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Isabelle Queval

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Isabelle Queval, ancienne joueuse de tennis de haut niveau, est philosophe et maître de conférences à l'université Paris Descartes (Paris-V) en Sciences de l'Éducation. Elle est chercheur au Centre de Recherche Sens, Éthique, Société (CERSES UMR 8137).

Philosophie du sport contemporain

Le sport est un phénomène multiforme de la société contemporaine, qui a tendance à absorber toute pratique physique[1]. On peut distinguer le sport de haut niveau, le sport de masse, le sport loisir, ou encore le sport santé, etc. Mais le phénomène le plus caractéristique de notre temps est le sport de haut niveau. Phénomène contemporain, le sport a des bases culturelles et idéologiques qui renvoient paradoxalement au passé[2] : le sport s'inscrit en effet dans le cadre d'une pensée de l'éducation et d'une idéologie du progrès, toutes deux apparues au 18ième siècle en Europe.

La conscience contemporaine se laisse obséder par l'idée du dépassement perpétuel de soi. La question du sport de haut niveau est : « puis-je faire mieux ? » Il n'en allait pas de même dans l'Antiquité grecque et romaine : la notion de nature jouait le rôle de norme, et l'homme était confronté à un monde fini. La valeur éducative du sport et l'idée de perfectibilité sont remises en question par le culte de la performance, et la spécialisation du geste. « Le sport appelle le dépassement de soi quand l'éducation physique projette l'épanouissement de soi[3]." Le phénomène du sport de haut niveau a imposé peu à peu « son empire du chiffre, la lisibilité spectaculaire de ses palmarès, sa spécialisation[4]." La culture du dépassement de soi est ambiguë, en ce qu'elle peut conduire au record ou à la ruine. « Le dépassement de soi mène à la gloire comme à l'effondrement physique ou psychique, l'un n'étant pas exclusif de l'autre[5].

Le dopage n'est pas un accident, mais un risque qui tient à la nature même du sport contemporain. En effet, le sport de haut niveau brouille la limite entre le naturel et l'artificiel[6]. Aussi la question posée aujourd'hui par le sport de haut niveau est-elle, avant tout, une question éthique, portant sur l'identité corporelle[7].

Philosophie du corps contemporain

Notre époque est celle de la « révolution du corps » depuis bientôt un siècle. Pourtant, cette révolution correspond dans l'ensemble à un projet beaucoup plus ancien, le projet cartésien de maîtrise de la nature. « Le corps n'est plus subi ; il est rationnel, voulu, créé, libéré des aléas de la nature et du hasard[8]".

On peut opposer le « corps subi » d'autrefois au « corps produit » ou « choisi » d'aujourd'hui. La volonté moderne de recréer le corps a porté ses fruits : lutte efficace contre les maladies, contrôle des naissances, amélioration de l'hygiène, etc. La volonté contemporaine de recréer le corps est rendue encore plus manifeste par l'entraînement sportif, le régime alimentaire, la cosmétique, la chirurgie esthétique, etc. C'est un lieu d'investissement (on parle de « capital santé ») et de recréation de soi.

Le projet cartésien est principalement centré sur un soi corporel. Philosophiquement parlant, ce projet doit permettre à l'homme d'illustrer le triomphe de la volonté et de la raison sur la nature. Le corps, essentiel à l'identité du sujet moderne, n'en a pas moins un statut ambigu, à la fois sujet et objet, lieu de l'investissement identitaire, et champ d'action pour un projet global de transformation de l'homme, etc.

Le corps contemporain devient un terrain d'expérimentation pour la médecine et le sport de haut niveau. Il ne s'agit plus du « corps consommation » (selon l'expression de Jean Baudrillard) des années 70 et de la libération sexuelle, mais du « corps production » des années 90 (chirurgie esthétique, sport de haut niveau, body building). Aujourd'hui, Le corps s'ouvre à toutes les possibilités technologiques. Loin d'être mis à l'écart par les nouvelles technologies, le corps voit ses capacités augmentées. Ainsi, l'écran et le clavier apparaissent aussi comme une extension du cerveau, de la perception et de la capacité d'action. Dans un monde numérique et mondialisé, le corps reste présent et actif.

Le problème de notre modernité est qu'elle ne sait pas mettre des limites au projet d'extension indéfinie des capacités du corps, notamment à travers les progrès de la médecine, et l'adjonction des nouvelles technologies. « Les nanotechnologies vont permettre, par l'implantation de puces dans le corps, de réguler et contrôler des fonctions ou des organes. Un jour, on saura que tel champion olympique de marathon avait en réalité le souffle réglé par nanotechnologie [9]..." Les neurosciences placent aujourd'hui le sujet face à la question de son identité.

Bibliographie

Livres et articles

  • Le sport - Petit abécédaire philosophique, Paris, Larousse, 2009, « Philosopher », 220 p.
  • Le corps aujourd'hui, Paris, Gallimard, 2008, “Folio Essais”, n° 503, 441 p.
  • S'accomplir ou se dépasser, essai sur le sport contemporain, Collection Bibliothèque des Sciences humaines, Paris, Gallimard, 2004, 342 p.
  • Liste des publications d'Isabelle Queval, sur le site du CERSES.

Critique

Notes et références

  1. « Les principes d'entraînement, initiés dès le XVIII° siècle, ont été absorbés par le sport. » I. Queval, S'accomplir ou se dépasser. Essai sur le sport contemporain, p.187
  2. « Quand la société du 21ième siècle commence de s'interroger sur les avatars de cette idéologie du progrès, remet en cause les cadences de travail ou le « culte la performance », le sport de haut niveau, lui, perdure dans sa logique, celle de la recherche incessante des records. » I. Queval, op.cit., p.201
  3. I. Queval, op.cit., p.190
  4. I. Queval, op.cit., p.188
  5. I. Queval, op.cit.,p.209
  6. Voir l'interview d'I. Queval sur CanalINSEP [1]
  7. Voir interview d'Isabelle Queval sur Dailymotion, 20 mai 2009 Le sport, autres regards, avec Isabelle Queval.
  8. "La prodigieuse révolution du corps, par la philosophe Isabelle Queval", 7 août 2008, par Catherine Portevin, Télérama n° 3056
  9. I. Queval, interview parue dans Télérama, op.cit.

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