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Philippe Sabot

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Philippe Sabot, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé et docteur en philosophie, est enseignant-chercheur à l'université Lille 3. Il appartient à l'UMR 8163 "Savoirs, textes, langage".

Biographie

Ses travaux portent sur les rapports entre philosophie et littérature, sur la pensée de Michel Foucault et sur divers aspects de la réception de Hegel ("Jeune-hégélianisme", hégélianisme à la française, hégélianisme et French Theory - Judith Butler notamment.

1. Le premier axe de ses recherches concerne une réflexion sur les rapports qu’entretiennent le travail philosophique et la pratique littéraire.

Il s’agit d’abord de prendre acte de l’intérêt marqué et différencié d’un certain nombre de philosophes français contemporains (notamment Ricœur, Derrida, Foucault, Deleuze, Badiou) pour la chose littéraire. Dans Philosophie et littérature. Approches et enjeux d’une question (PUF, « Philosophies », 2002), Ph. Sabot s'efforce d’expliciter les présupposés de leurs lectures philosophiques de la littérature. Il ressort notamment de cette enquête que les philosophes tendent le plus souvent à considérer la littérature à partir et du point de vue de la philosophie elle-même, en vue d’illustrer et de légitimer son propos. Pourtant, il est possible, et dans une certaine mesure souhaitable, d’inverser la perspective, et d’envisager la manière dont les textes littéraires eux-mêmes, du fait de leur usage littéraire du langage et des ressources de la fiction qu’ils mobilisent, sont susceptibles de faire penser les philosophes, en produisant donc sur la philosophie un certain nombre d’effets spéculatifs.

Ce sont de tels effets que Ph. Sabot s'efforce d’analyser dans une série d’études empiriques consacrées à des œuvres aussi différentes que celles de Villiers de l’Isle-Adam, de Jarry, ou de Gide, ainsi que dans deux ouvrages. Dans Pratiques d’écriture, pratiques de pensée. Figures du sujet chez Breton/Eluard, Bataille et Leiris (PUSeptentrion, 2001), il développe le thème et la perspective d’une « anthropologie littéraire » - c’est-à-dire d’une pratique littéraire du questionnement anthropologique qui ouvre, en marge du discours philosophique sur l’homme et en marge du discours des sciences humaines (de la sociologie, de l’ethnologie ou de la psychanalyse), un espace de jeu et de problématisation où ces discours viennent librement réfléchir leurs conditions de possibilité et peut-être rencontrer leurs propres limites. Le second ouvrage, Littérature et guerres (PUF, « Lignes d’art », 2010), prolonge cette démarche. Il est consacré à l’analyse d’œuvres de Sartre, de Malraux et de Simon et porte précisément sur les effets perturbateurs produits par la guerre, comme phénomène historique, sur les pratiques littéraires des auteurs considérés, et conjointement, sur les effets de l’écriture de la guerre sur certaines représentations figées issues de différents courants de la philosophie de l’histoire. À chaque fois donc, l’accent est mis sur la manière dont des textes littéraires singuliers contribuent à mettre à l’épreuve la philosophie, en l’invitant à se déprendre de certaines de ses convictions les plus intimes, et au minimum, à les remettre en chantier.

2. Le type de recherches qui vient d’être présenté à propos de la dimension ou de la fonction critiques de la littérature s’inscrit sous l’horizon des travaux que Ph. Sabot consacre à la pensée de Michel Foucault. En effet, pour Foucault, la littérature n’est pas coupée du mouvement et des problèmes généraux du savoir et de la pensée. Au contraire, elle contribue à en éclairer, de manière biaisée, la constitution systématique tout en explorant leurs marges de transformation. Par conséquent, une lecture attentive des Mots et les choses (Lire Les Mots et les choses de Michel Foucault, PUF, « Quadrige », 2006 et, en préparation, L’Ordre des choses. Michel Foucault et le savoir à l’âge classique) se doit notamment de montrer comment Foucault assigne à la littérature, ou du moins à certaines œuvres singulières (celles de Cervantès, de Sade, de Borgès, de Mallarmé, de Roussel, d’Artaud ou de Blanchot) la fonction proprement « archéologique » de rendre manifeste un écart interne à la formation du savoir à laquelle elles appartiennent, et de préparer par là la possibilité d’une recomposition historique de l’ordre du savoir. Mais, l’intérêt de Foucault pour la littérature mérite lui-même d’être rapportée à l’analyse de l’ensemble du savoir dit « moderne » en tant qu’il apparaît épistémiquement polarisé par l’alternative de l’homme et du langage. Cette analyse, propre à Foucault, conduisait donc à mettre au premier plan la « question anthropologique », à partir de laquelle viennent s’articuler, dans la période contemporaine, les discours et les savoirs issus de la philosophie, de la littérature et des sciences humaines.

Ce travail consacré à la pensée de Foucault se développe également dans un cadre collectif, à partir notamment de l’organisation à Lille 3 de plusieurs journées d’études consacrées à l’« esthétique foucaldienne » (2005), aux relations entre « pouvoir et vie chez Michel Foucault » (2010) ou encore aux relations entre « le sujet et le pouvoir » (2012). Depuis janvier 2012, Ph. Sabot anime un groupe de travail bi-mensuel « Avec Foucault » qui rassemble des étudiants de Master 2, des doctorants et des enseignants-chercheurs (philosophes, sociologues) travaillant sur ou avec Foucault.

3. Un dernier pan des travaux de Ph. Sabot concerne le « post-hégélianisme », envisagé dans le cadre général d’une histoire – philosophique et littéraire – de l’hégélianisme. Ses recherches dans ce domaine se développent depuis 2009 dans le cadre d’un séminaire de recherche que j’organise à l’UMR STL de Lille 3 et qui est consacré à « Hegel en France ». Il s’agit notamment dans ce séminaire d’élaborer une histoire de l’hégélianisme à la française, pour la période qui s’étend de 1830 à 1945 environ, et d’insister sur la variété des usages et des appropriations de Hegel non seulement chez des écrivains (Villiers de l’Isle-Adam, Mallarmé, Flaubert, Aragon, Breton) mais aussi chez des penseurs (Proudhon, Wahl, Eric Weil) et des traducteurs-commentateurs (Cousin, Vera, Kojève, Hyppolite). Ces recherches sur l’histoire de l’hégélianisme à la française ont également conduit Ph. Sabot à s’intéresser de près aux travaux de Judith Butler qui s’enracinent justement une généalogie critique de la French Theory (Derrida, Foucault, Lacan, Deleuze) en prenant comme fil rouge de l’analyse les transformations du paradigme hégélien du désir et de la reconnaissance. La traduction de la thèse de Judith Butler Sujets du désir. Réflexions hégéliennes en France au XXe siècle (PUF, 2011, collection « Pratiques théoriques ») s’inscrit donc dans ce cadre. Ce travail de traduction a pu trouver des prolongements dans d’autres recherches menées à partir des travaux plus récents de Judith Butler consacrés à la « reconnaissabilité » de l’humain (dans le contexte contemporain et en relation avec les thématiques conjointes de la violence, de la guerre et du deuil). Les recherches actuelles de Ph. Sabot sur Butler l’ont également conduit à interroger sa relation à la pensée éthique et politique de Michel Foucault (via un questionnement sur la fabrique du sujet sexuel).

Enfin, il s'est également penché sur l’histoire philosophique du post-hégélianisme en Allemagne, en particulier dans la séquence historique et thématique qui conduit de Hegel au « Jeune Marx » en passant par Feuerbach. Ph. Sabot a proposé en 2000 une nouvelle traduction et un commentaire de la seconde partie de l’introduction à L’Essence du Christianisme (Ellipses). Il a également organisé à Lille 3 en 2005 un colloque sur le thème « Héritages de Feuerbach » dont les Actes ont été publiés en 2008 aux PUSeptentrion (collection « Philosophie contemporaine »). Ce colloque avait pour objet d’une part de clarifier le rapport de Feuerbach à l’idéalisme allemand, d’autre part d’évaluer la persistance de certaines thématiques feuerbachiennes (l’aliénation, le renversement, l’anthropologie vs la théologie) dans le champ de la philosophie contemporaine (Nietzsche, Blumenberg, Sartre, Debord…).

Bibliographie sélective

Ouvrages personnels

  • Ludwig Feuerbach. L’essence du christianisme (Introduction, chapitre 2), traduction nouvelle (en collaboration avec E. Denecker) et commentaire, Paris, Ellipses, collection « Philo-textes », 2000, 96 p.
  • Pratiques d’écriture, pratiques de pensée. Figures du sujet chez Breton/Éluard, Bataille et Leiris, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, collection « Problématiques philosophiques », 2001, 302 p.
  • Philosophie et littérature. Approches et enjeux d’une question, Paris, P.U.F., collection « Philosophies », 2002, 128 p.
  • Lire Les mots et les choses de Michel Foucault, Paris, PUF, collection « Quadrige », 2006, 240 p.[Traduction espagnole : P. Sabot, Para leer las palabras y las cosas de Michel Foucault, trad. H. Cardoso, Buenos aires, Ediciones Nueva Vision, 2007, 222 p.]
  • Littérature et guerres. Sartre, Malraux, Simon, PUF, collection « Lignes d’art », 2010, 288 p.

Direction d'ouvrages collectifs et de numéros de revue

  • Héritages de Feuerbach, Presses Universitaires du Septentrion, collection « Philosophie contemporaine », 2008, 199 p.
  • L’École des philosophes n°10 : « Philosophie et littérature » (coordonné par Ph. Sabot), Décembre 2008, 199 p.

Traduction

  • Judith Butler, Sujets du désir. Réflexions hégéliennes en France au XXe siècle (Subjects of Desire. Hegelian Reflections in Twentieth-Century France), PUF, collection « Pratiques théoriques», 372 p. – avant-propos du traducteur.

Liens externes

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