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Histoire collective

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Histoire collective est une association sans but lucratif luxembourgeoise qui recueille et publie depuis trente ans[Quand ?] des témoignages oraux sur l'histoire populaire du Luxembourg wallon. Son siège se trouve à Rossignol.

Une initiative de l'ISCO

L'initiative est partie des formations organisées par l’Institut supérieur de culture ouvrière (ISCO). Les étudiants de cet organisme d’éducation permanente du MOC (Wallonie et Bruxelles) en Luxembourg sont partis de l’ouvrage de Rosine Lewin et Pierre Joye, L’Église et le mouvement ouvrier en Belgique (Bruxelles, 1967), pour notamment interroger la mémoire des dominés au Luxembourg et notamment de la lourdeur de l’emprise cléricale dans cette province.

Le témoignage oral

La cheville ouvrière de cette entreprise est Jean-Marie Caprasse, persuadé de l’erreur commise par certains historiens de s’en tenir au seul écrit comme source. Il est insuffisant même pour les classes lettrées (capables d’archiver leur vie et leur histoire), car des choses sont difficiles à écrire dans le tumulte des événements brefs et violents. Il y a des choses que l’on omet d’écrire... Dans les réflexions théoriques du dernier volume paru de cette entreprise d'édition L'histoire est à nous, on commence par reconnaître que la mémoire pure joue bien des rôles au témoin le plus sincère : cela se passe tous les jours devant les tribunaux. En outre, elle interfère avec la mémoire collective. L’ouvrage cite une série de spécialistes de ces questions depuis Maurice Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire (1925) jusqu’à Paul Ricœur, La mémoire l’histoire, l’oubli (Paris, 2000).

Depuis Marc Bloch et Lucien Febvre, on est sorti de la conception positiviste de l’histoire qu’on voulait relier étroitement aux seuls documents écrits, ce qui aboutit à ce que seule l’histoire des classes dominantes puisse être écrite, l’histoire officielle, l’histoire des seuls lettrés. Et, partant notamment de ces deux auteurs, l'ouvrage développe toute une méthodologie du recueil de la mémoire. «  Dans le dépouillement d’une enquête, lit-on dans L'histoire est à nous , bien des questions que l’historien posent au document écrit peuvent l’être, mutatis mutandis, au document oral. Celui qui rapporte l’information a-t-il été acteur, témoin, témoin direct ou indirect, de qui a-t-il pu recueillir des souvenirs plus anciens (tradition orale ou tradition savante) à ? Qu’est-ce que le témoin a dit, a voulu dire, a peut-être éludé ? Son témoignage est-il cohérent, semble-t-il crédible, a-t-il des raisons de « mentir », de déformer, y a-t-il des risques d’erreurs, des contradictions, quel est le sens, l’usage qui est fait des mots, des concepts ? etc. »

Entre mémoire et histoire

On dit communément que l’histoire est objective (ou tend à l’être), et que la mémoire est subjective, partielle et partiale. On a l’habitude de considérer que la mémoire serait plutôt événementielle, c’est-à-dire frappée par les faits qui viennent rompre la continuité. Elle serait qualitative parce que la perception humaine ne permet pas une juste évaluation des quantités et que le temps accentue encore ce handicap. On dit aussi que la mémoire reconstruit le passé, tandis qu’une archive reconstruit un présent. On a dit que l’histoire analyse le passé, tandis que la mémoire la sacralise, que l’histoire est vérité et que la mémoire est fidélité. Selon Histoire collective, le recueil de sources orales, avec traitement critique minimum, ébauche d’une construction de vision collective par un groupe, sous la forme récits croisés, se situe entre la mémoire et l’histoire.

Épistémologie

Le livre pose alors la question de l’épistémologie fondamentale de l’histoire : interpréter à partir du passé, prise de conscience que pour bien comprendre l’événement il faut savoir que le futur n’était pas connu quand il s’est produit… Le meilleur historien pourrait être l’historien de soi ou mieux encore : un groupe d’individus, une collectivité, faisant ce travail individuellement et en commun, mêlant leurs récits, accompagnés d’une réflexion commune, ne sont-ils pas mes mieux placés pour reconstituer une mémoire collective, pour se faire les historiens d’eux-mêmes. Avec le concours d’un professionnel, mieux à même de la connaissance du passé en général, on aurait ainsi la synthèse entre mémoire vive et histoire élaborée.

Quelques problèmes

Il est facile de comprendre que le prix du pain (en francs courants), peut paraître anormalement bas jadis. Mais c’est plus complexe lorsque l’on interroge les rapports d’autorité, les sectarismes politiques et religieux, le statut de la femme, les relations d’autorité. Le passé a une logique propre qu’on ne peut pas purement et simplement réfuter au nom de la logique d’aujourd’hui. Même si, en même temps, la comparaison entre le passé et le présent permet de mesurer les évolutions positives ou négatives, voire les régressions, les survivances (et l’auteur coite le reste de féodalité encore présent aujourd’hui au Luxembourg). Il met en cause certaines traditions comme l’idée que le chemin de fer au Luxembourg a été nécessairement écarté des grandes villes par les notables ou celles des bateûs d’èwe, supposés empêcher les grenouilles de gêner les notables que leurs croassements pouvait déranger : comme Régine Pernoud, l’auteur cite des historiens du Luxembourg d’Ancien Régime qui ne trouvent nulle trace de cette pratique (cependant présente dans la tradition orale).

Les classes sociales, la mémoire, vérité ou vengeance

Bien que les témoins interrogés ne parlent guère de classes sociales, ils en comprennent le concept, mais parlent des petits et des gros (en relation avec la possession de la terre à des riches, demi-riches, des gens instruits, les petites gens, les « bribeûs » (mendiants en wallon), etc. Certains témoins se réfugient dans le silence quand ils doivent désigner l’endroit où ils habitaient parce que stigmatisé violemment dans le langage, comme « les gens du bas quartier ».

Cette épistémologie de l’histoire, de la mémoire et du témoignage se clôture par une réflexion sur la mémoire qui peut être « vengeresse » ou simplement rétablir la vérité et ces mots : mais il y a des mémoires vengeresses. Au niveau des peuples et des nations, elles peuvent activer toutes les dérives, nationalistes, ethniques, colonialistes, ségrégationnistes. Elles peuvent alimenter des projets politiques aussi injustes que les injustices qu’elles ont nourries et engendrer de nouvelles haines.

Un exemple de témoignage oral

Parmi les témoignages la stigmatisation sociale dans ce témoignage d’un enfant du « bas quartier » concernant la discrimination à l’école : « Nous étions carrément indépendants les uns des autres. C’est-à-dire qu’on parlait ensemble mais les autres, ils se moquaient de nous (…) Tous les jours, au matin, il y avait une inspection des mains. Et les cheveux, tous les jours, pour les poux. Et alors, il fallait montrer ses mains. Et si nous n’étions pas propres, on était viré : " Va te laver n’importe où et puis, ma foi, tu reviendras quand les mains seront propres." Mais les autres, par exemple, pouvaient passer à la cuisine chez l’instituteur, pour se laver. Parce qu’on admettait l’excuse qu’ils fournissaient. Tandis que nous il n’y en avait pas. Puis il y a eu une période transitoire avec une religieuse qui s’appelait sœur Dominique, qui était une sœur issue de la noblesse française. C’était ce qu’on aurait pu appeler maintenant une enseignante gauchiste, qui ne savait pas sentir le pouvoir ni rien du tout. Alors nous, à ce moment-là, (on était) les caïds hein ! Elle nous enseignait. Elle nous poussait beaucoup plus que les autres. Elle nous disait – et cela je m’en rappelle très bien – elle nous disait : "Vous autres les miteux, vous devez travailler plus que les autres "… Elle nous ouvrait les yeux. »

Sources et bibliographie

Lien externe

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