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Jean-Baptiste Ponama

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Jean-Baptiste Ponama
Fonctions
Conseiller Général
Biographie
Lieu de naissance Saint-André
(Ile de la Réunion)
Nationalité Française
Parti politique PCR puis MIR
Profession Enseignant

Jean-Baptiste Ponama, né le 15 octobre 1923 à Saint-André de la Réunion, est un homme politique français.

Famille, Formation

Jean-Baptiste Ponama est orphelin de son père[1], Camille Emile Ponama dès l'âge de deux ans. Élevé par sa mère Thérèse Virapin et sa grand-tante Mme Xavier Mourouvin dans la tradition catholique, il est conscientisé très tôt politiquement par Gabriel Virapin-Apou[1] son grand-oncle. Le 22 avril 1959 il épouse Cécile Catapoulé[1] avec qui il aura 2 fils et 3 filles.

Elève à l'école communale, il obtient son brevet élémentaire à l'âge de 16 ans et intègre l'École normale après avoir réussi [1] à l'impitoyable sélection d'entrée.

Titulaire de son brevet supérieur à l'âge de 19 ans, il devient instituteur et conduit sa première classe à Champ-Borne à Saint-André.

Mobilisation

Mobilisé en 1943, il quitte La Réunion pour rejoindre son régiment à Madagascar. Fort de son brevet supérieur, il peut intégrer l'école d'officier pour en sortir au grade d'aspirant. Jean-Baptiste Ponama raconte : « lorsqu'il a fallu postuler pour être aspirant, on a mis les blancs d'un côté et les noirs de l'autre »[2] [3] .

Il est donc écarté[réf. nécessaire] au profit des fils de la bourgeoisie locale pourtant moins diplômés que lui. Le racisme larvé et inhérent à la société coloniale des années 40[4] [3][2] restera pour lui une réalité dont il tiendra compte tout au long de sa vie.

Vie Scolaire, associative et syndicale

Démobilisé en mars 1946, il regagne La Réunion et retrouve son poste d'enseignant et de directeur d'établissement à Champ Borne. Il entre dès cette année au conseil syndical du syndicat national des instituteurs (SNI).

Au même titre, il anime le quartier de Champ Borne de multiples façons : après les classes, il visite les familles. Il innove et surprend par la création d'une équipe de handball féminine, la première de l'île ; il démocratise le football en créant de toutes pièces la saint-andréenne. Il négocie personnellement avec Henri Gauche l'acquisition d'un terrain au centre ville de Saint-André, face à l'actuel collège Bédier, pour y construire un stade. Il co-fonde la Fédération des œuvres laïques (FOL) avec d'autres camarades,Vivien Sida, Raymond Mondon, Ary Payet, Henri Fruteau …

Ensemble, ils créent et dirigent plusieurs sociétés d'éducation populaire et sportive tant scolaires qu'extra scolaires à Saint-André : bibliothèques populaires, l'USEP (sociétés sportives scolaires), comité d'action laïque, colonies de vacances.

Par ailleurs, en tant que trésorier de la FOL, Jean-Baptiste Ponama collecte des fonds pour l'acquisition de la Maison des Tourelles dénommée « Maison de nos enfants » à la Plaine des Palmistes. De nombreuses colonies de vacances y seront organisées par ses propres soins.

Politique

Indépendance, Mythe ou réalité

1957 est une année charnière pour Jean-Baptiste Ponama qui observe les élus et les représentants de l'État fasciser la vie politique à La Réunion[5],[6].L'île est département français depuis onze ans, mais la droite locale, redoutant plus que tout le renforcement des communistes au pouvoir, institutionnalise la fraude et les violences électorales[7],[8],[3].

Ainsi, à la suite du décès du maire de Saint-André Raymond Vergès le 2 juillet 1957, une nouvelle municipalité dirigée par Henri Morange est frauduleusement mise en place lors du scrutin du 15 septembre.[réf. nécessaire]

Au mois d'octobre, le climat post-électoral est encore très fébrile. Jean-Baptiste Ponama, déjà connu pour ses idées indépendantistes et comme co-listier de Paul Vergès aux dernières élections municipales, est pris à partie avec Boris Gamaleya dans l'exercice de leurs fonctions. L'agression est perpétrée en plein centre ville, par des nervis de Jean Ramassamy, dit « Gros Jean ». Celui-ci est devenu un féroce adversaire politique de l'ancienne municipalité communiste, à laquelle de surcroît il a appartenu comme premier adjoint du maire.

Jean-Baptiste Ponama enseigne les mathématiques et la physique au collège de la Saline pendant trois ans. C'est aussi à la Saline les Bains qu'il rencontrera sa future femme qu'il épousera le 22 avril 1959 à la mairie de Saint-Paul.

Jean-Baptiste Ponama écrit régulièrement dans les bulletins du SNI, et cette année il y publie un article intitulé « l'Indépendance de La Réunion, mythe ou réalité », où il expose les fondements de sa théorie politique.

L'Ordonnance du 15 octobre 1960

Article détaillé : Ordonnance Debré.

Édictée par Michel Debré, premier Premier ministre de la Vème République (1959-1962) en vertu de la loi du 2 février 1960, l'ordonnance du 15 octobre 1960 est appliquée dans une « ambiance politique troublée » compte-tenu du contexte rappelé par le texte de loi, qui la situe dans « le cadre de certaines mesures relatives au maintien de l'ordre, à la sauvegarde de l'État, à la pacification et à l'administration de l'Algérie »[9].

Le texte de l'ordonnance dit ceci :

« Les fonctionnaires de l'Etat et des établissements publics de l'Etat en service dans les départements d'outre-mer dont le comportement est de nature à troubler l'ordre public peuvent être, sur la proposition du préfet et sans autre formalité, rappelés d'office en Métropole par le ministre dont ils dépendent pour recevoir une nouvelle affectation. Cette décision de rappeler est indépendante des procédures disciplinaires dont ces fonctionnaires peuvent faire l'objet. Elle est notifiée par l'intermédiaire du Préfet qui peut prendre toutes mesures nécessaires à son exécution. »

En août 1961, Jean-Baptiste Ponama dirige une colonie de vacances à la Plaine des Palmistes et reçoit la visite du premier président malgache Philibert Tsirananala délégation est également composée du préfet Perreau Pradier et du ministre d'Etat des DOM-TOM, Robert Lecourt.Le Préfet fait les éloges de Ponama, loue son talent de pédagogue, son dévouement inconditionnel à la cause des jeunes alors qu'il a déjà adressé un rapport à Paris dans lequel il signale que « le comportement de Ponama est de nature à troubler l'ordre public ».[réf. nécessaire]

Affecté à sa demande au Collège de Sainte-Clotilde dès 1960, sa carrière administrative est brutalement entravée en 1961. Expulsé de son pays avec d'autres fonctionnaires aux opinions progressistes, Jean-Baptiste Ponama est muté d'office en Seine et Oise en août 1961 au collège de Viroflay. Il laisse femme et enfants en bas âge ainsi que sa mère dont il a la charge. En dépit de manifestations populaires, de protestations politiques et syndicalistes toutes tendances confondues, il est maintenu en France. Confronté au racisme, sans logement ni traitement pendant les premiers mois, il garde de cette période une plaie ouverte, un sentiment puissant d'arbitraire comme si le temps des « lettres de cachet sous Louis XIV » n'était pas révolu.[réf. nécessaire]

Huit mois après son arrivée en France, Jean-Baptiste Ponama réussit à arracher un congé administratif et rentre à La Réunion à ses frais en avril 1962. La maladie de sa fille Françoise et la mort prématurée de son fils Jean-Marc le 10 juin 1962 le renforcent-t-il dans sa détermination à rester à La Réunion ? Dans un courrier adressé au Ministre de l'Éducation Nationale, il fait part de son désir de servir dans son pays. En guise de réponse, l'administration accuse Jean-Baptiste Ponama d'abandon de poste et le radie de la fonction publique.

Malgré ces catastrophes administratives, il poursuit ses réflexions politiques à travers notamment un article intitulé « La Réunion est-elle un département ou une colonie ? » dans la revue de la Ligue française de l'Enseignement en mai 1962. Cet article édifiant et visionnaire démontre notre capacité à émerger en tant que nation il y a cinquante ans déjà.

Il fait référence à plusieurs sujets :

  • l'océan comme source de richesses,
  • la nécessité de domestiquer la ressource en eau,
  • l'utilisation de la bagasse, de l'énergie solaire,
  • la protection de nos espaces marins, la fertilité du sol volcanique,
  • la réunionisation des cadres, notre diversité humaine et celle de nos civilisations.

Il met également en garde contre le sous-effectif et la sous-qualification des enseignants, l'échec scolaire et l'exode de nos matières grises.

L'ordonnance du 15 octobre 1960 constitue une vraie rupture dans la vie de Jean-Baptiste Ponama. Il vit cette expérience comme une injustice professionnelle et politique, mais aussi comme une tragédie personnelle et familiale, doublée du sentiment cruel d'un crime resté impuni.

Il en porte les stigmates jusqu'à la fin de sa vie et disait-il « est encore marqué par la répression qui s'exerça sur moi par l'intermédiaire de Debré ». Mais en même temps que Debré tel un « catalyseur » l'érige en martyr aux yeux de l'opinion publique, il lui apprend aussi que loin d'être isolé, il reçoit le soutien de toute sa famille sans exclusive, et celui de l'ensemble des forces progressistes.

Militant communiste

Indigné par la gouvernance de l'État français, Jean-Baptiste Ponama affirme sa position en intégrant le jeune Parti Communiste Réunionnais. Pourtant il s'était juré de ne jamais faire de politique après ce que son grand-oncle Gabriel Virapin-Apou avait subi en 1957. Cette année là, ce dernier est battu aux cantonales par René Payet et une coalition de nantis dont fait aussi partie Adrien Virapoullé. Jean-Baptiste Ponama raconte le simulacre d'enterrement dont a été victime son grand-oncle : « Ils ont promené un cercueil autour duquel ils avaient cloué trois poissons makro ». Frappé par cette scène avilissante, Jean-Baptiste Ponama se dirige néanmoins vers la vie politique. Les circonstances particulièrement dramatiques de sa vie ont eu raison de ses réticences, et finissent par lui imposer cette voie comme une évidence.

Le PCR est en plein chantier, il doit encore s'organiser et se structurer pour affronter et gagner les combats qui s'annoncent autour du mot d'ordre de l'autonomie démocratique et populaire.

Pendant plus de quinze années, Jean-Baptiste Ponama adhérera à l'idéologie communiste, fusionnera avec son Parti « à la vie à la mort », sera de toutes les batailles, sur tous les fronts et dans toute l'île. Radié des cadres de la fonction publique, il investit pleinement le terrain politique avec opiniâtreté, méthode et exaltation. Son accession à la tête de la cellule Raymond Mondon, section centre ville de Saint-Denis, marque un pas dans l'histoire de celle ci : à partir de cette unité, un véritable quadrillage du chef lieu est organisé, relayé par les forces vives populaires.

C'est aussi à cette époque que Jean-Baptiste Ponama ouvre la librairie « La Frégate » grâce à la solidarité constante de la famille et des amis. Cette librairie, ancien hôtel-restaurant le Flaubert est tenue par son épouse et un de ses cousins. Grâce à un stage que Jean-Baptiste Ponama avait effectué chez HACHETTE à Lille, Reims et Paris, «  La Frégate » est la première librairie à fonctionner en libre-service à La Réunion en 1963. Située en centre ville à la rue Maréchal Leclerc, elle abritera les mouvements progressistes et syndicalistes de l'île pendant plus d'une décennie. C'est un des lieux centraux d'activités du Parti Communiste Réunionnais semi clandestin encore à l'époque. Il y diffuse les ouvrages d'auteurs réunionnais comme Albany, Lorraine, Cheynet, les ouvrages en créole comme Zistoir Kristian, un des premiers ouvrages bilingue français-créole, les grandes collections 10/18 ou la Pléiade, mais aussi des revues spécialisées communistes, hebdomadaires chinois, soviétique, marxistes, tiers mondistes, littéraires ou économiques.

Divers et nombreux sont celles et ceux qui gardent le souvenir d'un libraire soucieux de transmettre le fleuron de la littérature classique, marxiste et progressiste aux Réunionnais.

Les fonctions de Jean-Baptiste Ponama au sein du Parti sont importantes, ses missions délicates et multiples.

Il est étroitement lié à la clandestinité de Paul Vergès de mars 1964 à 1966, jusqu'à son départ à Moscou où il se rend une première fois en mars 1966, et plus longuement en 1967 pour y suivre des études marxistes à l'Institut Lénine.

Les déplacements dans les pays de l'Est et à Paris se multiplient pour préparer les conférences des partis communistes du monde entier, ou pour populariser le mot d'ordre d'autonomie pour La Réunion.

En 1969 se nouent les premières relations concrètes avec François Mitterrand en vue de l'union de la gauche à La Réunion pour les élections municipales de 1971 et présidentielles de 1974.

Durant la décennie 70, les forces de gauche des départements d'outre mer ainsi que celles des îles du sud ouest de l'Océan indien décident de s'unir en un front de gauche progressiste. C'est dans ce cadre que Jean-Baptiste Ponama est désigné par le Parti pour organiser les travaux du Morne Rouge (août 1971), ou encore pour préparer la conférence de Sainte-Anne aux Antilles en lien avec le PCF à Paris en mai 1977.

C'est aussi pour atteindre ces objectifs que Jean-Baptiste Ponama effectue de nombreux voyages dans l'Océan indien, aux Seychelles et à Madagascar. Il devient alors proche de personnalités politiques comme Gisèle Rabesala, Guy Sinon, Jacques Odoul ou Paul Béranger.

Novembre 1974 reste un moment particulier et riche en émotion pour Jean-Baptiste Ponama. Il conduit une délégation dont Antoine Minatchy fait aussi partie. Ensemble, ils font un retour aux sources en foulant le sol indien officiellement, pour participer au Conseil mondial de la Paix qui rassemble alors les nations non alignées. La rencontre avec l'Inde ancestrale et son premier ministre Indira Gandhi, restera pour Jean-Baptiste Ponama, un des moments les plus extraordinaires de ses fonctions diplomatiques au sein du Parti.

Il continue de représenter le Parti aux fêtes de l'Indépendance malgache en juin 1976 aux côtés de Bruny Payet, Isnelle Amelin, Luçay Langenier et José Macarty.

La même année il se rend à une conférence contre l'apartheid à Addis Abéba en Ethiopie.

Tous ces déplacements accroissent chez Jean-Baptiste Ponama la nécessité d'inscrire La Réunion dans son espace géostratégique naturel, celui d'un axe Afrique-Indiaocéanique-Inde. Dès lors, deux lignes semblent se dessiner au sein du Parti, celle de Ponama qui privilégie une vision sud-sud, et celle de Vergès centrée sur l'Europe et la France.

En interne, Jean-Baptiste Ponama est infatigable et déploie une activité sans borne au service d'une cause qu'il estime juste, l'autonomie démocratique et populaire permettant au peuple réunionnais de s'affranchir de toute tutelle extérieure.

Organisé et pragmatique , il note consciencieusement les tâches des uns et des autres préparées à l'avance. Boulimique de travail, il ne connaît guère de repos. Il prépare notamment les fêtes de Témoignages, gère les vignettes pour alimenter les caisses du Parti, structure la cellule de Saint-Denis, organise les congrès et plus particulièrement les 3e et 4e, dirige et organise les campagnes électorales, rédige rapports et notes sur la situation alarmante de

La Réunion, reçoit à sa table des délégations extérieures des pays du pourtour indiaocéanique comme ceux du bloc communiste, ou encore d'intellectuels et d'artistes de passage dans notre île comme Marie-France Pisier, Jean Ferrat, Georges Kiejman, Gisèle Halimi, Pierre Kaldor, Christophe Mitterrand, ou encore Max Rongier.

Au plan électoral, Jean-Baptiste Ponama est candidat partout : dès 1957 aux municipales de St-André sur la liste de Paul Vergès, à Sainte-Rose en tête de liste dans les années 60, à Saint-André de nouveau tête de liste en 1965 et 1971, en 1967 et 1968 contre Michel Debré aux législatives dans la première circonscription, à Saint-Paul en 1969, en 1973 à la Possession contre Véloupoulé, à Saint-Denis aux cantonales de 1976 (deuxième canton), à Sainte-Marie aux municipales de 1977. En 1967 il est élu conseiller général au canton de la Saline à Saint-Paul aux côtés de Bruny Payet et d'Evenor Lucas. Son mandat n'est pas renouvelé en 1973.

A côté des ses mandats politiques, Jean-Baptiste Ponama continue de s'intéresser aux syndicats d'enseignants, à la Féfération des Œuvres Laïques ; il milite au sein de la CGTR aux côtés de Bruny Payet, est administrateur de la Caisse d'Allocations Familiales de 1975 à 1980 siégeant aux côtés d'Irénée Accot avec lequel il entretient de cordiales et chaleureuses relations ; il est aussi le Président fondateur du Syndicat de Défense des Locataires de La Réunion.

Inlassablement, Jean-Baptiste Ponama poursuit sa lutte pour recouvrer ses droits et réintégrer son corps d'origine au sein de la fonction publique. En dépit du jugement favorable du Tribunal de Versailles en date du 10 novembre 1965, l'administration maintient sa décision et rejette sa demande de réintégration.

Alors même que l'ordonnance est abrogée depuis octobre 1972, ce n'est qu'en septembre 1977, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, qu'il bénéficie d'une mesure gracieuse et retrouve un poste de directeur à l'école Candide Azéma à Château Morange, après quinze années d'errance administrative. Injustement frappé d'exil en 1961, une double peine lui est alors infligée car il ne sera jamais réintégré dans son grade d'origine, celui d'enseignant du second degré. Lorsque François Mitterrand devient Président de la République, il réitère sa demande, mais recevra toujours des réponses négatives. Il s'en étonnera d'ailleurs car François Mitterrand réintègrera des personnes comme le général Salan mais refusera de faire réviser son dossier.

La richesse de ses analyses politiques ainsi que la qualité de son engagement lui avaient valu d'être considéré comme le numéro 2 et le « ministre des affaires étrangères » du PCR.

Cependant en octobre 1977, le binôme Ponama/Vergès éclate à la suite d'un conflit éthique et idéologique. S'estimant trahi dans ses valeurs fondamentales d'intégrité et de droiture, Jean-Baptiste Ponama tente de porter cette rupture sur un plan public et politique.

Il demande au Secrétaire général un débat transparent sur le Parti, son fonctionnement et sur le mot d'ordre qui est entrain de reculer. A ses sollicitations pressantes, privées au début et médiatiques ensuite, ce dernier lui oppose un silence absolu.

Après avoir épuisé toutes les voies du dialogue en direction du Secrétariat et du bureau politique du Parti, Jean-Baptiste Ponama décide d'affronter le Secrétaire général du Parti Communiste Réunionnais aux législatives de mars 1978 dans la seconde circonscription. Dans l'histoire du Parti Communiste Réunionnais, c'est la première fois qu'un cadre aussi haut placé ose défier sa direction sur l'essence même de sa ligne politique en l'accusant de perversion et de corruption.

Outre « les dérives » et « la complicité du PCR avec les chefs d'entreprise », Jean-Baptiste Ponama dénonce la disparition du mot « autonomie » dans le discours politique du PCR, « contre un retour vers l'assimilation et la départementalisation ».

Il s'insurge contre l'européocentrisme qui gagne la direction du Parti au détriment d'un ancrage dans le bassin indiaocéanique.

La réaction du Parti Communiste Réunionnais est violente, radicale et unilatérale : Jean-Baptiste Ponama est doublement frappé d'exclusion, du Comité Central le 19 mars 1978 et de la cellule Raymond Mondon le 24 mars 1978, après plus de quinze années de services et de dévouement inconditionnel au Parti et à la population.

En éliminant une voix dissidente, le Parti vient de gommer de son histoire une de ses figures centrales sans qu'aucune contestation interne ne freine cet irréversible processus.

Avec le départ de Jean-Baptiste Ponama, c'est un peu la période des pionniers du Parti Communiste Réunionnais qui s'achève, avec ses luttes et ses espoirs de voir La Réunion émerger de l'ère coloniale et devenir un pays autonome voire indépendant.

S'ouvre celle des affaires, de l'avènement au pouvoir par une mutation du mot d'ordre d'autonomie vers l'égalité sociale, et par un rapprochement opportuniste avec la France de Mitterrand ainsi qu'avec l'Europe.

A peine suivi et pas toujours compris par ses compagnons de lutte, Jean-Baptiste Ponama se retrouve isolé, vilipendé et mis au ban par ce qui fut sa famille politique : « Chaque camarade est le sang de mon sang, chaque camarade est la chair de ma chair ». Ces mots de Jean-Baptiste Ponama témoignent de sa relation fusionnelle avec le Parti. Ils laissent imaginer également la blessure vivace et durable qu'entraînera cette cassure avec le PCR.

Fondation du Mouvement pour l'Indépendance de La Réunion (MIR)

Même s'il est très éprouvé par cette période de grande instabilité au plan privé et public, Jean-Baptiste Ponama continue de s'élever contre le fait colonial et les rapports de domination qui persistent à La Réunion dans une déclaration du 11 juillet 1980 :

« L'Homme réunionnais est nié, anéanti, réduit à sa condition de support. Il est une cassette d'autant plus appréciée que l'enregistrement est fidèle. Ses complaintes, maloya, son patrimoine sont accaparés, commercialisés, trafiqués. L'Homme réunionnais réduit à l'état d'objet n'apporte rien, il est considéré comme un être incapable de créer. Dans la logique du colonisateur, il devient inutile. A la limite, c'est même un parasite…Il est conditionné, l'assistance devient normale. »

Dans le droit fil de cette pensée, il fonde le Mouvement pour I'Indépendance de La Réunion le 19 septembre 1981 avec des personnalités telles que Serge Sinimalé et Tristan Souprayenmestry.

Le MIR s'exprime régulièrement dans la presse sur les événements locaux et mondiaux : la décentralisation, la guerre d'Irak, l'actualité kanake, les élections présidentielles ou européennes, greenpeace et les problématiques de l'écologie…

Il a le constant souci de fédérer les divers courants indépendantistes de l'île, répète « que le projet d'Indépendance n'appartient pas seulement au MIR », qu'il doit porter une parole réunionnaise indépendantiste à l'intérieur mais aussi en dehors de La Réunion, auprès des Kanaks, des Basques ou encore des députés écologistes de l'Allemagne, sensibles aux causes indépendantistes.

A travers les instances de l'Organisation de l'Unité Africaine, le MIR obtient une audience internationale.

Le Mouvement expose ses propositions et sa méthode pour conduire La Réunion à l'Indépendance ; il démontre les mécanismes d'aliénation que vit l'ensemble des Réunionnais au quotidien et rappelle la complicité de la classe politique locale dans la situation alarmante que connaît La Réunion. Il prône un nouveau modèle de société basé sur une limitation de nos besoins.

Sous l'étiquette du MIR, Jean-Baptiste Ponama se présente à plusieurs élections.

Lors du scrutin régional de 1986, le MIR prône l'abstention et propose la tenue des états généraux de La Réunion ; il rappelle également que la loi du 19 mars 1946 « en transformant d'autorité La Réunion en département d'Outre-Mer a démontré son caractère colonial néfaste, dont la traduction est le bidonville, l'analphabétisme, l'assistance, l'humiliation permanente, le racisme subi par les Réunionnais exilés, l'acculturation, la décérébration ».

Parmi les propositions du MIR, quelques-unes semblent être d'une actualité criante, comme la préconisation d'une réforme agraire, un redécoupage administratif, un usage plus sage du mandat électoral encadré par des gardes fous et une veille permanente au non retour de la violence et de la corruption dans les scrutins. Sans cesse il sensibilise l'opinion sur un assainissement des mœurs électorales ; il constate lors de sa dernière campagne en 1993 une concentration du pouvoir politique à La Réunion en clans politiques, aboutissant à la confiscation de la démocratie.

« Il y a une accélération de la détérioration de la classe politique à La Réunion, au point qu'au lieu de passer à la postérité, nos bonshommes passeront à la trappe de l'Histoire. C'est le système français qui les gâte, jusqu'à les pourrir ».

Mesurant le long chemin à parcourir, Jean-Baptiste Ponama a conscience du sens historique de son combat ; il croit en l'inéluctable accession de La Réunion à l'Indépendance et en un nécessaire investissement à long terme dans les mentalités et les consciences pour y parvenir.

Dans le domaine de l'enseignement, il dirige entre 1977 et 1983 les écoles primaires du Canal Brûlé, Champ-Fleury, Candide Azéma, Raymond Mondon, Terrain Elisa à Sainte-Marie.

Membre de nombreuses associations, comme la ligue anti alcoolique, association de défense de la condition masculine ou la fondation Abbé Pierre, Jean-Baptiste Ponama manifeste ainsi une curiosité constante face aux problématiques de la société réunionnaise.

Affaibli par des infarctus répétés, Jean-Baptiste Ponama s'éteint le 2 juillet 1993 quelques mois après une participation active aux législatives de 1993 dans la circonscription de Saint-Denis.

Jean-Baptiste Ponama aura marqué incontestablement le paysage politique réunionnais de la seconde moitié du XXe siècle de son indéfectible attachement à un idéal politique intègre et intransigeant, marxiste, révolutionnaire pacifiste, laïc et humaniste. Il aura également contribué à porter au niveau de l'opinion publique la solution d'une troisième voie entre les courants politiques traditionnels, celle de l'indépendance, qui comme il le disait très souvent « sera demandée par ceux-là mêmes qui la dénigrent le plus en ce moment ».

Hommage

Le mercredi 4 avril 2012, la ville de Saint-Denis (Réunion) rend hommage à Ponama en renommant la rue du Gymnase « rue Jean-Baptiste Ponama »[10].

Sources

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  • Archives familiales : fonds Jean-Baptiste PONAMA
  • Dictionnaire illustré de La Réunion EDITION diffusion culturelle de France 1991
  • GAUVIN Gilles : Michel Debré et l'île de La Réunion Presses Universitaires du Septentrion 2006
  • Le dictionnaire biographique de La Réunion Tome II sous la direction de Michel Verguin et Mario Serviable Ed. CLIP/ARS Terres Créoles 1995
  • Les hommes célèbres de La Réunion sous la direction de Prosper Eve Ed. Delphine 2009
  • Le Mémorial de La Réunion (1940-1963)
  • Mille célébrités Jérôme l'archiviste Orphie 2009
  • Presse : JIR, Quotidien, Témoignages, Le Réunionnais, la Gazette
  • ROUSSE Eugène : Combat des Réunionnais pour la liberté Tome III Ed. CNH 1994

Références

  1. 1,0, 1,1, 1,2 et 1,3 Archive Familiale:Fond Jean-Baptiste Ponama
  2. 2,0 et 2,1 Le Mémorial de La Réunion (1940-1963)
  3. 3,0, 3,1 et 3,2 Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées RE
  4. Michel Debré et l'île de La Réunion Presses Universitaires du Septentrion 2006,GAUVIN Gilles
  5. Journal "Témoignage" de l'époque
  6. Journal ,"Le Quotidien" de l'époque
  7. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Presse 1
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  9. Erreur Lua dans Module:Outils à la ligne 73 : attempt to index local 'frame' (a nil value).
  10. Hommage à « une vie de respect des valeurs, une vie d'engagement », Conseil général de la Réunion

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