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Persécution des Témoins de Jéhovah

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Après la mort de leur fondateur, les Témoins de Jéhovah ont suscité diverses controverses autour de leurs croyances et pratiques, ils ont subi et subissent parfois encore diverses formes de persécution, d'opposition ou de critiques de la part de gouvernements, d'autorités locales, de communautés religieuses, de groupes de pression et d'anciens fidèles.

À partir des années 1910, ils ont dû affronter plusieurs attaques, dont certaines provoquées par d'autres religions. Ils ont été maltraités par différents régimes totalitaires en raison de leur refus de participer à la guerre ou de leur neutralité politique. Ils ont notamment été victimes du régime nazi et pour certains envoyés en camp de concentration.

Aujourd'hui encore, certains d'entre eux sont emprisonnés en raison de leur objection de conscience par exemple dans certains pays de l'Est. Dans ces mêmes pays, ils subissent parfois des attaques violentes de la part de fanatiques religieux.

Motivations de cette opposition

Prosélytisme

Les Témoins de Jéhovah considèrent leur pratique de l'évangélisation comme essentielle car basée sur les Saintes Écritures, comme Matthieu 28:18 – Matthieu 28:20; ils citent les Actes des apôtres 20:20 comme base scripturale de la manière dont doit être organisée cette activité.

Ils s'exposent à des persécutions dans les pays où le prosélytisme est interdit.

Refus de porter les armes

En se basant sur des versets comme Matthieu 26:52 qui déclare que « celui qui prendra l’épée périra par l’épée » ou Jean 17:16 qui énonce le principe de ce qu'ils appellent la « neutralité chrétienne », ainsi que sur des écrits des Pères de l'Église, les Témoins de Jéhovah sont opposés au service militaire et ont refusé jusqu’en 1995 de faire un service civil de remplacement là où il existait. Selon eux, les gens de toutes les nations doivent choisir personnellement la ligne de conduite qu’ils suivront. Ceux qui tiennent compte du point de vue de Jéhovah démontrent qu’il est bien leur Dieu. (Esaïe 2:4)

Historiquement, ce refus de rejoindre les troupes armées a créé des difficultés graves pour les fidèles, particulièrement en temps de guerre. Durant la Seconde Guerre mondiale, de jeunes Témoins ont été exécutés dans un certain nombre de pays pour leur refus de participer à la guerre ; même dans des pays plus démocratiques[réf. nécessaire], l'exemption était généralement refusée et ils étaient souvent emprisonnés. Actuellement, il y a moins de conflits à ce sujet entre les Témoins et la plupart des gouvernements, car beaucoup de pays ont supprimé la conscription, tandis que d'autres ont institué un service civil alternatif pour les objecteurs de conscience. Toutefois, certains pays[réf. nécessaire] incarcèrent toujours pour cette raison.

Historique

Opposition aux États-Unis au début du XXe siècle

Une réaction violente contre le mouvement est apparue à partir de 1916 lors de la publication du livre Le Mystère Accompli. Ce livre tranchant avec les positions plus mesurées du fondateur Charles Taze Russell contenait une dénonciation virulente de la guerre, des religions chrétiennes et promettaient à ces dernières une destruction imminente pour 1918. Les dirigeants du mouvement furent arrêtés et condamnés sous le motif de conspiration contre la conscription et l'entrée en guerre des États-Unis, puis la guerre finie furent libérés sous caution en raison d'irrégularités dans le procès. La passion patriotique retombée après-guerre, amena le gouvernement américain à abandonner ses poursuites.

Dans les années 1930, la prédication de porte en porte posa problème car nombre de comtés ou municipalités tentèrent de soumettre ce droit à autorisation. Il s'ensuivit un long combat juridique pour obtenir le droit de prêcher sans autorisation. Dans le même temps, le refus d'effectuer le salut au drapeau, considéré par les Témoins comme une idolâtrie, amena une vague d'exclusion des enfants Témoins des écoles américaines (voir Minersville School District v. Gobitis en 1940, renversé en 1943, et la vague de violences qui a suivi l'arrêt).

Régime nazi et seconde guerre mondiale (1933-1945)

Des Témoins de Jéhovah d'Allemagne ont été persécutés entre 1933 et 1945, car ils ne voulaient pas donner allégeance au parti nazi et refusaient de prendre les armes. Pour cela, ils ont été détenus, déportés dans les camps de concentration et emprisonnés durant l'Holocauste. Les Nazis pouvaient leur redonner la liberté s'ils renonçaient à leur foi, se soumettaient à Hitler et contribuaient à l'effort de guerre allemande. Sur 25 000 Témoins de Jéhovah, 10 000 furent incarcérés à un moment ou à un autre, la plupart d'entre eux perdirent leur emploi. Environ 2 000 Témoins de Jéhovah ont été déportés dans les camps de concentration où ils portaient un triangle violet, spécifique aux Témoins de Jéhovah, 635 sont morts en captivité, 203 ont été exécutés.[1]

Durant la même période, les Témoins de Jéhovah des pays en guerre ont été aussi persécutés parce qu'ils refusaient de participer à la guerre. Au Canada, par exemple, ils étaient internés dans des camps avec les dissidents politiques; ils furent aussi emprisonnés pour les mêmes motifs aux États-Unis.

En juin 1940, un membre éminent du gouvernement américain, Francis Biddle, déclara à la radio :

« ...Les Témoins de Jéhovah font régulièrement l'objet de violence de manière répétée. Ils n'ont commis aucun crime ; malgré tout, ils sont victimes de violence. Une enquête est ordonnée immédiatement. Les gens doivent être alertés, et par-dessus tout calmes et sains. Rien ne sera toléré dans ce sens. Nous ne pourrons soumettre le démon Nazi en utilisant ses méthodes. »

[réf. nécessaire]

Principaux pays concernés aujourd'hui

Interdiction du mouvement

Érythrée

Les Témoins de Jéhovah, comme d'autres minorités religieuses, sont interdits de culte en Érythrée. Depuis 1994, ils sont également privés de droits civiques en raison de leur refus du service militaire. Selon Amnesty International et le gouvernement américain, ils y sont harcelés et emprisonnés[2]; plusieurs d'entre eux sont détenus dans le camp militaire de Sawa depuis 11 ans sans chef d'inculpation et sans procès. [3]

Article détaillé : religion en Érythrée.

Ouzbékistan

En août 2006, Le ministère de la Justice du district de Fergana a ordonné la dissolution de la religion des Témoins de Jéhovah. [4]

Tadjikistan

En 2007, le Tadjikistan a interdit officiellement le mouvement des Témoins de Jéhovah pour leur prosélytisme et leur refus du service militaire. [5].

Emprisonnements liés à l'objection de conscience

Arménie

Depuis 20 ans, plus de 200 jeunes hommes ont été emprisonnés pour leur objection de conscience vis-à-vis du service militaire. En juillet 2004, l'Arménie s'est conformée en apparence au mandat du Conseil de l'Europe demandant de proposer un service civil aux objecteurs de conscience mais celui-ci demeure sous le contrôle des autorités militaires, et 82 objecteurs restaient emprisonnés fin 2007[6].

Roumanie

Le 11 juillet 2006, la Roumanie se plie aux exigences de la Cour européenne en acceptant de libérer 15 Témoins de Jéhovah refusant le service militaire.

Autres persécutions

Azerbaïdjan

Plusieurs raids de police ont été signalés contre des réunions de Témoins de Jéhovah, le dernier en date est celui du 26 décembre 2006.

Russie

Le soir du 12 avril 2006, le département de Police de Moscou (arrondissement de Lyublino) stoppe la cérémonie religieuse concernant la mort du Christ. Sur les 200 assistants, 40 sont détenus et interrogés sans chef d'inculpation par la police armée et les Forces spéciales Russes (OMON), les autres sont priés de se disperser. Les passeports sont confisqués.

Quand les jeunes hommes sont arrêtés, ils sont sévèrement battus, torturés et sont mis en prison. En juin 2005, ils sont au nombre de neuf.

Discriminations

France

Un rapport parlementaire classe en 1995 les Témoins de Jéhovah parmi une liste de 173 sectes établie par les Renseignements généraux. Bien que des instructions gouvernementales aient été données dès 1999 pour que cette liste controversée ne soit plus utilisée,[7] les Témoins de Jéhovah restent en butte à des tracasseries discriminatoires telles que le refus de location de salles publiques à Lorient [8] ou à La Rochelle[9]. Dans ces cas, la justice française a donné raison aux Témoins de Jéhovah qui « ne troublent pas l'ordre public » en estimant les élus de ces villes coupables de détournement de pouvoir et d'atteinte à la liberté d'association.

Les Témoins de Jéhovah auraient à se plaindre du non respect de leurs lieux de culte; selon un communiqué des dirigeants français depuis le début 2006, 67 lieux de cultes Témoins de Jéhovah ont été l'objet d'actes de vandalisme (par exemple un jet de cocktail molotov, ou des tirs d'armes à feu). Par ailleurs, il arrive que des permis de construire soient refusés lorsque les Témoins de Jéhovah veulent construire des lieux de culte comme par exemple, en 1995 dans le village de Remomeix ( Deyvillers) dans les Vosges où les habitants s'opposent à la construction de Salle du Royaume[10].

La France est régulièrement pointée du doigt par les rapports annuels du Congrès américain sur son intolérance vis-à-vis des Témoins de Jéhovah[réf. nécessaire].

Certains cas ont été portés devant les tribunaux européens comme l'affaire Paturel[11] où la France a été condamnée à l’unanimité pour la violation de l’article concernant la liberté d’expression de la Convention européenne des Droits de l’Homme.

Grèce

La constitution grecque définit l’Église orthodoxe comme étant « la religion dominante en Grèce » (art. 3)[12], reconnaît la liberté de culte de toutes les religions connues mais leur interdit tout prosélytisme (art. 13)[13]. En vertu de cette disposition, Minos Kokkinakis, membre des Témoins de Jéhovah, fut condamné en 1987 à une peine d'emprisonnement de 4 mois pour avoir effectué du prosélytisme auprès d'une membre de l'Église orthodoxe. Il porta l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme qui, dans un arrêt rendu le 25 mai 1993, estima que la Grèce avait violé en la matière l'article 9 de la Convention européenne des droits de l'homme garantissant la liberté de culte et condamna l'État grec à verser des dommages au requérant[14].

Voir aussi

Bibliographie

Livres sur l'histoire des Témoins de Jéhovah

  • Les Témoins de Jéhovah : Prédicateurs du Royaume de Dieu, Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania, Brooklyn, New York, 1993.
  • Philippe Barbey, Les Témoins de Jéhovah - Pour un christinanisme original, Éditions L'Harmattan, Paris, 2003.
  • Bernard Blandre, Les Témoins de Jéhovah, Éditions Brepols, 1991.
  • Serge Chatelain, Pour en finir avec les camps, Éditions L'Harmattan, Paris, 2006.

Liens internes

Références

  1. Témoins de Jéhovah. Un peu plus de cent ans d'histoire, pour mille ans de bonheur assurés!
  2. Résumé analytique du Rapport 2006 sur la liberté de religion dans le monde du Département d'État des États-Unis
  3. Rapport Amnesty International 2007
  4. L'Ouzbékistan met fin à l'activité des témoins de Jéhovah Top Chrétien, 26 août 2006
  5. "Les Témoins de Jéhovah chassés du Tadjikistan pour prosélytisme", AFP, 22 octobre 2007
  6. Une minorité religieuse victime de discrimination en Arménie - 16 janvier 2008, Extrait du rapport EUR 54/001/2008 d'Amnesty international
  7. [PDF]Circulaire Int. 9900262C du ministère de l'Intérieur du 20 décembre 1999 sur la " Lutte contre les agissement répréhensibles des mouvements sectaires " ); rappelé dans la circulaire du 27 mai 2005 relative à la lutte contre les dérives sectaires.
  8. Arrêt N° 02 507 du Tribunal administratif de Rennes
  9. Association locale pour le culte des Témoins de Jéhovah de La Rochelle contre Commune de La Rochelle, Tribunal administratif de Poitiers, 1re chambre, 13 juin 2002, n° 013040.
  10. "Un village s'oppose à l'édification d'un centre des Témoins de Jéhovah", Le Figaro, 14 mars 2005
  11. Communiqué de presse résumant l'arrêt et texte intégral de celui-ci
  12. Constitution de la Grèce, Première partie, Article 3
  13. Constitution de la Grèce, Seconde partie, Article 13
  14. Arrêt Kokkinakis

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