Flux de contenus, attention limitée : le flot d’information dans les réseaux sociaux

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« Flux de contenus, attention limitée : le flot d’information dans les réseaux sociaux » est une intervention orale de danah boyd qui s'est déroulée en 2009 à la Web 2.0 Expo de New York (États-Unis).

Intervention

Lors de la Web 2.0 Expo de New York de 2009, la sociologue danah boyd a présenté les conséquences qu’il y a à vivre dans un monde de flux et en a dressé la liste des limites. Le titre de cette présentation est Streams of Content, Limited Attention: The Flow of Information through Social Media (Flux de contenus, attention limitée : le flot d’information dans les réseaux sociaux). Lors de cette exposition, danah boyd explique que les sites d’information ont, pendant longtemps, été « une destination ». En effet, « accéder à l’information a été un processus, produire l’information une tâche ». Elle poursuit son explication en disant que « nous sommes passés des médias de diffusion aux médias en réseaux, ce qui modifie fondamentalement la manière dont s’écoule l’information »[1].

De nos jours, chacun a la possibilité « de créer, diffuser et relier ses propres contenus » via Internet, dit-elle. Toujours selon elle : « les technologies Internet démantèlent et remanient les structures de distribution ». Elle explique aussi que l’acte de distribution a moins d’importance que l’acte de consommation et ce, même si les obstacles à la distribution « s’effondrent ». Selon danah boyd donc, « le démantèlement des structures traditionnelles de distribution nous pousse à construire de nouvelles formes de diffusion de l’information ». Elle interroge sur la manière dont l’information circule aujourd’hui et ce qui a changé par rapport à ce qui se passait précédemment. Elle en arrive ainsi à évoquer « quatre fausses idées sur la révolution numérique »[2].

Quatre fausses idées sur la révolution numérique

La démocratisation

La première fausse idée est la démocratisation. Pour danah boyd, le fait de passer de l’économie de la distribution à celle de l’attention est perturbateur. Cependant, cela ne signifie pas non plus qu’il existe une démocratisation au sens commun. Le passage à un état dans lequel n’importe qui peut obtenir de l’information dans le flot, ne signifie pas que l’attention soit répartie de manière égalitaire. « Ouvrir l’accès aux structures de distribution ne signifie pas les démocratiser surtout quand la distribution n’est plus la fonction organisatrice », s’exprime-t-elle. « Cela ne signifie pas non plus l’avènement de la méritocratie : ce à quoi les gens accordent de l’attention dépend d’un ensemble de facteurs qui n’a rien à voir avec ce qu’il y a de mieux"[3].

La stimulation

La seconde fausse idée dont elle parle est la stimulation. Elle nous explique que les gens consomment du contenu qui leur stimule l’esprit, mais aussi les sens. Cependant, ce même contenu n’est pas tout le temps le meilleur, le plus informatif et celui qui retient l’attention, mais bien un contenu qui provoque une réaction. La chercheuse pense que ce n’est pas nécessairement une bonne chose.

À titre d’exemple, elle dit ceci : « Comparez avec l’alimentation : notre corps est programmé pour consommer les graisses et les sucres, car ils sont rares dans la nature. Quand ils passent autour de nous, nous ne pouvons pas nous empêcher de les attraper… De même, nous sommes biologiquement programmés pour être attentifs à des choses qui nous stimulent comme les contenus violents ou sexuels (…). Si nous n’y prenons pas garde, nous allons développer l’équivalent psychologique de l’obésité. Nous allons nous mettre à consommer les contenus qui sont le moins bénéfiques à nous-mêmes ou à la société dans son ensemble ». « Nous sommes dépendants du bavardage pour cette raison. Nous voulons savoir ce qu’il arrive aux autres parce que cette information nous rapproche des gens. Quand on sait quelque chose sur quelqu’un, on a le sentiment d’avoir établi une connexion avec lui. Mais l’écologie de l’information à l’heure d'Internet bouleverse tout cela. Si je peux suivre tous les détails de la vie d’Angelina Jolie, cela ne veut pas dire pour autant qu’elle sait que j’existe ».

C’est ce que les sociologues nomment les relations parasociales : sur Facebook par exemple, il est possible d'être ami avec des célébrités sans partager une intimité ave eux. Enfin, la chercheuse rappelle qu’il est possible que nous subissions trop de stimulations. Elle dit que « nous ne voulons pas d’une société déconnectée ou d’une société où les connexions seraient inégales. Donc aller vers de plus fortes et plus intenses stimulations ne signifie peut-être pas aller vers la société que nous souhaitons »[4].

danah boyd à la Conférence Web 2.0 de New York en 2005

L'homophilie

Par la suite, elle évoque un troisième point qui est l’homophilie. La sociologue nous explique que les gens ont tendance à rentrer en contact avec d’autres personnes qui leur ressemblent et ce, même dans un monde connecté : « il est donc facile de ne pas accéder aux points de vue de gens qui ne pensent pas comme vous ». La manière dont l’information s’écoule a tendance à renfoncer les clivages sociaux. La chercheuse explique que « la démocratie s’appuie sur des structures d’information partagées, mais la combinaison de l’auto-fragmentation et du flux d’information en réseau signifie que nous perdons le terrain rhétorique commun qui nous permet de discuter ».

Pour exemple, danah boyd explique qu’au fil de ses études sur les médias sociaux, elle a été surprise de voir « des gens pour qui tel ou tel site était composé de gens comme eux » : des homosexuels pensant que Friendster était un site de rencontres pour eux parce qu’ils n’y ont croisé que d’autres homosexuels, des adolescents qui ont cru que MySpace était une communauté chrétienne parce que tous les profils qu’ils y ont vus contenaient des citations bibliques ».

Selon la chercheuse, le seul endroit où les gens sont amenés à penser « au-delà de leur monde » est Twitter. Les hashtags nous conduisent parfois à aborder des points de vue différents. Cependant, elle ajoute que l’usage des hashtags est une fonction avancée de Twitter et tous les utilisateurs n’y accèdent pas forcément. « Il demeure certain néanmoins que nous devons reconnaître que les réseaux sont homophiles et agir en conséquence. La technologie ne bouleverse pas les clivages sociaux. Au contraire, elle les renforce ». Seule une petite partie des gens recherchent des opinions ou des idées « issues d’autres cultures que la leur »[4].

Le pouvoir

Finalement, elle parle d’une quatrième limite qui est le pouvoir. « Les structures en réseau se distribuent également selon des formes d’organisation du pouvoir ». Désormais, le pouvoir se manifeste dans la capacité « de retenir l’attention, d’influencer l’attention des autres et de transformer l’information en trafic ». La chercheuse explique que nous avons tendance à donner « du pouvoir aux gens quand nous leur accordons notre attention et les gens gagnent du pouvoir quand ils font le pont entre des mondes différents et déterminent quelles informations seront reversées dans les réseaux ».

Dans un modèle de culture en réseau, une personne qui diffuse du contenu détient une certaine forme de pouvoir. Pour ce qui est du modèle de diffusion, auparavant, « ceux qui contrôlaient les canaux de distribution faisaient souvent plus de profits que les créateurs ». Il existe une hypothèse qui suppose que « si nous nous débarrassons de cette organisation de la distribution, le pouvoir revienne aux créateurs ». Seulement, ce n’est pas ce qui se passe dans la réalité. Ce n’est qu’une petite minorité de « privilégiés » qui arrivent à obtenir de l’attention. Cependant, un nouveau type de «courtier en information » émerge. En effet, « dans le modèle de la distribution de l’attention en réseau, il y a encore une forme de distribution qui ne passe pas directement par les créateurs, mais par d’autres intermédiaires »[4].

Vidéos

  1. danah boyd présente "Streams of Content, Limited Attention" à la Web 2.0 de New York en 2009.
  2. danah boyd présente "Connecting with Communities" à la Web 2.0 de New York en 2010.

Liens externes

Lien vers le blog zephoria. danah boyd s'exprime sur le sujet dont elle parle lors de la conférence Web 2.0 Expo de New York en 2009.

Références

Article publié sur Wikimonde Plus

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