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Teslisme

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Le teslisme est un concept naissant utilisé pour désigner le modèle d’organisation industrielle inspiré par l’organisation mise en place par Elon Musk au sein de l’entreprise Tesla. Le terme est notamment établi par Michaël Valentin dans son livre Le Modèle Tesla[1].

Faisant suite au fordisme, qui a accompagné les évolutions de la seconde révolution industrielle, et au toyotisme qui a marqué l’émergence de la troisième, le teslisme pourrait se poser comme le modèle d’organisation cible de la quatrième révolution industrielle.

Il se caractérise par une forte hybridation entre le monde digital et le monde industriel, et une dynamique de formation et d’apprentissage continus à la fois pour l’humain et pour la machine.

Contexte

Dans le cadre de la seconde révolution industrielle, le fordisme s’est imposé avec des gains de production conséquents. Le toyotisme a par la suite été le système d’organisation leader de la troisième révolution industrielle avec des gains de réactivité importants. Aujourd’hui, l’organisation industrielle mise en place par Elon Musk au sein de Tesla est celle qui se rapproche le plus d’un modèle “vitrine” pour la quatrième révolution industrielle.

En effet, l’apparition du teslisme s’inscrit dans le contexte d’une industrie qui doit faire face à une accélération exponentielle des progrès technologiques. Cette accélération engendre notamment un besoin de montée en compétences pour le secteur industriel, ainsi que de nombreuses ruptures, qu’elles soient économiques ou sociétales. Par exemple, l’apparition de nouveaux systèmes cyberphysiques, à la convergence des mondes physique et virtuel, surveillés par l’humain, a conduit à la création de “métiers du futur” tels que pilote d’intelligence artificielle ou cybernéticien.

Cette quatrième révolution industrielle doit faire face à quatre défis majeurs :

  • L’hyper-connexion : comment profiter d’une connexion de plus en plus conséquente qui demande une réactivité de plus en plus forte de la part des clients ?
  • L’exponentialité du progrès : avec la singularité technologique expliquée par Eliezer Yudkowski [2] comment s’adapter en permanence et tirer le meilleur parti de l’évolution constante de la robotique industrielle, de l’intelligence artificielle, de l’impression 3D et autres outils digitaux ?
  • L’hyper-concentration : dans un secteur du numérique où “le plus gros emporte tout”, alors qu’en France seuls dix pôles concentrent 75% de la R&D 2 comment faire pour éviter le risque de déséquilibre social et de dérèglement environnemental ? Comment répondre au besoin de sens des nouvelles générations, à la fois au travail et dans leurs comportements de consommation ?
  • L'économie de l’usage : comment créer toujours plus de services et de produits sur-mesure pour répondre à une demande de consommateurs qui privilégient de plus en plus l’usage au statut ?

Il est intéressant de noter que le teslisme, tout comme le toyotisme et le fordisme, est basé sur le modèle industriel d’une entreprise évoluant dans le domaine de la construction automobile. Cependant, en rupture avec Henry Ford ou Taiichi Ōno, Elon Musk n’a pas évolué en premier lieu dans le monde de l’industrie, mais a fondé diverses start-up dans le domaine du digital, ce qui a dû influencer sa conception du système d’organisation industrielle appliqué chez Tesla[3],[4].

Principes

Le teslisme s’articule autour de trois cercles. Le premier, stratégique, est tourné vers l’extérieur de l’entreprise. Le second, organisationnel, est tourné vers l’intérieur de l’entreprise. Enfin, le troisième représente le cœur du système, focalisé sur l’apprentissage rapide de l’humain et de la machine.

Ces trois cercles structurent eux-mêmes les sept principes fondamentaux du teslisme :

  • Storymaking : inscrire l’entreprise et son activité au sein d’un projet global et engageant qui la dépasse elle-même, et en tant que dirigeant, de créer une vision qui inspire ses employés et ses clients et de l’appliquer quotidiennement sur le terrain.
  • Cross-Integration : décloisonner les métiers, condenser la chaîne de valeur et mieux se connecter avec l’écosystème.
  • Traction tentaculaire : approcher les marchés avec une vision “tentaculaire” trans-sectorielle pour créer de la traction commerciale grâce à des modes en réseau.
  • Start-up Leadership : insuffler un esprit start-up dans chaque aspect de l’entreprise pour favoriser la prise d’initiatives et le développement des différentes équipes.
  • Software Hybridation : profiter de l’éventail de solutions digitales pour innover en rupture, améliorer l’efficacité du système et mieux capitaliser.
  • Hyper-Manufacturing : augmenter le système industriel pour le rendre plus frugal, agile, customisable et générateur de valeur collaborative.
  • Men & Machine Learning : se former en continu et en itérations courtes pour combiner intelligence humaine et intelligence de la machine au quotidien.

Ces sept principes établissent la réponse à des objectifs qui sont en connivence avec les défis majeurs de la quatrième révolution industrielle. Face au besoin de réactivité du marché et de demande d’autonomie des équipes, à une exigence croissante de fonctionnalités et de produits et enfin face à une demande de sens croissante des nouvelles générations, le teslisme répond par un boost et une forte connexion du système, en interne comme en externe, pour profiter de l’hyper-connexion des hommes, des machines et des produits. D'un autre côté, face au progrès exponentiel des compétences et des technologies, le teslisme met au cœur de son système l’apprentissage en continu, pour faire grandir l’humain afin que l’organisation dans son ensemble grandisse. Finalement, face à la demande d’éthique et de régulation provoquée par l’hyper-concentration de la valeur et des talents, le teslisme apporte un projet, une vision qui ambitionne d’inspirer le monde.

Critiques

Le teslisme est critiqué à travers les faiblesses de l’entreprise “vitrine”, Tesla. Les critiques soulignent fréquemment la situation financière de Tesla, qui enregistrait sur l’année 2017 une perte opérationnelle de 1,9 milliard de dollars et une dette équivalente à 5 fois ses fonds propres[5].

La montée en cadence, plus lente que prévue, de la Tesla Model 3, due à des difficultés initiales d’automatisation, a également placé la situation opérationnelle en position critique, et rend difficile un gain de confiance de la part des marchés.

Cependant, ces critiques ne concernent que l’entreprise Tesla. Or, bien qu’elle en soit le modèle d’inspiration, le teslisme se retrouve dans l’organisation d’autres entreprises, qui appliquent au sein de leur organisation industrielle un ou plusieurs principes de celui-ci.

Notes et références

  1. Le Modèle Tesla - Du toyotisme au teslisme : la disruption d'Elon Musk, Paris, Dunod, , 256 p. (ISBN 978-2100788286) 
  2. Eliezer Yudkowski, Scruter la Singularité. Editions Hache, 2004
  3. Manuel Moragues, "Tesla Motors : comment la start up de Palo Alto réinvente l'automobile", Usine Nouvelle, 05 octobre 2014, https://www.usinenouvelle.com/article/tesla-motors-comment-la-start-up-de-palo-alto-reinvente-l-automobile.N213178
  4. Fabernovel, Tesla, Uploading the future, 2018. https://www.slideshare.net/faberNovel/tesla-uploading-the-future
  5. (en) « Tesla's tumbling stock has made short sellers $1.9 billion in less than a month », sur businessinsider.fr,

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

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