Emerentia 1713

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Emerentia 1713
Image illustrative de l’article Emerentia 1713

Auteur S. Corinna Bille
Pays Drapeau de la Suisse Suisse
Genre Roman faisant partie d'un diptyque, Deux Passions, paru chez Gallimard
Éditeur MINIZOÉ
Date de parution 1979
Couverture M. Cartier
Nombre de pages 85
ISBN 2-88182-217-7

Emerentia 1713 est un roman, partie du diptyque, Deux Passions (1979), qui fut le dernier ouvrage publié du vivant de l'auteure, S. Corinna Bille (1912-1979).

L'auteure dit de son œuvre qu'elle est "véritablement la chair de [sa] chair"[réf. nécessaire].

Contexte historique

Dans un Valais tout juste sorti de la Réforme protestante, la petite fille est l'une des nombreuses victimes de l'extrême rigidité religieuse héritée de la Contre-Réforme, mouvement catholique qui emmena tant de "sorcières" sur le bûcher.

Résumé

Emerentia est annoncée comme ayant existé et comme étant sortie du livre Henri le Vert de Gottfried Keller.

La petite tombe malade. Alors que ses tantes font des prières auprès de son lit, Emerentia hurle, se cache sous les draps, jette un crucifix et déchire son missel. La belle-mère de l'enfant saute sur l'occasion pour la mettre en pénitence chez le prêtre du village de F.

À sept ans seulement, la fillette est donc reléguée chez le curé du village, réputé pour la rigueur de sa foi. Au presbytère, la petite, qui refuse d'apprendre le livre de messe, est régulièrement fouettée et mise en isolement.

Comme Emerentia ne fait pas de progrès, selon les parents de la petite et le doyen, qui pense qu'en cette enfant ressortent les péchés du grand-père, ancien calviniste, on fait subir à la fillette un jeûne forcé et lui confectionne un habit de pénitence qu'elle devra porter constamment.

En parallèle, les enfants du village adorent se trouver en présence de la petite qui les éblouit avec son imagination et sa joie de vivre débordantes, et les fascine avec son amour inconditionnel pour la nature et les animaux. Pourtant elle est accusée de perversion envers ses camarades et n'a plus le droit de sortir pour jouer avec eux. Seuls deux jeunes garçons âgés de dix-neuf ans, Jean-du-Moulin et Clair-du Vannier, permettent à la fillette de redevenir une enfant lorsqu'ils l'emmènent sur leurs chevaux à chaque fois qu'elle s'évade.

Un peintre, envoyé par les parents d'Emerentia puisqu'ils ne souhaitent plus la reprendre chez eux, vient passer une semaine au presbytère pour faire un portrait de la petite, tableau destiné à être le seul souvenir de l'enfant.

Le révérend doyen reçoit l'ordre de cesser d'enseigner les branches générales, comme le latin, ainsi que toute instruction mondaine, à Emerentia, et de ne garder que les enseignements religieux. La petite va petit à petit oublier tout ce qu'elle avait appris et se plonger dans un mutisme de plus en plus apparent. Elle ne mange plus, ne bouge plus, ne rit plus.

Une nuit Emerentia, qui n'a que sept ans, s'empare des dernières forces qui lui restent pour sortir dans le jardin, creuser un petit trou, s'y blottir et mourir.

Personnages

Emerentia

Cette petite fille, personnage éponyme de l'oeuvre de Corinna Bille, est si fragile, émouvante et attachante qu'on a envie de la prendre dans les bras pour la protéger, l'arracher des pages de ce livre extrêmement bien écrit mais si dur aussi, afin de lui éviter cette fin intolérable.

Apparence et personnalité

Décrite comme étant d'une beauté et d'une fraîcheur éblouissantes, Emerentia a des cheveux bruns s'entrefilant de mèches d'or. Extrêmement intelligente, la petite possède "une sensibilité enfantine d'adulte" et son regard est "d'une force insoutenable" (p. 17). Passant son temps à chanter, danser et rire, les gens en sont effrayés, alors qu'ils devraient la considérer pour ce qu'elle est vraiment, à savoir un petit être précieux et unique, une petite fée joyeuse et pleine de qualités rares.

Rapport avec la nature

Emerentia avait un don : le don de comprendre et écouter la nature et les animaux. Certains disaient même qu'elle pouvait parler avec. Elle ne se sentait vraiment bien qu'à l'air frais, pieds nus, en harmonie avec cette nature qui l'entourait. Elle adorait faire du cheval avec son papa qui la prenait sur le devant de la selle. Elle était "faite de la même invariable et surprenante texture que la nature" (p. 20). "La mère limon, les bêtes, les arbres, les plantes ont une chair et une âme parentes de la sienne" (p. 17). Elle considérait les arbres "comme des personnes vivantes" et quand elle "s'enfilait entre eux, elle était irrésistiblement saisie, retenue par ces êtres qu'elle devinait inoffensifs et qui l'aimaient" (p. 24).

Rapport avec la religion

À l'âge de cinq ans, Emerentia s'évanouit durant le remariage de son père, peu après la mort de la première épouse de celui-ci. L'enfant, qui a très mal vécu l'enterrement de sa mère, ne supporte plus rien de ce qui touche à la religion. L'odeur de l'encens la rebute, l'image du Christ ensanglanté sur la croix lui fait peur. Elle refuse de réciter les chants religieux et estime que "le catéchisme c'est écrit sans penser" (p. 16)

Le seigneur de M.

Il est le père d'Emerentia. Après la mort de sa première épouse, qu'il a aimée tendrement, il se remarie avec une femme qu'il admire et qu'il craint. Il aime sa fille mais il est si faible de caractère qu'il obéit à sa nouvelle femme qui prend des décisions épouvantables en ce qui concerne son éducation.

Mme de M.

Descendante des Grands Lombards (premiers banquiers valaisans), elle est la seconde épouse du seigneur de M. et ne pardonne ni à son mari de ne pas réussir à se consoler de la mort de sa première épouse, ni à Emerentia d'être si belle et si vivante. C'est une marâtre et comme toutes les marâtres, elle veut la mort de la fille de la première femme.

Le révérend doyen

Il est le "méchant" de l'histoire (bien que les parents qui ont volontairement placé leur fille au presbytère soient bien plus cruels encore dans leur acte de lâche abandon). Il pense, comme beaucoup de personnes dans le village, qu'Emerentia est possédée par le démon ou que c'est une sorcière, qu'elle est faite d'une nature sombre et mystérieuse et qu'elle tient de son grand-père qui embrassa le calvinisme. Le doyen, qui craint et ne comprend pas cette enfant, passe son temps à tenter d'enseigner le catéchisme à une petite fille qui refuse obstinément cet enseignement et va souvent jusqu'à hurler, se rouler par terre ou piétiner ses livres de prières. Ce doyen, qui n'a jamais appris d'autres formes d'éducation, trouve en seule réponse à ces réactions violentes, des punitions traumatisantes pour un enfant. L'homme de foi tient un journal dans lequel il retranscrit quotidiennement les événements concernant sa petite pensionnaire.

Dame Fulkrie et Donatille

Ce sont les gouvernantes d'Emerentia au couvent. Assez effacées, elle ne paraissent pas avoir d'attachement envers la petite et passent alternativement de la place de celles qui défendent Emerentia à celles qui l'accusent et conseillent même au prêtre de pratiquer un exorcisme.

Jean-du-Moulin et Clair-du-Vannier

Ces deux jeunes hommes de dix-neuf ans chacun sont une bouffée d'air frais pour Emerentia. Dès que la petite s'enfuit du presbytère, ils s'empressent de l'emmener sur leurs chevaux et la traitent comme une petite princesse. Ils comprennent l'enfant et vont même jusqu'à s'interposer et tenir tête au doyen. Ils doivent pourtant abandonnés Emerentia pour partir, de force, à la guerre, accusés de débauches et signalés pour le recrutement aux courriers de Lucerne par le doyen lui-même.

Le régent du village

Il a plusieurs fois osé, avec Jean-du-Moulin et Clair-du-Vannier, tenir tête au doyen concernant la façon intolérable de traiter l'enfant.

Le Grand-Vicaire

En visite chez le doyen, le Grand-Vicaire tentera de raisonner l'homme d'église qui voit en Emerentia un être malfaisant, mais en vain. Ayant connu l'enfant alors que sa mère était encore vivante, le Grand-Vicaire sait que cette enfant n'est qu'une victime de l'ignorance des hommes et dira au doyen plusieurs phrases pertinentes, dont : "N'arrachons pas les fleurs en croyant détruire l'ivraie" (p. 38) ; "On m'a dit qu'elle avait un don de double vue. Ces mystères-là peuvent s'expliquer. La Contre-Réforme a déjà suffisamment allumé de bûchers, ne brûlez pas encore une petite fille" (p. 39) ; "Toute sa parenté attend qu'elle meurt. Le souhaite... La petite n'a que sept ans !" (p. 39)

Les enfants du village

Les enfants du village, qui ont commencé par se moquer d'Emerentia, ont vite compris qu'elle était à part et l'ont rapidement beaucoup appréciée. Ils la respectent énormément et adorent l'entendre raconter des histoires de sirènes et autres. Ils disent par exemple "à leurs parents qu'Emerentia, par sa seule présence, fait sortir les fleurs de la boue" (p. 18). Vers la fin, quand Emerentia va vraiment mal et qu'elle est enfermée, les enfant continuent à penser à elle et à lui envoyer, par des petits trous, des morceaux de nourriture ou des petits jouets.

Article publié sur Wikimonde Plus

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