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Kerdody

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Kerdody

Depuis 1952, Kerdody est une résidence culturelle à vocation internationale située à La Baule dans le département de la Loire-Atlantique.

Fréquentée par des écrivains, notamment, Paul Claudel[1] , et des artistes provenant du monde entier, elle a aussi accueilli des personnalités issues de la France Libre[2] et des membres de l'ordre du Compagnon de la Libération[3].

Histoire

Kerdody dans les années 50

Construite en 1884 sur les Dunes de la Baule lesquelles s'étendaient naguère jusqu'au lieu dit d'Escoublac, Kerdody doit son nom à Denise Massu[4] dont le mari, entrepreneur dans la région de Saint-Nazaire, en avait alors réalisé la construction.

Monté sur des pierres en granit, Kerdody repose sur un sol sableux. S'ouvrant vers l'avant sur une terrasse spacieuse, la maison offre une silhouette avenante avec, notamment, ses barrières rouges blanc.

Ces couleurs originales pour une région prisant plutôt la sobriété ont été imaginées par Denise Massu [5] .

Réquisitionnée durant la seconde guerre mondiale, Kerdody servira du QG d'un régiment d'infanterie de la Wehrmacht placé sous l'autorité du Generalmajor Hans Junck[6]. Se situant dans la poche de Saint Nazaire, la maison sera restituée à ses propriétaires seulement le 8 mai 1945.

Kerdody a été rachetée en 1952 par Xavier de La Chevalerie, diplomate de carrière, et un temps Directeur du Cabinet du Général de Gaulle (1967-1969).

En 1956, Kerdody a été agrandi en son pan arrière.

Au rythme des postes diplomatiques de Xavier de La Chevalerie, des artistes du monde entier viendront s'y ressourcer, certains à l'affût d'inspiration.

Son épouse, Marie-Francoise Hislaire, surnommée France, était l'âme de Kerdody. D'origine Belge, cette dernière a émigré aux États-Unis en 1940. Etablie dans le borough de Queens, elle a été élève au Manhattan College[7] de New York et à l'Ecole du journalisme de la 32ème rue.

Forte d'une ouverture naturelle au monde, elle accueillait les hôtes avec attention et prévenance, s'accommodant toujours de leur différence.

Dans ses premières années, l'intendance de l'édifice a été assurée par les Moniaud, commerçants de leur état, et ensuite successivement par Madame Sablé (1969-1984) et depuis par Madame Radel.

Kerdody est désormais intégrée au patrimoine historique de La Baule.

Résidence culturelle

Xavier de la Chevalerie et les siens

Dès 1953, Paul Claudel et son fils Henri feront le tour de propriétaire.

Avec force de détails, lors d'un déjeuner sur la terrasse de Kerdody, l'écrivain raconte[1] son séjour à T'ien-Tsin (Tianjin), où il officia de 1906 à 1909 comme Consul de France. Marie et Pierre, ses deux ainés, naitront dans cette ville. Puis, s'en allant vers un autre sujet, il regrette ses Paroles au Maréchal, restées tristement célèbres : « France, écoute ce vieil homme sur toi qui se penche et qui te parle comme un père. » « Je ne m'en remettrai jamais », confie-t-il alors.

De son côté, son fils, Henri Claudel relate comment il inspira à Antoine de Saint-Exupéry l'idée du petit prince, à ce jour, l'œuvre française la plus répandue au monde.

Dans les années cinquante, André Guibaut[8], explorateur passionné d'ethnologie, vient mettre la dernière main à son chef d'œuvre Ngolo Seto. Son épouse, Colette, demeurera fidèle à Kerdody, s'y rendant à plusieurs reprises.

Serge Gelade, poète et diplomate, poursuit l'écriture de versets bien chantants sur les rails[9]. « Un fil de lourd métal tordu / tendu vers l'autre / et l'autre finement aigu, un fil d'acier / l'acier d'un cri, dur et secret...” Mais son poème le plus retentissant commence par un appel : “Oh toi retraité, qu'advient-il de toi ?”

La célèbre chroniqueuse Corinne Gorse mieux connue sous son nom d'artiste, Kriss Graffiti[10], occupe la chambre bleue de Kerdody. L'on ne sait si, en ces occasions, son compagnon du moment Claude Nougaro, l'accompagnait.

À la fin des années 80, les Sœurs Steinitz prennent leur quartier d'été à Kerdody. Alliées au grand collectionneur, elles chantaient à capella sur la terrasse quelque méditation à la vierge sous les acclamations admiratives de groupies attentionnées, Amandine et Marie Colombe.

L'Afrique, cette fois

En 1974, une toute frêle Sénégalaise, Pascaline Diop, de l'ethnie sérère, connait son expérience Bauloise. Elle en tire un livre foisonnant d'anecdotes : « Des vacances chez les toubabs ! » Une autre sénégalaise, en 1975, Hélène Diouf, ouolof d'origine, relate dans les pages culturelles du journal Dakarois le Soleil, sous la forme d'un feuilleton les épisodes marquant de son séjour en Loire Atlantique.

Si en raison de son emploi du temps, le poète président Léopold Sédar Senghor[11] ne peut s'y rendre, il adressera une lettre remarquée à Xavier de la Chevalerie : « Oh, la Baule, terre d'accueil des jeunes sénégalaises. Coule sur Guérande, l'esprit du manioc et du sorgho. Chahutées par le Vent sont les Évens comme l'île de Gorée, leur grande soeur. A l'ombre des pins, bienheureux amis des baobabs, bruit le tam tam comme s'envole sur l'océan la Poule sultane du Djoudj ».

Kerdody connaît son quart d'heure mexicain.
France de la Chevalerie

En revanche, longtemps attendu, Jorge Castañeda Gutman, écrivain marxiste léniniste, Ministre des affaires du Mexique (2000-2003), ne s'y rend pas. Ses relations mouvementées avec Adela Micha, chroniqueuse sur Canal Cinco, en seraient peut être la cause.

En 1982, séjourne à la Baule, la conteuse mexicano-Americaine, Irma Yepiz, dont le compagnon durant de longues années fut l'aéropoète, Edgar List, fils du poète Estridentista Germán List Arzubide. Dans ses conférences à l'Université de San Diego, Irma Yepiz aime à retracer ce moment inoubliable.

En 1987, la styliste vedette américaine d'origine Nicaraguayenne, Susanna Uriarte Salamanca, puise son inspiration pour ses futures collections comme l'affirme le journal Las Vegas Chronicle dans son édition de 2006.

Loin de Dieu mais proche des Etats Unis.

Poursuivant une autre trajectoire, Steve Green et son épouse, collectionneurs de renom, sont aussi des familiers de Kerdody. Issus d'une riche famille de Philadelphie, ils appartenaient à cette catégorie d'américains, rebelles et lettrés, ayant pris d'assaut Paris dans les années trente et parmi lesquels se comptaient F. Scott Fitzgerald, Zelda Savre, Gertrude Stein et Ernest Hemingway. En 1945, terriblement émus par le lancement d'Enola Gay sur Hiroshima et Nagasaki, ils décidèrent de ne plus jamais retourner aux Etats Unis. C'est ainsi que parmi d'autres lieux de villégiature, ils séjournèrent souvent à La Baule.

L'Asie à la mode.

L'universitaire et politologue japonais, Ken Masujima, auteur d'ouvrages sur le co-développement, s'y aventure ainsi que Madame Hideko Fukumoto dont le mari est le meilleur spécialiste mondial de la poésie de Renard. Arpente les avenues de la Baule, l'artiste populaire, Ishikawa Hitomi, dont le succès "Machibuse" a été alors traduit en Breton.

La merveilleuse chanteuse taïwanaise, Teresa Teng (Dèng Lìjūn)[12], fait une brève apparition mais remarquée. L'interprète de "The Moon Represents My Heart" reprendra alors quelque force après une sévère crise d'asthme. Lors de son passage à Kerdody, on lui prête alors l'écriture de la chanson 情迷 qing mi, superbe ballade romantique laquelle sera reprise lors des funérailles de Song Meiling, Madame Tchang Kaï-chek, dans l'église méthodiste de la ville Hartsdale dans l'Etat de New York en 2003.

En 1982, c‘est au tour de l’écrivain Shobha De, romancière native de Bombay et auteur de livre à succès dont les croustillants Starry Nights et Socialite Evenings d'entrer en scène. Sa présence provoque quelque émoi à la mesure de sa littérature très enlevée où l'effronterie des femmes est présentée comme une arme absolue contre l'inépuisable tiédeur des hommes.

Magie Marcos, philippine et riche propriétaire d'hôtels de l'ile de Negros, séjourne en 1986, laissant alors un livre « That's was France ! » écrit en Hiligaïnon à la troisième personne.

L'Europe enfin unie.
Avenue de la Grande Dune

Par les origines de la famille, la Belgique tient les feux de la rampe.

Au nombre des visiteurs, Guy et Yette Daufresne de la Chevalerie. Fils de Raoul Daufresne de la Chevalerie, Commandant en Chef des Forces belges libres au Royaume-Uni en 1941-1942, Guy a connu une vie exceptionnelle (1904-2005) depuis son départ comme mousse dans la marine marchande à l'âge de 14 ans jusqu'à sa participation avec le titre général-major à la Conférence préparatoire des Nations-Unies à San Francisco en 1945. Lors de son dernier séjour à Kerdody, il relate ses escapades à cheval en Mongolie dans les années trente tout comme son amitié jamais démentie avec le Général Douglas MacArthur alors que ce dernier exerçait le titre de commandant suprême des forces d'occupation alliées au Japon [13]. Dans la foulée aussi Myriam van ESSCHE, dont le père jouissait d'une influence particulière auprès de l'homme d'État Belge, Paul Van Zeeland, notamment, dans leur lutte qu'il menait aussi avec René Hislaire contre Léon Degrelle et la montée des extrémismes dans les années 30 [14]. D'autre Belges séjourneront à la Baule comme la cantatrice lyrique, Amandine Dooms, dans les années 2000.

Chahut à la Baule, une fausse rumeur se propage : Jimmy Page serait de passage. La raison, l'ambiance survoltée sur la terrasse où se répand à force de décibels la musique de Led Zeppelin. « Dazed et confused » prend alors tout le monde de cours. Toute la nuit de juillet 1972, Anne danse, la tête ébouriffée. Du coup, les Hells Angels rappliquèrent. La cour du jardin était alors encombrée de gros calibre. « Des jeunes dames à la coiffe mal fichue ! » s'indignait alors Beatrix de Beaulaincourt.

Neveu de l'un des plus audacieux armateurs de Gênes, l'accordéoniste diatonique Italien, Serge Pesce, s'y produit.

En 1988, l'artiste anglaise Philippa Holland, originaire de Derby, trouve l'inspiration nécessaire pour se lancer dans la conception de vitraux lesquels décorent de nombreux établissements culturels des Midlands.

Longtemps Kerdody a été fermé à la gente allemande. Le souvenir des troupes du Kaiser cherchant à forcer l'entrée de bâtisse de Béthune où se mourrait le bisaïeul de Beaulaincourt était la raison la plus souvent évoquée. Pendant des années, toute présence allemande aurait été inconcevable. Il a fallu attendre 35 ans après la rencontre entre Adenauer et le Général de Gaulle (1963) pour que Kerdody connaisse son dégel. En 1998, entraînée dans le sillage de Guy, le temps d'un week end, une allemande fit son entrée dans la maison.

Rompant avec sa tradition artistique, Kerdody est aussi le rendez vous des français libres : Philippe Peychaud, Charles Le Goasguen, Robert Galley, des noms qui portent la flamme de l'engagement, des noms illuminant l'épopée de la colonne Leclerc et de la victoire de Bir Hakeim.

L'esprit artistique fourmille.
Détente à la Baule les Pins

Le cinéaste et musicien Michel Afota a réalisé des morceaux d'anthologie sur la vie bruxelloise. Femme délaissée par son compagnon, Femme assaillie de doutes. Départ brusque à la gare du Midi vers un horizon incertain. À travers son œuvre, Michel Afota raconte la Belgique, terre éprouvée par un débat ininterrompu à fleurets mouchetés. Tel un couple où rien n'est jamais acquis. Par là, il suit le chemin tracé autrefois par son grand oncle, Auguste Daufresne de la Chevalerie, notamment, dans son roman, les deux conscrits.

Souvent présent à Kerdody dans son jeune âge, son cousin, David Gautier, formé dans le dessin animé et les films d'animation en pâte à modeler, est devenu l'historien des pays de Savoie. Il raconte la catastrophe naturelle du Mont Granier, un terrible éboulement aux conséquences dramatiques mais dont les savoyards tirent aujourd'hui un certain orgueil. Mais ce sont surtout Le petit ramoneur Savoyard et le lutin de Noël sur la route d'Annecy qui ont connu un franc succès de librairie.

Période bleue, période grise, l'œuvre de Guy de la Chevalerie parcourt depuis trente ans les murs de Kerdody. Au fil du pinceau, l'on découvre un homme informe galvanisé par son ombre ou une femme enlacée dans une larme. Parfois surgissent des figures géométriques telles celles composant le site de Nazca. Bousculade aussi de jets de lumières comme un appel à la révolution sexuelle. Le directeur du Jardim das Artes écrivait en février 1977 à propos de son ami, Kay Von Baudissim : « Je ne parlerai pas de l'homme. Ici la peinture c'est l'homme. Et bien plus. La vie. Peinture de cœur et d'esprit. Expressionisme et surréalisme. » Ces mêmes propos pourraient se rapporter à sa propre œuvre.

Son frère, Francois, s'essaye à l'écriture de roman[9]. Toutefois, seuls de charmants mulots résidant clandestinement dans le grenier de Kerdody en assureront le succès. « Ce n'est pas séant ! » proclamait, Xavier de La Chevalerie. Quant au Sainte Beuve local, Xavier Afota, il condamne un manque profondeur par une remarque de bon sens « L'on ne peut être sénégalais et mexicain en même temps ! ». Ce dernier n'est pas en reste. Auteur de nombreuses préfaces, il écrit en ce moment "Jours tranquilles près de la place de Clichy".

Art culinaire à Kerdody

Le médaillon au chocolat de Mme Radel

L'art culinaire s'invite à Kerdody. En 1986, Ginette Radel crée son médaillon au chocolat dont la réputation traverse les océans puisque la recette a été reprise au Japon dans la région de Konate. Si le pourtour est dur comme du roc, s'en allant vers le centre, le chocolat se décompose, craquelle, enfin s'effondre en mousse chocolatée. Egalement célèbres : les poivrons plongés dans une inimitable sauce bâtarde ou les harengs sauce baltique surnageant des carottes du terroir.

À l'époque, le médaillon au chocolat était tellement prisé qu'à l'annonce de sa présence dans le menu du jour, des bousculades pouvaient occasionner de sérieux troubles à l'ordré public. Un jour du mois de novembre 1981, cherchant à s'en accaparer les meilleures parts, Rodrigue Afota le coinça sur sa chaise. Par un geste malencontreux, il s'affaissa dessous, ce qui provoqua l'émoi de l'assistance. Opération bien conduite cependant car, ce jour là, Rodrigue fut le seul à s'en gaver.

Histoire de la bague de fiançailles

Achetée chez Chaumet à grands frais, la bague de fiançailles d'Anne a été emportée par les flots par une triste journée de l'Été 1974. La faute à son frère à qui elle l'avait confiée alors que ce dernier déterrait des coqs. L'ayant calé dans une poche trouée, la bague s'en alla dans l'Atlantique. Ce dernier s'en trouva prostré jusqu'à la fin de ces jours. Au lieu de rejoindre les Amériques l'alliance échoua dans les Cornouailles. Passant par là, l'on raconte que le Comte de Chester l'a récupéra. Atteint dans ses comptes par la réduction drastique de la liste civile, il profita de l'aubaine pour la remettre à son fils lequel coursait alors une jeune femme d'une moindre ascendance mais attentive au menu. Auparavant récalcitrante, celle-ci s'en trouva confondue de joie à tel point qu'elle devint la duchesse de Cambridge, la comtesse de Strathearn et la baronne Carrickfergus.

Sources

“Souvenirs de Paul Claudel”, Henri Claudel

“Ngolo Seto” de André Guibaut

“Poèmes de Serge Gelade, Editions Transparence Culturelle, 1990

“La Maison du jeune homme seul » de Patrick Besson; Hachette, 1979

Histoire de la Poche de Saint Nazaire = Ecomusée de Saint-Nazaire

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichelieu.php?idLang=fr&idLieu=5031

“Le Parcours du cœur battant, Kriss”, Alta, 1976

« Le petit ramoneur », « Un lutin sur la route d'Annecy », « Le Monstre du lac du Bourget », « Le très haut savoyard » de David Gautier, Editions Boule de Neige

http://www.editions-bouledeneige.com/Qui-sommes-nous--.php

Phlippa Holland

http://www.philippa-holland.co.uk/

“Le passé venu d'ailleurs”, “Comala”, “Le Pouce”, “New Leipzig”, de Francois de la Chevalerie

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Journal. Tome II : 1933-1955
  2. Archives de la France Libre »
  3. Liste des Compagnons de la Libération
  4. Archives familiales
  5. Archives familiales - Les deux fils avaient choisi des voies bien distinctes, le premier. Pierre, compagnon de route du Parti communiste français et le second, Antoine, ayant rejoint l'action française
  6. Le Generalmajor Hans Junck est nommé Festungskommandant St-Nazaire le 29 septembre 1944. Ses services sont principalement basés à La Baule autour de la villa Aeraki, ancienne résidence d'un consul général de Belgique.
  7. http://www.manhattan.edu/
  8. Egalement diplomate de carrière
  9. 9,0 et 9,1 Edité par Transparence Culturelle
  10. Elle officia notamment sur France Inter
  11. Liberté 5 : Le Dialogue des cultures, Le Seuil, 1992
  12. my dairy
  13. Le récit d'une vie
  14. Histoire de la Belgique

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