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Denis La Mache

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Denis La Mache est un sociologue français.

Titulaire d'un doctorat de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, il est responsable de formation au Centre d'Education Populaire et de Sport de Poitiers et chercheur au Laboratoire Dynamiques Sociales et Recomposition des Espaces (Université Paris 1). Ses travaux portent sur les questions du developpement social local, de l'animation socioculturelle ainsi que sur les modalités de construction et d'appropriation de l'espace urbain.

Orientations générales de recherche

Dans la lignée des orientations de recherche de son laboratoire (Le LADYSS)1, Denis la Mache part du constat que ce qu’il est de plus en plus convenu d’appeler « la mondialisation » transforme les dynamiques socio spatiales anciennes. Les grands équilibres internationaux sont profondément bousculés. Les grands pôles de développement mondiaux changent de place dans un mouvement où se mêlent références libérales et appel au développement durable. Au niveau national, l’État-nation perd sa souveraineté absolue tant au profit d’ensembles régionaux (au sens large des grandes régions du monde) qu’en interne en redistribuant les pouvoirs entre l’échelon central et les échelons territoriaux. C’est dans cette dynamique que s’inscrivent des évolutions techniques majeures qui réorganisent les systèmes de communication et de flux des personnes et des informations. Toutes ces mutations affectent à l’échelon local les équilibres sociaux, politiques, économiques. Dans ce cadre général, les notions de « culture locale », de « territoire » ou de mobilité quotidienne et résidentielle se transforment et se redéfinissent. Les comportements individuels et collectifs évoluent et brouillent les cartes des ancrages.

Denis la Mache se donne pour tâche d’expliciter les logiques par lesquelles, dans ces transformations majeures, individus et groupes sociaux fabriquent de l’être là ; c'est-à-dire établissent une mise en relation entre un espace physique et la vie sociale y afférant2. Cette fabrication se décline sur plusieurs temps et plusieurs modes. Elle peut concerner l’acteur observé lui-même. C’est le cas dans ses travaux sur l’habiter où il s’intéresse aux modalités d’inscription de la vie sociale dans les formes objectives de l’espace de résidence. Elle peut aussi concerner d’autres acteurs que ceux qui sont à l’œuvre. C’est le cas dans ses travaux sur les politiques territoriales où il cherche à comprendre comment, jouant des orientations nationales, des « programmes » et des « dispositifs », élus locaux et professionnels du développement local tentent de fabriquer de nouveaux « territoires de vie cohérents». Dans tous les cas, il a choisi de partir de la pratique des acteurs. Il considère les actes observés comme des opérations (techniques, politiques, domestique…) par lesquelles les individus impliqués construisent une situation socio-spatiale particulière, c'est-à-dire une situation sociale dont l’espace est une composante intrinsèque. Il s’agit alors d’en restituer la logique de mise en œuvre et d’énonciation.

Programmes de recherches : La ville, ses territoires et les politiques locales

Dans les différentes actions de recherche qu'il a pilotées, c’est à partir d’actions sociales concrètes impliquant un espace déterminé (les déplacements quotidiens d’un groupe de citadins, la constitution d’un comité de pilotage d’une politique locale...), qu'il s'est donné pour tâche de dégager : les processus qui instituent et perpétuent des situations socio-spatiales ; les opérations matérielles et symboliques qui donnent statut et identité à ces situations ; les effets sociaux engendrés.

Il revendique l'intention de ne pas faire seulement œuvre d'ethnographe en considérant les situations étudiées comme des isolats sociaux, comme des totalités culturelles stables et fermées dont il s’agirait uniquement de décrire la cohérence interne. A l'inverse, il s'inscrit dans les perspectives développées par G. Althabe, M. de La Pradelle ou J. Bazin. Il considère que ce qui s’offre à l’observation se développe dans un monde ouvert, contemporain et implique une multiplicité contrastée d'acteurs sociaux. Il s'agit donc d'expliciter la logique selon laquelle ces acteurs interagissent, donnent sens à la situation et participent à une construction collective.

La situation étudiée apparaît alors comme un processus complexe dans lequel sont engagés tous ceux qui, à des titres divers, contribuent à en faire une situation spécifique. Il cherche alors à montrer dans quelle mesure cette situation est toujours l'œuvre de ses auteurs et l'effet social des interactions de ceux qui y participent.

Son orientation de recherche l’a amené à s'intéresser à ces situations que les acteurs impliqués s’accordent à qualifier d’ordinaire. De ce qui nous est familier, nous n’avons, en effet, pas toujours une connaissance claire. Les actes courants de notre pratique domestique, professionnelle… renvoient pourtant souvent aux structures les plus profondes de notre existence sociale. Il a tenté de réinterroger ces opérations que leurs auteurs effectuent sans toujours y prêter attention. Il s’agit donc de réintégrer dans l’explicitation d’une fabrication collective ces actes qui, pour leurs auteurs, « vont de soi ».

Ancré dans l’anthropologie, son projet s’inscrit dans une perspective multidisciplinaire : Les situations observées sont envisagées comme étant produites à travers des opérations multiples (politiques, économiques, urbanistiques, médiatiques …). Il s’agit d’étudier ces opérations de manière approfondie, mais selon un point de vue original : elles ne sont pas envisagées en elles-mêmes, mais en tant qu’actions qui engagent des acteurs dans une situation donnée.

Le projet de description qui sous-tend ce travail implique donc d’expliciter les actions – entendues dans un sens large, les pratiques des différents acteurs, les propos tenus au cours des entretiens et des documents produits –par rapport au contexte dans lequel elles sont mises en œuvre et qui leur donne sens.

Posture méthodologique

C’est à partir d’une observation in situ qu'il fonde son approche empirique. Il mobilise des outils techniques tels l’observation participante, les entretiens (directifs, semi-directifs…), l’analyse documentaire ou les cartes mentales. Ces outils s’insèrent dans une enquête de longue durée liant l’enquêteur à son terrain. En effet, dans la lignée de G. Althabe, il part du principe que le chercheur est un acteur du jeu local dont il propose une interprétation. Ainsi, les informations produites lors des entretiens ou des séquences d’observation ne sont pas analysées en elles-mêmes comme des produits détachés de leurs conditions de production. Il les analyse en les resituant dans le cadre de la situation d’échange dont elles résultent et dont il a été un des acteurs.

Il s'agit d’une démarche interprétative, interne à l’événement. Plutôt que de tenter de s’extraire des interactions observées, il opte pour une implication maîtrisée. Il s’agit de faire partie de la situation observée, mais en qualité d’étranger, à la fois partie prenante et détaché des enjeux.

Bibliographie

  • L'art d'habiter un grand ensemble HLM, L'Harmattan, Paris, 2006.
  • "Territoires du quotidien" in STRATES, 2008
  • "Homes sweet homes, univers domestiques en HLM" in Ethnologie française, juillet 2004
  • "La conquête de l'espace, habitat et regards croisés dans un quartier sensible" in Terrain, n°30, mars 1998

Notes et références


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