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Dieu (phénoménologie de la vie)

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Pour le philosophe catholique Michel Henry, Dieu n'est rien d'autre que la vie phénoménologique absolue qui donne en permanence chaque ego à lui-même et qui se révèle à nous dans la souffrance comme dans la jouissance de soi[1],[2] :

« Dieu est Vie, il est l'essence de la Vie, ou, si l'on préfère, l'essence de la vie est Dieu. Disant cela nous savons déjà ce qu'est Dieu, nous ne le savons pas par l'effet d'un savoir ou d'une connaissance quelconque, nous ne le savons pas par la pensée, sur le fond de la vérité du monde ; nous le savons et ne pouvons le savoir que dans et par la Vie elle-même. Nous ne pouvons le savoir qu'en Dieu[3]. »

La Vie dont il est question ici n'est pas la vie au sens biologique du terme définie par des propriétés objectives et extérieures, ni un concept philosophique abstrait et vide, mais la vie phénoménologique absolue, une vie radicalement immanente qui porte en elle le pouvoir de se manifester en elle-même sans distance, une vie qui se révèle elle-même à chaque instant[4],[5]. Une manifestation de soi et une autorévélation qui ne consiste pas dans le fait de voir hors de soi ou de percevoir le monde extérieur, mais dans le fait de sentir et de se sentir soi-même, d'éprouver en soi sa propre réalité intérieure et affective[6].

Comme le dit également Michel Henry, « Dieu est cette Révélation pure qui ne révèle rien d'autre que soi, Dieu se révèle. La Révélation de Dieu est son auto-révélation » [7],[8]. Dieu est en lui-même révélation, il est la Révélation primordiale qui arrache toute chose au néant, une révélation qui est l'auto-révélation pathétique, c'est-à-dire la souffrance et l'auto-jouissance absolue de la Vie. Comme dit Jean, « Dieu est amour », parce que la Vie s'aime elle-même d'un amour infini et éternel[9],[10].

Michel Henry oppose à la notion de création, qui est la création du monde, la notion de génération de la Vie. La création du monde consiste dans l'ouverture de cet horizon d'extériorité où toute chose devient visible. Alors que la Vie ne cesse de s'engendrer elle-même et d'engendrer tous les vivants dans son immanence radicale, dans son intériorité phénoménologique absolue qui est sans écart ni distance[11],[12].

Le simple fait d'être vivant au sens phénoménologique du terme présuppose d'être engendré à chaque instant par cette Vie absolue qui ne cesse de nous donner la vie[13]. C'est pour cela que Dieu est pour les chrétiens notre Père véritable et que nous sommes ses enfants, les Fils du Dieu vivant. Ce qui signifie concrètement qu'il est à l'œuvre en permanence en nous jusque dans la moindre de nos impressions subjectives[14].

Notes et références

  1. Michel Henry, C'est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, Seuil, 1996, pp. 255-260
  2. Gabrielle Dufour-Kowalska, Michel Henry, passion et magnificence de la vie, Beauchesne, 2003, p. 246 : "Le salut, la foi, la connaissance de Dieu, la communion avec Lui, reviennent à expérimenter dans le souffrir-jouir de la Vie le Don infini et l'Amour qui se révèlent en creux dans cet engendrement."
  3. Michel Henry, C'est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, Seuil, 1996, p. 40
  4. Philippe Capelle (éd.), Phénoménologie et Christianisme chez Michel Henry, Editions du Cerf, 2004, p. 21 : "Puisqu'il est question de la vie, écartons ici une équivoque. La vie n'est-t-elle pas l'objet de cette science en plein essor qui s'appelle la biologie ? Il faut répondre négativement : il n'y a pas de vie en biologie."
  5. Philippe Capelle (éd.), Phénoménologie et Christianisme chez Michel Henry, Editions du Cerf, 2004, p. 21 : "Le concept d'immanence est celui qui a le plus manqué à la pensée occidentale, c'est cette absence qui a fait d'elle une pensée extérieure de la réalité, et, à ce titre, le plus souvent superficielle."
  6. Michel Henry, C'est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, Seuil, 1996, pp. 46-70
  7. Michel Henry, C'est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, Seuil, 1996, p. 37
  8. Gabrielle Dufour-Kowalska, Michel Henry, passion et magnificence de la vie, Beauchesne, 2003, p. 159 : "L'objet de C'est moi la Vérité n'est ainsi rien d'autre que Dieu comme cette Archi-Essence de la phénoménalité laissée en suspens depuis la parution de L'Essence de la manifestation. Le philosophe nous invite à rejoindre le Fond originaire qui soutient, comme un abîme d'infinité, l'être du sujet humain [...]."
  9. Michel Henry, C'est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, Seuil, 1996, p. 44, et citation de 1 Jean 4, 8
  10. Gabrielle Dufour-Kowalska, Michel Henry, passion et magnificence de la vie, Beauchesne, 2003, p. 195 : "L'amour divin peut-il signifier davantage ? Davantage que le fait pour Dieu de nous donner sa propre vie en partage, sa propre auto-révélation dans cette "étreinte pathétique" qui le constitue ?"
  11. Michel Henry, Paroles du Christ, éd. du Seuil, 2002, p. 107
  12. Paul Audi : Michel Henry : Une trajectoire philosophique, Les Belles Lettres, 2006, pp. 139, 203-204.
  13. Antoine Vidalin, La parole de la vie, Parole et silence, 2006, pp. 79-87
  14. Michel Henry, C'est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, Éditions du Seuil, 1996, pp. 192-215

Bibliographie

  • Michel Henry : L'Essence de la manifestation, PUF, collection "Epiméthée", 1963, et réédition 1990
  • Michel Henry : C'est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, Editions du Seuil, 1996
  • Michel Henry : Incarnation. Une philosophie de la chair, Editions du Seuil, 2000
  • Michel Henry : Paroles du Christ, Editions du Seuil, 2002
  • Gabrielle Dufour-Kowalska : Michel Henry, passion et magnificence de la vie, Beauchesne, 2003
  • Philippe Capelle (éd.) : Phénoménologie et Christianisme chez Michel Henry, Editions du Cerf, 2004
  • Antoine Vidalin : La parole de la vie, Parole et silence, 2006
  • Paul Audi : Michel Henry : Une trajectoire philosophique, Les Belles Lettres, 2006

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