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Imaginaire wallon dans la bande dessinée

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La Wallonie comme le dit La Wallonie, le pays et les hommes est un terreau de la BD.

Rapports avec la France

La bande dessinée wallonne est souvent qualifiée, de manière sinon inexacte, du moins réductrice, de franco-belge[1],[2]. Comme il s'agit ici aussi (malheureusement ou heureusement peu importe), de commerce, on notera comment cet aspect des choses influe sur certaines définitions réductrices de la réalité wallonne [3] À partir du moment (les années 50) où cette BD s'est vue offrir les possibilités du marché français, elle a été amenée à se franciser, c'est-à-dire non s'exprimer en français, ce qu'elle faisait déjà, mais renoncer aux référents belges: Les différentes maisons d'édition wallonnes et bruxelloises imposent aux auteurs dès les années 1950 un standard français pour des raisons commerciales (...) les uniformes et les panneaux de signalisation adoptent des critères hexagonaux... [4] L'intérêt paradoxal de cette soumission légitime au marché, c'est que la BD wallonne s'est expurgée seulement des signes officiels qui renvoyaient à la Belgique gardant les signes plus probant ou profonds renvoyant à la Wallonie : l'Ardenne de Comès par exemple qui est plus qu'un décor qui fait partie de la trame même de la création de l'artiste, car l'Ardenne est un des personnages de sa BD. On en dira de même de la Gaume de Jean-Claude Servais. Il y a aussi les paysages qui apparaissent en quelque sorte par hasard comme la cathédrale Saint-Aubin de Namur, les langues parlées chez certaines tribus exotiques de la Natacha de François Walthéry (souvent du wallon ou picard, on retrouve aussi le même procédé chez Hergé), les bateaux touristes le long de la Meuse à Dinant, etc. Les travaux sur la BD en Wallonie ont été inaugurés en quelque sorte en 1979 par un article de J.M. Dehousse[5].

Le monde social

Les réalités wallonnes pèsent sur cette BD, comme la longue histoire de l'industrie en Wallonie qui est un des fils rouges du récit historique qu'elle peut se donner (voyez Histoire de la Wallonie), comme les anciennes forges chez Chevalier Ardent, la fumée des charbonniers chez Johan et Pirlouït.

La Grève

Il y a aussi les grèves liées à l'industrie : le récit peut d'ailleurs porter sur des histoires étrangères à la Wallonie, mais l'emprunt à la sociologie et à la culture locale profonde est évident et en ce cas universalisé. Il y a aussi les grèves qui ponctuent l'histoire réelle comme chez Bucquoy dans Retour au pays noir (Alpen Publishers, 1988), Warnaut-Rauves (Intermezzo, Casterman, Tournai, 1993).

La mine

La présence la plus fréquente, c'est celle de ce ce que l'on appelle chevalement en français mais bellfleur au Pays de Liège et châssis à molette dans le Hainaut soit ces superstructures d'un charbonnage qui servent tant à monter et remonter les mineurs que la marchandise qu'ils extraient. Ces roues dont Pol Vandromme a dit qu'elles ont signifié longtemps en Wallonie les roues non solaires du destin. On retrouve la mine pour signifier le totalitarisme comme dans La bouteille à la mer (Mitacq et Charlier Dupuis, Charleroi, 1959), mais aussi, bien des années plus tard, dans L'amour hologramme (Christian Lamquet, Casterman, Tournai, 1993, p.95), ou dans Sur les pistes incertaines (Dupuis, Charleroi, 1990): on voit le nom de Farciennes étrangement muté en Farsziën, une mine tout étrangement campée dans un paysage ardennais situé quelque part du côté de l'Allemagne. Ou alors chez Mitacq seul dans Souvenirs d'Elcassino, t. 23 et 24 de La Patrouille des castors), Dupuis, 1983 et 1984, où le thème du chevalement est très massivement présent. Et ici pour dénoncer des phénomènes d'exploitation dans le tiers-monde. Dans Raïs et Djemat (de Jean Dufaux et Jean-François Charles), des glissements graphiques subtils font d'une pyramide un objet qui se transforme en terril. On retrouve par exemple ce chevalement dans une image de l'album de Peyo, Wathéry et Delporte Les douze travaux de Benoît Brisefer (Dupuis, 1968, p.21). Il arrive aussi que le chevalement soit projeté dans l'avenir comme dans Et ils ont appris le vent (Denayer et Franz), Lombard, 1987, p.22, ou à rebours dans le passé comme dans Le doute et l'oubli, Vents d'ouest, 1990, p.50, ou encore au Grand-Hornu reprenant son chevalement dans La vitrine de la honte (Christin et Aymond), Dargaud, 1998, p.42. Le dessin est réalisé sous le même angle que la photo ci-dessous.

Le Grand-Hornu « la renaissance »
châssis à molettes

Les présences de cet objet sont si nombreuses que Luc Courtois n'hésite pas à écrire: L'insertion d'un appareil caractéristique de la révolution industrielle dans un cadre médiéval ou au sommet d'une colline dominant un camp d'internement, appelle d'emblée chez le lecteur une interprétation non paysagère. Ce qui est perçu mentalement, ce n'est pas un site industriel, mais la dramatique humaine à laquelle celui-ci renvoie, dramatique que le lecteur, en tout cas quand il est wallon, perçoit immédiatement, même inconsciemment. En ce sens on peut parler véritablement d'un imaginaire wallon. [6]

Lien interne: voyez une reconstitution d'un châssis à molette à Frameries

Voyez un aperçu partiel du vocabulaire de la mine (accessible à toute personne de langue française) wa:Houyire sur le Wikipédia wallon (WPW)

L'immigration

Dans le récit déjà cité de J. Dufaux et J-F. Charles Raïs et Djemat, des joueurs de cartes dans un café wallon, voient, à cause d'une étrange malédiction, leur bière se transformer en sang et tous de dire leur surprise dans leur langue maternelle. Ici aussi ressurgit le thème de la mine, car la malédiction enracinée en Égypte est curieusement associée par plans successifs (dans la même image) de la pyramide égyptienne à la pente d'un terril sur fond duquel apparaît une bellfleur.

Les langues régionales

Voir à ce propos :

Voir [7]

Les croyances et les traditions

Le paysage mental

Le patrimoine wallon

Bibliographie, Notes

  1. Dans Imaginaire wallon et Bande dessinée in L'imaginaire wallon Fondation Humblet, Louvain-la-neuve, 1994, pp.191-212, Luc Courtois écrit : Force est de constater que, pour l'instant (...) les catégories classiques ("école franco-belge", "bande dessinée francophone" etc.), pertinentes à certains égards mais déformantes en ce qui concerne le patrimoine wallon, continuent de fonctionner, p.192
  2. A.Leborgne, Belgique, in Histoire mondiale de la bande dessinée (dir. C.Moliterni), nouvelle édition, Paris, 1989, pp. 154-169
  3. Luc Courtois montre bien comment l'exigence du marché fait fi d'une certaine authenticité et il parle (dans l'ouvrage que nous avons déjà cité), de l'influence à cet égard de guides professionnels, comme Yves Frémion, Le guide de la bédé francophone, Paris, 1990; T.Groensteen, Répertoire professionnel de la bande dessinée: France, Belgique, Suisse, Angoulème, Paris, 1990. et surtout M.Béra, M.Denni et P.Mellot, Trésors de la bande dessinée, BDM, 1994-1995, 10e édition, Paris, 1994.
  4. Arnaud Pirottte, Paysage mental et patrimoine wallon, in L'imaginaire wallon dans la Bande dessinée, pp.65-71, p.65
  5. JM Dehousse, La Wallonie, terreau pour bandes dessinées in La Wallonie, le pays et les hommes. Lettres, arts, culture sous la direction scientifique de Rita Lejeune et Jacques Stiennon, La Renaissance du libre, Bruxelles, 1979, Tome III, pp.345-355
  6. Luc Courtois, Les réalités sociales, in Jean Pirottte (dir.) Du régional à l'universel. L'imaginaire wallon dans la bande dessinée, Ouvrage publié avec l'aide de la Communauté européenne. Programme Socrates éducation des adultes, Fondation Humblet, Louvain-la-neuve, 1999, pp.59-64, p.64
  7. Présence des langues régionales de Wallonie dans la bande dessinée, in Du régional à l'universel. L'imaginaire wallon dans la bande dessinée, Louvain-la-Neuve, Fondation Pierre-Marie et Jean-François Humblet, 1999, p. 25-33.
  • Jean Pirottte, Arnaud Pirotte et Luc Courtois (avec le concours de Jean-Louis Tilleul) Du régional à l'universel. L'imaginaire wallon dans la bande dessinée, Publication de la Fondation wallonne, Série Études et documents, vol. 4, Louvain-la-neuve, 1999.

[ISBN-2-96000072-3-9]

Liens externes

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