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Matthieu Moulinas

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Matthieu Moulinas
meurtrier
Image illustrative de l’article Matthieu Moulinas
Information
Nom de naissance Matthieu Moulinas
Naissance (26 ans)
Nîmes (France)
Condamnation 29 juin 2013, 10 octobre 2014
Sentence Réclusion criminelle à perpétuité
Actions criminelles Enlèvement d'une mineure de moins de quinze ans, Tentative de viol d'une mineure de moins de quinze ans, Meurtre
Victimes 1 : Agnès Marin
Période 16 novembre 2011
Pays Drapeau de la France France
Ville Le Chambon-sur-Lignon
Arrestation 17 novembre 2011

Matthieu Moulinas, né le 30 décembre 1993 à Nîmes[1], est un criminel français, célèbre pour avoir été le deuxième meurtrier mineur français à être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, après l'abolition de la peine de mort en France.

Biographie

Matthieu Moulinas est né le à Nîmes, d'une mère cadre comptable, conseillère municipale, et d'un père gérant d'une société de formation continue, il a grandi à Nages-et-Solorgues, village du Gard, à cent kilomètres au sud. Il rentre en classe de CP en , avec de grandes difficultés scolaires. Il apprend en , qu'il redouble son CE1. Malgré ce petit obstacle, le jeune Matthieu vit une enfance normale, jusqu'à l'été précédent ses 17 ans.

Parcours criminel

Premier crime

Le dimanche , il viole, Julie, une ex-camarade d'école primaire, en l'attachant et la séquestrant, sous le prétexte de lui rendre 10€. La jeune fille le dénonce le soir même, entraînant son arrestation devant ses propres parents : Sophie et Dominique Moulinas. En garde à vue, Matthieu passe aux aveux et est mis en examen, puis incarcéré. L'adolescent lui avait attaché les poignets, pour la bâillonner et la violer[2]. Après l'appel téléphonique de la mère de la jeune fille[3], il l'avait relâchée. Sa victime, qui estime alors avoir « vu la mort »[4] et l'avait supplié de l'épargner, lui avait dit : « C’est ma mère, elle va venir me chercher ». Le 26 novembre 2010, Matthieu Moulinas quitte la maison d'arrêt, sortie validée par quatre expertises psychiatriques, en échange d'un contrôle judiciaire, son père faisant valoir qu'il était admis au Lycée Cévenol, après avoir échoué à l'inscrire dans seize autres établissements.

Meurtre

Le , dans un bois proche du Chambon-sur-Lignon, Matthieu Moulinas, âgé de presque 18 ans[5], tend une embuscade à Agnès Marin, l'une de ses camarades de classe, au Collège Cévenol. Attiré par la jeune fille de presque 14 ans, il la viole, puis la poignarde à 17 reprises pour la faire taire, et enfin la brûle pour maquiller son crime[6]. Agnès Marin succombe après vingt minutes de sévices sous la menace d'un couteau de cuisine[7]. L'affaire a eu un énorme retentissement, car le jeune homme était scolarisé bien qu'il ait commis, un an plus tôt, un viol reposant sur le même mode opératoire, prémédité et sous la menace d'une arme.

Sous prétexte de chercher des champignons hallucinogènes dans le bois à quelques dizaines de mètres du stade, Matthieu Moulinas a attiré sa victime dans un ravin de la forêt accessible directement du parc du collège[8] et l'a attachée à un arbre. Matthieu a porté plusieurs coups à Agnès avant de la violer. Après le viol, il l'a de nouveau battue. La jeune fille, qui avait prévenu ses camarades de cette promenade, a tenté sans succès de se défendre[9]. Une fois morte, il a trouvé dans le sac de la jeune fille un bidon d'essence à zippo. Il asperge le corps et allume le feu qu'il nourrit avec du bois trouvé sur place puis il rentre. Tous deux faisaient partie des 60 pensionnaires de l'internat[10]. Ayant remarqué l'absence d'Agnès à l'étude, puis au dîner, ses amis ont commencé à ratisser le domaine du lycée et la forêt voisine malgré l'interdiction du surveillant[11]. Plusieurs lycéens voient Matthieu Moulinas sortir seul du bois, le visage caché par une écharpe[8]. Plus tard dans la soirée, lorsque les recherches sont organisées par l'établissement, il fait semblant d'y participer, malgré son visage strié de griffures infligées par la victime[2]. « L'audition de ses camarades a été compliquée et il a été très difficile de démêler son emploi du temps », affirme au sujet de la victime le procureur du Puy-en-Velay, René Pagis[12].

Arrestation

Le 17 novembre 2011, Matthieu Moulinas est placé en garde à vue. Interrogé sur son emploi du temps, il change plusieurs fois de versions, avant de faire croire aux gendarmes qu'il a poussé Agnès dans la rivière de la forêt voisine. Le corps carbonisé de la victime est retrouvé la nuit du 18 novembre 2011, dans la forêt à trois kilomètres du collège, suivant les indications de Matthieu qui est finalement passé aux aveux[13]. Outre les violences sexuelles, l'autopsie dénombrera dix-sept coups de couteau dans le thorax et à la tête d'Agnès. L'ADN de la victime sera retrouvé dans une tache de sang sur le jean porté par Matthieu Moulinas ce jour-là[14]. Le jeune homme est de nouveau incarcéré pour le viol et le meurtre d'Agnès Marin.

Procès et condamnations

Le procès de Matthieu Moulinas débute le 18 juin 2013. Il a alors 19 ans. La justice décide de joindre les 2 dossiers dans lesquels l'adolescent est impliqué : ils sont traités par le juge d'instruction du TGI de Clermont-Ferrand François Maury. La famille de Julie, la première victime, décide que les débats se tiendront à huis clos, sauf pour une seule journée du procès où les journalistes pourront entrer dans la salle d'audience. Dès qu'elle a appris le crime et son auteur, la mère de Julie a réagi en disant qu'elle n'était malheureusement pas surprise et qu'elle savait qu'il recommencerait. Alors que le ministère public réclame trente ans de prison, écartant déjà toute excuse de minorité pour l'accusé[15], le récidiviste est condamné, le , à la réclusion criminelle à perpétuité[16], peine rarissime pour un crime commis avant l'âge de 18 ans. La famille de la victime a obtenu une levée partielle du huis clos, afin d'établir les différentes responsabilités éducatives et judiciaires[17]. La presse a pu suivre les débats dans une salle annexe, équipée d'un écran géant[10]. Les experts psychiatres qui l'ont examiné ont mis en lumière le profil d'une personnalité psychotique de type schizoïde, avec une perversité étonnante et une dangerosité effrayante[18]. Lors du réquisitoire, l'avocat général estimera que le choix de cet internat mixte, véritable « campus sans murs », aura été « le moins adapté au cas de Matthieu M, une insulte au bon sens »[19]. Le lycée « n'a pas creusé la question des antécédents » de l'intéressé, faisant preuve d'un « manque de curiosité étonnant », a-t-il dénoncé.

L'éducatrice de la PJJ chargée du suivi de l'adolescent, ne s'est rendue qu'une fois au collège Cévenol, en , plus de trois mois et demi après son admission[20]. Ne parvenant pas à rencontrer le directeur, qui a annulé le rendez-vous pour cause de « carnaval » organisé dans le lycée, elle ne parle qu'au conseiller d'éducation, qu'elle ne reverra jamais. Selon le lycée, elle ne l'informe pas du viol avec arme et préméditation pour lequel l'élève est mis en examen[21],[22]. « Nos échos étaient positifs. Il n'(y) avait rien à signaler dans son comportement, si ce n'est un point minime », expliquera-t-elle. Elle ne demande pas à être informée de ce « point minime » : l'introduction d'alcool fort au sein du lycée. Les enquêteurs découvriront que le dossier disciplinaire du futur meurtrier ne mentionnait pas non plus la consultation de sites internet à caractère pornographique au centre de documentation du lycée, qui lui a pourtant valu une semaine d'exclusion[23]. Il n'indiquait pas non plus que des camarades l'avaient vu promener une autre élève en laisse ou passer les mains sous sa jupe au vu de tous[24]. Lors du procès, l'avocat général relèvera que Matthieu avait « des relations sexuelles quasi quotidiennes » dans l'internat[23] avec une jeune fille éloignée de sa famille, résidant à Tahiti, qui allait fréquemment le week-end dans la famille de Mathieu dans le Gard. Deux fois exclu pendant une semaine, ce dernier a même évité d'extrême justesse un refus d'inscription pour l'année suivante, lors d'un passage devant le conseil de la vie scolaire en [25]. Malgré cela, le lycée n'a jamais eu aucun contact avec le juge d'instruction chargé du premier viol[26] et n'a effectué aucun signalement à la PJJ. Appelé au procès, le directeur central de la PJJ, Jean-Louis Daumas, un ancien membre de cabinets ministériels, a refusé devant le tribunal de reconnaître des erreurs de son administration, concédant seulement une « faiblesse », mais pas de « fautes » dans le suivi de l'adolescent[27]. Lors du procès, il signalera que le cabinet du ministre de la justice n'a pas commandé d'inspection.

Le , au lendemain de l'annonce du verdict qui condamne Moulinas. à perpétuité, les avocates de la défense, maître Joëlle Diez et maître Isabelle Mimran, annoncent qu'elles font appel de cette décision[28].

Le , les parents d'Agnès Marin portent plainte contre l'État pour « faute lourde » afin de faire la lumière sur les responsabilités de chacun et notamment sur les lacunes du suivi judiciaire du meurtrier[29].

À partir du et pour une durée de 10 jours, Matthieu Moulinas est rejugé en appel à la cour d'assises des mineurs du Puy-de-Dôme à huis clos. Il est alors âgé de presque 21 ans[30].

Le , la cour d'assises du Puy-de-Dôme confirme en appel la peine de réclusion criminelle à perpétuité[31].

Le , Matthieu Moulinas se pourvoit en cassation, mais le , une de ses avocates, Joëlle Diez, avertit le parquet et la partie civile que le meurtrier et ses parents renoncent au pourvoi en cassation. La condamnation en appel devient alors définitive[32].

Matthieu Moulinas restera donc en prison jusqu'en 2026, au moins. Il aura donc 33 ans.

En , le Conseil supérieur de la magistrature blanchit l'ancienne juge d'instruction de Nîmes, qui avait libéré le futur criminel en [33].

Ouvrage

Notes et références

  1. « Dossiers criminels », sur users.skynet.be (consulté le 9 août 2020)
  2. 2,0 et 2,1 Pascale Robert-Diard, « Meurtre d'Agnès Marin : au cœur du procès, un jeune perturbé et un suivi défaillant », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  3. Fabrice Amedeo, « Un proche de la 1re victime de l'agresseur d'Agnès parle », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  4. « Agnès. L’autre fille "allait mourir" »,
  5. « Mort d'Agnès : le lycéen mis en examen pour assassinat et viol », sur tempsreel.nouvelobs.com,
  6. Le JDD, « Agnès, inhumée le jour de ses 14 ans », sur lejdd.fr (consulté le 18 juin 2020)
  7. « Autour du collège Cévenol, ce sont les médias qui font l’enquête », Le Progrès,‎ (lire en ligne)
  8. 8,0 et 8,1 « Disparition d'Agnès : un corps calciné retrouvé », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  9. Michael Bloch, « Le Chambon-sur-Lignon : le viol et le meurtre d'Agnès Marin auraient-ils pu être évités ? », France TV,‎ (lire en ligne)
  10. 10,0 et 10,1 « Procès du meurtrier présumé d'Agnès: levée partielle du huis clos », 20 Minutes,‎ (lire en ligne)
  11. Christophe Cornevin, « Meurtre d'Agnès : un collégien témoigne », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  12. René Pagis évoque cette affaire dans le livre Dans la salle des Pas Perdus, éditions de Borée, 2017
  13. « Affaire Agnès Marin: l’Etat condamné pour «faute lourde» », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 29 mai 2017).
  14. « Meurtre d'Agnès Marin: Matthieu rejugé en appel », sur bfmtv.com, .
  15. Alexandre Fache, « Perpétuité pour un mineur, un verdict qui interroge », sur humanite.fr, .
  16. AFP, « Le meurtrier d'Agnès condamné à la réclusion criminelle à perpétuité », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  17. « Le Chambon-sur-Lignon : ouverture du procès du meurtrier présumé d'Agnès », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  18. Stéphane Durand-Souffland, « Chambon-sur-Lignon : ouverture du procès du meurtrier présumé d'Agnès », sur lefigaro.fr, .
  19. Stéphane Durand-Souffland, « Meurtre d'Agnès : Matthieu condamné à la réclusion criminelle à perpétuité », Le Figaro,‎ (lire en ligne (http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/06/28/01016-20130628ARTFIG00488-meurtre-d-agnes-30-ans-requiscontre-l-accuse.php))
  20. « Meurtre d'Agnès : exclu deux fois une semaine, le lycéen avait frôlé le renvoi l'an dernier », Sud Ouest,‎ (lire en ligne)
  21. « Meurtre d'Agnès : après le drame, la polémique », La Dépêche,‎ (lire en ligne)
  22. « Agnès : la direction du lycée Cévenol se défend », sur europe1.fr,
  23. 23,0 et 23,1 « Meurtre d'Agnès: le collège Cévenol aux prises avec de grosses difficultés », sur auvergne.france3.fr,
  24. « les manquements qui ont conduit au drame », L'Est Républicain,‎ (lire en ligne)
  25. Marie-Estelle Pech, « Agnès : le comportement de Mathieu choquait les élèves », Le Figaro,‎ (lire en ligne (http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/11/23/01016-20111123ARTFIG00397-agnes-le-comportement-de-matthieu-choquait-les-eleves.php))
  26. « Meurtre d'Agnès : exclu deux fois, le lycéen avait frôlé le renvoi l'an dernier », Sud Ouest,‎ (lire en ligne)
  27. « Meurtre d'Agnès : une « faiblesse » dans le suivi de Matthieu », Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne)
  28. « Procès Agnès: les avocates de Matthieu font appel », La Montagne,‎ (lire en ligne)
  29. « Ses parents attaquent l’état pour faute lourde », Paris Match,‎ (lire en ligne)
  30. « Matthieu rejugé en appel », Nouvel observateur,‎ (lire en ligne)
  31. « Le meurtrier d'Agnès Marin condamné à la réclusion à perpétuité en appel avec obligation de soins sans limitation de durée », Le Figaro,‎ (lire en ligne (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/10/10/97001-20141010FILWWW00367-le-meurtrier-d-agnes-marin-condamne-a-la-reclusion-a-perpetuite-en-appel.php))
  32. « Le meurtrier d'Agnes décide d'arrêter le combat judiciaire », sur France 3 Auvergne,
  33. François Barrère, « Meurtre et viol d’Agnès Marin : le CSM blanchit la juge nîmoise », sur midilibre.fr, .
  34. [audio] Marc-Olivier Fogiel, « "Parents à perpétuité" : Sophie et Dominique Moulinas parlent de leur fils meurtrier », RTL,

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