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Environnement et religion

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L'étude de l'environnement dans les religions est un domaine émergent de la science religieuse.

Ce domaine est fondé sur le fait que, selon les mots du philosophe irano-américain Seyyed Hossein Nasr « la crise environnementale est fondamentalement une crise de valeurs » et que les religions, étant une source primaire de valeurs dans toute culture, sont impliquées de la sorte dans les prises de décision humaines concernant l'environnement[1].

Religions anciennes

La plupart des religions anciennes étaient très respectueuses de l'environnement[2]. Certaines religions animistes et celtiques faisaient des éléments de la nature, comme les sources, certains animaux ou plantes, des divinités. En effet, la non-compréhension de la nature lui conférait un aspect mystique qui aboutissait souvent à une divinisation de ses éléments.

Hindouisme

L'environnement dans l'hindouisme a une grande importance, car l'hindouisme n'est pas une religion au sens restreint du mot. On traduit hindouisme par sanatana dharma, qui, traduit approximativement, signifie l'« essence éternelle du cosmos » – la qualité qui lie tous les êtres humains, animaux et végétaux à l'univers alentour et éventuellement à Dieu, source de toute existence[3].

Les hindous ont toujours été proches de la Nature, vénérant rivières, montagnes et forêts et considérant la terre comme une déesse mère. D'après la philosophie hindoue, l'univers et tout ce qu'il contient est conscient. En brillant, le soleil, la lune et les étoiles nous transmettent leur conscience et des êtres invisibles (mais conscients) remplissent l'espace entre eux et nous. Tous ces êtres existent sous la forme de l'Homme Cosmique[3].

La cosmologie védique divise l'espace dans l'univers en quatorze couches constituées par des systèmes planétaires : depuis les planètes Patala qui constituent la plante des pieds jusqu'aux planètes paradisiaques qui s'appellent Satyaloka et qui constituent les têtes au nombre de mille. Un ancien hymne védique, le Pourousha-soukta, décrit la forme de cet Homme Cosmique et nous raconte que tout ce qui existe dans le monde fait partie de cette forme universelle[3].

On dit aussi que les océans constituent la taille de Vishnou, alors que les collines et montagnes sont ses os ; les nuages sont ses cheveux, l'air sa respiration, les rivières ses veines et les arbres les poils de son corps. Le soleil et la lune sont ses yeux et le passage du jour à la nuit se fait quand il bat ses paupières[3].

L'Iça Oupanishad maintient que Dieu réside en tout ce qui existe ; c'est ainsi que la création entière est sacrée ; ce sens du sacré est la base de la relation que l'hindouisme a avec la Nature. Planter des arbres, creuser des puits et construire des réservoir d'eau, particulièrement sur les lieux de pèlerinages, sont traditionnellement considérés comme des actes méritoires[3].

Dans l'ancienne tradition hindoue, la beauté de la Nature tout entière est appelée vana vaïbhav, mot sanskrit qui veut dire, littéralement, « splendeur des forêts ». Cette valorisation traditionnelle des arbres implique une relation écologique subtile et étroite entre les communautés humaines d'autrefois et l'ensemble de la faune et de la flore. A la base de cette relation se trouve la croyance que plantes et animaux ont le droit de vivre et que la société humaine qui dépend d'eux pour sa survie et sa prospérité doit donc les protéger. En outre, la forêt est un lieu où régne la paix et l'harmonie nécessaires aux aspirations spirituelles de l'homme[3].

Bouddhisme

En octobre 2008, Shenphen Rinpoche a été invité à une émission télévisée sur l'écologie et la religion au cours de laquelle il a donné son avis sur les méthodes et les raisons d'accroître la sensibilisation à l'écologie[4]

Shintoïsme

Le shintoïsme a également divinisé de nombreux éléments naturels, sous le nom de kami.

Un kami peut être toute entité supérieure à l'homme par sa nature. Sont kami, en effet, non seulement certaines forces naturelles personnalisées : le Soleil, la Lune, le typhon, et bien d'autres encore, mais plus généralement tout ce qui apparaît mystérieux ou redoutable parmi les êtres inanimés comme les arbres, les montagnes, les mers, les fleuves, les rochers, les vents, ou encore des objets de forme étrange ou d'origine inconnue ; de même peuvent être tenus pour kami des humains, ou des animaux, vivants ou morts.

Judaïsme

Le monde naturel joue un rôle important dans le judaïsme. Dans la loi juive (halakhah), on trouve des mises en garde pour la protection des arbres fruitiers, ou de tout ce qui relève du bien commun, y compris les éléments naturels constituant l'environnement.

Récemment aux États-Unis, la COEJL (Coalition on the Environment and Jewish Life) milite pour la protection de l'environnement et l'éducation au respect de l'environnement au regard de la religion juive[5].

Christianisme

Les Églises chrétiennes prennent progressivement en compte la protection de l'environnement dans leurs positions depuis les années 1970[6].

Lors de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement humain à Stockholm, en 1972, le message envoyé par Paul VI a été lu à l'ouverture de la première séance, alertant déjà l'humanité pour qu'elle substitue le respect de la biosphère à la poussée aveugle du progrès matériel. En 1971, dans la lettre apostolique Octogesima Adveniens (n° 21)[7], Paul VI alertait déjà sur les risques liés à la pollution de l'environnement.

Le pape Jean-Paul II aura été un des grands penseurs chrétiens de notre temps en matière d'écologie. Depuis 1979, année où il a proclamé François d'Assise patron des écologistes, Jean-Paul II a écrit une vingtaine de textes sur l'écologie[8].

L'encyclique Sollicitudo Rei Socialis abordait en 1988 le thème de l'environnement. Elle indique qu'il « faut tenir compte de la nature de chaque être et de ses liens mutuels dans un système ordonné, qui est le cosmos », qu'il faut prendre en considération « le caractère limité des ressources naturelles, certaines d'entre elles n'étant pas renouvelables », et prendre conscience des « conséquences qu'a un certain type de développement sur la qualité de la vie dans les zones industrialisées »[9].

Le 1er septembre 1989, le patriarche œcuménique Dimitrios avait appelé à observer une Journée de la création le premier jour de septembre (début de l'année liturgique dans l'Église orthodoxe)[10].

Jean-Paul II a aussi délivré un message fort en 1989 sur la responsabilité de tous devant l'importance des problèmes d'environnement. Il soulignait que la crise écologique est un problème moral[11].

Dès 1991, l'encyclique Centesimus annus alertait sur la responsabilité de l'homme en matière d'écologie :

« À côté du problème de la consommation, la question de l'écologie, qui lui est étroitement connexe, inspire autant d'inquiétude. L'homme, saisi par le désir d'avoir et de jouir plus que par celui d'être et de croître, consomme d'une manière excessive et désordonnée les ressources de la terre et sa vie même. A l'origine de la destruction insensée du milieu naturel, il y a une erreur anthropologique, malheureusement répandue à notre époque. L'homme, qui découvre sa capacité de transformer et en un sens de créer le monde par son travail, oublie que cela s'accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu. Il croit pouvoir disposer arbitrairement de la terre, en la soumettant sans mesure à sa volonté, comme si elle n'avait pas une forme et une destination antérieures que Dieu lui a données, que l'homme peut développer mais qu'il ne doit pas trahir. Au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l'oeuvre de la création, l'homme se substitue à Dieu et, ainsi, finit par provoquer la révolte de la nature, plus tyrannisée que gouvernée par lui. »[12]

Le catéchisme de l'Église catholique publié en 1992 commente le septième commandement (« tu ne voleras pas ») de la façon suivante :

« Le septième commandement demande le respect de l'intégrité de la création. Les animaux, comme les plantes et les êtres inanimés, sont naturellement destinés au bien commun de l'humanité passée, présente et future (cf. Gn 1, 28-31). L'usage des ressources minérales, végétales et animales de l'univers, ne peut être détaché du respect des exigences morales. La domination accordée par le Créateur à l'homme sur les êtres inanimés et les autres vivants n'est pas absolue ; elle est mesurée par le souci de la qualité de la vie du prochain, y compris des générations à venir ; elle exige un respect religieux de l'intégrité de la création. »[13]

La doctrine sociale de l'Église comporte des recommandations sur la sauvegarde de l'environnement[14]. Elle comporte notamment le principe de la destination universelle des biens.

La commission sociale des évêques de France a également publié Le Respect de la Création (éd. du Centurion), qui est un opuscule d'une cinquantaine de pages publié le 17 janvier 2000 dans lequel ils appellent les chrétiens au civisme écologique et les rend responsables de la sauvegarde de la Création. Le christianisme est assez souvent accusé d'être responsable de la crise écologique, à cause du passage suivant de la Bible (Genèse 1, 28) :

« Emplissez la terre et soumettez la. Dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux. »

Dans ce document de la commission sociale des évêques de France, il est précisé :

« Dans un passé récent, les verbes « soumettre » et « dominer » ont été interprétés, dans certaines théologies du travail dans un sens trop dominateur, comme si l'homme était démiurge et jouissait de tous les pouvoirs… (§ 11) »
« Ainsi, l'homme n'est pas le maître absolu de la création. S'il a le droit d'en user, il n'a pas celui d'en abuser. Il doit en être l'intendant et le gestionnaire responsable. C'est une gérance qui lui est confiée afin qu'il la fasse fructifier et la rende habitable pour tous…(§ 12) »…

Le mouvement Pax Christi a créé une antenne « environnement et modes de vie », dont les travaux ont abouti à la publication, en juin 2005, en collaboration avec la commission sociale de l'épiscopat, d'un important ouvrage collectif : Planète vie, planète mort, l'heure des choix (Cerf)[15]

Les 26 et 27 avril 2007, le Conseil pontifical Justice et Paix a organisé un séminaire sur le thème "Changements climatiques et développement". Au sujet de la réflexion sur "les changements climatiques et le développement", le pape Benoît XVI a lancé un appel au respect de la Création[16].

La pollution de l'environnement a été évoquée le 9 mars 2008 par Mgr Gianfranco Girotti, régent de la pénitencerie apostolique, comme une forme moderne du péché[17]. Il a également insisté sur la dimension collective du péché, le péché social, alors que l'accent est traditionnellement mis sur la dimension individuelle[18].

Le 5 juin 2008, le Saint-Siège proposait un « Décalogue » pour défendre l'environnement[19].

En 2009, l'encyclique Caritas in Veritate de Benoît XVI a abordé la question du respect de l'environnement :

« Le thème du développement est aussi aujourd'hui fortement lié aux devoirs qu'engendre le rapport de l'homme avec l'environnement naturel. Celui-ci a été donné à tous par Dieu et son usage représente pour nous une responsabilité à l'égard des pauvres, des générations à venir et de l'humanité tout entière. Si la nature, et en premier lieu l'être humain, sont considérés comme le fruit du hasard ou du déterminisme de l'évolution, la conscience de la responsabilité s'atténue dans les esprits. Dans la nature, le croyant reconnaît le merveilleux résultat de l'intervention créatrice de Dieu, dont l'homme peut user pour satisfaire ses besoins légitimes – matériels et immatériels – dans le respect des équilibres propres à la réalité créée. Si cette vision se perd, l'homme finit soit par considérer la nature comme une réalité intouchable, soit, au contraire, par en abuser. Ces deux attitudes ne sont pas conformes à la vision chrétienne de la nature, fruit de la création de Dieu. »[20]

Pourtant, la question de l'environnement semble encore périphérique dans les préoccupations des Églises. André Beauchamp a ainsi écrit un livre en forme d'appel à l'Église catholique québécoise pour que celle-ci inscrive la question de l'environnement au cœur de ses préoccupations[21].

Le 23 février 2009, Jean-Louis Borloo, ministre français chargé de l'écologie et du développement durable, a rencontré le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, en présence de plusieurs évêques, à la maison de la Conférence des évêques de France. Il a notamment invité l'Église à mieux communiquer sur la sauvegarde de la Création[22].

Islam

Comme pour les autres religions modernes, les textes sacrés de l'islam peuvent être lus à la lueur de la protection de l'environnement. L'islam appelant au respect des autres et du monde qui nous entoure, on trouve de nombreux appels au respect de la création[23].

De même la plupart des autorités religieuses islamiques se sont positionnées en faveur d'un plus grand respect de l'environnement[24], et des conférences et colloques sur le thème "écologie et Islam" ont régulièrement lieu un peu partout dans le monde, alimentés par de multiples associations.

Notes et références

  1. Seyyed Hossein Nasr, Man and Nature: The Spiritual Crisis in Modern Man
  2. Robert Tessier, 1990, «  Religion et environnement. Un rapport éthique », Médium / Sciences Humaines
  3. 3,0, 3,1, 3,2, 3,3, 3,4 et 3,5 L'HINDOUISME, une introduction, de Dharam Vir Singh, SURABHI PRAKASH
  4. Lama Shenphen Rinpoche answers how and why to raise ecological awareness
  5. (en)Site officiel de la COEJL
  6. Historique des prises de position des Églises
  7. Lettre au Cardinal Roy, Octogesima Adveniens
  8. Jean-Paul II, Les gémissements de la Création, vingt textes sur l'écologie, Parole et Silence, paru en 2006
  9. Encyclique Sollicitudo Rei Socialis, N° 34
  10. Pour la journée de la Création, le patriarche oecuménique souligne la nécessité d'une éthique environnementale
  11. Écologie chemin de paix
  12. Encyclique Centesimus annus, n° 37
  13. Catéchisme de l'Eglise catholique, § 2415
  14. Compendium de la doctrine sociale de l'Eglise, dixième chapitre, sauvegarder l'environnement
  15. Antenne Pax Christi et commission sociale des évêques de France, Fiche verte n° 104, mai 2005
  16. Appel du pape Benoît XVI au respect de la Création
  17. Le Monde, 11 mars 2008 et site
  18. Aucun nouveau péché n'a été inventé in La Croix, 11 mars 2008 et sur le site
  19. Le Saint-Siège propose un Décaloge pour défendre l'environnement
  20. Encyclique Caritas in Veritate, chapitre IV, n° 48
  21. André Bauchamp, environnement et Église, Fides, 2008
  22. L'homme au cœur des enjeux de l'économie
  23. Extraits de textes sacrés islamiques, Reconsidérer l'environnement selon la dimension islamique
  24. Résumé de la position islamique sur l'environnement

Annexes

Bibliographie

  • Robert Tessier, Déplacements du sacré dans la société moderne. Culture, politique, économie, écologie, Bellarmin, 1994
  • Hélène et Jean Bastaire, Pour une écologie chrétienne, éditions du Cerf, 2004
  • Laurent Larcher, La Face cachée de l'écologie, éditions du Cerf, 2004
  • Jean-Paul II, Les gémissements de la Création, vingt textes sur l'écologie, Parole et silence, septembre 2006
  • André Beauchamp, Environnement et Église, Fides, 2008
  • Patrice de Plunkett, L'écologie, de la Bible à nos jours, pour en finir avec les idées reçues, édition de l'Œuvre, 2008
  • Conférence des évêques de France Conseil pour les questions familiales et sociales, La Création au risque de l'environnement, Bayard Cerf Fleurus Mame, 2008
  • Dominique Lang, L'Église et la question écologique, Arsis, 2008
  • Jean Bastaire, Approche franciscaine de l'écologie, Cerf, 2008
  • Hélène et Jean Bastaire, Pour un Christ vert, Salvator, 2009

Liens internes

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