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Christian Bareth

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Christian Bareth
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L'écrivain Christian Bareth dédicaçant au Salon du Livre du FIG, photo : La Liberté de l'Est du 07/10/1995.
Naissance
Plainfaing
Profession

Christian Bareth est un écrivain-essayiste et chroniqueur attaché à l'arrondissement de Saint-Dié. Né à Plainfaing le 24 juillet 1932, issu d'une vieille famille vosgienne (XVIe siècle)[1], ce professeur d’allemand, ancien enseignant au lycée Jules-Ferry de Saint-Dié, a passé sa retraite dans la commune où il a vécu sa vie professionnelle, Saint-Dié[2]. Il y est décédé le 7 décembre 2018.

Cet auteur pondéré et réfléchi, toutes qualités qu'il montre aussi dans sa vie la plus quotidienne, a été découvert par la qualité de son témoignage d'enfance. Ses écrits ont, comme le rappelle la préface d'Un enfant dans la guerre rédigée par le philosophe plainfinois Raymond Ruyer, ce style simple du souvenir émouvant.

Un enfant dans la guerre, un jeune homme de l’après-guerre

La haute vallée de la Meurthe en proie aux affres de la dernière guerre mondiale est décrite par un garçon. C'est un témoignage d'enfant des années 1940, mis en forme avec une objectivité littéraire soucieuse de concision. La grâce bondissante de l'enfance, qui se nourrit de tout ce qu'il touche, voit, goûte, entend, sent et imagine transforme par contraste les adultes contraints et même les patriarches sages en vieilles marionnettes ou en mannequins tremblotants. Derrière les surprenantes résolutions du garçon et de sa bande de copains, s'esquisse une forme de résilience.

Le professeur en retraite a tenté de raconter le monde des baraques dans le Saint-Dié de l'après-guerre, c'est-à-dire la vie quotidienne dans les constructions sommaires en bois. L'apprenti historien en force par emphase descriptive les agréments, alors qu'elles étaient le plus souvent précaires et frustes. Ils nous dévoilent de belles images et des photographies inédites avec un souci de respect louable vis-à-vis d'hommes, de femmes, d'enfants bien vêtus. En bref, il esquisse avec retenue la vie des vastes camps de La Vigne-Henry et La Vaxenaire.

L'auteur pudique ne se permet nullement de montrer toute la cruauté sociale de ce monde précaire à ses lecteurs[3]. Le narrateur suggère à peine que la baraque en bois standard, dans lesquels les sinistrés de novembre 1944 ont vécu pendant parfois plus de vingt ans, et même parfois toute leur vie, n'étaient pas toutes des îlots pour jeux d'enfants ou des cadres idylliques[4]. L'écrivain mentionne furtivement les services, de l'épicerie ou pharmacie marchande aux cabanes WC ou cabanes douches pour les soins du corps.

L'auteur germaniste sait mieux que quiconque qu'il faudra en faire l'histoire. L'art pur ne suffit pas, les écrits authentiques d'un seul témoin, qu'il soit un enfant sensible ou un jeune homme bien habillé, observateur debout et perspicace des malheurs d'après-guerre, ne permettent de comprendre le monde. Ils nous laissent une impression parfois fort trompeuse, fort éloignée des faits historiques et des réalités de cette époque de marché noir et de dérégulation étatique que, parfois, les plus humbles ou les vraies victimes soupçonnent[5].

Reconnaissons que cette première mémoire toute tronquée, surtout celle de l'enfant, a du talent si on en perçoit les limites historiques. Et comment commencer à décrire un pays martyrisé ? Il faut remercier l'homme de lettres aux pieds légers de ces premiers pas prudents en terrain miné. Mais que surtout l'historien ne suive pas les traces trompeuses, son art, sa crédibilité et sa science en sortiraient déchiquetés.

Germaniste et chroniqueur

Ancien étudiant de l'université de Fribourg i. Breisgau (automne 1954 - été 1956), où il a suivi "dans le fond de la salle" les cours très médiatisés d'Heidegger, l'auteur ne porterait pas un regard lucide sur notre monde s'il n'était parfaitement bilingue. Écoutant chaque matin la radio allemande, choisissant parfois en soirée un programme de télévision sur ZDF, NDR ou RTL allemande, il reste en éveil. L'ancien professeur, promu en Zadig jardinier autour de sa maison ou en Pangloss apiculteur imprégné de l'idéalisme écologique, reste attentif aux anciennes recherches techniques, en particulier tout ce qui concerne le monde motorisé entre 1920 et 1960. Ce fidèle lecteur d'anciens catalogues de la manufacture de Saint-Étienne a aussi beaucoup étudié turbines et hélices, et décrit la petite hydraulique au fil des rivières.

Son œil bleu étincelle à la mention de la bonne littérature germanique de Walther von der Vogelweide à Alfred Döblin, la philosophie, l'herméneutique… L'homme aux cheveux blancs a aussi apporté sa pierre, entre 1970 et 1990, aux activités de la Société philomatique vosgienne.

Un lecteur érudit et un écrivain

Christian Bareth a lu les bons historiens et chroniqueurs. Il est un remarquable observateur du monde passé, ayant bien analysé la mutation technique qui a rendu caducs les derniers legs encore fort vivants - il a connu bêtes et hommes pendant son enfance - de la civilisation de l'attelage. Mais son esprit s'est aussi éveillé dans une vallée industrielle, et l'usine Géliot, les chemins de fer, la vie urbaine de la minuscule Saint-Dié ont marqué son enfance autant que la maison de son grand-père à Plainfaing. La motorisation des années 1930 à 1950 a toujours été au cœur d'un fraction de ses préoccupations. Raymond Ruyer explique par l'influence familiale cette double attirance - a priori antinomique - pour la nature et la technique : "le père, vrai gentilhomme campagnard respecté de ses fermiers, et la mère, d'une famille alsacienne d'origine puissante, de "cadres", ou comme on disait avant la guerre, de "chefs"."[6].

Le jeune homme qui a connu la vie martyrisée d'après-1944, est devenu l'écrivain qui s'efforce d'oublier en vain cette période troublante.Mais, par un jeu d'appartenance qui marque la psychologie de nombreux polyglottes, il s'identifie au monde germanique emporté par la tourmente belliqueuse de chefs parasites, et surtout au quotidien des Allemands de sa génération. Le germaniste est un des grands connaisseurs vosgiens de l'opération Barbarossa et de la guerre navale en mer Baltique. La bataille de Stalingrad de septembre 1942 à l'exténuation de janvier-février 1943, est un point de retournement de la Seconde Guerre mondiale, qu'il a minutieusement étudié sur les cartes, dans les rapports techniques et les témoignages de survivants. Expert en techniques et motorisation militaire, il est aussi à l'aise pour faire l'inventaire des armées terrestres que des flottes en présence. Il garde une prédilection pour les blindés de tous types et les U-boot des deux conflits mondiaux.

Il n'est pas innocent qu'il se penche sur ce lourd passé de l'armée allemande, car il y a un parallélisme évident entre les techniques de répression massive instaurée après septembre 1944 dans la montagne vosgienne, dernier bastion d'une autorité pétainiste, et ce que la Wehrmacht a froidement mis en œuvre dès sa foncée vers le monde slave, conquête brutalement stoppée par les généraux Hiver, Temps et Espace. D'autre part, il a vécu, lui et sa famille, de fin 1944 à 1956, le traumatisme de la perte de maison et le statut infamant de réfugiés que des millions d'Allemands des frontières de l'est ou du sud ont souffert[7].

Mais il n'est pas facile, connaissant la légendaire discrétion empreinte de droiture et la finesse dissimulatrice de l'homme intériorisé, de deviner que l'auteur est un fin lecteur des auteurs anciens et modernes, tant français qu'allemands[8]. Le chroniqueur confesse qu'il est, au retour du silence blanc sous le manteau de neige, un relecteur assidu d'Inuk, du père Roger Buliard. Il médite aussi les proverbes des peuples premiers[9].

Pourtant, les lecteurs qui maîtrisent un champ scientifique, s'ils peuvent être captivés sur des points d'histoires techniques ou d'astuces paysannes, sont déçus, à tout le moins décontenancés ou énervés, par l'inadaptation de faits pseudo-scientifiques appliqués aux descriptions actuelles ou pseudo-futuristes de l'écrivain, souvent embrouillé entre des subtilités techniciennes sorties du Mondial de l'automobile ou livrées par un amoureux du Concorde et du TGV, des préceptes éthiques issus de lois mosaïques et son ardent désir d'écologie planétaire.

Pour être recevable par le biais du fantastique, il faudrait libérer cette belle imagination toujours cantonnée ou embarquée dans de courtes et vaines expressions, vers une envolée à l'expression audacieuse et sans peur de choquer toutes les conventions désuètes et surannées que l'œuvre s'évertue tacitement à reconduire. En quelque sorte, oser des chroniques baréthiennes, à la façon d'un Ray Bradbury.

Un défenseur des causes animales et végétales

Il n'est pas vain que les grands soucis ou les angoisses existentielles de l'auteur se portent sur la cause animale. Si pour les hommes, l'auteur adepte de biophilosophie heideggerienne feint de se cantonner dans une stricte indifférence éthique, idéalisant la justice humaine qu'il sait pourtant bafouée et vouée au monde du paraître, la révolte éclate lorsque les projecteurs de l'actualité se braquent sur l'exploitation éhontée des animaux domestiques ou la disparition inévitables des espèces. L'écrivain raffole d'histoire d'animaux vivants, bien traités, qu'ils soient domestiques, dressés ou sauvages, et on comprend que ses lieux d'élection soient le cirque, les parcs animaliers, les zoos et surtout les milieux à faune et flore encore protégées.

Ce poète - écoutez la musicalité vocale de quelques chroniques - se mue en apôtre de la Justice. Il pourrait facilement se muer en merveilleux fabuliste, s'il ne craignait une morale trop humaine. Mais il convoque dans des histoires réelles crapauds, baleines, mésanges et merles, poules et dindons, tigres et lions, éléphants et girafes… ou se soucie de l'avenir de l'ours pyrénéen ou du loup alpin.

Si l'humanité a un défi à relever, ce défi est, pour cet écrivain sincère, écologique. On cherche en vain son nom parmi les défenseurs affichés de la cause animale de son arrondissement. Il est vrai que l'horrible constat accable en première ligne. Le courage de l'écrit ou de la pensée n'existe pas, seul le courage du corps existe, affirmait Michel Foucault, un autre (bio)philosophe, avouons-le, celui-là sceptique et adepte fort du singulier.

Un théosophe conservateur et apolitique

Théosophe, l'écrivain se convoque fréquemment devant son Dieu omniscient, tout puissant créateur, silencieux et paradoxalement aussi sénile que lui. Après avoir exprimé une bonne révolte par une authentique et sainte colère, l'auteur n'attend aucune réponse du grand Silencieux et va se mettre derechef au piquet infernal. Heureusement pour quelque temps, façons de méditer sur le temps et ne pas oublier la mort à la manière de Montaigne.

S'il nous propose des phrases soignées en amoureux linguiste, s'il prétend nous dévoiler à petit pas une grammaire, c'est-à-dire, des règles de l'art, de vivre, l'écrivain chroniqueur le fait en s'abstenant de s'engager ni d'émettre la moindre contestation politique, avalisant par prudence le monde tel qu'il est. L'avoir est intrinsèquement lié à l'être, affirme-il. On peut en déduire que le politique a tout le pouvoir à partir du moment il l'a saisi, il est un point c'est tout. Le rival s'efface, le courtisan fait la courbette, le soldat obéit, l'indigent meurt dans son coin. Ne reste qu'une élite souveraine de penseurs, promue par un saut mystique vers une philosophie révélée de la vie, et ces élus anonymes savent se préserver de tout engagement compromettant tout en préservant un confort scolastique qui les rend aptes à penser.

Le Dieu que l'auteur feint de craindre et craint réellement, est sans doute cet être politique indifférencié, responsable de guerres destructrices ou de choix de société hasardeux, qu'il ne cesse d'éviter dans ses écrits.

Après la misère du monde, l'exaltation de l'écriture

L'après-guerre même en situation de dénuement, le train-train de la vie quotidienne retrouvée, les temps sans grands soucis des favorisés des Trente Glorieuses apparaissent comme le retour possible, ou à défaut la promesse naïvement acceptée qui mène, à l'insouciance originelle, à la mode et aux étonnements futiles, aux plaisirs de l'abandon où l'avoir et l'être fusionnent dans le luxe, les raffinements subtils, l'exaltation de la puissance humaine, les vapeurs des parfums naturels ou créés.

Ne faut-il pas effacer les mauvais moments, comme les visions de pain inaccessible qui hantent l'éternel Böll affamé ? N'est-il pas urgent d'apprendre à ressentir, redécouvrir ou dénicher les ressources du Heimat, ce coin où nous (re)vivons en conscience et où nous nous (re)trouvons sans détour, selon la définition de l'écrivain allemand Findeisen ?

Œuvre

  • Un enfant dans la Guerre, Imprimerie Fleurent, Fraize, 1974. Illustrations de Robert George.
  • La Sucette au citron, Imprimerie Fleurent, 1984. Illustrations de Robert George.
  • L'Après-guerre à Saint-Dié, l'époque des baraques, Kruch éditeur, Raon-l'Étape, 1995.

Série de chroniques, numérotées de I à IV, éditées et imprimées chez Jean-Pierre Kruch, à Raon-l'Étape.

  • La petite chronique, 1998.
  • Nouvelles chroniques, (1998-2001), 2001.
  • Chroniques 3 (2001-2005), 2005, 198 pages (ISBN 2-911245-23-7).
  • Chroniques 4, impressions d'actualité (2005-2008), 2008 (ISBN 2-911245-26-1).

Ouvrage collectif

Décorations

Notes et références

  1. Il s'agit probablement d'une noble famille transalpine, puis que le nom originel de cette famille possessionnée entre vallée de Fave et haute vallée de la Meurthe, aux environs de Coinches, serait Baretti ou Barethi.
  2. Exemple de plus en rare, car la ville en profond déclin est déserté par les seniors les plus chanceux attirés par le Sud-est ou Sud-ouest des rivages. L'auteur mentionne d'emblée dans Chroniques III l'hégémonie de Nancy, au parfum de bergamote, sur ces vallées vosgiennes en voie de déshérence. Une seule voie de sortie, concevoir ces territoires en banlieues lointaines.
  3. Il faut inverser le 4 et 8 de l'écrit magistral de George Orwell, qui avec son 1984, a tenté une description littéraire de ce monde d'alors en éternelles pénurie et reconstruction. Plutôt que l'euphémisme voirie déficiente ou égouts inexistants, il faudrait employer un terme comparatif comme bidonville ou favelas.
  4. L'auteur prudent prend soin de l'affirmer : il n'a pas vécu en baraque. On y soupçonne une pointe de regret. Il existe encore des baraques, lieux de vie certes patiemment aménagés avec le temps et utilement adaptés aux besoins de leurs propriétaires, en 2008.
  5. La culture populaire est un leurre. Mais rien ne dit que les plus modestes, outre leurs consciences, n'ont pas préservé d'autant plus farouchement des bribes d'anciennes cultures savantes, à l'instar de la fourchette de la famille paysanne de Tess d'Urberville, dans le roman de Thomas Hardy
  6. Raymond Ruyer préface d' "Un enfant dans la guerre", p.8. Côté paternel, la famille Bareth avait été honoré par les ducs de Lorraine au 18e et par les Habsbourg-Lorraine début 19e. [1]
  7. Distance et dépaysement de pays en moins, dirions-nous, car sa famille a été hébergée dans une maison en dur rue de la Paix, quartier de Foucharupt, à Saint-Dié. Il emploie toutefois le terme de réfugiés dans Chronique IV. D'où sa proximité au moins spirituelle avec les gens des baraques.
  8. Parmi les auteurs allemands lus dans le texte : Goethe, Schiller, Wilhelm Raabe, Lion Feuchtwanger, Thomas Mann, Franz Kafka, Robert Musil, Hans Fallada,Alfred Döblin, Einstein, Heinrich Böll… Parmi les français, Michel de Montaigne, Jean de La Fontaine, La Bruyère, François de La Rochefoucauld, Georges-Louis Leclerc de Buffon, Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, Beaumarchais, Chateaubriand, Victor Hugo,Baudelaire, Alfred de Vigny, Erckmann-Chatrian, Rimbaud, André Gide, Paul Valéry, Paul Léautaud, Céline, Jean Giono, Alphonse Boudard, Raymond Queneau… Parmi les néerlandais, l'émouvante Anne Frank
  9. en particulier l'affirmation hunza « Ce qui est suffisant est juste et parfait ».

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