Encyclopédie Wikimonde

Daniel S. Larangé

Aller à : navigation, rechercher

Daniel S. Larangé, né à Dunkerque le 5 août 1970, est un chercheur et enseignant pluridisciplinaire français, né à Dunkerque, spécialiste de théorie littéraire, auteur d'essais sur la poétique du récit, le discours social et la dimension religieuse des textes littéraires. Toute sa réflexion s'inscrit dans l'histoire des idées. Il a poursuivi des études de Lettres à Paris 3 Sorbonne nouvelle sous la direction de Philippe Hamon[1] et à McGill[2] sous la direction de Marc Angenot[3], de slavistique à l'Université Paris Sorbonne-Paris IV sous la direction de Xavier Galmiche et de théologie protestante à la Faculté de théologie évangélique de l'Université Charles de Prague sous la direction de Jan Blahoslav Lášek[4]. Il enseigne actuellement à l'Institution Notre-Dame de Sainte-Croix[réf. nécessaire].

Théories

Il développe l'idée que le discours social est contaminé depuis la fin du XVIIIe siècle par une conception mystique du monde qui influence les arts[5] et les sciences[6]. Ce mouvement mystique est à l'origine des enchantements et désenchantements, des enthousiasmes et des crises, qui frappent la modernité et acheminent l'homme à sa déshumanité[7]. Ses conclusions se fondent autant sur l'analyse des textes d'auteurs sociaux du XIXe siècle que des écrivaines franco-camerounaises contemporaines (notamment Calixthe Beyala et Léonora Miano). Dès lors la spiritualité forme un discours social qui répond aux attentes d'une communauté d'esprit et témoigne des utopies propres à chaque sphère idéologique, qu'il nomme atmosphère[8]. Elle manifeste les valeurs absolutisées d'une société. Leur autorité est le résultat d'un consensus implicite: "Une autorité est le produit d'une reconnaissance collective et spontanée. Elle ne peut jamais être imposée de force. Elle est le produit d'une conviction, d'une culture, d'un apprentissage. Elle se révèle dans l'éclat d'un geste héroïne et se prolonge dans les reflets de la sagesse"[9] À ce titre toute idéologie se fonde sur une axiologie voltairienne largement inspirée de sa réécriture du mythe d'œdipe.

Au XIXe siècle le discours social emploie ainsi les arguments de la science afin de défendre une vision mystique du politique généralement orientée vers le libéralisme, le socialisme ou le conservatisme. L'Église catholique romaine est elle-même séduite par cette nouvelle rhétorique qui permet d'objectiviser la dimension du subjectif (l'âme ou la psyché) tant social (avec l'émergence de la sociologie) qu'individuel (avec la psychologie et la psychanalyse). La science domine car elle démontre son excellence via la technique qui devient peu à peu indispensable.

Aussi le génie créateur s'avère-t-il la manifestation de cet esprit incarné dans une société qui se sécularise et où le spirituel doit se réduire au rationnel. L'étude qu'il entreprend sur le concept met en lumière la construction romantique allemande de ce personnage comme héritier du prophète. Toute une élaboration de la figure se déploie entre Kant et Schopenhauer qui passe par Goethe et Hegel[10]

Dans son étude sur Fédor M. Dostoïevski, il démontre que l'écriture porte en elle les germes d'un discours théologique qui se fait ressentir à la lecture. "Le texte dostoïevskien fonctionne comme une célébration sacramentelle et possède des vertus théologales" [11]. Cette "parole théologique" plonge ses racines dans le сказ (skaz) et dans la prédication. Dès lors la structure en spirale des récits dostoïevskiens relèvent d'une représentation orthodoxe russe du monde. Narratologie et théologie tissent ensemble un récit qui interpelle le lecteur en le contraignant à se poser des questions.

Une étude consacrée à l'œuvre arabe de Khalil Gibran met en relief les mécanismes qui permettent aux discours spirituel et ésotérique d'agir sur le psychisme du lecteur. Poétique et politique se contaminent réciproquement et trouvent dans le genre du maqâm/maqâma. La sagesse s'installe à demeure dans le texte qui offre ainsi un message de vie. "La fable forme un carrefour où convergent de multiples techniques: littéraires, musicales et picturales. De plus, la fable est ce pont extraordinaire qui permet de franchir les distances abyssales séparant la fiction du réel et les personnages des lecteurs" [12].

C'est pourquoi il se lance dans une typologie historique du sermon, à partir de l'analyse d'un corpus de textes et de traditions qui s'étend de Jan Hus à Jan Amos Comenius. Il tente d'attirer l'attention sur l'importance de la prédication dans la constitution de la spiritualité occidentale et comme espace de passage d'une culture de l'oralité à une culture de l'écrit. "L'histoire du postille et le développement de l'homélie sont des témoignages vivants d'une théologie en pratique et des signes symptomatiques de la formation d'une identité nationale et d'une conscience européenne"[13]. La traduction et le commentaire du manuel homilétique de Jan Amos Comenius mettent en évidence la proximité qui existe entre le travail d'exégèse et de prédication d'une part et une lecture toujours plus anagogique[14].

Le chercheur insiste sur le fait que la nature a été sans cesse "culturalisée" au point que la culture subit désormais une "naturalisation". Les travaux de Humboldt et Potebnja sont suffisamment éloquents[15]. L'avenir des sciences humaines passent nécessairement par les sciences dites dures, du fait même des contraintes de rentabilités économiques:

"La littérature se présente dans notre modèle comme un système complexe qui fait correspondre des fonctions et programmes de structures intelligibles avec des mécanismes physiques et biologiques. Il n'y a pas de connaissance directe et immédiate de la réalité extérieure mais seulement des reconstructions de cette réalité à travers une combinaison de représentations en constante évolution. Le seul rapport entre le monde extérieur et le monde intérieur dont font partie l'observateur et la communauté de lecteurs, est d'ordre informationnel et communicationnel. En s'interrogeant sur le fonctionnement du monde, il est possible d'influer sur son évolution. Cela revient à reconnaître que l'idéologie, en tant que superstructure, est ce réseau dans lequel il est possible de poser seulement des questions déterminées par sa propre structure. Autrement dit, si aujourd'hui la question de la spiritualité a lieu d'être posée en termes philosophiques, pragmatiques, neurologiques, sémiotiques, c'est que l'environnement non seulement le permet mais encore espère trouver certaines réponses."[16].

Cela le conduit à promouvoir le développement de la neurosémiotique comme espace d'études pour la formation d'une théorie générale des signes, démontrant ainsi les interactions entre la culture et la nature, l'acquis et l'inné, le phénotype et le génotype. Tout produit culturel découle d'un potentiel naturel et oriente à son tour l'ensemble des capacités naturelles à venir. Il en découle que la spiritualité est une fonction inhérente au système nerveux humain et qu'elle reste indispensable au développement naturel de l'humanité[17]. La question du signe dans le cerveau est analogue à celle de la place de l'homme dans l'univers[18].

Dans les travaux consacrés à la littérature francophone, il annonce une culture afropéenne issue de l'intégration et de la banlieue. Afin de décrire le discours social qui en caractérise les manifestations à l'heure des crises postmodernes, il forge des concepts comme la négrattitude, la diverCité la et la religioCité.

Ouvrages et traductions

  • Sciences et mystique dans le romantisme social: discours mystiques et argumentation scientifique au XIXe siècle, Paris, L'Harmattan, 2014 (Critiques Littéraires) (ISBN 978-2-343-04255-8)
  • De l'écriture africaine à la présence afropéenne: pour une exploration des nouvelles terres littéraires, Paris, L'Harmattan, 2014 (Études Africaines) (ISBN 978-2-343-02737-1)
  • L'Esprit de la Lettre : Pour une sémiotique des représentations du spirituel dans la littérature française des XIXe et XXe siècles, Paris, L'Harmattan, 2009 (Ouverture philosophique) (ISBN 978-2-296-09271-6)
  • La Parole de Dieu en Bohême et Moravie. La tradition de la prédication dans l'Unité des Frères de Jan Hus à Jan Amos Comenius, Paris, L'Harmattan, 2008 (Religions et spiritualité) (ISBN 978-2-296-06552-9)
  • Poétique de la fable chez Khalil Gibran (1883-1931). Les avatars d'un genre littéraire et musical : le maqām, Paris, L'Harmattan, 2005 (Peuples et cultures d'Orient) (ISBN 2-7475-9500-5)
  • Récit et Foi chez Fédor M. Dostoïevski. Contribution narratologique et théologique aux « Notes d'un souterrain » (1864), Paris, L'Harmattan 2002 (Critiques littéraires) (ISBN 2-7475-1845-0)
  • Karel Jaromír Erben, Kytice. Un bouquet des légendes tchèques, Xavier Galmiche (éd.), Paris, Presses de La Sorbonne, 2001 (Cahiers slaves ; 1) (ISSN 1283-3878) (en collaboration avec l'Atelier de traduction de Paris IV)
  • Jan Amos Comenius, Art et enseignement de la prédication. Manuel d'homilétique de l'Unité des frères tchèques et moraves, Paris, L'Harmattan, 2006 (ISBN 2-296-00513-6)

Notes et références

  1. http://www.singer-polignac.org/fr/missions/lettres-droit-et-arts/colloques?task=evenement&uid=629&type=1#larange
  2. http://litterature.mcgill.ca/chercheurs_larange.html
  3. http://www.sociocritique-crist.org/chercheurs/daniellarange.php
  4. http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=7352
  5. Daniel S. Larangé, "Théologie mariale et discours féministe: la foi romantique en l'avenir du pouvoir féminin selon l'abbé Alphonse-Louis Constant", Tangence 94 (2010), p. 113-134.
  6. Daniel S. Larangé, "Les Lumières, métaphore maçonnique aux sources du romantisme français", Studii si Cercetari Filologice : Seria Limbi Romanice vol. 2 (2011), p. 28-50 voir: http://www.doaj.org/doaj?func=openurl&genre=journal&issn=18433979&volume=2&issue=HS&date=2011&uiLanguage=en
  7. http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=SR_027_0141
  8. "Cette « atmosphère » (Atmosphäre//атмосфера) désigne précisément un climat ou une ambiance intuitive qui se respire (atmen) dans une sphère, i.e. un halo." Daniel S. Larangé, L'Esprit de la Lettre: Pour une sémiotique des représentations du spirituel dans la littérature française des XIXe et XXe siècles, Paris, L'Harmattan, 2009, p. 215.
  9. Daniel S. Larangé, L'Esprit de la Lettre: Pour une sémiotique des représentations du spirituel dans la littérature française des XIXe et XXe siècles, p. 188.
  10. Daniel S. Larangé, Le génie créateur dans l'idéalisme allemand de l'Aufklärung au Sturm und Drang (Kant – Goethe – Hegel – Schopenhauer), in : Le Génie créateur à l'aube de la modernité (1750-1850), Nathalie Kremer (éd.), Revue des Sciences Humaines 303 (2011), p. 73-98.
  11. Daniel S. Larangé, Récit et foi chez Fédor M. Dostoïevski: contribution narratologique et théologique aux "Notes d'un souterrain" (1864), Paris, L'Harmattan, 2002, p. 380
  12. Daniel S. Larangé, Poétique de la fable chez Khalil Gibran (1883-1931): les avatars d'un genre littéraire et musical: le maqâm, Paris, L'Harmattan, 2005, p. 354
  13. Daniel S. Larangé, La Parole de Dieu en Bohême et Moravie: La tradition de la prédication dans l'Unité des Frères de Jan Hus à Jan Amos Comenius, Paris, L'Harmattan, 2008, p. 463
  14. Jan Amos Comenius, Art et enseignement de la prédication. Manuel d'homilétique de l'Unité des Frères tchèques et moraves, tr. Daniel S. Larangé, Paris, L'Harmattan, 2006.
  15. http://www.ulb.ac.be/philo/slavistique/docs/SB06.pdf
  16. Daniel S. Larangé, L'Esprit de la Lettre: Pour une sémiotique des représentations du spirituel dans la littérature française des XIXe et XXe siècles, p. 474.
  17. Daniel S. Larangé, "Neurosémiotique et bouddhisme: dialogue entre la science et la conscience" Protée, vol. 39, n° 2 2011, p. 31-44.
  18. Daniel S. Larangé, "La neurosémiotique: un nouveau pont idéologique entre les sciences humaines et la biologie" Protée, vol. 38, n° 3 2010, p. 39-52.

Article publié sur Wikimonde Plus.

Erreur Lua dans Module:Suivi_des_biographies à la ligne 197 : attempt to index field 'wikibase' (a nil value).