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Algorithme et traitement de l'information

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Tout d’abord utilisés en mathématiques, les algorithmes jouent aujourd’hui un rôle de plus en plus important sinon primordial en sciences de l’information comme en informatique. L’enjeu est de taille, puisqu'il s'agit de classer l'information correctement afin de la traiter automatiquement pour répondre aux besoins d'une société de plus en plus numérique. Publicités ciblées, moteurs de recherches et programmes informatiques sont autant de nouvelles pratiques issues du web 2.0 qui ont pu émerger dans un contexte qui leur est propre.

Définition

Le terme « algorithme » est issu de la latinisation du nom du mathématicien Al-Khawarizmi (devenu Algoritmi au Moyen Âge) qui écrivit au IXe siècle le premier ouvrage systématique de résolutions d’équations linéaires et quadratiques.

Il correspond à une procédure de transformation de données d’entrée en données de sortie, codée selon des calculs précis. En d’autres termes, c’est une suite logique d’instructions qui permet d’automatiser la mise en œuvre d’un processus quelconque (multiplier deux nombres, créer un programme informatique, résoudre un sudoku en ligne, exploiter une base de données…). Pour se faire, il prend en compte le problème ainsi que la décomposition étape par étape des solutions permettant de le résoudre.

Tout d’abord utilisés en mathématiques, les algorithmes jouent aujourd’hui un rôle de plus en plus important sinon primordial en sciences de l’information. Dans les années 1960, Kolmogorov, Solomonov et Chaitin, trois mathématiciens, initièrent la première version de la théorie algorithmique de l’information qui s’inspire de la théorie de la calculabilité et de la machine de Turing. En effet, si les algorithmes servaient d’abord à effectuer de simples manipulations numériques, c’est dans les années 1930 que furent inventées ces machines capables d’effectuer mécaniquement tous les algorithmes possibles, alors même que les ordinateurs électroniques n’existaient pas.

Contexte

Le très fort ancrage technologique de nos sociétés modernes nécessite de bien replacer l’usage des algorithmes dans leur contexte. À bien des égards on ne mesure pas leur importance tant ils ne forment que l’armature des systèmes d’informations et autres programmes, comme la face cachée de l’iceberg. Si leur usage premier était d’abord de desservir de simples calculs mathématiques, ils sont aujourd’hui présents au CAC 40, dans les fichiers de la police ou encore dans l’armement nucléaire[1].

En politique, les guerres modernes sont devenues des guerres de l’information puisque contrôler l’information, c’est pouvoir la manipuler, avoir une mainmise sur ses adversaires et donc accéder à des données confidentielles. Le héros des temps modernes n’est plus le combattant mais le « hacker ».

En économie, utiliser des algorithmes est un précieux gain de temps. En l’espace d’une vingtaine d’années l’argent est devenu numérique, et ne correspond qu’à de simples bits d’informations qui parcourent le tour du monde en quelques secondes.

Dans le numérique : l’avènement du web et plus généralement de l’Internet a plus que jamais favorisé les échanges d’informations entre individus. On pense alors aux moteurs de recherche (les fameux algorithmes de positionnements de Google[2]), à la géolocalisation, aux sites Internet et autres bases de données.

Dans la défense et la santé : un mathématicien portugais (Pedro Pinto) a découvert un algorithme qui selon lui permet de remonter à la source des crimes et des épidémies[3].

Finalement les algorithmes jouent un rôle de plus en plus important dans le choix de l’information que nous considérons comme la plus importante pour nous. Ils sont un outil crucial de participation à la vie publique. Ils permettent de cibler les publicités selon nos historiques de recherches, décident des actualités d’amis à afficher au détriment d’un autre. Ils régulent tout simplement les flux d’informations a priori de manière neutre, même s’il faut garder en tête que ce sont des hommes qui programment ces algorithmes. Derrière ces intrusions permanentes dans la vie privée se cache une certaine utopie de l’information[4].

Focus

L'anticipation des attentes des navigateurs

Les algorithmes de recherche opèrent en fonction des apports de l’utilisateur. Autrement dit, à chaque clic d'un internaute, les algorithmes se nourrissent de ces navigations en vue de cibler de manière plus efficace ce qu'ils doivent servir et mettre en exergue. Cependant, la plupart des plates-formes fonctionnent en en sachant davantage sur les utilisateurs que sur leurs attentes. Aujourd'hui, les annonceurs fournissent certes du contenu aux navigateurs mais concomitamment, ils fournissent ces mêmes navigateurs aux annonceurs. De cette manière, les algorithmes sont modifiés à chacune de leur utilisation puisque chaque requête change l’outil. Les moteurs ont désormais pour fin de revaloriser le web, d'établir comme une sorte de hiérarchie en son sein à l'image de la SEO (Search Engine Optimisation) qui est une technique consistant à concevoir les sites de manière à ce qu'ils soient bien indexés et qu'ils apparaissent en premier sur les moteurs de recherche par rapport à certains mots clefs, mais aussi à développer une sorte d'historique exhaustif de l’ensemble de leurs utilisateurs. Pour ce faire, les fournisseurs d’informations tracent leurs utilisateurs et lient les sites à un ensemble de services (Ex : Google avec Gmail, Drive). Ils profitent aussi de la démocratisation de la « web expression » où les utilisateurs sont incités à dévoiler des informations sur eux-mêmes et à se sentir plus important en le faisant.

Ici, la vie privée n’est pas la seule inquiétude pertinente. En effet, il s'agit des éléments d’informations qui sont le plus accessibles à l’algorithme et qui ont tendance à se substituer aux utilisateurs, en d'autres termes, ce que nous ignorons d'eux. Un nouveau type de puissance informationnelle voit ainsi le jour. Nos profils approximatifs produits par les algorithmes ont des conséquences directes sur la façon dont est conçu et produite l’information à venir. En d'autres termes, les algorithmes en se basant sur les navigations anticipent les attentes des internautes et s'adonnent aussi à dresser un profil aussi pertinents que possible d'eux. L'information qui en découlera sera produite à partir de ses profils qui ne sont alors qu'approximatifs.

La pertinence

Il n’existe pas de lois absolue et apodictique de ce que sont les résultats pertinents pour une attente donnée, les ingénieurs conviennent par consensus de ce à quoi doivent ressembler les résultats et modifier leurs algorithmes pour l'atteindre ou apporter des changements fondés sur des informations concluantes de leurs utilisateurs. Il faut aussi se demander s’ils sont structurés par des principes politiques ou organisationnels puisqu'un algorithme peut favoriser les intérêts commerciaux d’un fournisseur de contenu plutôt que d’un autre. Les algorithmes ne sont pas stables, ils sont contingents et non nécessaires absolument parlant dans le sens où « ils peuvent être changés facilement, instantanément, radicalement et invisiblement »[5]. Ils sont par ailleurs régulièrement corrigés. Opaques et axé sur la tension existant entre ce que nous espérons des algorithmes et ce qu’ils sont en réalité.

façonnables, il est difficile d'évaluer leurs possibles préjugés. Qui plus est, ce que nous pourrions consulter comme étant un algorithme en referme le plus souvent plusieurs, c'est la fuite en avant dans une sphère de mise en abyme d’algorithmes.

Une objectivité algorithmique ?

Au-delà de l'image de simples outils, les algorithmes endossent le rôle de stabilisateurs de confiance. Ils semblent être des garanties pratiques et symboliques de justesse et de neutralité ce qui répond parfaitement à l'incessant besoin de « tout rationalité » largement prépondérant à cette heure. Cela étant, il semblerait qu'il s'agisse d'un subterfuge. Un service d’information ne peut livrer une information sans intervention car informer, c'est avant tout mettre en forme donc modifier selon Tarleton Gillespie. C'est cette habileté d'automatisme qui leur confère cette légitimité. Nous sommes soumis non pas à l'information pure mais justement à une information qui est mise en forme par tout un tas de procès sélectifs et herméneutiques et nous ne pouvons que passivement l'accepter[6].

Voir aussi

Bibliographie

  • Tarleton Gillespie, La pertinence des algorithmes, Cambridge, Tarleton Gillespie, Pablo Boczkowski et Kirsten Foot (MIT Press) :

« Les algorithmes construisent ce qui est « chaud » ou « tendance » ou « le plus discuté », écrémant le bavardage apparemment sans fin qui nous est présenté. Ensemble les algorithmes ne font pas que nous aider à trouver l'information, ils donne le moyen de savoir ce qu'il y a à savoir et comment le savoir, de participer au débat social et politique, et de nous familiariser avec la chose publique à laquelle nous participons. »

 

Liens externes

  • Natalie Rastoin, Camille François, « De la théorie de l’agenda à celle de l’algorithme », (consulté le ) : « Ils savent que l’information diffusée par la presse reflète une sélection des enjeux choisis par les rédactions plutôt qu’un reflet de ce qu’il se passe dans le monde » dont l’évolution se fera via « la théorie de l’algorithme » : ce qui se passe dans nos ordinateurs n’est pas non plus un reflet de ce qu’il se passe dans le monde, mais bien une sélection personnalisée faite par des algorithmes et basés sur des critères que nous n’avons pas choisis. »

L'objet de cet article est de savoir si Twitter use de censure envers les tweets dits « d'actualité » puisque beaucoup d'abonnés s'étonnent du fait que certains sujets soient tout simplement « oubliés » des Trendings Topics (à savoir, des sujets tendance). Cependant, cet article traite à plus large échelle nos souhaits et désillusions quant à l'utilisation des algorithmes dans nos vies sociales virtuelles. Le débat reste principalement axé sur la tension existant entre ce que nous espérons des algorithmes et ce qu’ils sont en réalité.

Notes et références

  1. Hubert Guillaud : Ces algorithmes qui nous gouvernent
  2. Google Une autre mesure pour récompenser les sites de haute qualité
  3. Pedro Pinto et sa publication dans la Physical Review Letters : Un algorithme pour remonter à la source de crimes ou d'épidémies
  4. Gérald Berthoud : La « société de l’information » : L’utopie du xxie siècle ?
  5. Tarleton Gillepsie et son court essai sur la « pertinence des algorithmes » : The Relevance of Algorithms
  6. Essai de Tarleton Gillespie paru dans Culture Digitally : La pertinence des algorithmes

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