Encyclopédie Wikimonde

Romain Kronenberg

Aller à : navigation, rechercher

Romain Kronenberg, né à Paris en 1975, est un vidéaste, plasticien, compositeur, guitariste et créateur de son français.

Formation

Après des études de théologie à l'Université de Genève, Romain Kronenberg étudie les disciplines classiques, électro-acoustiques et Jazz au Conservatoire Supérieur de Musique de Genève. Il entre à l'IRCAM où il travaille comme designer sonore et compositeur pendant 4 années, entre 2001 et 2005. C'est là qu'il a l'occasion de collaborer avec plasticiens, chorégraphes et metteurs en scène (Ugo Rondinone, Pierre Huyghe, Melik Ohanian, Hervé Robbe, Ange Leccia, Eric Genovese, Emmanuelle Huynh, Gerard Byrne, Thierry Kuntzel). Aujourd'hui, il poursuit encore ces collaborations.

2005-2009

Dans le même temps, Romain Kronenberg développe ses propres projets : il réalise plusieurs projets discographiques et présente sa musique dans le cadre de performances visuelles et sonores. Il interprète la performance Dérive à la Fondation Cartier en 2005 dans le cadre de l'exposition J'en Rêve puis au Palais de Tokyo en 2006. Cette performance est l'origine de sa première vidéo éponyme (2005). Entre 2006 et 2008, il développe un style qui oscille entre mélancolie, ennui, inquiétude et grand calme. Dans Nimrod (2006) inspiré de la musique éponyme de Elgar, pour 3 écrans (édité sur Talents), trois personnages solitaires déambulent à leur rythme dans la ville. Festina Lente (2007) met en scène un personnage installé dans un jardin et la vision de ce personnage tourné vers un lointain. La bande son y mêle des nappes de guitare électrique et des enregistrements d'essais nucléaires, qui troublent le récit. Eté (2007) observe la confusion des sentiments qui unit et désunit trois personnages (édité par Lowave). Dans Fernweh (de l'allemand fern : lointain et -weh : mal : le mal du lointain), un rapport d'analogie est imaginé entre quatre personnages installés à côté d'un écran diffusant une image marine et l'image elle-même. En 2008, il imagine Ad Genua, performance visuelle et sonore dont la musique est inspirée de Dietrich Buxtehude, qu'il présente au Palais de Tokyo, au Transpalette de Bourges, à la Villa Kujoyama (Kyoto) et à la galerie Xippas (Paris). La musique, interprétée live à la guitare électrique, respecte l'écriture de Buxtehude dont la partition est considérablement ralentie (soixante fois). L'extrait de 30 secondes est interprété en 30 minutes. A Kobe (Japon), il réalise l'installation Meriken Parkfête foraine et mémorial aux victimes du tremblement de terre de 1995 se côtoient. Pour ce projet, il réalise avec le soutien du Transpalette de Bourges une sculpture, roue de la fortune et grande roue, composée de LEDS et métal, qu'il présente avec la vidéo de Kobe. Fin 2008, il réalise De ma fenêtre, installation pour deux écrans et quatre haut-parleurs. Il compose également le moyen métrage Ad Astra qui mêle et rassemble une sélection d'images antérieures à une musique originale, à l'invitation du Cinéma Prospectif du Centre Georges-Pompidou. C'est à la même période qu'il entame une série de tirages photographiques, dont certains transparents (duraclear sur plexiglas).

Avec les vidéos Let me in, Throughout, Zenith et Vacance (2008-2009), il explore le récit à travers l'usage des bruitages qui mettent en scène toute une activité hors champs qui peut contredire, compléter ou transformer l'image. L'installation Blue blue, electric blue (commande publique passée à l'artiste par le Centre National des Arts Plastiques) est conçue comme un film sans image et poursuit ces tentatives de narration à travers les bruitages et la musique.

2009-2015

En 2009, Romain Kronenberg est en résidence à la Villa Kujoyama, à Kyoto (Japon). Il saisit l'occasion de ce séjour de sept mois pour préciser sa démarche. C'est à partir de cette période qu'il développe des projets plus amples, l'engageant dans le déplacement. En effet, il projette ses films dans la perspective de territoires vierges et lointains en tant qu'espaces à conquérir. Durant l’été 2010, il réalise Down down down down avec Audrey Bonnet installée dans un jardin domestiqué et représentée comme l'analogue d'un désert aride et sauvage filmé en Espagne, tous deux également agis par le climat et la musique. En 2011, il traverse la Turquie d’Istanbul jusqu’à Diyarbakir pour réaliser le road movie My empire of dirt qui suit la marche magnétique de Nathan Duval vers un point de fuite inatteignable. Le personnage finit par se perdre entre la nuit et l'horizon du Kurdistan. En 2012, il réalise Eldorado, film tourné dans un désert espagnol auquel se joignent sculptures et dessins de Benjamin Graindorge, où un constructeur matérialise sous le regard de la caméra la vision d'un lointain, d'un inconnu, d'une perspective qui finissent par se mêler à sa propre création. Entre 2013 et 2014, il réalise Marcher puis disparaître, de nouveau en collaboration avec Benjamin Graindorge.  Ce film est un chemin, ou plutôt un mouvement prenant naissance dans une petite ville turque, et prenant fin sur un immense lac salé. Un mouvement entre l’autre et soi-même, le concret et l’abstrait, le plein et le vide. La fabrication du film, cet autre mouvement, est documenté sur le site web du projet. En 2014, il séjourne à plusieurs reprises dans la ville de Mardin (Sud-Est de la Turquie) où il prépare So long after sunset and so far from dawn, un film mettant en dialogue deux territoires contradictoires et pourtant également vides : l'ancienne capitale arménienne Ani, et la ville nouvelle de Mardin. Les images sont accompagnées d'un dialogue entre dieux et titans. Ce film qu'il présentera à la Biennale de Mardin en 2015 devient le prologue d'un autre film : Été perpétuel,  un film dialogué (le premier que Romain ait écrit) et des sculptures de Benjamin Graindorge (épicentres de la narration), des dessins et de la musique. Un projet interrogeant la notion d’engagement, sa nécessité comme sa perte, sa perte nécessaire. Parallèlement, Romain écrit Contre Heliopolis :  Un film d'anticipation tourné en Turquie et dans le Turkmenistan où deux langues dialoguent : le Kurde et le Turc, questionnant à nouveau la notion d’engagement cette fois perçue comme nécessaire à la survie des civilisations et des êtres. 

Extraits de textes

"L’agencement musico-plastique basé sur l’utilisation du drone peut renvoyer à d’autres œuvres comme à la Dream House de La Monte Young et de Marian Zazeela, mais Romain Kronenberg préfère peindre avec la lumière naturelle et ne cherche pas à introduire le spectateur dans une dimension onirique. Il suggère plutôt un moment d’absence que l’imaginaire n’est pas destiné à occuper. Il s’appuie davantage sur une dialectique du vide que du plein. Il s’éloigne de l’ornemental et du foisonnement baroque et choisit la mesure. S’épargnant les références savantes, Romain Kronenberg crée avec rigueur des sonorités aux contours mystérieux, qui s’éprouvent plus qu’elles ne se contemplent. Suivant le cycle des styles, il tourne le dos à la duperie du spectaculaire et renoue avec l’équilibre classique qui reste la seule promesse d’une recréation possible." Marianne Rapegno, Archistorm juin 2008

"C'est l'artiste qui est soucieux, et non l'œuvre avec laquelle il ne faut pas le confondre. Sa conception parfois « ataraxique » de la musique et des images est le résultat d'un parcours mouvementé et sinueux. En 1995, Romain Kronenberg a vingt ans et cherche « quelque chose en quoi croire » ; il s'inscrit à la faculté de théologie de l'Université de Genève et se consacre à l'étude de la théologie protestante, afin de devenir pasteur. En s'initiant à la pensée d'un mystique du XIIIe siècle, Maître Eckhart, le pasteur en devenir est définitivement marqué par la théologie négative : Dieu n'est ni être ni raison, ni ne connaît ceci et cela ! C'est pourquoi Dieu est vide de toutes choses : et c'est pourquoi il est toutes choses ; pour qualifier Dieu, il faut dire ce qu'il n'est pas. À vingt et un ans, Kronenberg se réoriente ; il quitte la faculté de théologie, traverse la place Neuve et s'inscrit au Conservatoire supérieur de musique, situé en face. L'apprenti-musicien lit les écrits de John Cage, pour qui le musical se compose de sons qui ne visent pas à transmettre du sens, et il arrive à cette conclusion : Entre la théologie négative de Maître Eckhart et le bouddhisme zen de Cage, il y a un lien sémantique qui est le rien." Sophie-Isabelle Dufour, Le fixe et le mouvant, Pointligneplan

"Si la vidéo doit expliciter la raison pour laquelle mes personnages sont statiques, alors elle n'a plus de raison d'être ; l'art de Kronenberg n'offre aucune clé ni aucun secret. Le spectateur est invité à interpréter, voire à surinterpréter ce qui s'offre à lui ; la vidéo parle d'elle-même. De l'artiste cultivé, n'attendons nul commentaire théorique ; il ne verbalisera pas ce qu'il donne à entendre et à voir : Ma position d'artiste n'est pas compatible avec le texte. Pour le moment, les mots ne font partie ni de sa musique, ni de ses images." Sophie-Isabelle Dufour, Le fixe et le mouvant, Pointligneplan

Liens externes

  • Erreur Lua dans Module:Autorité à la ligne 424 : attempt to index field 'wikibase' (a nil value).

Article publié sur Wikimonde Plus.

Erreur Lua dans Module:Suivi_des_biographies à la ligne 189 : attempt to index field 'wikibase' (a nil value).