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Données archéologiques sur les Philistins

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Le terme Philistins, tout comme le terme Hébreux, appartient au vocabulaire de la Bible[1]. Dans la Bible, les Philistins, à l'époque de Saül et de David, sont géographiquement situés sur les terres de l'actuel Gaza jusqu’à Ashdod.

Depuis les prospections archéologiques des années 1990 (voir article : Données archéologiques sur les premiers Israélites), on sait que les premiers Israélites sont d'origine cananéenne et se sédentarisent sur les hautes terres de Cisjordanie à partir de 1200 av. J.-C., où ils pratiquent l'élevage (moutons) et la culture des céréales[2]. Ces prospections nous montrent qu'ils sont en tout petit nombre devant la population cananéenne des vallées et des villes et qu'ils croissent très progressivement. Ils sont attestés sur la stèle de Mérenptah (1207 av. J.-C.).

Selon les données des fouilles (fouilles locales et tablettes assyriennes), les Pelesets (Philistins), repoussés par Ramsès III, s'installent dans de petits royaumes (des cités-États) à Ekron, Ashdod, Ascalon, Gath et Gaza. Ils sont attestés dans les tablettes assyriennes : les souverains assyriens les mentionnent sur la route de l'Égypte[3].

Données archéologiques sur les Pelesets (Philistins)

Bateau et guerriers philistins (Médinet Habou, temple funéraire de Ramsès III, dessin de Faucher-Gudin, 1903)
Captifs philistins (Médinet Habou, temple funéraire de Ramsès III, dessin de Faucher-Gudin, 1903)

Les Pelesets (Philistins)[4] sont un des Peuples de la mer[5]. Ils sont attestés pour la première fois à Médinet Habou dans le temple funéraire de Ramsès III.

Sur le mur extérieur nord est gravée une illustration de la bataille navale de l'an 8 (-1186) que ce pharaon a livrée avec les Peuples de la mer. Elle nous montre de terribles guerriers en action, avec leurs étranges casques à cornes ou leurs toques emplumées[6]. Les assaillants sont vêtus de pagnes courts et de corselets de cuir, ils sont armés de longues épées, dont certaines ont des lames à cornes, de lances, ils sont protégés par des boucliers ronds mais, contrairement aux soldats égyptiens, ils n'ont pas d'arcs. Leurs bateaux ont une coque à double pointe, ornée de têtes d'oiseaux à la proue et à la poupe. Les archers égyptiens embarqués font des ravages, pendant que d'autres archers restés à terre attendent les survivants. L'examen attentif permet de reconnaître les visages de plusieurs chefs connus par ailleurs, dont un chef Hittite et un chef Shardane, membre des gardes du corps égyptiens (entre les cornes, sur une pointe, le casque est orné du disque ou de la sphère qui distingue ce corps de mercenaires égyptiens). Un autre bas-relief, tout près du premier, nous montre la bataille à terre, où les assaillants transportent leur famille dans de lourds chariots à roues pleines traînés par quatre bœufs attelés de front. L'examen attentif montre qu'il s'agit de zébus à larges bosses, inconnus en Palestine, mais utilisés en Anatolie et en Mésopotamie.

L'inscription qui accompagne ces scènes mentionne les Peleset, les Tjeker (ou Tyekker, ou Zekker), les Shekel (ou Shékélesh), les Denyen et les Weshesh. La teneur de cette inscription est confirmée dans la dernière partie du papyrus Harris, qui ajoute les Shardanes à la liste des agresseurs. Enfin, une stèle de Ramsès III à Deir el-Médineh précise que les Pelesets sont, en compagnie des Turshas (Teresh), venus de la mer. Les Peleset sont inconnus des Hittites.

Il convient, dans l'interprétation de ce type de textes, de tenir compte de la fonction magique que remplit l'écriture : si les récits ne sont pas forcément à prendre au pied de la lettre, il ne s'agit aucunement de créations poétiques, mais bien du monde réel —peuples, pays et dates— avec sa composante magique. Cette composante magique n'a en effet de sens, aux yeux des auteurs, que si l'effet magique recherché concerne effectivement le monde réel[7].

Les fouilles d'Ashdod sont une autre source, importante, sur l'établissement des Pelesets (Philistins) dans la bande littorale méridionale de la Palestine. La stratigraphie montre une cité-État cananéenne grande et prospère à l'âge du bronze, détruite par un incendie au bronze tardif. Reconstruite, la cité montre, par les poteries, l'influence nette de Chypre. La couche suivante contient en abondance — 50 %— des poteries du type Peuples de la mer (poteries dites philistines). Puis, dans la couche la plus récente, l'influence levantine devient manifeste. L'influence phénicienne se retrouvera sur l'ensemble de la zone côtière palestinienne, avant que l'ensemble de la Palestine ne devienne une province de l'empire Perse.

Depuis Séthi Ier jusqu'à Ramsès III, dans toute la période de -1300 à -1150, Beït Shéan est un important centre de garnison de l'armée égyptienne. Les fouilles ne donnent que peu de poteries philistines, mais des tombes attestent parmi les forces égyptiennes la participation de soldats des Peuples de la mer. Le papyrus Harris confirme que Ramsès III a employé comme mercenaires des Pelesets, des Shardanes, des Weshesh, des Denyen et des Shekelesh.

Les noms des rois philistins cités dans les archives assyriennes ont des caractéristiques sémitiques et les inscriptions retrouvées dans les sites philistins sont dans une langue de type cananéen[4].

Les poteries des Peuples de la mer (poteries dites philistines)

Sous le nom quelque peu impropre de poteries philistines, on désigne un style hybride de poteries inspirées du style mycénien (décorations à spirales antithétiques, oiseaux et figures géométriques). Mais, au lieu de la brillante peinture mycénienne, les poteries philistines utilisent deux couleurs (le rouge et le noir, sur un fond blanchâtre). L'analyse de la composition de l'argile[8] a permis d'établir que, produites vers Ashdod, ces poteries philistines étaient exportées assez largement jusqu'à Beït Shéan, Megiddo, Hazor et même Tel Dan au nord. Cependant les poteries dites philistines ont été fabriquées beaucoup plus largement que par les seuls Pelesets (Philistins). Certaines de ces poteries, d'après la composition de l'argile, proviennent d'Ougarit et de villes cananéennes sans rapport avec les Pelesets. Les poteries des Peuples de la mer ne constituent donc pas un traceur fiable des Pelesets (Philistins).

Les poteries de style grossier, trouvées en Grèce par exemple, ne sont pas plus un traceur d'hypothétiques invasions d'une Haute Barbarie venue du nord : elles peuvent être tout aussi bien, n'importe où, des productions locales.

Les cités philistines du sud-ouest de Canaan

Quatre cités philistines sont mentionnées dans les tablettes assyriennes et cinq dans le texte biblique. Elles ont été retrouvées et fouillées.

Gath, au nord-ouest du territoire philistin, mentionnée dans les lettres d'Amarna, a été fouillée à partir de 1996. La cité est détruite à l'époque des invasions des Peuples de la mer, au XIIIe siècle. Elle est reconstruite sous les Philistins (les Pelesets), l'un de ces peuples restés sur place, et elle se développe considérablement pour devenir une importante cité. Elle sera complètement détruite, après l'époque philistine, probablement par Hazael, roi d'Aram-Damas. Les restes d'un temple philistin y ont été dégagés, ainsi que de très nombreuses poteries, des objets de culte et un atelier de fabrication d'outils en os. On note une évolution de l'influence égéenne, culture étrangère, vers une culture plus locale, phénomène dit d'acculturation.

Ekron, la moderne Tel Miqne, est située dans la bordure orientale de la plaine côtière, à 35 km à l'ouest de Jérusalem et à 18 km au nord de Gath. Les fouilles ont montré l'existence d'un fort développement vers -1600, suivi d'une destruction au XIIIe siècle à l'époque des invasions des Peuples de la mer, puis d'une reconstruction au XIIe siècle sous les Philistins (les Pelesets), l'un de ces Peuples de la mer resté sur place. Les fouilles de 1996 ont mis au jour une inscription royale qui identifie la cité[9]. Dans une strate de l'âge du Bronze tardif, on a dégagé un scarabée commémoratif égyptien au nom d'Amenhotep III. Les strates de l'époque philistine montrent, dans les céramiques bichromes rouges et noir dites philistines, une influence égéenne et une influence chypriote, qui évoluent vers une culture plus locale : il s'agit du même phénomène d'acculturation qu'à Gath. On a également retrouvé une aire de fours à usage industriel, un grand hall, une pièce cultuelle et un nombre important d'objets divers. Les 150 presses à huile retrouvées sont beaucoup plus tardives et ne concernent en rien l'époque philistine.

Ashdod a été fouillée de 1962 à 1972. Elle est détruite à l’époque des invasions des Peuples de la mer, au XIIIe siècle. Les Philistins (les Pelesets), qui avaient été l’un de ces peuples, la reconstruisent au XIIe siècle.

Ashkelon, grand port mentionné dans les Lettres d’Amarna, a été fouillée à plusieurs reprises entre 1954 et 2008. La cité se développe sous les Philistins (les Pelesets) vers -1150. Les fouilles ont mis au jour des poteries d'influence mycénienne.

La cité de Tell Qasile a été fouillée dès 1948 par Benjamin Mazar. Elle se développe pendant 150 ans sous les Philistins (les Pelesets). Les restes de trois temples y ont été dégagés. On y a trouvé aussi des barques cultuelles, un bloc résidentiel, des ateliers et des entrepôts. Les habitations sont du type carré, chaque appartement comprenant deux pièces rectangulaires séparées par une cour.

Récentes découvertes

En 2009, les archéologues annoncent la découverte d'une ancienne ville philistine, vraisemblablement Ziklag, mentionnée dans l’histoire biblique du roi David alors que ce dernier est poursuivi par le roi Saül[10]. Elle est située près de Kiryat Gat et Lakish dans le centre d’Israël[11] et date du XII-XIe siècles avant notre ère, juste sous les couches d'un établissement rural de l'ère davidique d'un siècle plus tard mais déjà, d'autres archéologues contestent cette attribution principalement du fait de sa localisation[12],[13].

Notes

  1. Les termes Samaritain et royaume de Samarie n'appartiennent pas non plus au vocabulaire de l'archéologie, qui parle d'Israélites et du royaume d'Israël. Le terme Palestine est utilisé en archéologie pour désigner la région, indépendamment de l'époque et sans aucune référence au terme Philistins dont il découle étymologiquement.
  2. Les techniques actuelles d'étude du paléoenvironnement (graines, pollens, traces de défrichage etc.) permettent de se faire une idée assez précise du mode de vie de cette population. Pour le site d'Izbet Sartah, l'un des plus gros, l'analyse détaillée de Baruch Rosen a montré que le site comporte une centaine d'habitants, 350 hectares de terres (une grosse moitié cultivée, une petite moitié en pâtures), produit 53 tonnes de blé et 21 tonnes d'orge par an, utilise 40 bœufs de labours et élève 300 chèvres et moutons (Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de l'archéologie., éditions Gallimard 2004, p. 134).
  3. La cité Gath n'est pas attestée dans les tablettes assyriennes.
  4. 4,0 et 4,1 Françoise Briquel Chatonnet, Philistins, pp. 1718-1719 du Dictionnaire de l'Antiquité, sous la direction de Jean Leclant, éditions PUF, 2005. (ISBN 2 13 055018 5).
  5. Jürgen Osing, "Peuples de la mer", p. 1712 du Dictionnaire de l'Antiquité, sous la direction de Jean Leclant, éditions PUF, 2005. (ISBN 2 13 055018 5).
  6. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de l'archéologie., éditions Gallimard 2004, pp. 107-111. N. K. Sandars, Les Peuples de la mer, éditions France-Empire, 1981, pp. 126-141.
  7. En Égypte, les scribes apprennent l'écriture dans les Maisons de Vie, ainsi nommées car l'écriture est censée donner, par magie, effectivement la vie aux personnes qu'elle nomme.
  8. On sait déterminer précisément, par l'analyse fine de la composition de l'argile, à quel endroit elle a été extraite. On sait déterminer précisément, par l'analyse fine de la structure, l'historique exact de la cuisson et, connaissant les différences technologiques entre plusieurs sites de four, on peut souvent préciser sur quel site la cuisson a été effectuée.
  9. Israel Exploration Journal, 47 (1997), pp.9-16.
  10. AFP, « En Israël, des archéologues affirment avoir découvert la ville biblique de Ziklag », sur Geo.fr, (consulté le 10 juillet 2019)
  11. « Une ancienne cité philistine découverte en Israël », sur www.lefigaro.fr, (consulté le 10 juillet 2019)
  12. (en) Ruth Schuster et Nir Hasson, « Biblical City of Ziklag Where Philistines Gave Refuge to David Found, Researchers Claim », Haaretz,‎ (lire en ligne, consulté le 10 juillet 2019)
  13. (en-US) Amanda Borschel-Dan (photogr. Excavation expedition to Khirbet a-Ra'i), « As archaeologists say they’ve found King David’s city of refuge, a debate begins » [« Comme les archéologues disent qu'ils ont trouvé la ville de refuge du roi David, un débat commence »], sur www.timesofisrael.com, (consulté le 10 juillet 2019)

Bibliographie

  • Maeir, A.M., Aegean Feasting and Other Indo-European Elements in the Philistine Household. in : "Dais - the Aegean Feast: Proceedings of the 12th Annual International Aegean Conference, Melbourne 25–29 March, 2008", eds. R. Laffineur and L. Hitchcock. Aegeaum 29. Liege: University of Liege., 2008
  • Dothan, Trude Krakauer. 1982. The Philistines and Their Material Culture. Jerusalem: Israel Exploration Society
  • Dothan, Trude Krakauer, and Moshe Dothan. 1992. People of the Sea: The Search for the Philistines. New York: Macmillan Publishing Company
  • Ehrlich, Carl S. 1996. The Philistines in Transition: A History from ca. 1000–730 B.C.E. Studies in the History and Culture of the Ancient Near East 10, ser. eds. Baruch Halpern, and Manfred Hermann Emil Weippert. Leiden: E. J. Brill
  • Gitin, Seymour, Amihai Mazar and Ephraim Stern, eds. 1998. Mediterranean Peoples in Transition: Thirteenth to Early Tenth Centuries BCE. Jerusalem: Israel Exploration Society
  • Aren Maeir (en) 2005. Philister-Keramik. p. 528–36 in "Reallexikon der Assyriologie und Vorderasiatischen Archäologie", Band 14. Berlin: W. de Gruyter.
  • Oren, Eliezer D., ed. 2000. The Sea Peoples and Their World: A Reassessment. University Museum Monograph 108. Philadelphia: The University of Pennsylvania Museum of Archaeology and Anthropology
  • Redford, Donald Bruce. 1992. Egypt, Canaan, and Israel in Ancient Times. Princeton: Princeton University Press

Voir aussi

Articles connexes

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