Encyclopédie Wikimonde

Sentiments d'appartenance en Belgique et Wallonie

Aller à : navigation, rechercher

La question des appartenances est capitale dans tout pays où se développe un régionalisme (politique) ou un nationalisme d'émancipation tels les nationalismes québécois, ou flamand etc.

Le fédéralisme est une réalité quotidienne en Belgique. La Wallonie comme la Flandre, ainsi que Bruxelles et la Communauté française de Belgique, disposent de compétences importantes. En Wallonie, et c'est le propos de cet article, les sentiments balancent entre l'unité (belge) et l'autonomie (wallonne, et flamande forcément).

Les sentiments d'appartenance, un enjeu politique majeur

L'exemple de l'Europe

L'Europe elle-même procède à des enquêtes en vue de déterminer la façon dont chacun se perçoit maintenant ou dans l'avenir (par exemple seulement Français, Français et Européen, Européen et Français, seulement Européen) [1]. La question des sentiments d'appartenances se pose donc en de nombreux endroits dans les pays démocratiques.

Si, dans le cas de l'Europe, la question posée est celle de l'appartenance préférentielle à une nation indépendante ou à l'UE, cet article s'intéresse plus particulièrement au cas de la Belgique en le comparant ensuite à d'autres nations indépendantes dont certaines régions veulent, soit se détacher complètement (Québec), soit veulent y agrandir leur autonomie (Catalogne, Flandre, Wallonie).

L'impact de la détermination du sentiment d'appartenance

La détermination du sentiment d'appartenance peut avoir un impact sur l'avenir du territoire considéré. Si, par exemple, un sondage révèle que les Québécois affirment qu'ils se sentent appartenir exclusivement ou d'abord au Québec (et non au Canada), on peut penser qu'il y a des chances qu'une politique séparatiste reçoive leur appui. Si, au contraire, un sondage montre qu'ils se sentent appartenir d'abord ou même seulement au Canada, on peut penser qu'une politique séparatiste a bien moins de chance de s'imposer.

De même, quand un sondage suggère que les Wallons se sentent d'abord appartenir à la Belgique, on peut penser qu'il y a peu de chances qu'une politique visant à élargir l'autonomie de la Wallonie à l'égard de la Belgique reçoive leur appui. Si un sondage suggère le contraire, alors, en revanche, on peut penser qu'une politique plus autonomiste peut prendre de l'ampleur en accord avec l'opinion wallonne.

Les sentiments d'appartenance en Wallonie et en Flandre

En Wallonie, on se sent à la fois wallon et belge et on est partagé entre le sentiment d'appartenance à la Belgique et à la Wallonie. Ce phénomène existe aussi en Flandre mais y est moins net.

C'est cette ambivalence des sentiments que tend à montrer le livre Belge toujours notamment édité par la Fondation Roi Baudouin [2], qui défend cette thèse non sur la base de simples sondages, mais à partir d'enquêtes sociologiques plus approfondies et qui se répètent depuis 20 ou 25 ans, globalement avec les mêmes résultats.

En particulier, à l'intérieur de ce livre collectif, trois autres chercheurs, MM. R.Doutrelepont, Jaak Billiet et M. Vandenkeere écrivent le dernier chapitre intitulé Profils identitaires en Belgique. Leurs conclusions rejoignent d'autres enquêtes menées en Belgique: il n'y aurait pas d'opposition chez les Wallons entre le sentiment d'appartenir à la Belgique et le sentiment d'appartenir à la Wallonie.

Le détail des enquêtes

Les questions sur le sentiment d'appartenance

À une question ouverte (sans choix à faire sur un éventail de réponses pré-indiquées), sur le sentiment d'appartenance primordial, beaucoup de répondants évoquent d'autres appartenances que les appartenances "géopolitiques" (du type "Belgique", "Wallonie", "Europe", "monde entier"...).

Cette question ouverte est formulée comme suit: Parmi tous les groupes auxquels vous appartenez, quel est celui qui a le plus d'importance pour vous?.

Certaines personnes n'accordent aucune préférence à un groupe d'appartenance comme Wallonie, Belgique, Flandre etc. Elles ne citent aucun groupe d'appartenance préférentiel (même pas l'"Europe" ou "le monde entier"). Cette attitude est fréquente chez les personnes qui ont une instruction supérieure, mais pas chez toutes. Beaucoup citent des appartenances non politiques: la famille, les amis, le quartier, les collègues de bureau, la ville ou le village, la sous-région (la région liégeoise, namuroise, le Borinage) etc.

Vous arrive-t-il de vous sentir wallon, belge etc.?

Une autre question (fermée cette fois-ci, c'est-à-dire où on donne seulement le choix entre des réponses pré-indiquées ), est posée comme suit : Vous arrive-t-il de vous sentir ...Belge, Wallon, Flamand jamais, rarement, de temps en temps, souvent, très souvent, toujours?

Ici, 44,6 % des Wallons répondent tout le temps et très souvent Wallons. Les Flamands sont 44,2% à se sentir "tout le temps ou "très souvent" Flamands. La réponse Je me sens belge très souvent ou toujours correspond à 43,9% de réponses chez les Wallons et à 35% de réponses chez les Flamands. Il y aurait donc égalité du sentiment wallon et belge en Wallonie, mais pas ou moins en Flandre.

Fortement wallon, belge, flamand...

Pour ce qui est de l'appartenance "forte", 38,9 % des Wallons se sentent fortement Wallons et 39,8% fortement Belges. Pour les Flamands il y a 48,9% de réponses qui indiquent qu'on se sent fortement Flamand et 28% de réponses qu'on se sent fortement Belge. Les Flamands se sentiraient donc plus fortement Flamands, mais pas dans des proportions très supérieures à la façon dont les Wallons expriment ce même "fort" sentiment à l'égard de la Wallonie.

Conclusion

R.Doutrelepont, Jaak Billiet et M.Vandenkeere concluent par conséquent à une ambivalence de sentiment chez les Wallons, attachés tant à la Belgique qu'à la Wallonie, ce qui se vérifie d'ailleurs aussi en Flandre (mais moins clairement). De nombreuses autres enquêtes, depuis 20 ou même 25 ans, confirment ces résultats (et notamment les enquêtes du CLEO de 1989 à 1997) [3],[4],[5]

Le système politique fédéral actuel correspondrait donc à des sentiments très enracinés, dans la mesure où, comme tout fédéralisme, il incarne politiquement deux loyautés possibles, l'une à l'Etat fédéral (la Belgique), l'autre à l'Etat fédéré (la Wallonie).

Résultats d'enquêtes par sondage au Québec, en Catalogne et en Wallonie

La question générale posée par les enquêteurs des différents pays est: "je me sens?" :

  • Au Québec, québécois seulement (16,8%), d'abord (30,1%), canadien et québécois (33,3%), plus canadien que québécois (12,3%), seulement canadien (6,8%) [6]
  • En Catalogne, catalan seulement (10%), d'abord (17%), catalan et espagnol (44%), plus espagnol que catalan (16%), seulement espagnol (12%) [7]
  • En Wallonie, wallon seulement (1,8%), d'abord (9,5%), wallon et belge (43,6%), plus belge que wallon (24,7%), seulement belge (17,6%) [8].

Note 1: On ne dispose pas des "sans réponses" pour le Québec, pour la Catalogne et la Wallonie les chiffres sont 1 % et 2,2 %].

Note 2: Il est difficile d'avoir des enquêtes récentes qui puissent se comparer comme c'est le cas ici, les questions n'étant pas toujours posées de la même façon dans les trois pays.

Évolution du premier niveau d'appartenance

En 1996, sur base d'une liste de réponses possibles, à la question « À quoi avez-vous le sentiment d'appartenir en premier lieu ? », les Wallons répondaient à 65,9 % à la Belgique, à 10% à leur ville ou commune, à 9 % à la Région wallonne et à 7,8% à la Communauté française (0% à la province, 5,3 % autres, et 1,3 % ne se prononçaient pas).[8]

En 2007, sur base d'une liste de réponses possibles, à la question « Vous sentez-vous d'abord... ? », les Wallons répondent à 63 % Belges, à 18 % Européens, à 8 % Wallons, à 6 % citoyen de sa commune et à 2 % francophone (0% pour la province, 2% ne se prononcent pas).[9]

Une conclusion interuniversitaire

S'il y a bien un Indépendantisme wallon qui a pu se manifester parfois de manière violente, s'il y a bien un nationalisme wallon, il porte la marque des ambivalences que Belge toujours (avec d'autres enquêtes) met en avant. Cette ambivalence dure depuis longtemps. Est-elle liée à l'État belge comme construction juridique ou idéologique ? Ou manifeste-t-elle une tendance plus profonde et même plus universelle des êtres humains - indépendante de l'État belge ou d'autres contextes politiques concrets - à aimer leurs appartenances tout en souhaitant ne pas s'y enfermer ?

En tout cas les quatre directeurs de Belges toujours (Bawin de l'Ulg, Voyé de l'UCL, Dobbelaere de la KUL et Elchardus de la VUB) - la seule étude interuniversitaire belge réalisée sur pareil sujet et faisant suite en 2001 à une étude semblable de 1992, également patronnée par la Fondation Roi Baudouin - conclut de cette façon : « Le chapitre sur les appartenances politiques, s'il ne nous apprend pas grand-chose sur les appartenances politiques des Belges, nous surprend par le fait que les habitants des 3 Régions (Flandre, Wallonie, Bruxelles) donnent la préférence tout d'abord à leur région d'appartenance, ensuite à la Belgique, puis à l'Europe. Les Flamands sont plus nombreux à s'identifier en premier lieu à leur région que les Wallons et les Bruxellois, mais en Flandre (22% contre 27% en Wallonie), et ce résultat est tout à fait inattendu, on s'identifie à la Belgique en proportion quasi équivalente. » (Belges toujours, p.260)

Notes

  1. Etude européenne sur l'appartenance préférentielle. Spécifier, dans le menu déroulant, le point Nationalité et Europe dans le futur n° 40 pour voir l'étude.
  2. "Belge toujours", dirigé par les professeurs flamands et wallons Bernadette Bawin, Liliane Voyé, Karel Dobbelaere et Mark Elchardus, éditions De Boeck et Fondation Roi Baudouin (Bruxelles, 2001), ISBN 2-8041-3563-2
  3. La Libre Belgique du 26 mai 2004, article "Si on se sent wallon, on se sent belge" et Le Soir du 21 août 2004
  4. Étude du CLEO et de l'IWEPS (voir page 4, « Citoyenneté, Sentiment d'appartenance institutionnelle ») avec parfois une légère supériorité du sentiment wallon d'appartenance sur le sentiment belge d'appartenance, parfois l'inverse.
  5. Une publication du PIOP qui insiste sur le maintien de l'identité belge par rapport aux identités régionales.
  6. David McCrone, Sociology of nationalism, Londres, Toutledge, 1998, p.139 citée par Christophe Traisnel (enquête réalisée en 1995).
  7. Stéphane Paquin, La Renaissance des petites nations, VLD, Montréal, 2001 (enquête réalisée en 1995).
  8. 8,0 et 8,1 Enquête wallonne (du PIOP) citée dans JC Van Cauwenberghe, Oser être wallon, Quorum, Bruxelles, 1998 (enquête réalisée en 1995).
  9. Vers l'Avenir du 25 septembre 2007 : sondage Dedicated Research par téléphone (15% par GSM) du 7 au 10 septembre 2007, réalisé auprès d'un échantillon représentatif de 603 électeurs de Wallonie, marge d'erreurs de 4 %.

Voir aussi

Histoire de la Wallonie

Géographie de la Wallonie

Politique de la Wallonie

Culture de la Wallonie

Bibliographie

  • JC Van Cauwenberghe, Oser être wallon, Quorum, Ottignies, 1998 (article d'AP Frognier de l'UCL).
  • Bernadette Bawin, Liliane Voyé, Karel Dobbelaere, Mark Elchardus (directeurs), Belge toujours De Boeck et Fondation Roi Baudouin Bruxelles, 2001. (Ce livre a été également publié en néerlandais et une première édition a été réalisée en 1992)), références minimales du livre en ligne
  • Stéphane Paquin, La Revanche des petites nations, vlb, Montréal, 2001.

présentation du livre sur VIGILE

  • André-Paul Frognier et Anne-Marie Aish, Élections, la rupture? Le comportement des Belges face aux élections de 1999, Ed. De Boeck, Bruxelles, 2003.

Article publié sur Wikimonde Plus.

Erreur Lua dans Module:Suivi_des_biographies à la ligne 189 : attempt to index field 'wikibase' (a nil value).