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Orazio Massaro

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Orazio Massaro est un acteur, réalisateur, metteur en scène, et auteur italien. Artiste multidisciplinaire, il utilise la danse, le théâtre, le cinéma, l'art contemporain et l'écriture comme instruments de sa recherche philosophique. Dans sa conception de « l'esthétique de la liberté de l'être », qui attribue à la création du moment présent une importance primordiale, il considère que les individus sont les acteurs, les metteurs en scène et les auteurs de ce qu'il nomme « l'art du vivant ».

Enfance

Orazio Massaro nait à Catane, en Sicile, le 13 juillet 1962. Trois mois avant sa naissance, son père devient muet à la suite d'une rupture d'anévrisme. L'absence de dialogue avec son père influence profondément sa conscience, ainsi que son rapport à la parole et au langage du corps. Dès le plus jeune âge, il manifeste un don pour le dessin, la danse, la comédie, la mise en scène et la poésie. Il bouscule également les codes de la Sicile conservatrice de son époque en étant le premier enfant de sexe masculin à intégrer la prestigieuse école de danse classique Bartolomei/Bandieramonte, celle-ci n'ayant accueillie jusqu'alors que des jeunes filles. Tout en continuant ses études de danse, il obtient son diplôme d'Arts Graphiques avec la mention Excellence à l'Institut d'Art de Catane.

Carrière de danseur

Orazio Massaro débute une carrière de danseur contemporain avec Louis Falco au Teatro Carcano à Milan, dans Lo Spazio di Leonardo, une coproduction Italo-américaine qui célèbre le génie de Léonard de Vinci avec Luciana Savignano, étoile de La Scala di Milan.

Arrivé à Paris à l'âge de 20 ans sans parler la langue française et sans aucun contact, il retrouve Carolyn Carlson qu'il avait rencontré à Venise lors d'un stage au Théâtre de La Fenice, et fait la connaissance de Pina Bausch, Philippe Decouflé, Josef Nadj, Angelin Preljocaj. Il collabore également avec Jacques Garnier, directeur du groupe de recherche de l'Opéra de Paris. Pendant cette période, il poursuit ses cours de danse avec des professeurs tels que Peter Goss, Jean Cébron, Hans Züllig, qui sont également ceux de multiples chorégraphes de la Nouvelle danse française.

L'histoire personnelle d'Orazio Massaro fait de lui un danseur ayant un besoin viscéral de parler. Ainsi, parallèlement à ses cours de danse, il libère sa vocation d'acteur en 1985 avec Ludwik Flaszen, co-fondateur, avec Jerzy Grotowski, du Théâtre Laboratoire. Son travail avec Ludwik Flaszen l'émancipe de sa condition de danseur muet, et lui ouvre les portes d'une conscience plus large de son potentiel artistique.

Lorsqu'il intègre la Compagnie Bagouet en 1987, il approfondit cette nouvelle perception de lui-même par une recherche personnelle de libération intérieure du corps, qui passe par une prise de conscience des tensions musculaires, par la sensibilisation de la structure du squelette et des organes, et par la découverte du vide intérieur du corps qui libère les articulations et fluidifie la respiration. Il constate que « les sens doublent d'acuité lorsque le corps est profondément détendu, l'être acquiert alors une puissance et une nuance extrême aussi bien dans le geste que dans la voix. » Sa carrière de danseur s'achève avec Dominique Bagouet à Montpellier, au Centre chorégraphique national du Languedoc-Roussillon, en 1991.

Non-danse

VOLARE / Opéra de Montpellier Festival Montpellier Danse 1990

Précurseur du mouvement de la Non-danse avec les spectacles Volare et Ma chi spacchiu voi ? (Festival Montpellier Danse 1990[1]), Orazio Massaro enclenche un tournant déterminant dans l'évolution de la danse contemporaine, et inspire une génération de jeunes chorégraphes, dont Jérôme Bel.

MA CHI SPACCHIU VOI ? Festival Montpellier Danse 1990

Dans le spectacle Volare, il met en scène six jeunes danseurs, trois femmes et trois hommes, qui se présentent au public par leur vrai nom, et racontent leur vie de danseur au lieu de danser. Le spectacle développe ainsi un regard critique sur l'enseignement de la danse à travers leur biographie respective, et crée un vide chorégraphique qui questionne sur la nécessité du mouvement dansé : « ici, le mouvement visible du corps qui danse est remplacé par le mouvement invisible de la parole du danseur qui va de sa bouche jusqu'à l'oreille du spectateur », dit-il à propos de son spectacle. Cette danse invisible, produite par la parole du danseur immobile, raconte les souffrances de son corps, et culmine dans la cacophonie des six récits qui se superposent progressivement jusqu'à produire un cri collectif qui plonge la scène dénudée de l'Opéra Comédie de Montpellier dans un vide abyssal cathartique. Il dira à Dominique Bagouet, indigné par cette chorégraphie sans danse : « c'est de ce vide, de cette absence du mouvement, dont naîtra une nouvelle conscience du danseur et de la danse ». Brigitte Lefèvre, également indignée dans un premier temps, révisera par la suite son jugement pour proposer à Jérôme Bel la création d'un spectacle avec une danseuse de l'Opéra de Paris[2]. Dans son spectacle, Jérôme Bel reprend la proposition radicale d'Orazio Massaro , et en arrondit les angles en alternant les moments où Véronique Doisneau raconte sa vie de danseuse avec des moments où elle danse.

Dans le spectacle Ma chi spacchiu voi ?, dont Orazio Massaro est l'auteur, le chorégraphe, le metteur en scène et l'interprète, son autobiographie lui sert de support pour tracer un lien direct entre danse et théâtre. Il joue seul les six personnages sur scène qui représentent son père, sa mère, sa maîtresse d'école, son médecin et lui-même, enfant et adulte. Il impose ainsi un travail purement théâtral dans un contexte chorégraphique, où il considère que danser et jouer sont la continuité du même désir d'exister. « Le passage du corps muet au corps parlant est un dialogue entre passé et avenir, qui fait de mon présent le lieu d'une parole libérée » dira-t-il.

Théâtre

Orazio Massaro se tourne naturellement vers le théâtre, qui lui permet de s'émanciper par rapport à son histoire personnelle : « Ce qui est en jeu, c'est la création d'un dialogue avec le père. Le théâtre est pour moi le lieu de la transcendance de cette parole inhibée ».

Après un passage par l'Acteur Studio à Paris, et le Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris en tant qu'auditeur libre sous la direction de Philippe Adrien, il joue pour les réalisateurs Hervé Le Roux, Patrice Chéreau, Sally Potter, Antoine de Caunes et Maïwenn, entre autres.

Il est l'initiateur du lancement de la carrière de Maïwenn, avec la mise en scène de son spectacle « Le Pois chiche » (Café de la Gare, 2002)[3]. Après l'échec de la première tentative de mise en scène, Maïwenn fait appel à Orazio Massaro et lui donne carte blanche pour repenser la structure dramaturgique de sa pièce, la mettre en scène et la diriger. C'est alors l'occasion, pour cet « accoucheur de la parole », tel qu'il se défini lui-même, d'enrichir le Café-Théâtre de sa double conscience de danseur et d'acteur, et de transmettre à Maïwenn ce qu'il avait expérimenté avec son spectacle Ma qui spacchiu voi ? : le passage d'un corps muet qui devient parlant et peut jouer plusieurs rôles à la fois. La nouvelle mise en scène du Pois Chiche est un succès à la fois public et critique. Le spectacle reste à l'affiche pendant plus d'un an, et permet de lancer la carrière de réalisatrice de Maïwenn.

On doit également à Orazio Massaro la première adaptation théâtrale des dialogues des films de Bertrand Blier, avec l'écriture et la mise en scène de La Mouette de Blier (Café de la Gare, 2005). Ce spectacle, qui incite le public à prendre d'assaut le plateau, est une satire des institutions de la République Française. Le drapeau français, qui sert à la fois de décor et de déguisement, est banalisé et retrouvé dans une poubelle. Le spectacle met en avant l'émancipation d'une femme d'origine maghrébine qui veut accéder au pouvoir. Pour arriver à son but, elle manipule un homme juif d'origine française, et un couple d'homosexuels composé d'un français catholique et d'un musulman d'origine arabe. Après avoir eu des relations sexuelles avec les trois hommes, la femme finit par accoucher de la sixième République, sans que l'on puisse savoir qui, du juif, du catholique ou du musulman, en est le père. Ouvertement provocatrice, la pièce rencontre un grand succès auprès du public. Mais elle attise également les foudres de détracteurs politiques ainsi que les jalousies de rivaux artistiques, qui tentent d'en empêcher la programmation et de porter atteinte à la carrière d'Orazio Massaro, « ce précurseur qui prend ses aises en France », dit-il de lui-même avec une certaine ironie.

En 2004, Orazio Massaro adapte, met en scène et chorégraphie Hamlet de William Shakespeare au Théâtre 13, sous le titre Être et ne pas être, en réponse à la question d'Hamlet : être ou ne pas être ?[4]. Dans ce spectacle, un énorme cercle, tracé à la craie sur le plateau par le metteur en scène, suspend les corps nus d'un homme et d'une femme dans un espace-temps métaphysique qui transforme le rêve emblématique de la tragédie d'Hamlet en un support de réflexion autobiographique sur l'absence du père, la relation fusionnelle avec la mère, le rapport à la femme qui en découle, et la difficulté de choisir. « L'être est double par naissance. L'homme et la femme, qui lui ont donné vie, constituent également la duplicité de son intériorité dans un état de création particulier qui détermine l'originalité de chaque être ». Les deux interprètes du spectacle, nus, et devenus un seul corps au moment du monologue d'Hamlet, sont amenés à jouer plusieurs rôles en dansant le texte de William Shakespeare dans une chorégraphie qui emprunte l'esthétique de ses mouvements aux statues de la Grèce antique.

Cinéma

FAIM D'AIMER / La découverte de l'hétérosexualité refoulée d'un jeune homosexuel.

On doit à Orazio Massaro le début du nu intégral et de la désinhibition de la sexualité dans le format court du cinéma avec son premier moyen-métrage, Faim d'aimer, dont il est scénariste, réalisateur, et interprète [5],[6]. Le film, qui traite de l'hétérosexualité refoulée d'un jeune homosexuel, reçoit le Grand Prix du Festival Côté court de Pantin en 1995[7], ainsi qu'une mention spéciale du jury du Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand[8],[9]. L'année suivante, plusieurs courts métrages lèvent le voile sur des pratiques sexuelles jusqu'alors cachées.

Sélectionné à Emergence (cinéma) en 2002[10], Orazio Massaro attire l'attention de Catherine Breillat par son discours engagé sur le cinéma d'auteur, et par une certaine filiation artistique qu'elle lui reconnait dans la mise en abîme des corps sexués qui caractérise son film Faim d'aimer. Elle prend la défense de sa candidature et accepte de devenir sa marraine. Plus tard, elle participera à la réécriture de son long-métrage, Potlatch, dont le titre est aujourd'hui Chan.

L'Atelier d'Orazio

En 2009, Orazio Massaro crée un lieu de réflexion et de pratique artistique en plein cœur de Paris, un atelier consacré à la libération de l'esprit de création, conçu comme une œuvre d'art qui contient des œuvres d'art, et dont il est l'élément vivant. Dans cet atelier, les pratiques de la danse, du théâtre, de l'art contemporain et de l'écriture, deviennent les vecteurs d'une même volonté de transmission, à la fois physique et philosophique, de son expérience d'artiste pluridisciplinaire. C'est également dans cet atelier qu'il écrit, à partir de 2011, un recueil de pensées et réflexions sur la condition humaine.

L'atelier d'Orazio s'expose pour la première fois en tant qu'œuvre d'art dans le Beffroi du Louvre en 2013[11]. Dans cette installation inédite, Orazio Massaro se met en scène en tant qu'artiste contemporain qui n'a pas vocation à vendre ses œuvres mais à ramener les visiteurs à leur état de créations vivantes. « L'humain est une œuvre d'art vivante. Aucune œuvre d'art existante produite par un artiste, aussi géniale soit-elle, ne peut rivaliser avec la création de l'œuvre humaine » dit-il. Une façon pour lui de poser ouvertement la question de l'existence « du Créateur des créateurs au nom duquel on terrorise l'humanité : Dieu ». Orazio Massaro opère ainsi une désacralisation de l'œuvre d'art et de l'artiste, devenus respectivement pure produit et faire-valoir du système économique, et propose un retour à la source même de la création du vivant.

En 2015, Orazio Massaro entame l'écriture d'un monologue tragi-comique, Le Chant du Cygne, qu'il considère comme « la mise en abîme d'un génie qui se questionne sur la nécessité de créer dans le monde d'aujourd'hui, où l'Art, la Liberté, et l'Amour sont soumis aux valeurs du pouvoir économique ». Cette poétisation philosophique sur la valeur réelle de l'existence humaine se veut également être un compte-rendu ironique et moqueur de son parcours artistique en France.


Filmographie[12]

Acteur

Cinéma

Court métrage

  • 1994 : Faim d'aimer d'Orazio Massaro[17]
  • 1998 : Une nuit de Michel Welterlin
  • 1999 : Je vois déjà le titre de Martial Fougeron
  • 2003 : Trouble d'Amaury Voslion
  • 2006 : Enceinte jusqu'aux dents de Marie Donnio

Télévision

Réalisateur et scénariste

  • 1994 : Faim d'aimer (sorti en salle le 09/01/1997 dans le cadre de 4 semaines, 4 programmes : Autour de l'Amour)[21]

Théâtre

L'ECHANGE de Paul Claudel / 1993
  • 1991 : Les Deux Gentilshommes de Vérone de Shakespeare, mis en scène par Olivier Coloni
  • 1993 : L'échange de Paul Claudel, mis en scène par Françoise Chatot[22],[23],[24] 
  • 1995 : Hautnah création collective, mis en scène par Felix Ruckert
  • 1999 : A quoi rêvons nous la nuit ? création collective, mis en scène par Olivier Besson
  • 2007 : Peine, Pénis, Penne de Marie Nimier, mis en scène par Virginie De Ville

Metteur en scène

Chorégraphe

  • 1987 : La terre est bleue comme une orange : interprète et chorégraphe
  • 1990 : Ma chi spacchiu voi : chorégraphe, metteur en scène, auteur et interprète
  • 1990 : Volare : auteur, metteur en scène

Récompenses

Notes et références

Notes

Références

  1. « Mémoire du festival », sur http://www.montpellierdanse.com/
  2. « Jérôme Bel Véronique Doisneau (film) », sur https://www.festival-automne.com,
  3. « Maïwenn - Le pois chiche », sur https://www.theatreonline.com
  4. « Être et ne pas être », sur https://www.theatreonline.com, du 25 au 26 juin 2004
  5. Stéphanie CLECH et Mickaël CHANTEL, « Quand l'amour et la violence se rencontrent », Journal,‎ (lire en ligne)
  6. Valérie HAMON, « Faim d'aimer », BREF,‎ février, mars, avril 1996 (ISSN 0759-6898, lire en ligne)
  7. 7,0 et 7,1 « PALMARÈS », sur http://www.cotecourt.org
  8. 8,0 et 8,1 « Faim d'aimer », sur http://www.clermont-filmfest.com
  9. Maureen Loiret, « Clermont - Ferrand : l'art de faire », La Croix,‎ (lire en ligne)
  10. « les lauréats », sur http://www.emergence-cinema.fr
  11. « L'Atelier d'Orazio, une installation d'Orazio Massaro », sur https://www.italieaparis.net,
  12. « Orazio Massaro », sur http://www.imdb.com
  13. « La reine Margot (1994) - Full Cast & Crew », sur http://www.imdb.cf
  14. « The Tango Lesson (1997) », sur http://www.imdb.cf
  15. « Les morsures de l'aube (2001) », sur http://www.imdb.com
  16. « Polisse (2011) - Full Cast & Crew » (http://www.imdb.com/title/tt1661420/fullcredits?ref_=tt_cl_sm#cast), sur http://www.imdb.com
  17. « Faim d'aimer », sur http://www.unifrance.org,
  18. « Les cinq dernières minutes (1958–1996) - Scaramouche » (http://www.imdb.com/title/tt0160817/), sur http://www.imdb.com
  19. « Les Cordier, juge et flic (TV Series) - Le petit juge (1996) Full Cast & Crew » (http://www.imdb.com/title/tt0546057/fullcredits?ref_=tt_cl_sm#cast), sur http://www.imdb.com
  20. « Nicolas Le Floch (TV Series) - Le dîner de Gueux (2012) Full Cast & Crew » (http://www.imdb.com/title/tt1930987/fullcredits?ref_=tt_cl_sm#cast), sur http://www.imdb.com
  21. « LES SORTIES DU MOIS - Janvier 1997 » (http://www.cinefil.com/sorties-cinema-du-mois/jour-01-1-1997), sur http://www.cinefil.com,
  22. Patrick MERLE, « Bouleversant "Echange" », LE MERIDIONAL,‎ (lire en ligne (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Article_LE_MERIDIONAL_-_L%27Echange_(parfait).png))
  23. Edmée SANTY, « L'échange ou l'amour sauvage », LE PROVENCAL,‎ (lire en ligne (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Article_LE_PROVENCAL_-_L%27Echange_OK.png))
  24. Jean Boissieu, « Un incendiaire nommé Paul Claudel », LE SOIR,‎ (lire en ligne (https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Article_LE_SOIR_-_L%27Echange.png))


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