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Les dhimmis au temps du Prophète et de ses compagnons

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Cet article résume les différentes analyses et témoignages sur les non-musulmans, en particulier les dhimmis, pendant la naissance et le développement du jeune état islamique, celui du prophète de l'islam Mahomet et de ses successeurs et compagnons Abu Bakr, Omar ibn al-Khattâb, Uthman ibn Affan, Ali Ibn Abi Talib et Muʿāwiya Ier.

Rapport du prophète Mahomet et ses successeurs envers les non-musulmans

Liberté de culte

Du temps du Prophète de l'islam, les religions chrétiennes, juives, sabéennes et mages jouissaient de la liberté de culte conformément au verset "point de contrainte en religion". Ils pouvaient donc pratiquer leurs cultes moyennant un impôt de capitation, la jizya. Ses compagnons lors du califat l'étendirent aux berbères, Bouddhistes et Brahmanistes.
Les polythéistes et idolâtres avaient le choix entre la conversion à l'islam, la mort ou l'esclavage selon Bernard Lewis[1] et Martin Lings[2]. Cependant les polythéistes et idolâtres se convertirent en masse par la persuasion. Pour Muhammad Hamidullah, la dénonciation des pactes d'alliance avec les polythéistes était une pression pour leur faire embrasser l'islam mais elle n'était pas une déclaration de guerre[3].
Dans son testament, le prophète recommanda de bien traiter ses sujets non-musulmans[4].

Les impôts

Articles détaillés : Jizya et Kharaj.

L'impôt de capitation, la jizya, ne fut imposé aux non-musulmans qu'en l'an 9 de l'hégire (630) et était d'un dinar par an et par adulte[5] mâle. Cependant, le montant n'était pas fixé à l'avance, par exemple le calife Omar ibn al-Khattâb fit payer 48 dirhams aux riches, 24 aux aisés et 12 à la classe la moins riche (Le rapport entre le dirham et le dinar était de 1/12, celui imposé par le Prophète était donc bien moins élevé)[6],[7]. Par ailleurs, au temps des premières conquêtes islamiques, les impôts n'étaient pas plus forts que sous la domination romaine[8]. Les dhimmis ne payaient pas sur les épargnes ni sur les troupeaux (zakat), tandis que les musulmans payaient sur l'épargne, les troupeaux et l'agriculture.
Etaient exemptés de l'impôt de capitation les non-musulmans qui aidaient par quelque moyen que ce soit les musulmans dans une guerre, et ceci pour la même année[9]. De même, au temps du calife Abu Bakr, les vieillards non-musulmans et pauvres étaient exemptés de la capitation. Ceux-là reçurent l'aide du trésor public des musulmans ainsi que les personnes dont ils avaient la charge[10].

Administration et armée

De nombreux chrétiens prirent part à l'administration au lendemain des conquêtes islamiques. Vers 687, donc peu de temps après la mort de Muʿāwiya Ier, Jean Bar Penkayé décrivait dans une chronique en Mésopotamie que les musulmans n'exigeaient aux hommes chrétiens de ne payer que le tribut et qu'ils leur laissaient en échange le choix de changer ou pas de religion pour embrasser n'importe laquelle. Aussi, d'après son témoignage, il semblerait qu'il y avait dans l'armée musulmane des chrétiens d'Orient et monophysites[11].

Témoignages de chrétiens concernant l'islam du temps des quatre premiers califes

Peu de témoignages ont subsisté de cette époque pour cause de disparition quasi complète de la littérature suite à la conquête arabe.
Pour l'ensemble des Églises orientales, la domination musulmane en Orient leur procure plus de liberté et une amélioration de leur condition de vie par rapport à ce qui en était sous l'Empire byzantin[12]. Le témoignage du patriarche nestorien, Ichoyahb III, vers 660, au temps du calife Ali ibn Abi Talib, indique qu'il s'inquiétait de l'augmentation des conversions à l'islam des nestoriens arabes, les trouvant sans raison puisque les musulmans honoraient l'Église[13].
D'autres témoignages de cette époque nous indiquent que sous la domination islamique en Orient, la religion musulmane ne rencontra pas de résistance de la part des chrétiens puisque leur culte n'était pas en péril. L'un d'entre eux reconnait même dans l'islam, bien qu'étant favorable à un ralliement avec l'Empire byzantin, « quelque chose d'authentique et de véridique, en face de quoi il ne dresse aucun réquisitoire »[14].

Claude Cahen, auteur de la Note sur l'accueil des chrétiens d'Orient à l'Islam, se demande d'ailleurs, bien que non spécialiste de la question, « si la chrétienté du temps de la conquête arabe a vraiment vu déjà dans l'islam comme religion l'adversaire ou même seulement le rival qu'elle y découvrira ensuite et dorénavant combattra. »[15].

Les fausses attributions au Prophète et ses compagnons

L'interdiction des lieux sacrés de Médine et de la Mecque aux non-musulmans

« Ô vous qui croyez ! Les païens (polythéistes) sont une souillure. Interdisez-leur donc, à l'expiration de cette année, l'accès à la Mosquée sacrée ! Si vous craignez un manque à gagner, Dieu y pourvoira par sa grâce, s'il veut, car il est omniscient et sage (Coran 9 :28) »

Aussi ce hadith : « Le Prophète dit : Aucun polythéiste n'entrera dans cette Mosquée qui est la nôtre, après cette année-ci, à part les Gens du Livre et leurs domestique" (Bashâr Awwâd et col, al-Musnad al-jâmi', vol 4, n°2408, p.21). »

La Mecque fut conquise en l'an 8 de l'Hégire (629). Ce n'est que l'année suivante que la Kaaba fut définitivement interdite aux polythéistes, après la révélation de la sourate 9, verset 28.
Plus tard, en l'an 631, une délégation de 70 chrétiens de Najran vinrent à Médine, soit un an avant la mort du Prophète. Le Prophète les laissa prier dans la mosquée en s'orientant vers l'orient[16].
Plus tard encore, lors du califat d'Omar, celui-ci reçut un chrétien à la mosquée de la Mecque lors de son sermon de l'office du vendredi. Le chrétien était venu se plaindre des douaniers musulmans à la frontière et Omar lui rendit justice[17]. Encore un peu plus tard existait, au pied du minaret, le cabinet d'un médecin chrétien[18].

Suivant M.H. Benkheira, c'est quelques décennies après Mahomet que l'interdiction d'accès à Médine et à la Mecque aux non-musulmans a été entamée ; l'histoire de cette interdiction difficile à définir avec certitude remonte probablement à l'époque du calife omeyyade Umar ibn Abd al-Aziz (682-720). C'est a posteriori que les exégètes musulmans ont justifié cette pratique à partir du Coran (9, 28). Néanmoins, jusqu'au VIIIe siècle, voire au-delà, de nombreux témoignages attestent de la présence de non-musulmans à Médine et à la Mecque[19]; vers la fin du VIIe siècle par exemple, subsitait un "cimetière des infidèles" à la Mecque, de même que « des chrétiens résidaient à Médine où en 706, 80 ouvriers grecs et coptes travaillaient à la réfection de la mosquée du Prophète. »[20].

Le Pacte d'Umar et son attribution à Omar ibn al-Khattâb

Il s'agirait, en partie, d'un traité entre Umar ben Abd al-Aziz (682-720) et les monothéistes non-musulmans, les « gens du Livre ». Les versions les plus anciennes de ce pacte qui nous sont parvenus datent du XIIe siècle, mais sûrement pas des premiers temps de l'islam. Il n'est donc pas possible d'attribuer la paternité de ce pacte au deuxième calife Omar ibn al-Khattâb, certains spécialistes remettant en cause son authenticité même. Ce document semblerait être en fait "une compilation de dispositions élaborées progressivement, dont certaines pourraient dater du règne du calife Umar ben Abd al-Aziz. De là, il semble qu'une confusion volontaire a été faite pour l'attribuer à Omar ibn al-Khattâb[21]. L'origine de ce traité était composé de restrictions visant la sécurité militaire des premiers conquérants et qui se transformèrent en interdits légaux et sociaux par la suite[22].

Notes et références

  1. Bernard Lewis, « L'islam et les non-musulmans », dans Annales. Histoire, Sciences Sociales, 35e année, N° 3-4, 1980, p. 788 [Lire en ligne sur Persée].
  2. Martin Lings, "Le Prophète Muhammad, sa vie d'après les sources les plus anciennes", éd. Seuil, 1983, p.528-529
  3. Muhammad Hamidullah, Le Prophète de l'islam, Tome 1, éd. El-Najah, p.501-502
  4. Muhammad Hamidullah, Le Prophète de l'islam, Tome 2, éd. El-Najah, p.807
  5. Muhammad Hamidullah, Le Prophète de l'islam, Tome 1, éd. El-Najah, p.554
  6. Islamophile, ressources islamiques en langue française, fatwa du cheikh Yûsuf Al-Qaradâwî, [1]
  7. Cahen Claude. Origines et débuts de la monnaie musulmane. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 129e année, N. 1, 1985. p.23,[2] .
  8. Claude Cohen, « Note sur l'accueil des chrétiens d'Orient à l'Islam », dans Revue de l'histoire des religions, tome 166, n° 1, 1964, p. 51 [lire en ligne sur Persée].
  9. Muhammad Hamidullah, Le Prophète de l'islam, Tome 2, éd. El-Najah, p.875
  10. Muhammad Hamidullah, Le Prophète de l'islam, Tome 2, éd. El-Najah, p.877-878
  11. Alain George, Academie des sciences et belles lettres, comptes rendus des séances de l'année 2011, "Le palimpseste Lewis-Mingana de Cambridge, témoin ancien de l'histoire du Coran", p.426-427,lire en ligne sur Academia.edu : [3]
  12. Bernard Lewis, op. cit. p.788
  13. Claude Cohen, « Note sur l'accueil des chrétiens d'Orient à l'Islam », dans Revue de l'histoire des religions, tome 166, n° 1, 1964, p. 55 [lire en ligne sur Persée].
  14. Claude Cohen, op. cit. p.56
  15. Claude Cohen, op. cit. p. 58
  16. Massignon Louis. La Mubâhala. Étude sur la proposition d'ordalie faite par le prophète Mahomet aux chrétiens Balhàrith du Najràn en l'an 10/631 à Médine. In: École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Annuaire 1943-1944. 1942. p. 11.Persée en ligne (http://www.persee.fr/web/ouvrages/home/prescript/article/ephe_0000-0002_1942_num_55_51_17495)
  17. Muhammad Hamidullah, ‘’Le Prophète de l'islam, p. 830, éd. Al najah
  18. Michel Chodkiewicz, Le paradoxe de la Ka'ba, rubrique "les frontières de l'interdit", n°13Lire dans revues.org
  19. Mohammed Hocine Benkheira, article « Enceinte sacrée » in Ali Amir Moezzi, Dictionnaire du Coran, éditions Robert Laffont, 2007, p.252
  20. Les grandes escales de Louis Dermigny, p.230 en note Livre en ligne sur google books
  21. Livre de Dominique Perrin en ligne
  22. Lewis Bernard. L'islam et les non-musulmans. In: Annales. Histoire, Sciences Sociales. 35e année, N. 3-4, 1980. p. 789Lire en ligne sur Persée (http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1980_num_35_3_282668)

Voir aussi

Articles connexes

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