, en 1984. « Il a mis les gens par terre nus. Il n'avait pas le droit de faire ça. Il a utilisé des béliers pour défoncer les portes, il n'avait pas le droit », a souligné Philips, pour qui ces actes constituaient une « violation des droits de l'Homme de la pire espèce »[14].

Le lendemain, Duchesneau était introuvable. Le chef du parti Nouveau Montréal avait délégué Michael Polak, candidat de sa formation, pour affronter les journalistes. « C'est faux, a clamé Polak. M. Duchesneau n'était même pas là! Je lui ai parlé au téléphone de tout ça et il m'a confirmé qu'il n'a rien à voir avec toute cette histoire »[15].

Les journalistes ont cependant rapidement mis en doute crédibilité de Polak lorsqu'il a été établi que ce dernier n'avait même pas pris connaissance du rapport de la Commission de police[16]. « Tout ce que je sais, c'est que M. Duchesneau dit que ce n'était pas lui qui était visé par le blâme de la Commission », a tenté de faire valoir Polak[17].

Duchesneau a brisé le silence le lendemain. « Ça ne devrait pas faire la manchette. Je n'ai jamais accordé aucune crédibilité à Dan Philips. [...] Moi, pendant 30 ans, je n'ai pas fait que gueuler comme a fait M. Philips. Moi, j'ai travaillé. J'ai travaillé pour assurer la sécurité des gens, a martelé Duchesneau en conférence de presse. Jamais je ne serais allé en politique si j'avais eu des squelettes dans le garde-robe. Et ça, ce n'est même pas un squelette, c'est une erreur »[18].

Duchesneau a déclaré de plus avoir informé les autorités politiques de ces événements lors de sa nomination comme directeur du SPCUM, en 1993. Une affirmation mis en doute par Michel Lemay, qui siégeait à l'époque au comité exécutif de la CUM. « Je n'ai pas souvenir que ces événements aient été mentionnés au comité exécutif », a dit Lemay.

Les engagements

En août, Duchesneau a présenté son premier engagement formel de la campagne électorale : la construction d'un stade de baseball au centre-ville. Le chef du parti Nouveau Montréal a affirmé que les contribuables pouvaient faire un effort financier de 37 millions $ pour soutenir le projet. Le Devoir a alors relevé que le codirecteur de la campagne de Duchesneau, Richard Le Lay, agissait également à titre de conseiller auprès de Claude Brochu, président de l'équipe de baseball les Expos[19].

Duchesneau s'est également engagé à geler les taxes foncières jusqu'en l'an 2002, sans toutefois démontrer comment il y parviendrait. « Là où on va couper, ça va dépendre des vents et des surprises qui nous attendent », a expliqué Duchesneau[20].

Nouveau Montréal a aussi proposé d'abolir la surtaxe sur les immeubles non résidentiels, d'instaurer neuf mairies de quartier, de diminuer le nombre de conseillers de 51 à une trentaine, de réduire le comité exécutif en le faisant passer de neuf à six membres, d'unifier les services de protection des incendies sur le territoire de la CUM et de promouvoir l'établissement d'un train léger sur le boulevard Henri-Bourassa[21].

En septembre, un sondage indiquait que Duchesneau était en chute libre, passant pour la première fois sous la barre du 20 % dans les intentions de vote. Alors qu'ils étaient pratiquement à égalité il y a à peine un mois, le maire Bourque et Duchesneau étaient maintenant séparés par dix points de pourcentage[22].

Le 16 octobre, à la toute fin d'un débat télévisé organisé par le réseau TVA, Duchesneau promis des investissements privés de un demi-milliard de dollars à Montréal s'il était élu, tout en taisant le nom de ces mystérieux hommes d'affaires. « Jamais je ne vous dévoilerai les noms de ces gens avant le 1er novembre [jour du vote] », a ajouté Duchesneau[23].

Duchesneau a affirmé avoir rencontré un groupe de gens d'affaires qui hésitaient entre Montréal, Toronto et Boston pour investir 500 millions $. « Ce sont principalement des Montréalais des communautés juives et anglophones. Ils attendent pour voir s'il y aura du leadership à Montréal. Ils m'ont dit: "Mes enfants ont quitté Montréal, dites-moi pourquoi je devrais investir à Montréal?" Je leur ai dit qu'il y aurait un vrai leader qui prendrait soin de leurs intérêts [si j'étais élu] et qu'il y aurait une augmentation de la valeur des propriétés à Montréal », a-t-il expliqué.

Jean Doré, candidat pour Équipe Montréal, a accusé Duchesneau de se livrer au « chantage électoral ». Duchesneau a offert un indice sur l'identité des investisseurs après le débat, en suggérant aux journalistes un lien avec le projet immobilier près de la station de métro de Villa Maria[24]. Le président du Groupe immobilier Alliance, Jonathan Siegler, qui avait exprimé un intérêt dans ce projet, a rapidement tenu tient à se dissocier des propos de Duchesneau. « Notre groupe investit à Montréal depuis 30 ans et continuera de le faire peu importe le maire », a-t-il fait savoir par voie de communiqué[25].

À trois jours du vote, Duchesneau s'est ravisé et a révélé le nom de l'investisseur en question. Il a alors déclaré qu'il espérait un investissement de 465 millions $ de CIT International, dirigé par un certain John Barroll Brown. « Honnêtement, l'instabilité politique actuelle suscite des inquiétudes. Dans l'éventualité d'un changement d'administration et de votre élection, je peux confirmer que mon groupe serait prêt à considérer des investissements de 180 millions de livres en faisait l'acquisition de biens immobiliers dans la région de l'ordre de 180 millions de livres [soit 465,9 millions en dollars canadiens] », a écrit Barroll dans une lettre obtenue par Le Devoir[26].

Joint par La Presse, Barroll Brown a toutefois indiqué que « ce n'est pas clair » que l'élection de l'un ou l'autre des autres candidats en lice l'amènerait à battre en retraite. Il a révélé à cette occasion qu'il n'avait jamais rencontré Duchesneau et qu'il ne connaissait « presque rien » de son programme, ajoutant qu'il en savait encore moins sur les autres candidats. « Je ne les connais pas et ça ne m'intéresse pas de les connaître. La politique n'est pas mon point fort », a-t-il lancé[27].

La défaite

Le 1er novembre, jour du scrutin, Nouveau Montréal ne réussi qu'à faire élire 3 candidats (Germain Prégent, Philippe Bissonnette et Michael Applebaum) sur 51 sièges tandis que le maire sortant Pierre Bourque est réélu pour un second mandat à l'hôtel de ville. « Nouveau Montréal, I shall return », a lancé Duchesneau devant ses partisans[28].

Certains organisateurs du parti ont fait leur mea culpa. « Les communications étaient mal gérées et Jacques Duchesneau a été mal vendu. On a créé une campagne trop grosse, trop détachée de la réalité des Montréalais, a confié Yves Dupré, un des codirecteurs de la campagne de Duchesneau. Son image de policier lui a nui. Elle lui est restée collée à la peau »[29].

« Six mois après mon départ du Service de police, vous publiez encore parfois ma photo en uniforme », a reproché Duchesneau aux médias. « Vous avez pourtant promis, dans un récent débat télévisé, de servir la population ET les policiers », lui a alors rétorqué un journaliste. « C'était un lapsus. Il m'arrive de m'enfarger. J'ai mes forces et mes faiblesses », a répondu Duchesneau[30].

Duchesneau dit conserver peu de bons souvenirs de la campagne. « J'ai trouvé ça très, très difficile. Du jour au lendemain, les gens se mettent à dire n'importe quoi sur votre compte et il faut prendre ça avec le sourire. J'ai dit à ma femme et à mes enfants de ne plus écouter les lignes ouvertes. Je ne pensais pas que j'allais devenir un déchet du jour au lendemain. Mais j'ai la tête dure et je vais continuer », affirme-t-il[31].

« Si dans trois ans, je suis encore une police dans la tête des gens, je ne m'accrocherai pas », ajoute-t-il. S'il est prêt à renoncer à la mairie, Duchesneau se verrait cependant bien président du comité exécutif.

Nouveau Montréal, suite et fin

Les relations entre Duchesneau et les trois conseillers municipaux élus sous la bannière de son parti se sont détériorées dans les mois suivant les élections. En mai 1999, c'est un journaliste de La Presse qui apprit aux trois élus de Nouveau Montréal que leur chef venait tout juste d'être nommé président de VéhiTech et qu'il convoitait le poste de secrétaire général d'Interpol (voir ci-dessous). Les trois conseillers ont alors déclarés qu'ils auraient aimés que Duchesneau les prévienne, question de ne pas apprendre sa nomination en lisant le journal[32].

Reprochant à Duchesneau de les avoir abandonnés, les conseillers Prégent et Bissonnette ont tous deux claqués la porte du parti pour siéger comme indépendants en décembre 1999. « Quand tu n'as aucun encouragement de ton chef, tu ne vas pas très loin et tu es vite démotivé », a expliqué Prégent, qui a dit ne pas croire que Duchesneau quand il affirme vouloir briguer la mairie aux prochaines élections[33].

En septembre 2000, Duchesneau a confié à La Presse ne plus savoir s'il allait à nouveau se lancer à l'assaut de la mairie. « Il s'est désintéressé des affaires municipales depuis plus d'un an. Le parti Nouveau Montréal est un parti qui n'a plus de vie politique, une structure légale qui a des dettes. C'est tout », déclara le l'ex-conseiller de Nouveau Montréal Bissonnette[34].

En janvier 2001, Duchesneau a confirmé qu'il ne se représentera pas à la mairie de la nouvelle Ville de Montréal. « J'ai fait le choix du monde des affaires, a-t-il expliqué, où les seules critiques que l'on reçoit viennent des actionnaires si l'on ne donne pas des rendements. [...] J'ai bâti ma vie et ma carrière sur la vérité. Et parfois toute vérité n'est pas bonne à dire, spécialement en politique ». Duchesneau a laissé le parti qu'il a contribué à créer avec une dette de 400 000 $[35].

Allégations de financement politique illégal

En novembre 2010, un ancien organisateur du parti Nouveau Montréal, Gilles Prud'homme, a déclaré durant un reportage du réseau TVA que Duchesneau lui avait demandé d'agir à titre de prête-nom pour cacher la provenance d'un prêt de 10 000$ obtenu après sa défaite électorale aux élections municipales de 1998. « J'ai agi comme prête-nom. Il m'a demandé de lui rendre service. C'était un appel personnel, a expliqué Prud'homme. C'est sûr que c'est un peu contourner la loi, mais je pense que s'il voulait payer rapidement sa dette [de campagne électorale], c'était une façon de le faire ».Le reportage a aussi allégué qu'un second prêt de 10 000$ accordé par une certaine Marie-Claude Montpetit aurait été fait à l'ancien parti municipal de Duchesneau. Or, cette madame Montpetit n'aurait jamais habité à l'adresse fournie dans les documents officiels. L'adresse correspondrait plutôt à un immeuble dont Gilles Prud'homme est propriétaire. Le prénom de Montpetit n'apparaissait à aucun endroit dans le document. Notons que la loi électorale québécoise limite les prêts qu'un individu peut faire à un parti politique à 10 000$[36].

Au moment de la diffusion du reportage, Duchesneau était directeur de l'Unité anticollusion. Duchesneau a réagi aux allégations en se retirant temporairement de ses fonctions, le temps que le DGE fasse toute la lumière sur cette affaire. « Je n'ai jamais demandé à quiconque d'agir comme prête-nom pour dissimuler la source d'un emprunt de 10 000 $ pour ma campagne électorale en 1998 », a déclaré Duchesneau lors d'un point de presse, avant de quitter précipitamment sans donner plus d'explications aux journalistes. Duchesneau a également soutenu que l'investigation avait été ouverte à sa demande, ce qui a été contredit par une porte-parole du DGE, Cynthia Gagnon, qui a affirmé que la décision de tenir une enquête a été prise au moment de la diffusion du reportage de TVA[37].

En février 2011, le DGE a annoncé qu'il avait terminé son enquête, en concluant que Duchesneau n'avait pas eu recours à des fonds occultes. Le DGE a toutefois ajouté que le parti Nouveau Montréal pourrait avoir violé la Loi électorale. Ainsi, son frère Jean Duchesneau, de même que ses amis René Binette et André Gingras, avaient chacun offert une caution de 50 000 $, ce qui pourrait représenter une infraction passible d'une amende de 500 à 10 000$, compte tenu de la limite de 10 000 $, prêts et cautions inclus, imposée par la loi[38].

Cependant, le DGE a observé qu'aucune poursuite pénale ne pouvait être intentée en raison des délais de prescription, qui sont de cinq ans à compter de la date où une infraction a été commise en matière de financement illégal[39].

Gilles Prud'homme accueillit les conclusions du DGE avec scepticisme. « Je voudrais bien que le DGE m'explique pourquoi j'étais inscrit comme prêteur dans le rapport, a-t-il affirmé. Dans les états financiers du parti, cela a été transformé en prêt à mon insu. Je n'ai jamais reçu d'intérêt sur ce prêt. De plus, je n'ai jamais eu de lettre de la Banque sur un prêt de 10 000$. Je maintiens qu'on m'a utilisé et qu'on a transformé ma caution en prêt »[40].

Le 21 août 2012, un reportage de Radio-Canada alléguait que le défunt parti Nouveau Montréal n'avait pas déclaré dans ses états financiers tous les dons anonymes récoltés le 21 mai 1998, jour du lancement de la campagne de Duchesneau pour la mairie de Montréal. Quatre différentes sources impliquées dans l'organisation de Duchesneau ont ainsi affirmé que plus de 50 000 $ avait été recueillies en contributions électorales lors de cette seule soirée. Or, les états financiers du parti faisaient plutôt état de dons anonymes totalisant 2590 $. Si les dons anonymes étaient tout à fait légaux à l'époque, les montants devaient toutefois être déclarés avec précision, sous peine de constituer une infraction à la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités. Duchesneau, alors candidat de la Coalition Avenir Québec dans la circonscription de Saint-Jérôme, a qualifié ces allégations de « loufoques »[41].

Plusieurs travailleurs d'élections rencontrés par La Presse ont pour leur part allégués que les organisateurs de Nouveau Montréal étaient couramment payés en liquide dans les districts, alors que l'ensemble des employés œuvrant au quartier général du parti était payé par chèque, comme le veulent les règles. « Je n'avais jamais vu autant d'argent liquide dans une campagne, à l'époque, et je n'en ai jamais vu autant par la suite », a confié l'un d'eux, un vétéran en la matière[42]. Le DGE a indiqué qu'il n'entendait pas faire enquête sur ces nouvelles allégations. « Malgré qu'il y ait des témoignages anonymes, pour nous, le dossier Duchesneau est fermé, a dit la porte-parole du DGEQ, Cynthia Gagnon. On ne fera pas une nouvelle enquête »[43].

Notes et références

  1. Jacqueline Cardinal et Laurent Lapierre, "Jacques Duchesneau sur le qui-vive : l'audace dans l'action", Éditions logiques, 2006, p. 161.
  2. Michèle Ouimet, « Duchesneau songe à se présenter à la mairie », La Presse, 12 mars 1998, p. A1.
  3. Cardinal & Lapierre, Op. cit., p. 161.
  4. Fabien Deglise, « Il aimait les femmes mais dormait avec une arme », Le Devoir, 28 janvier 2003, p. A5.
  5. Michèle Ouimet, « Duchesneau devance Doré et sème le maire Bourque », La Presse, 26 mars 1998, p. A1.
  6. Éric Trottier, « Duchesneau démissionnera de la police le 1er avril », La Presse, 16 mars 1998, p. A1.
  7. Michèle Ouimet, « Duchesneau fonde son parti », La Presse, 17 avril 1998, p. A1.
  8. La Presse, « Une tuile ouvre la campagne de Duchesneau », Michèle Ouimet, 22 avril 1998, p. A9.
  9. Michèle Ouimet, « Duchesneau congédie son conseiller Rajotte », La Presse, 29 avril 1998, p. A1.
  10. Le Devoir, « L'argentier de Duchesneau a fraudé le fisc », Kathleen Lévesque, 22 avril 1998, p. A1
  11. Michèle Ouimet, « Duchesneau veut recruter Daviau », La Presse, 23 avril 1998, p. A1.
  12. Nathalie Petrowski, « L'homme en bleu », La Presse, 1 mars 1999, p. A1.
  13. Michèle Ouimet, « Duchesneau guigne toujours la mairie de Montréal mais admet que ce ne sera pas de la "tarte" », La Presse, 22 janvier 2000, p. A17.
  14. Charles Grandmont, « Dan Philip part en guerre contre Jacques Duchesneau », La Presse, 6 juillet 1998, p. A6.
  15. Marc-André Côté, « Duchesneau absent pour sa propre défense », La Presse, 7 juillet 1998, p. A6.
  16. Kathleen Lévesque, « Duchesneau était bien responsable de la perquisition abusive de 1986 », Le Devoir, 8 juillet 1998, p. A1.
  17. Éric Grenier, « Un Nuremberg pour Duchesneau », Voir, no. Vol: 12 NO: 27, 9 juillet 1998, p. 10.
  18. Kathleen Lévesque, « Opération de perquisition en 1981: Duchesneau fait son mea-culpa », Le Devoir, 9 juillet 1998, p. A3
  19. Kathleen Lévesque, « Premier engagement de Duchesneau: sauver les Expos », Le Devoir, 19 août 1998, p. A1
  20. Kathleen Lévesque, « Duchesneau reste vague sur sa promesse de geler les taxes », Le Devoir, 10 septembre 1998, p. A3.
  21. Michèle Ouimet, « Duchesneau tire à boulets rouges », La Presse, 27 septembre 1998, p. A3.
  22. Michèle Ouimet, « Bourque poursuit sa remontée », La Presse, 26 septembre 1998, p. A3.
  23. Hélène Buzzetti, « Débat électoral: Duchesneau sort une carte-surprise », Le Devoir, 17 octobre 1998, p. A3.
  24. David Johnston, “Foes accuse Duchesneau of 'blackmail'”, The Gazette, October 17 1998, p. A1.
  25. « Siegler critique Duchesneau », La Presse, 20 octobre 1998, p. A17.
  26. Le Devoir, « Promesse de 500 millions - Duchesneau mise sur un investisseur londonien », Louise Leduc, 30 octobre 1998, p. A5.
  27. Marc Thibodeau, « CIT prend ses distances de Duchesneau », La Presse, 31 octobre 1998, p. A3.
  28. Hélène Buzzetti, « Nouveau Montréal n'a fait élire que trois candidats », Le Devoir, 2 novembre 1998, p. A2.
  29. Michèle Ouimet, « Duchesneau a été "mal vendu" », La Presse, 5 novembre 1998, p. A6.
  30. Philippe Cantin, « Duchesneau, Bradley et Porto Alegre », La Presse, 28 octobre 1998, p. A5.
  31. Michèle Ouimet, «J'ai la tête dure et je vais continuer», La Presse, 31 mars 1999, p. A13.
  32. Michèle Ouimet, « L'ex-patron du SPCUM meurt d'envie de diriger Interpol », La Presse, 14 mai 1999, p. A8
  33. François Cardinal, « Où est Duchesneau? », Le Devoir, 8 janvier 2000, p. A1
  34. Isabelle Hachey, « La mairie de Montréal sourit très peu à Jacques Duchesneau », La Presse, 13 septembre 2000, p. A5
  35. Éric Desrosiers, « Politique municipale: Duchesneau abandonne la partie », Le Devoir, 17 janvier 2001, p. A4.
  36. Daphné Cameron, « Duchesneau aurait utilisé un prête-nom, La Presse, 18 novembre 2010, p. A18.
  37. Alexandre Robillard, « Le patron de l'unité anticollusion, Jacques Duchesneau, se retire », La Presse Canadienne, 18 novembre 2010 - 18:53:30 UTC -0500.
  38. Fabrice De Pierrebourg, Francis Vailles et André Noël, « Des cautions qui pourraient poser problème », La Presse, 1 février 2011, p. A6.
  39. Alexandre Robillard, « Le Directeur général des élections du Québec blanchit Jacques Duchesneau », La Presse Canadienne, 18 février 2011 - 18:06:16 UTC -0500.
  40. Denis Lessard, « Jacques Duchesneau blanchi », La Presse, 19 février 2011, p. A9.
  41. http://www.radio-canada.ca/sujet/elections-quebec-2012/2012/08/21/015-duchesneau-financement-campagne-mairie.shtml.
  42. Denis Lessard, « Un proche de Duchesneau dans l'embarras », La Presse, 22 août 2012, p. A12.
  43. http://www.lapresse.ca/actualites/elections-quebec-2012/201208/22/01-4567298-allegations-sur-duchesneau-pas-denquete-du-dge-charest-persiste-et-signe.php.

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