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Construction de l'outil industriel de Schneider et Cie au XIXe siècle

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Une histoire emblématique de l'industrialisation de France au XIXe siècle

Malgré les vicissitudes de la Société fondée par les Schneider jusqu'à aujourd'hui, un fonds d'archives considérable a pu être préservé et conservé dans une structure associative, l'Académie François-Bourdon au Creusot, qui permet de retracer cette histoire emblématique du premier conglomérat français. De nombreux universitaires, depuis la fin du XXe siècle, ont publié des travaux qui permettent de la reconstituer. Certains de ces ouvrages sont cités dans la bibliographie.

Un site particulier au début du XIXe siècle

Le site du Creusot présente à la création de la société la particularité unique en France de disposer des sources de minerai de fer et de charbon dans un périmètre restreint. En s’appuyant sur cette spécificité les dirigeants étendront leurs sources d’approvisionnement aussi bien pour le fer que pour le charbon, soit en nouant des partenariats avec par exemple le bassin de Blanzy pour le charbon soit en prenant le contrôle de mines de fer dans la Nièvre et la vallée de la Dheune. La sécurité d’approvisionnement fut une préoccupation constante des deux dirigeants du XIXe siècle, Eugène et Henri[1].

Ils furent toujours à la pointe de l’utilisation des dernières techniques métallurgiques : fonte au coke, acier puddlé à la main puis mécaniquement, convertisseurs Bessemer, fours Thomas et Martin.

Pour la transformation des produits, les laminoirs à rails et surtout le marteau pilon, inventé par l’ingénieur François Bourdon, puis les presses hydrauliques, en sont les exemples les plus significatifs.

La grande innovation industrielle réside dans l’intégration verticale vers le produit élaboré en créant sur place des très grands ateliers de mécanique, puis de montage et d’assemblage. Ce fut possible en s’appuyant sur des bureaux d’études internes et la capacité d’inventer et de construire leurs propres machines-outils spécifiques.

C’est cette concentration de moyens industriels et humains dans un même lieu pour la première fois en France qui fut la clé de leur succès au XIXe siècle.

Jusqu’à la guerre de 1870, les productions furent essentiellement consacrées aux équipements civils : chemin de fer (rails, locomotives, ponts), bateaux fluviaux, charpentes pour bâtiments industriels, équipements pour rivière (écluses, barrages) et aménagement de ports.

L’outil industriel est essentiellement développé au Creusot et secondairement à Chalon-sur-Saône.

Le tournant de 1870

La défaite de 1870 conduisit le pouvoir politique (Adolphe Thiers) à inciter Schneider à s’impliquer très fortement dans l’activité d’armement et à développer une large gamme de canons et mortiers, dont le plus emblématique fut le canon de 75 mm. Mais cette nouvelle activité sera freinée par les cadres de l’armement, jaloux de leur monopole et de leur technologie. En 1897 la Société rachète les ateliers d’artillerie des Forges de la Méditerranée situés au Havre. L’embauche de l’ingénieur Canet au Havre, qui améliora sensiblement la technologie du canon sans recul, fit beaucoup pour la renommée des productions Schneider.

L’apparition des aciers au nickel maitrisés depuis 1889 par le Creusot, lui donna une avance internationalement reconnue dans les tôles de blindages pour cuirassés et qui furent des compléments essentiels de la branche armement.

La diversification vers les applications de l'électricité

Au tournant du XXe siècle, Le Creusot s’implique dans la construction électrique (dynamos, alternateurs, transformateurs et distribution) essentiellement pour ses besoins propres d’abord. La société exporte ensuite ses produits d’abord en région parisienne, puis dans le monde. Cette expansion se réalise à partir d’un nouvel établissement à Champagne-sur-Seine en 1903.

Le premier conflit mondial

La spécialisation en armement donne une activité énorme aux usines du Creusot pendant le premier conflit mondial (canons de toutes sortes et calibres et munitions). Elle s’appuie sur le premier écosystème de sous-traitants en cascade édifié dans l’industrie française, construit dans la décennie qui précède le conflit. Si les composants essentiels sont fabriqués au Creusot, ils sont assemblés et montés au Havre ou à Bordeaux. Cette activité exceptionnelle a pu être assurée par le rappel des ouvriers mobilisés dans les tout premiers mois de la guerre et la centralisation de la gestion de toutes ses activités à Paris, en particulier le suivi des contrats. Schneider prend le contrôle des Hauts-Fourneaux & Aciéries de Caen, créées par Thyssen avant la guerre (usine de Mondeville).

La reconversion vers les activités civiles

La fin de la guerre impose une reconversion massive des usines vers les activités civiles. Elle est facilitée par le rebond des commandes de locomotives à vapeur et électriques (jusqu’à 25 exemplaires par mois) et par le développement rapide des activités de construction électriques. Après une alliance de circonstance avec le groupe Empain dans l’équipement électrique et le besoin sensible de renouveler le portefeuille de brevets (Schneider n’a jamais fait de développement propre dans le domaine de l’électricité), un partenariat avec Westinghouse (USA) est trouvé en 1929 avec la création d'une filiale à parité Schneider-Westinghouse. Elle permet d’atteindre une taille critique face aux conglomérats allemands Siemens et AEG, ainsi que le pôle (manque un verbe) autour de la Thomson américaine et la Société Alsacienne de Constructions Mécaniques (SACM) qui aboutira à Alsthom. L’activité de l’usine de Champagne montera nettement en cadence avec une gamme très variée de productions de l’appareillage aux moteurs et alternateurs de toutes puissances.

L'outil industriel se déploie alors sur d'autres sites, le périmètre du Creusot ne pouvant contenir toutes les activités, en particulier celles de construction navale qui se déploient sur l’Atlantique (Bordeaux), la Manche, la Méditerranée. Mais cela ne suffit pas car il faut s'implanter à l’étranger, essentiellement par des prises de participations dans des sociétés existantes.

Mais la crise des années 30 n’épargne pas la Société, qui survit grâce aux commandes étrangères d’armement, de la construction de barrages de l’Aigle et de Génissiat. La prise du pouvoir par le Front Populaire en 1936 se traduira par la nationalisation des ateliers d’armement, grand facteur de désorganisation des usines du Creusot, tant l’imbrication avec les autres fabrications était forte, mais sans une journée de grève, le souvenir des licenciements massifs de 1900 étant resté dans la mémoire collective des Creusotins. Le retour de cette activité dans le giron de la société en 1939 fut trop tardif pour avoir un réel impact sur le cours du conflit.

Le drame de la guerre 1939-1945

L’usine du Creusot est occupée le 17 juin 1940 par la division Grossdeutschland. Elle est bombardée à deux reprises en 1942 et 1943, faisant de nombreuses victimes civiles et détruisant une part significative des ateliers. Charles, le seul fils survivant d’Eugène II, en prend la direction dans ces conditions dramatiques et consacre les années suivantes à reconstruire la ville et le site industriel.

Un effort important de reconstruction de la Ville et des ateliers est entrepris jusqu’à 1950. La Société finance la reconstruction des écoles, de l’hôtel-Dieu, de la salle des fêtes, de l’église Saint-Eugène, de la maison de retraite et du château de La Verrerie.

La modernisation de la structure industrielle

La très grande complexité du groupe Schneider conduit Charles à le transformer en société holding en 1949 : Schneider et Cie devient le navire amiral et les filiales de premier rang deviennent des sociétés anonymes. La structure en commandite par action est conservée pour la société holdin

Notes et sources

Bibliographie

  • Agnès D'Angio, «  », Histoire, économie & société, vol. 14, n° 2, 1995, p. 331–343 (DOI 10.3406/hes.1995.1777, lire en ligne [archive], consulté le 28 avril 2019).
  • Agnès d’Angio, Schneider et Cie et la naissance de l'ingénierie - Des pratiques internes à l'aventure internationale, Paris, CNRS Editions, 2000, 320 p. (ISBN 2-271-05826-0)
  • Claude Beaud, « De l'expansion internationale à la multinationale Schneider en Russie (1896-1914) », hes Histoire, économie et société, vol. 4, no 4,‎ , p. 575–602 (ISSN 0752-5702, lire en ligne, consulté le 28 avril 2019).
  • Historique des fabrications des locomotives aux usines du Creusot, Le Creusot, Académie François Bourdon, , 167 p. 
  • André Laffly, , Le Creusot, Académie François Bourdon & Les nouvelles éditions du Creusot, 2019, 240 p. (ISBN 978-2-919173-09-9)
  • André Laffly, , Le Creusot, Académie François Bourdon & Les nouvelles éditions du Creusot, mai 2017, 182 p. (ISBN 978-2-918472-14-8)
  • André Laffly, , Le Creusot, Académie François Bourdon & les Nouvelles éditions du Creusot, juin 2015, 236 p. (ISBN 978-2-918847-13-7)
  • André Laffly, , Le Creusot, Académie François Bourdon, coll. « Plaquette technique / Académie François Bourdon » (n° 13), 2010 (ISBN 978-2-918-84703-8), (OCLC 762878286)
  • Schneider & Cie – Chantiers de Chalon-sur-Saône – Charpentes métalliques, grosse chaudronnerie et emboutis, appareils de levage, Imprimerie Lahure, Paris, 1911
  • Schneider & Cie – Chantiers de Chalon-sur-Saône – Constructions navales, Imprimerie Lahure, Paris, 1911
  • Schneider & Cie – Chantiers de Chalon-sur-Saône – Ponts métalliques, Imprimerie Lahure, Paris, 1911
  • Schneider & Cie – Chantiers de Chalon-sur-Saône – Travaux publics, Matériel d’Entreprise, Outillage Maritime et Fluvial, Imprimerie Lahure, Paris, 1911
  • Schneider & Cie – Le Pont Alexandre III à Paris – Pont roulant de montage – Montage
  • Schneider, l'histoire en force, Paris, Editions Jean-Pierre de Monza, , 492 p. (ISBN 2-908071-31-2) 

Notes et références

  1. Passaqui, Jean-Philippe., La stratégie des Schneider : du marché à la firme intégrée, 1836-1914, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 9782753501812) (OCLC 654800942) [lire en ligne (page consultée le 2020-11-15)] 

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