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Michel Sicard

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Michel Sicard

Michel Sicard est un artiste et écrivain français, né le 6 octobre 1950 à Toulon.

À l'origine théoricien de l'art et critique littéraire, il est l'auteur des deux numéros de la revue Obliques : Sartre (1979) et Sartre et les arts (1981).

Son œuvre picturale minimaliste réunit les potentialités de l'écriture à celles de l'image, préoccupée par des concepts de trace, d'archéologie de l'invisible, de palimpseste et de flux. Il dévoile dans ses œuvres des signes et des rythmes, qui l'ont conduit insensiblement vers les philosophies du vide. Il mène en même temps une activité universitaire, de professeur à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où il anime des séminaires sur les nouvelles matériologies et le corps imagiel. Il a formé en 2011 un duo d'artistes avec l'artiste franco-iranienne Mojgan Moslehi.

Biographie

Il fait des études de Philosophie et de Lettres à l'université de Nice, où il rencontre Michel Butor, puis à Paris X-Nanterre. En 1973, il entreprend à L'École Pratique des Hautes Études une thèse de Doctorat en sémiologie sous la direction de Roland Barthes : Analyse sémiologique de L'Idiot de la famille de Jean-Paul Sartre. Il écrit aussi dans diverses revues : Critique, Les Cahiers du chemin, la NRF, des essais sur Don Juan, Antonin Artaud, Jean-François Lyotard et s'associe étroitement à la Librairie-Galerie de la revue Obliques pour laquelle il fera deux numéros sur Sartre et Sartre et les arts. Il entre en correspondance et se lie d'amitié en 1975 avec Christian Dotremont, le fondateur de Cobra, qu'il verra jusqu'à sa mort en 1979, et dont il éditera entre autres les Œuvres poétiques complètes au Mercure de France.

En 1981, Michel Sicard quitte l'enseignement dans le secondaire pour se consacrer à l'art contemporain. Il base son atelier en Normandie et fait divers séjours en institutions comme boursier-résident à la Villa Arson, en 1983-1984, où il participe à la fondation du Centre National d'Art Contemporain de Nice. Continuant parallèlement son activité de critique d'art, il collabore avec Pierre Alechinsky et écrit plusieurs monographies sur lui.

Il effectue de nombreux séjours à Berlin entre 1992 et 1994, où il prépare l'exposition Berlin palimpseste, livres et peintures in situ, parfois en collaboration avec des artistes allemands, qui sera présentée d'abord à Berlin, puis à Paris. Il passe une thèse nouveau régime sur travaux en 1992 : Sartre et les problèmes du langage et une habilitation à diriger les recherches en 1995, sur Art et langage. Il reprend un poste d'enseignement à partir de 1994 à l'université, nommé Maître de conférences à Nice dans le département Arts Communication Langage, suivi en 1998 par un poste de professeur à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne où il est titulaire depuis cette date d'une chaire d'arts plastiques.

En 2011, il installe un nouvel atelier à Vitry-sur-Seine et crée un duo d'artistes avec Mojgan Moslehi, avec qui il a déjà exposé en Corée et en Chine.

Œuvres

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Les écrivures

Sa pratique d'art tendance minimaliste commence par la série des écrivures commencée en 1975. Il définit ses écrivures non pas comme des signes épaissis, mais plutôt comme des écritures aérées, allégées[réf. nécessaire]. Ce renoncement à la matérialité est déterminé par le geste impondérable, par l'effet de la vitesse et de la nature du support. C'est ce moment de capture qui est problématique, car il découvre dans un ailleurs l'espace du corps. Il définit ce résultat comme l'ombre de la matière, notion qu'il développera aussi poétiquement : « Il y a deux sources à ces gris : l'une vient de la trace, l'autre du support. La trace laisse l'impression d'un fil, au pinceau, nervuré comme les plumes d'un volatile : le trait a une fibrure interne, des muscles, ou tendons ; son arrêt dévoile la structure en coupe. Au couteau, le fil restera tranchant, presqu'illisible. Quant au support, il viendrait comme une trame, un voile, une minuscule et égale dentelle ; l'encre révèle du même coup son en deçà : elle se moire, ductile, miroir intérieur, inversé. Cette tactilité du matériau fait que mes écrivures, au lieu de jouer comme hier dans une figure optique pour une mise en posture visuelle, s'alimentent au contraire à une rythmique, une respiration où le signe se nourrit de son entour, de son avant, de son dessous »[réf. nécessaire].

Ce dispositif des écrivures hantera de façon persistante ses œuvres graphiques, marquant à la fois le passage d'un invisible, le geste enregistrant l'ombre d'une trace, et le temps.

Photographies plasticiennes

Son approche photographique est un procédé à travers lequel il intègre l'espace phénoménologique à son langage artistique. Le premier travail photographique de Michel Sicard remonte à ses séjours à New York à partir de 1987, où il photographie les façades new-yorkaises, soulignant l'aspect réticulé, modulaire et sériel de l'image.

En 2004, en Argentine, il photographie un grand nombre de fois sous divers angles la chute d'Iguazu, ses traînées blanchâtres et son brouillard, s'attardant à la capture de matériaux fluides et fluctuants.

En Iran, en 2006, il s'intéresse au renversement de l'image, à travers les reflets produits à l'intérieur des mosquées, les miroirs dans leurs salles, et leurs cours sous la pluie. Il capte aussi dans la vitesse le mouvement des apparitions d'images prises en voiture.

Il procèdera ensuite à un éclatement de la représentation, photographiant des images dépixélisées qui pulvérisent la représentation, tout en gardant le même quantitatif chromatique, qui rejoignent certaines de ses pratiques de dilution par l'eau en peinture. Ces photos seront exposées à Bratislava et à Pékin.

Livres d'artiste

Il conçoit le livre d'artiste comme une symbiose, où il révèle les capacités du texte, le mettant en tension par des interventions plastiques, collages, découpes, et des traces graphiques, des signes, des graphies parfois exacerbées et tout ce qui témoigne de la présence d'une main créatrice, au moment de la genèse du livre, à l'opposé du processus de la reproductibilité technique. Ainsi les premiers livres avec Butor : Intempéries, Aspersions, Rosée, L'Appel du large, En vue de Suzanne, Bientôt l'automne, témoignent-ils de cette présence spontanée et conjointe de signes d'écriture manuelle et de touches graphiques par couches maintes fois réitérées.

En 1986, sa rencontre avec Patrice Pouperon, éditeur de livres d'artiste de La Garonne, donne naissance à plusieurs ouvrages imprimés strictement, mais contrepointés par des originaux encryptés, collages, pliages, lavis délavés, empaquetages, sculptures, etc. : L'X comme mode d'assemblage, Prima luce, en 1986, Basse lyre, Trame, Hauts-fonds, L'Otarie... Après 1990, il travaillera ses propres livres avec le typographe Michael Caine, et aussi avec Robert Dutrou, utilisant souvent la gravure sur bois.

Il conçoit aussi le livre d'artiste comme la rencontre d'une image et d'un lieu : le livre apparaît comme une sorte de livret d'orchestration. Parfois les livres en cahiers, en leporello trouvent des organismes plus vastes (boîtes, valises, rouleaux, contenants divers), ou des installations qui obligent le lecteur à déployer l'objet-livre.

Il entre en contact avec le FRAC de Rouen en 1986, qui cherche, avec Yves Bourel et Michel Servière, à spécialiser sa collection autour du livre d'artiste, participe au colloque Tom Phillips... Acquisition par le FRAC de Aspersions, L'Appel du large, livres d'artistes avec Butor, et de dessins sur tapuscrits : Suite pour Elseneur. Exposition et journées dans divers lieux à Rouen en 1988, et à la Herzog August Bibliothek de Wolfenbüttel en 1989. Rétrospective de ses livres d'artiste d'abord à la médiathèque Ceccano, en Avignon en 1991, puis à la Bibliotheca Wittockiana, à Bruxelles en 1992.

C'est un travail aux limites du livre, comme le dit Pascal Fulacher, qui s'interroge sur la sortie du livre : « Sur la soixantaine de livres qui seront présentés à l'exposition, certains empruntent des formes très diverses, du livre enfoui dans une sculpture, au livre qui devient arbre à la fois en passant par le volumen et le livre en feuilles volantes rangées dans un carton à dessin. Ces livres ne sont-ils pas à la limite du livre d'artiste et peut-on encore les considérer comme tels? » [réf. nécessaire]

Michel Sicard travaille ensuite sur l'idée de palimpseste. Un ensemble de livres autour de Berlin palimpseste, seront exposés au Centre culturel français de Berlin, à Unter den Linden, en 1994 et dans la Mairie du VIe Arrondissement de Paris, Salon du Vieux Colombier, en 1995, inspirés par l'idée de catastrophe, de mémoire, et de reconstruction critique.

Une grande partie de ses livres d'artiste est montrée à Séoul en 2004, à la Galerie Artlink. Michel Sicard est régulièrement invité à des débats, conférences ou colloques sur le livre d'artiste et il a suscité quelques thèses sur lui.

Poésies

Influencée par le surréalisme, sa poésie a subi des bouleversements stylistiques à la rencontre d'œuvres plastiques dont il s'inspire, les siennes ou celles d'autres artistes. Il a publié ses recueils aux éditions Galilée, qui reprennent beaucoup de ses textes conçus pour ses livres d'artiste, avec Alechinsky, J. Clauzel, B. Dorny, R. Druet, G. Masurovsky, C.-H. Pedersen...

Sa poésie, en accointance avec le visuel, évoque les thèmes géopoétiques des lieux, de leur survol, de la genèse, de la prolifération, de la métamorphose, de l'exil, de la mort, et de l'espace sidéral dans lequel le sujet poétique se dilue. Alternent dans son écriture soit des éclatements, des écartèlements des mots, soit des relances perpétuelles de la phrase comme un fil infini[interprétation personnelle].

Dans ses textes critiques à propos d'autres poètes comme Guillevic et Jude Stéfan, ses préoccupations personnelles sont lisibles. Ainsi s'isolent des éléments signes (comme le cyprès chez Stéfan, marqueur du néant) et des éléments capteurs d'imaginaire et transformateurs d'énergie comme les yeux, les noms propres et le système de litanies, qui le ramènent à ses recherches dans l'art : la superposition, le temps, la série et l'ouverture de l'espace.

Sicard et Moslehi, duo plastique

La rencontre artistique de Michel Sicard et Mojgan Moslehi débute en 2004, où ils réalisent une série de peintures sur papier à quatre mains, pour l'exposition au Seoul Arts Center.

Publications

Poésies, textes de création
  • Les Puniques, poèmes, cassette sonore, création musicale originale de Jean-Yves Bosseur, Paris, Éditions Artalect, 1984
  • ABC de correspondance, textes de M. Butor et M.S., Paris, Éd. Daniel Lelong, 1986
  • Collation, avec M. Butor, Rouen, L'Instant Perpétuel, 1991
  • L'Ombre des glaciers, poèmes, Éd. Galilée, 1992
  • En marge, poèmes de M. Butor et M.S., dessins de M.S., Paris, Éd. Orte, 1992
  • Berlin palimpseste, Éd. Orte, 1994
  • Réécrire Berlin, dessins de l'auteur, Rouen, Centre d'Art Contemporain, 1996
  • Flores, poèmes, Galilée, 1998
  • Archèmes, poèmes, Éd. Galilée, 2001
  • Exils prochains, poèmes, Éd. Galilée, 2004

Sur l'œuvre

  • Michel Sicard - Écrire au pluriel, catalogue, textes de M. Butor, Frédéric-Yves Jeannet, Sartre, Michel Servière, Jude Stéfan, Bernard Teulon-Nouailles, Aniello Montano..., Médiathèque Ceccano, Avignon, et Bibliotheka Wittockiana, Bruxelles, 1991-1992 ; 2e éd. : Bibliothèque Municipale, Strasbourg, et Musée des Beaux-Arts de Saint-Lô
  • Michel Sicard, encres et peintures sur papier, catalogue, texte de Skimao, Artothèque de Montpellier, 1992
  • Michel Sicard - Berlin palimpseste, catalogue, préface de Jacques Chirac, texte de Manfred Flügge, Paris, Orte, 1994
  • Michel Sicard - Paris Séoul : Traces essentielles, catalogue, avec Yeo Tae Myong, Séoul, 2004
  • Michel Sicard - Mojgan Moslehi - Art pictural contemporain, Musée de Nanjing (Chine), 2008

Choix de livres critiques et directions d'ouvrages

  • La critique littéraire de Jean-Paul Sartre, tome 1 : Objet et thèmes, tome 2 : une écriture romanesque, Paris, Éd. Minard, coll. Archives des Lettres Modernes, 1976 et 1980
  • Dotremont et ses écrivures, avec Michel Butor, Paris, Éd. Jean-Michel Place, 1978
  • Staritsky, matières et talismans, avec M. Butor, Éd. J.-M. Place, 1978
  • Sartre (dir.), revue Obliques, n° 18-19, Nyons, Éd. Borderie, 1979
  • Sartre et les arts (dir), Obliques, n° 24-25, Éd. Borderie, 1981
  • Problèmes de l'art contemporain, avec M. Butor, Paris, Éd. Bourgois, 1983
  • Frontières et bordures, avec M. Butor, Paris, Éd. Galilée, 1984
  • Alechinsky dans le texte, avec M. Butor, Éd. Galilée, 1984
  • Traitement de texte de Michel Butor - (collectif), textes de J.-F. Lyotard, M. Sicard, P. Canou, P. Stéfanetto, Gourdon, É. Dominique Bedou, 1985
  • Cartes et lettres, correspondance de C. Dotremont & M. Butor : 1966-1979, établie, présentée et annotée par M.S., Éd. Galilée, 1986
  • Triple Suite en jaune à la gloire de van Gogh (sur Albert Ayme), avec M. Butor, Paris, Éd. Traversière, 1987
  • Sartre e l'arte, Rome, Villa Médicis et Éd. Carte Segrete, 1987
  • Miotte (collectif), Paris, Éd. de la Différence, 1987
  • Ruth Francken - Dans les flammes, avec M. Butor, Éd. de la Différencee, 1988
  • Guillevic, livres illustrés (collectif), Avignon, Médiathèque Ceccano, 1988
  • Abstrates, poésies de C. Dotremont, période 1969-1979, réunies par M.S., Montpellier, Éd. Fata Morgana, 1988
  • Alechinsky : Extraits pour traits, réunis et présentés par M.S., Éd. Galilée, 1988
  • Essais sur Sartre, suivis de Entretiens avec Sartre, Éd. Galilée, 1989
  • Alechinsky sur Rhône, Arles, Éd. Actes Sud, 1990
  • Écrits de jeunesse (collectif), de Sartre, édition du Carnet Midy par M.S., Éd. Gallimard, 1990
  • Albert Ayme - Sept chants de ténèbres, Éd. Traversière, 1991
  • Alechinsky : Travaux d'impression, avec M. Butor, Éd. Galilée, 1992
  • Jude Stéfan, Paris, Éd. Seghers, coll. Poètes d'aujourd'hui, 1994
  • Œuvres poétiques complètes, poèmes C. Dotremont établis et annotés par M.S., préface de Yves Bonnefoy, Paris, Le Mercure de France, 1998 et 2004
  • Immaginari di Sartre, Conversazioni con Michel Sicard, avec Gabriella Farina et Paolo Tamassia, Rome, Éd. Associate Editrice Internazionale, 1999
  • Alechinsky, versant Sud, Éd. Galilée, 2005
  • Tintoretto o il sequestrato di Venezia (éd), textes de Sartre annotés et préfacés par M.S., Milan, Éd. Christian Marinotti, 2005
  • Sartre (collectif), Paris, Éd. BnF et Gallimard, 2005
  • Pompéi, Métamorphoses du portrait, sur Claude-Charles Mollard, textes de Pascale Lismonde, Claude Mollard, Michel Sicard, Paris, éditions du Très Grand Véda, 2008
  • Pensare l'arte, de Sartre, rassemblés et préfacés par M.S., Éd. Christian Marinotti, 2008
  • Dopo la musica, essais et entretiens avec Sartre sur la musique, Éd. Christian Marinotti, 2013

Prix et distinctions

  • 1984-1985 : Boursier-résident à la Villa Arson, Bourse d'incitation à la création du Fiacre.
  • 1988 : Prix Fontenelle, décerné par le FRAC et la ville de Rouen.
  • 1989 : Bourse d'aide à la création du Centre National du Livre.
  • 1991-1992 : Année sabbatique du Centre National du Livre.
  • 2008 : Docteur Honoris Causa de l'Université de Harbin (Chine).

Liens externes

  • Site officiel
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Article publié sur Wikimonde Plus.

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