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Roman roi

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Roman roi est un livre de l'écrivain français Renaud Camus paru en 1983 aux éditions P.O.L. (Paris). Ce n'est ni un roman d'aventure ni un roman historique ni une biographie ; c'est le collage bizarre et inattendu d'une étude de la montée du fascisme et du communisme en Europe centrale avec les personnages romantiques, excessifs, d'une légende allemande ou nordique. C'est une sorte de journal d'un jeune homme qui raconte son amour pour son pays et pour son roi. Le roman se place dans un pays fictif d'Europe centrale, la Caronie, une ancienne monarchie prise en tenaille entre Tchécoslovaquie, Pologne, URSS, Roumanie et Hongrie et déchirée par ses conflits internes, fascinée un temps par le nazisme puis absorbée par le système communiste. Quand Roman II monte sur le trône, en 1927, il n'est qu'une marionnette de forces qui se disputent le pouvoir.

Renaud Camus a écrit deux suites à Roman roi, : la 1ère s'intitule Roman furieux, publié en janvier 1987, toujours par les éditions P.O.L Les deux titres sont des allusions ludiques à des œuvres fondatrices de l'histoire littéraire : le premier, à Œdipe roi de Sophocle ; le second, au Roland furieux de l'Arioste. Un troisième titre, Voyageur en automne (Paris, P.O.L., 1992) se rattache, en quelque sorte, aux deux premiers romans.

Dans la suite de Roman roi , Roman furieux, qui se déroule après 1948, Roman est chassé du trône de Caronie et il doit quitter son pays pour vivre une vie de fugitif à travers le monde où il finira par se perdre.

Dans Voyageur en automne, qui raconte la quête d'un professeur français anonyme (le "voyageur") venu en Caronie participer à un colloque sur un écrivain caronien, dans un pays post-communiste. Il est fait seulement allusion à Roman et à l'histoire du royaume.

Composition

Le roman se compose de deux parties. À chacune de ces parties correspond une narration particulière :

  • la première partie est un retour en arrière qui remonte des origines de la Caronie au règne de Roman en juillet 1940 ;
  • la seconde suit les événements de la vie du roi de juillet 1940 jusqu'au moment de son exil.

Première partie

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La première partie est extrêmement statique. C'est une suite de portraits de femmes et d'hommes, de maisons et de palais, et de descriptions de paysage. Le premier paragraphe est un modèle du genre, avec pour le lecteur, déjà, un choix à faire : croire à un roman classique, et s'attacher à comprendre à toute force les alliances décrites avec trop de raffinement entre des personnages qu'il ne connaît pas encore, ou décider tout de suite que cette complexité est volontairement incompréhensible, impossible à mémoriser, et que l'enjeu du livre n'est pas là.

Le passé simple, caractéristique des romans d'aventure, a disparu. « Mais il fallait bien que quelqu'un le fît. Elle s'est dévouée » (p. 115). L'action résiste au passé simple, tout le récit est plongé dans le limbe de l'imparfait ou du passé composé. L'action présente toujours un aspect statique, théâtral.

Sont décrites, toujours avec un luxe de précisions, de complexes alliances politiques instables et mouvantes, la montée de l'antisémitisme, les heurs et malheurs de la Constitution (Renaud Camus inventant à cette occasion le concept du coup d'État « en creux », qui consiste à revenir à l'application stricte de la Constitution). La cruauté de ces descriptions tient en ce que, si elles peuvent être considérées comme le développement narratif des jeux d'enfant de Renaud Camus (cf Buena Vista Park), elles correspondent également à la réalité politique des pays d'Europe centrale dans les années trente.

D'autre part apparaît peu à peu le narrateur, imperceptiblement : un « nous » au bout de 150 pages (p. 154), un « je » page 187, et, à l'approche de la fin de la première partie, du discours direct (p. 241) pour finalement atteindre le moment où coïncide l'instant raconté avec l'instant où le narrateur est en train d'écrire : « La suite, nous la vivons » p. 242. Nous rejoignons le présent, nous passons alors à la seconde partie.

Seconde partie

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La deuxième partie présente une structure narrative bien différente, il s'agit exactement de la temporalité d'un journal : le narrateur raconte des événements en partant du moment où il a écrit pour la dernière fois, pour remonter jusqu'au moment où il est en train d'écrire. À ce moment, il s'arrête. Et ainsi de suite: il y a donc comme un effet « accordéon », on nous raconte des événements un peu éloignés, on remonte jusqu'au présent, on attend que ce présent soit à son tour devenu du passé, et on reprend la narration de ce point, pour remonter à nouveau jusqu'au présent du narrateur. Le roman n'est plus un roman, il est devenu journal intime, de façon discrète, le plus souvent, mais parfois de façon explicite.

Entre-temps se déploient tous les événements de la guerre: la conquête par Adolf Hitler puis par les Russes, la difficulté de sauvegarder son honneur dans les impératifs de la diplomatie « réaliste ». Le récit devient plus actif. Roman est amoureux, le narrateur découvre ses premiers émois sexuels. Une lecture aujourd'hui nous permet de trouver des résonances dans le reste de l'œuvre camusienne, résonances qui bien sûr ne pouvaient exister en 1983 : thème de l'amour intranquille et de ses colères, de l'antisémitisme, de la musique contemporaine (les années trente dans le roman), de la disparition d'une époque, figure entraperçue de Roussel (oncle de l'épouse d'un comte écarté de la succession par un mariage morganatique.)

Et le secret du narrateur, évoqué très tôt dans une phrase incompréhensible, ne s'éclaire qu'imparfaitement, à contre-jour, que tout à la fin, avec la mort de sa mère :

« Je continue d'ailleurs de ne pas savoir avec exactitude ce qu'il attendait de moi. Lui non plus, probablement. Quelque assurance qu'il ne mourrait pas, sans doute, comme le pauvre Moran. Mais Tomàs m'aimait. » (p. 187).

Notes et références

Éditions

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