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Complexity, Problem Solving, and Sustainable Societies

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Complexity, Problem Solving, and Sustainable Societies est un article scientifique de Joseph Tainter traitant d'économie de l'énergie, publié en 1996[1].

Sujet

L'article se concentre sur le coût en énergie de la résolution des problèmes et la relation entre énergie et complexité dans les systèmes humains. Ces questions sont directement liées aux tendances à la néguentropie de l'évolution naturelle selon l'économie écologique, en particulier les arguments de Donella Meadows et de ses collègues sur les contraintes économiques de la résolution des problèmes actuels.

Tainter cite le Rapport sur les limites de la croissance publié en 1972, qui avançait que « augmenter de 34 % la production mondiale de nourriture de la période 1951–1966, par exemple, a exigé d'augmenter les dépense en tracteurs de 63 %, en engrais azotés de 146 %, et en pesticides de 300 %. Supprimer tous les déchets organiques d'une usine de raffinage du sucre coûte 100 fois plus cher qu'en supprimer 30 %. Diviser le taux de dioxyde de soufre dans l'air d'une ville américaine par 9,6, ou le taux de particules fines de 3,1, multiplie le coût de réduction de la pollution par 520 »[2]. Toutes les résolutions de problèmes environnementaux feront face à ce type de contraintes, avance Tainter. Il ne s'agit pas de savoir si on va dépenser une grande quantité d'énergie pour découvrir des moyens « plus efficaces » pour faire tout cela – un tel processus ne faisant qu'amplifier le déclin.

Tentatives

Tainter poursuit en estimant que tenter d'imposer l'utilisation des moyens « les plus efficaces » pose d'autres problèmes. Citant The Rise and Decline of Nations de Mancur Olson, publié en 1982, il ajoute que « les réglementations bureaucratiques génèrent elles-mêmes une complexité et des coûts supplémentaires. Au fur et à mesure que réglementations et impôts sont mis en place, ceux qui font l'objet de ces réglementations ou de ces impôts cherchent à en découvrir les failles, que le législateur s'évertue ensuite à combler. Une compétition acharnée s'ensuit alors entre découvertes et comblement des failles législatives, induisant une complexité sans cesse croissante. »[3].

« De nos jours, à une époque où le coût des institutions gouvernementales manque de soutien politique, » avance Tainter, « une telle stratégie n'est pas soutenable. Il est souvent suggéré que les comportements positifs du point de vue de l'environnement devraient être obtenus par l'incitation fiscale plutôt que par des réglementations. Si une telle approche présente quelques avantages, elle ne répond au problème de la complexité, et elle peut ne pas réduire autant les coûts globaux de réglementation que ceux auxquels on pourrait s'attendre. Ces coûts peuvent être transférés uniquement aux autorités fiscales, et à la société toute entière.

Ce n'est pas que la recherche, l'éducation, les réglementations et les nouvelles technologies n'aient pas la capacité d'allouer les problèmes que nous rencontrons. Avec un investissement suffisamment important, ils le peuvent peut-être. La difficulté réside dans le fait que ces investissements vont coûter cher, et qu'ils sont susceptibles d'absorber une part croissante du produit intérieur brut de chaque pays. Avec les rendements décroissants apportés à la résolution des problèmes, faire face aux questions environnementales avec notre approche habituelle signifie que plus de ressources devront être affectées aux sciences, à l'ingénierie et aux institutions gouvernementales. En l'absence d'une croissance économique forte, ceci impose pour le moins un déclin temporaire du niveau de vie, dans la mesure où les gens auront moins d'argent à dépenser pour la nourriture, le logement, l'habillement, les soins médicaux, les transports et les loisirs. »[4]

« Pour contourner le problème du coût élevé de la résolution des problèmes, il est souvent suggéré d'utiliser les ressources de manière plus intelligente et efficace, »[5] poursuit Tainter, citant Timothy Allen (en) et Thomas Hoekstra (1992) qui affirment que « en gérant les écosystèmes de manière durable, les dirigeants devraient identifier ce qui manque dans le processus de régulation naturelle et n'apporter que cela, l'écosystème faisant le reste. Il faut laisser l'écosystème (c'est-à-dire le produit de l'énergie solaire) subventionner l'effort de gestion plutôt que le contraire. »[6] Ce point est ensuite devenu une pierre angulaire de la stratégie économique du capitalisme naturel.

Exigence de connaissance

Tainter avance que « la mise en place [d'une telle stratégie] exige de nombreuses connaissances que nous ne possédons pas pour l'instant. Cela signifie qu'il nous faire mener des recherches qui sont à la fois complexes et coûteuses, et qui exigent des subventions en combustibles fossiles. Réduire le coût de la complexité dans un domaine provoque une augmentation de son coût dans un autre domaine. »[7]

« L'industrialisation illustre ce point. Elle a créé ses propres problèmes de cherté et de complexité, y compris les chemins de fer et les canaux pour acheminer le charbon et les biens manufacturés, le développement d'une économie reposant de plus en plus sur la monnaie et les salaires, et le développement de nouvelles technologies. Alors que l'on considère habituellement que ces différents éléments de complexité facilitent la croissance économique, en fait, ils ne le font qu'en présence de subventions en énergie. »[8]

Ceci constitue l'argument central de Tainter : l'économie de l'énergie subventionne toujours l'économie industrielle et de services, ainsi que tous les intermédiaires comme les marchés de matières premières. Si l'on occulte les coûts énergétiques à chaque niveau trophique, et les transferts énergétiques entre chacun d'entre eux, qui semblent décroître au fur et à mesure que des technologies supplémentaires sont mises en place, il n'y a simplement aucun moyen de découvrir ce qui est « efficace » et ce qui ne l'est pas.

« Du fait des subventions en combustibles fossiles bon marché, de nombreuses conséquences de l'industrialisation furent effectivement bénignes pendant longtemps. Les sociétés industrielles pouvaient se les permettre. Lorsque les coûts énergétiques peuvent être supportés facilement et sans douleur, le rapport bénéfices sur coûts des investissements sociaux peut être largement ignoré (ainsi qu'il l'a été dans l'agriculture industrielle contemporaine). Ce sont les combustibles fossiles qui ont fait l'industrialisation et ce qui en est sorti (comme les avancées scientifiques, les transports, la médecine, l'emploi, le consumérisme, la guerre des nouvelles technologies et l'organisation politique contemporaine), un système de résolution de problèmes qui a été durable durant plusieurs générations. »[9]

« L'énergie a toujours été ce sur quoi repose la complexité culturelle, et elle le sera toujours. »[10]

Tainter conclut en disant que des privations considérables seront nécessaires pour s'ajuster à une économie qui (a) est plus petite ; (b) se repose plus sur les individus pour leur propre production primaire, par exemple dans les jardins et dans les fermes ; (c) n'investit pas dans la résolution de problèmes au-delà de ce qui est garanti par la quantité d'énergie réellement épargnée par ailleurs.

Notes et références

  1. Publié dans (en) Robert Costanza (éditeur), Olman Segura (éditeur) et Juan Martinez-Alier (éditeur), Getting Down to Earth : Practical Applications of Ecological Economics, Washington D.C., Island Press, , 494 p. (ISBN 1-55963-503-7, lire en ligne). Les citations ci-dessous sont toutes des extraits verbatim de cet article scientifique.
  2. « To raise world food production from 1951–1966 by 34%, for example, required increasing expenditures on tractors of 63%, on nitrate fertilizers of 146%, and on pesticides of 300%. To remove all organic wastes from a sugar-processing plant costs 100 times more than removing 30%. To reduce sulfur dioxide in the air of a U.S. city by 9.6 times, or particulates by 3.1 times, raises the cost of pollution control by 520 times. »
  3. « bureaucratic regulation itself generates further complexity and costs. As regulations are issued and taxes established, those who are regulated or taxed seek loopholes and lawmakers strive to close these. A competitive spiral of loophole discovery and closure unfolds, with complexity continuously increasing. », Mancur Olson, The Rise and Decline of Nations, 1982, pages 69–73.
  4. « In these days when the cost of government lacks political support, such a strategy is unsustainable. It is often suggested that environmentally benign behavior should be elicited through taxation incentives rather than through regulations. While this approach has some advantages, it does not address the problem of complexity, and may not reduce overall regulatory costs as much as is thought. Those costs may only be shifted to the taxation authorities, and to the society as a whole. It is not that research, education, regulation, and new technologies cannot potentially alleviate our problems. With enough investment perhaps they can. The difficulty is that these investments will be costly, and may require an increasing share of each nation's gross domestic product. With diminishing returns to problem solving, addressing environmental issues in our conventional way means that more resources will have to be allocated to science, engineering, and government. In the absence of high economic growth this would require at least a temporary decline in the standard of living (http://en.wikipedia.org/wiki/standard_of_living), as people would have comparatively less to spend on food, housing, clothing, medical care, transportation, and entertainment. »
  5. « To circumvent costliness in problem solving it is often suggested that we use resources more intelligently and efficiently »
  6. « in managing ecosystems for sustainability (http://en.wikipedia.org/wiki/sustainability), managers should identify what is missing from natural regulatory process and provide only that. The ecosystem will do the rest. Let the ecosystem (i.e., solar energy) subsidize the management effort rather than the other way around. »
  7. « to implement it would require require much knowledge that we do not now possess. That means we need research that is complex and costly, and requires fossil-fuel subsidies. Lowering the costs of complexity in one sphere causes them to rise in another. »
  8. « Industrialism (http://en.wikipedia.org/wiki/Industrialism) illustrates this point. It generated its own problems of complexity and costliness. These included railways and canals to distribute coal and manufactured goods, the development of an economy increasingly based on money and wages, and the development of new technologies. While such elements of complexity are usually thought to facilitate economic growth, in fact they can do so only when subsidized by energy. »
  9. « With subsidies of inexpensive fossil fuels, for a long time many consequences of industrialism effectively did not matter. Industrial societies could afford them. When energy costs are met easily and painlessly, benefit/cost ratio to social investments can be substantially ignored (as it has been in contemporary industrial agriculture (http://en.wikipedia.org/wiki/industrial_agriculture)). Fossil fuels made industrialism, and all that flowed from it (such as science, transportation, medicine, employment, consumerism, high-technology war, and contemporary political organization), a system of problem solving that was sustainable for several generations. »
  10. « Energy has always been the basis of cultural complexity and it always will be. »

Voir aussi

Articles connexes

Lien externe

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