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Cirpack

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Cirpack est un équipementier télécom, créé en 1999. La société est restée indépendante jusqu'à son rachat par Thomson en avril 2005. Jean-Pierre Dumolard en fut le directeur général et Frédéric Potter le directeur technique. La société est surtout connue pour ses centraux téléphoniques ‘’voix sur IP'’ qui équipent les opérateurs de téléphonie sur Internet comme Free, SFR ou OVH.

Historique

Les « HUBs » de Kaptech

Cirpack - Système d'exploitation Linux.

Dès 1997, une équipe de développement s'affaire chez Kaptech à concevoir divers équipements télécoms. Il s'agit surtout alors de concevoir des dispositifs qui permettent de déjouer la pesante régulation de l'époque (le monopole d'état à toujours cours…) en jouant sur diverses astuces (call back, Hérisson etc.…).

Bien évidemment, les commutateurs publics (comme l'E10 d'Alcatel ou le DMS de Nortel), ne sont pas du tout appropriés, et la nécessité de développer un commutateur suffisamment souple pour pouvoir implémenter les diverses aberrations réglementaires du moment se fait rapidement sentir. En plus, à cette époque, Kaptech n'a pas d'argent mais des idées…

En 1997, la première version du produit est mise en service dans une cave à Bordeaux. Le calculateur est un PC industriel du commerce. Le système d'exploitation est Linux. Il pilote des châssis externes qui contiennent les organes de commutations proprement dit. En un mot, le softswitch vient d'être inventé. Le choix de Linux comme système d'exploitation est, à l'époque, totalement révolutionnaire.

Le commutateur dispose de 8 E1 (soit 240 communications simultanées) qui sont disposés dans un châssis 19 pouces propriétaire. Seul le protocole RNIS est supporté. Les capacités logicielles sont extrêmement rudimentaires. Le logiciel est très peu paramétrable, et totalement adapté aux besoins de Kaptech.

Le produit est un petit commutateur de transit. Il est capable de router sommairement un appel téléphonique en fonction de critères simples (comme par exemple le numéro demandé ou l'heure de la journée) et fabrique les enregistrements nécessaires à la taxation des appels en question (Call Detailed Records). Il est utilisé par Kaptech pour produire son service téléphonique (interconnexion indirecte avec sélection du transporteur par préfixe ou pré-sélection), en concurrence, à l'époque, avec le 7 de Cegetel ou le 4 de Télé2 par exemple.

Les « HUBs » de Kaptech ne sont pas très stables. L'équipe n'a pas d'expérience dans le développement de tels systèmes, et commet des erreurs de conception (non systématisation des asynchronismes entre modules, parcours de tableaux fréquents etc.…)

240 communications simultanées, c'est bien peu. Début 1998, une version à 48 E1 (1440 communications simultanées) est mise en chantier chez Kaptech. Choix là encore original, un châssis Compact PCI est choisi comme base matérielle. Le compact PCI restera la plateforme matérielle de référence des organes de commutation des produits Cirpack jusqu'en 2005. Sa capacité augmentera régulièrement jusqu'à supporter environ 200 E1. Des centaines de tels châssis seront déployés, et beaucoup sont toujours en service aujourd'hui.

Architecture matérielle ‘CompactPCI’ des produits Cirpack.

Le spin-off

En 1999 Kaptech s'est développé et lève beaucoup d'argent [1]. Un opérateur qui construit ses propres équipements est, à cette époque de la bulle Internet où la mode est au « pure Player », un problème. La société Cirpack est alors constituée et reprend tous les développements sur le produit. Jean-Pierre Dumolard est recruté comme directeur général et une équipe de 6 ingénieurs est constituée.

Certains actionnaires de Kaptech créent la société, lui apportent les fonds initiaux et un contrat de transfert de technologie est conclu. Cirpack n'est donc pas une filiale de Kaptech et les sociétés ne sont pas directement liées. Par ailleurs, le capital des deux entités va, par la suite, évoluer de manière très différente. Cependant, dans l'esprit de beaucoup d'opérateurs, clients potentiels du produit, Cirpack est très lié à Kaptech, trop lié même, et cette perception erronée collera à la société jusqu'en 2002.

Le produit marche

Les années 2000 et 2001 sont consacrés à la stabilisation du produit. L'équipe de R&D compte 30 personnes. Le produit est maintenant paramétrable, et non plus uniquement adapté aux besoins de Kaptech, il supporte les protocoles SS7 (ISUP international et la variante Française SSUTR2). Les dimensions maximales augmentent encore (à 200 E1 environ, soit 6000 communications simultanées).

Les erreurs de conception logicielle des débuts sont systématiquement traquées et corrigées, parfois au prix de douloureux efforts de réécriture. La disponibilité du produit s'améliore.

Dès 2001, les équipes de Cirpack comprennent que le développement de l'ADSL sera fulgurant. L'idée est de proposer aux opérateurs ADSL un produit leur permettant de faire de la téléphonie, et donc ainsi de ‘dégrouper’ totalement les lignes de l'abonné. Il était difficile d'être plus clairvoyant… La technologie retenue à l'époque pour ce marché est l'ATM (recommandations VMOA 145 et VTOA 113) ce qui, à contrario, s'avérera une erreur. Les développements commencent. Le produit doit évoluer : le commutateur de transit doit devenir un commutateur d'abonnés.

La fin de la bulle

Cirpack commence aussi à vendre son produit. Jean-Pierre Dumolard crée une force de vente et deux premiers contrats sont signés. Tout d'abord avec Intercall (un revendeur de cartes prépayées), puis avec Free, qui cherche à l'époque un produit de raccordement pour ses serveurs d'accès Cisco au réseau France Telecom[2]

En 2001, la société perd toujours de l'argent, et Kaptech constitue encore 80% de son chiffre d'affaires.

En janvier 2002, Kaptech frôle le dépôt de bilan et est repris par LDCOM (aujourd'hui Neuf Cegetel) pour une somme symbolique[3]. L'une des premières décisions du nouvel ensemble est d'annuler les commandes que Cirpack avait reçues. Cirpack n'a presque plus de cash, et les actionnaires considèrent que la société n'a pas d'avenir.

Frédéric POTTER et Jean-Pierre DUMOLARD ne sont pas de cet avis. La téléphonie sur ADSL est un marché qui, bien qu'en devenir, est séduisant, et le produit Cirpack fonctionne bien. Soutenu par Pierre PRIEUX, ancien dirigeant de Kaptech, et les salariés, ils achètent la société le 6 mars 2002.

Les MMCS de Nortel

Les caisses de Cirpack sont vides, et le dépôt de bilan semble inévitable. Le salut viendra par hasard, et pas du tout de là ou l'on pensait.

Depuis 1999, Nortel a vendu des dizaines d'exemplaires de son petit commutateur téléphonique public, le MMCS, à beaucoup d'opérateurs, en France et en Europe. Entraîné lui aussi dans la tourmente de l'explosion de la bulle, Nortel, dont le produit n'a jamais fonctionné correctement, annonce la fin du support et l'abandon de la ligne produit MMCS à ses clients.

Outremer Telecom est l'un de ces clients. À la suite d'un long processus de qualification technique et d'une longue négociation commerciale, il achète 10 commutateurs Cirpack (pour équiper, avec redondance, 4 DOMs et son site central de Paris) en remplacement de ses MMCS.

B3G, Kedra, Prosodie, Hallo, Altitude Telecom et une foule d'opérateurs de petite taille concluront des contrats similaires avec Cirpack en 2002 puis en 2003.

Le produit fonctionne très bien et les clients sont enchantés. Le bouche à oreille fait le reste. En 2002, le chiffre d'affaires est de 4,7 M€ avec une légère perte, en 2003, il est de 6 M€ avec un léger profit.

Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, Iris Capital, Endeavour et Siparex viennent soutenir les repreneurs fin 2002 dans le cadre d'une augmentation de Capital[4].

Les supernodes

Les six mille communications simultanées dont le produit est capable à cette époque ne seront bientôt plus suffisantes. L'équipe décide alors de modifier l'architecture du produit, en introduisant un étage de commutation interne sur IP, et en changeant les calculateurs. Pour ces derniers, une collaboration est alors nouée avec IBM, qui se prolongera par la suite avec l'arrivée en 2005 de l'architecture ‘Blade’ et qui continue toujours aujourd'hui.

En 2003, l'objectif de 2000 E1 est fixé (soit soixante mille communications simultanées). Il sera atteint en 2004, là encore au prix d'un gros effort de réécriture des logiciels.

Architecture matérielle ‘Blade’ des produits Cirpack.

Par ailleurs, le logiciel de commutation d'abonnés (class 5) fonctionne. Il est installé en 2002 en Islande chez Hallo (aujourd'hui OG Vodafone Islande), où il dessert toujours aujourd'hui une fraction significative des lignes téléphoniques de ce pays.

Cirpack commence aussi à exporter ses équipements dans de nombreux pays. En particulier dans certains pays d'Europe centrale comme la République Tchèque.

Dès la fin de 2002, il apparait que le choix de la technologie ATM n'est pas adapté à la fourniture d'un service de téléphonie résidentiel sur ADSL. Trop compliqué et trop cher disent les clients. Cirpack adapte son produit pour être capable de faire fonctionner ses logiciels de commutation d'abonnés via une desserte en IP (voix sur IP en MGCP à l'époque)[5].

La téléphonie sur ADSL

Le 25 août 2003, l'opérateur Free annonce l'ouverture de son service de téléphonie sur ADSL. Les communications nationales sont ‘gratuites et illimitées’. Le succès est immédiat et massif. Des milliers d'abonnés sont mis en service chaque jour. Dans les mois qui suivent, Neuf Cegetel, Numericable, Noos, Club Internet, Alice et France Telecom, par la force des choses, mettent sur le marché des offres similaires. Cirpack rafle une grande part de ces marchés, fournissant à la plupart les ‘softswitchs’ nécessaires à la production de ces offres, vendant 3.000.000 de licences de téléphonie sur ADSL dans les deux années qui suivent. Le succès s'étend ensuite à certains autres marchés européens (Belgique, Pays-Bas, Allemagne…). Cirpack équipera 95 opérateurs dans 30 pays, au prix d'un gros effort d'adaptation logiciel aux spécificités locales de chaque marché.

Techniquement, le produit est mature et conforme aux canons de l'architecture « NGN ». Des calculateurs spécifiques (commutateurs d'abonnés) pilotent en MGCP (puis parfois en SIP à partir de 2005) les terminaux des abonnés. Ils sont reliés entre eux par le protocole SIP-I (recommandation Q.1912.5 permettant la transparence ISUP). D'autres calculateurs (les commutateurs de transit) pilotent des « Média Gateway », organes d'interface aux réseaux SS7 traditionnels (en interconnexion avec France Telecom ou d'autres opérateurs).

Déploiement Cirpack chez Free

Le produit dispose d'un niveau fonctionnel excellent : portabilité des numéros, interceptions de sécurité, gestion des numéros d'urgence etc…

À partir de 2004, les châssis compact PCI sont progressivement abandonnés au profit de châssis d'origine IBM (les BladeCenter) et de petits châssis propriétaires pour les configurations de petite taille.

Remote Telephony Gateway.

Le chiffre d'affaires croit. 13M€ en 2004, puis 23M€ en 2005. La société est très rentable.

En 2004, le commutateur d'abonné s'enrichit d'un module complémentaire, dit « IP Centrex », permettant l'émulation des fonctionnalités des PABX d'entreprises sur des postes téléphoniques haut de gamme. L'idée est de répliquer le succès de la téléphonie sur ADSL résidentiel sur le marché des entreprises. Bien que techniquement au point, les offres d'IP Centrex se déploieront moins rapidement que prévu au cours des années suivantes, se heurtant à des difficultés de distribution et de qualité des liens DSL[6].

Les développements IMS

Tout en poursuivant les évolutions de son produit historique NGN, et dès 2005, Cirpack lance le développement d'une série de produits conformes à l'architecture IP Multimedia Subsystem (ou IMS). Les développements se poursuivent en 2006 et 2007, et les premiers éléments sont mis en service pour produire des offres de nomadisme comme par exemple Wengo ou Freephonie.

Implémentation Cirpack des normes IMS/Tispan

L'acquisition par Thomson

Le 20 avril 2005, la société est rachetée par le groupe Thomson, puis fusionnée le 31 décembre 2005[7]. En novembre 2006, les équipes de Cirpack sont fusionnées avec celles de l'activité Smartvision (télévision sur IP), puis déménagées du site historique de Suresnes vers le siège de Thomson à Boulogne. Le 21 juillet 2007, Jean-Pierre Dumolard quitte le groupe puis Frédéric Potter le 18 septembre 2007.

Anecdotes

  • Le 19 mai 2005, la mise à jour d'un logiciel Cirpack chez Free se passe mal. Dans certaines circonstances, le ‘0’ débutant les numéros est supprimé. Les abonnées parisiens composant par exemple le 0155230770 composent en fait le ‘15’, c'est-à-dire le SAMU. Les services d'urgence sont submergés d'appels dès 19h. La situation est rétablie à 20h30. Heureusement, ce dysfonctionnement n'aura pas de conséquence humaine, les appels urgents étant correctement acheminés.

Notes et références

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