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Comparaison acides gras trans naturels et industriels

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Article principal : Acide gras trans.

Parmi les acides gras trans (AGT), certains sont d'origine naturelle et d'autres d'origine industrielle :

  • Les AGT naturels (AGTr ou AGT ruméniques) proviennent de la bio-hydrogénation bactérienne des acides gras insaturés qui existent dans le rumen des ruminants. On les retrouve principalement dans les viandes et les produits laitiers issus des ruminants.
  • Les AGT industriels (AGTi) sont issus de l'hydrogénation partielle des huiles végétales.

On peut également créer des AGT en faisant chauffer des huiles ou des aliments contenant des graisses insaturées.

  • Exemple : cuire une huile de tournesol dans une poêle ou faire chauffer une pizza au four chez soi

L'étude TRANSFACT (mars 2008)

Depuis plusieurs années, les études montraient des effets négatifs des acides gras trans sur la santé, de manière supérieure aux effets des acides gras saturés. La question qui se posait alors était la suivante : " Les AGT naturels et les AGT industriels ont-ils le même effet sur les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires chez les sujets sains ? " C'est à cette question qu'a essayé de répondre l'étude TRANSFACT[1].

Cette étude a suivi 40 personnes (19 hommes et 21 femmes) qui ont consommé de grandes quantités d'AGT (5 % de l'apport énergétique total ou AET)[2].

Ce qui est intéressant est de lire la conclusion de cette étude, résumée par les auteurs eux-mêmes.

Résultats

Résultats de l'étude

Voilà les résultats présentés dans l'abstract de l'étude[1] :

  • Les AGTr (*) augmentent le "bon" HDL cholestérol chez les femmes mais pas chez les hommes[3]
  • Les AGTr (*) augmentent le "mauvais" LDL cholestérol chez les femmes mais pas chez les hommes[4].
  • L'analyse des sous-classes de lipoprotéines montre que seules les concentrations des grandes particules HDL et LDL ont été modifiés par les AGTr mais pas par les AGTi[5].

Résultats "traduits"

Les AGT naturels agissent sur les femmes mais peu sur les hommes. De plus, leur action sur les femmes est ambiguë puisqu'aussi bien le HDL cholestérol ("bon") que le LDL cholestérol ("mauvais") augmentent. Le fait que seules les particules de grande taille soient augmentées est plutôt une bonne nouvelle car ce sont les moins athérogènes. Cette information est donc importante pour évoquer un éventuel effet bénéfique des AGT naturels.

Conclusions

Conclusions de l'étude

Voilà les conclusions présentées dans l'abstract de l'étude[1] :

  • Cette étude montre que les AGT naturels et industriels ont des effets différents sur les facteurs de risque cardiovasculaires chez les femmes[6].
  • La propriété de diminuer le "bon" cholestérol semble être spécifique des AGT d'origine industrielle[7].
  • Cependant, il est difficile de tirer une conclusion à propos des effets des AGT d'une source ou d'une autre sur le risque absolu de maladies cardiovasculaires chez un sujet normolipidémique (ou "sain")[8]. Le mécanisme expliquant l'effet "spécifique au sexe" et "spécifique à l'isomérie" demande des recherches supplémentaires[9] Un facteur mériterait également d'être étudié qui est, concernant les AGTr, l'incidence du caractère "origine : agriculture biologique ou non", notamment pour les produits laitiers ; le mode d'élevage et d'alimentation des animaux est en effet un facteur déterminant sur la composition des aliments qu'ils délivrent.

"Traduction" de cette conclusion

La première phrase est claire : des effets différents mais il n'y en a pas un plus bénéfique que l'autre (effet ambigu chez la femme et pas d'effet visible chez l'homme).

La deuxième phrase énonce un fait : les AGTi font baisser le "bon" cholestérol. Rappelons que les AGTr augmentent le "mauvais" cholestérol chez la femme (ainsi que le "bon" cholestérol) mais surtout pour la fraction de grande taille, ce qui est normal dans tout régime où on ne diminue pas les graisses. Seuls les régimes "riches en glucides" diminuent la taille des LDL et des HDL.

Les limites éventuelles de cette étude

De manière rétrospective, les scientifiques ont des critères pour établir la fiabilité d'une étude. Cette étude avait un faible effectif (40 personnes en fin d'étude), une durée limitée (3 semaines) et l'absence de groupe contrôle.

Du côté du financement de l'étude, les chercheurs s'interrogent sur un biais éventuel à cause des sociétés qui financent cette recherche. En effet, l'étude Transfact est réalisée par des chercheurs de l'Inra-Université d'Auvergne, le Centre de recherches Nestlé de Lausanne et du Centre national interprofessionnel de l'économie laitière (CNIEL).

Mais, comme on peut le constater, les auteurs annoncent clairement que leur étude ne permet pas de séparer les effets des AGT naturels (issus des ruminants) de ceux des AGT industriels. Cette conclusion neutre, qui n'est pas spécialement en faveur du sponsor, écarte donc tout soupçon de biais, intentionnel ou pas; à moins qu'il ne dissimule le fait que si des différences sont esquissées qui devraient susciter le désir d'engager des études plus précises, ce soit dans le sens où ces différences, à priori non significatives, le soit au détriment des AGT industriels.

La communication dans la presse

Ce qui est intéressant de voir maintenant, c'est ce que l'on va retrouver de ces conclusions dans la presse. En effet, si vous cherchez sur le net, le message que vous allez trouver est assez différent de ce que les auteurs de l'étude disent eux-mêmes.

Un article des Cahiers de Nutrition et de Diététique (juin 2008)

"À forte dose, très largement supérieure aux apports moyens, les deux sources d'AGT ont des effets équivalents ; il n'y a peut-être pas lieu d'exclure les AGTr du calcul de la consommation totale d'AGT lorsqu'ils coexistent dans un aliment ou un régime[10]."

  • Voilà une conclusion équilibrée, conforme à l'étude présentée.

Un communiqué de presse de l'INRA

"Les résultats de cette étude suggèrent finalement que la consommation d'AGT d'origine naturelle, même à une dose largement supérieure à la consommation quotidienne constatée, n'a pas d'impact négatif sur les risques de maladies cardiovasculaires. De ce fait, on ne pourrait pas regrouper les 2 sources d'AGT au niveau de recommandations qui visent à réduire leur consommation. Seuls les AGT d'origine industrielle devraient être concernés par cette restriction."[11]

  • Ici ce communiqué s'écarte un peu des conclusions ambivalentes de l'étude originale. Évidemment, cet article dit la vérité mais en simplifiant, ce qui peut laisser croire que l'étude a montré des effets négatifs des AGTi chez l'homme et chez la femme, ce qui n'est pas le cas.

Un communiqué de l'industrie laitière (CNIEL)

Le CNIEL est le Centre National Interprofessionnel de l'Economie Laitière. "Les études (épidémiologiques et d'intervention) réalisées jusqu'alors montrent que les AGT d'origine technologique consommés en excès pourraient s'avérer délétères notamment en augmentant le risque cardiovasculaire. Les trans d'origine naturelle –et notamment ceux des produits laitiers- ne peuvent en aucun cas être associés à un tel risque et des effets bénéfiques potentiels ne sont pas à exclure."[12]

  • Ce résumé se base sur d'autres études et pas seulement sur l'étude TRANSFACT. Cette fois, la conclusion est claire : les AGTr ne sont associés à aucun risque cardiovasculaire. Ce communiqué ne parle donc plus de l'augmentation du "mauvais" cholestérol chez les femmes.

Un communiqué de l'industrie pâtissière

"Lipides

Etude INRA : seuls les Acides Gras Trans (AGT) industriels (huiles végétales hydrogénées) augmentent les risques de maladies cardiovasculaires (American Journal of Clinical Nutrition du mois de mars 2008 : TRANSFACT, menée avec le CNIEL et Nestlé (Source : PROCESS n°1247 Avril 2008)"[13]

  • Voilà un exemple de résumé, qui est l'information que l'on retrouve le plus souvent sur le net, dans une recherche sur les AGT industriels.

Proposition de loi : rendre obligatoire la mention de la présence d'acides gras « trans » d'origine industrielle

S'appuyant sur la communication scientifique, l'Assemblée Nationale a proposé une loi[14] visant à rendre obligatoire la mention de la présence d'acides gras « trans » d'origine industrielle sur l'étiquetage des produits alimentaires le 7 avril 2009. Cette loi vise donc uniquement les AGTi, dédouanant totalement les AGTr de tout contrôle par la voie de l'étiquetage.

En attente de recherches complémentaires

Rappelons que l'étude TRANSFACT demandait des "recherches supplémentaires" pour pouvoir conclure. On voit donc que le monde politique peut aller plus vite que la science quand il s'agit de protéger le consommateur (identifier clairement les AGTi est respectable) et de protéger les intérêts de nos filières bovines françaises (viande et produits laitiers issus des ruminants).

D'autres études existent

En 2008

Une autre étude montre des effets similaires entre les AGTi et les AGTr[15].

Un scientifique du département de Nutrition et d'Epidémiologie d'Harvard, le professeur Walter Willett, commente les 2 études et s'interroge sur leurs limites[16]. Il conclut qu'il n'y a aucune raison de séparer les AGTi des AGTr en regard de l'étiquetage. Il souligne que la consommation d'AGT intervient dans la mort de milliers de personnes chaque année et l'urgence de réduire la consommation de graisses végétales partiellement hydrogénées.

En 2009

Une étude récente montre que les AGT (industriels ou naturels) ne diminuent pas la sensibilité périphérique à l'insuline chez des femmes en surpoids[17].

Notes et références

  1. 1,0, 1,1 et 1,2 Do Trans Fatty Acid from Industrially-Produced Sources and from Natural Sources Have the Same effect on Cardiovascular Diseases Risk Factors in Healthy Subjects? Results of the TRANSFACT Study American Journal of Clinical Nutrition, vol 87, Number 3, Mach 2008, pp 558-566
  2. randomized, double-blind, controlled, crossover design, 46 healthy subjects (22 men and 24 women) consumed food items containing TFAs (11–12 g/d, representing {approx} 5% of daily energy) from the 2 sources
  3. Compared with TFAs from industrially produced sources, TFAs from natural sources significantly (P = 0.012) increased HDL cholesterol in women but not in men.
  4. Significant (P = 0.001) increases in LDL-cholesterol concentrations were observed in women, but not in men, after the consumption of TFAs from natural sources
  5. Analysis of lipoprotein subclass showed that only large HDL and LDL concentrations were modified by TFAs from natural sources but not by those from industrially produced sources.
  6. Conclusions: This study shows that TFAs from industrially produced and from natural sources have different effects on CVD risk factors in women.
  7. The HDL cholesterol-lowering property of TFAs seems to be specific to industrial sources.
  8. However, it is difficult in the present study to draw a conclusion about the effect of TFAs from either source on absolute CVD risk in these normolipidemic subjects
  9. The mechanism underlying the observed sex- and isomer-specific effects warrants further investigation.
  10. "Trans naturels / Trans industriels : même problème ?"
  11. http://www.inra.fr/presse/acides_gras_trans_naturels_effets_differents_sur_risques_maladies_cardiovasculaires
  12. http://www.cniel.com/Publicat/Questions_sur/pdf/QS_27.pdf Page 4 sur 8
  13. page 4 sur 10
  14. http://www.palais-bourbon.fr/13/propositions/pion1340.asp
  15. (en) Erreur Lua dans Module:Outils à la ligne 73 : attempt to index local 'frame' (a nil value).
  16. Ruminant or industrial sources of trans fatty acids: public health issue or food label skirmish ?, American Journal of Clinical Nutrition, Vol. 87, No. 3, 515-516, March 2008
  17. Dairy and industrial sources of trans fat do not impair peripheral insulin sensitivity in overweight women, Am. J. Clinical Nutrition, Jul 2009; 90: 88 - 94


Bibliographie

  • AFSSA, Risques et bénéfices pour la santé, des ACIDES GRAS TRANS apportés par les aliments, Avril 2005
  • Thierry Souccar, Lait, mensonge et propagande, Thierry Souccar Editions, mai 2008 (ISBN 2916878149)

Voir aussi

Articles connexes

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