Jules Naudet (sociologue)
Jules Naudet (né en 1981) est un sociologue français, chercheur au Centre de Sciences Humaines (New Delhi, Inde, MAEE/CNRS). Il est spécialiste de l'analyse des mobilités sociales ascendantes et de la sociologie des classes supérieures dans les sociétés françaises, indiennes et américaines (USA).
Travaux en sociologie
Après un travail de master 2 à l'IEP de Paris, consacré à la réussite sociale des personnes issues des milieux populaires[1], Jules Naudet a effectué une thèse de doctorat portant sur le même sujet, en France, en Inde et aux États-Unis[2], dont l'ouvrage Entrer dans l'élite est la réécriture. Le sociologue y analyse les conséquences de mobilités sociales fortes sur les individus qui la vivent, et la manière dont, en s'appuyant sur les idéologies présentes dans leur famille, leur école, leur quartier, leur groupe ethnique, leur milieu professionnel, leur belle famille, etc. (le tout formant, d'après l'auteur, une idéologie plus ou moins « instituée ») ils tentent de donner sens à cette ascension sociale et parviennent parfois à réduire la souffrance ressentie par la distance entre le milieu d'origine et le milieu d'arrivée[3]. La recherche a été réalisée à partir de 160 entretiens qualitatifs. Dans le cadre comparatif de l'Inde, de la France et des États-Unis, l'auteur montre la diversité des situations : si aux États-Unis, le mythe fondateur du "self made man" permet aux personnes à forte mobilité sociale de donner un sens à leur trajectoire individuellement et si en Inde, l'accession collective des basses castes par la lutte politique permet de garder un attachement fort au milieu d'origine, la situation française paraît plus ambigue : le poids des grandes écoles conduit à des ruptures plus difficiles, et l'idéologie républicaine ne permet pas toujours d'atténuer les tensions liées à la mobilité[4]. L'ouvrage pose la question centrale de la méritocratie comme maillon fondamental de la justification de l'ordre social, et de la position ambigue des personnes ayant connu une ascension sociale forte comme porteur de ce message méritocratique, à l'heure où cette mobilité est de plus en plus restreinte[5].
L'auteur a poursuivit ces réflexions dans son deuxième ouvrage[6], Justifier l'ordre social, en comparant les différents types de discours qui permettent, dans des contextes très variés, de justifier les inégalités et plus largement l'ordre social tel qu'il est. Prenant appui sur sa connaissance de l'Inde et du système des castes, il essaye notamment de comprendre en quoi les mécanismes d'exclusion propres à la caste ne sont pas fondamentalement uniques. Il montre ainsi que les idéologies sur lesquelles reposent le racisme ou le sexisme présentent de nombreux points communs avec celle qui motive les discriminations de caste.
Dans son dernier ouvrage – qui fait partie du projet de Pierre Rosanvallon « Raconter la vie[7] » – il analyse le parcours d'un homme, « Franck », fils d'ouvrier devenu grand patron d'une firme pétrolière internationale[8]. Là encore, la question du récit développé par la personne qui a connu une mobilité ascendante forte est centrale : en utilisant de véritables "quartiers de plèbes" dans sa pratique professionnelle, ce patron défend l'idéal méritocratique[9] en se fondant sur sa propre expérience, justifiant, de facto, les inégalités en place[10]. Ainsi, on perçoit que le discours du mérite porté par un certain nombre de ces personnes concorde totalement avec l'idéologie dominante néo-libérale, alors même qu'ils proviennent d'un milieu ouvrier. Il conclue ainsi que ces personnes « … laissent entrevoir la vivacité de l'idéal méritocratique qui, à travers des trajectoires aussi improbables que celle de Franck, parvient à conserver toute sa vigueur en dépit de l'évidence toujours plus criante du creusement des inégalités[11] », conclut l'auteur.
Bibliographie
Ouvrages
- Grand patron, fils d'ouvrier, Le Seuil, « Raconter la vie », collection dirigée par Pierre Rosanvallon et Pauline Peretz, Paris, 2014.
- (avec Christophe Jaffrelot), Justifier l'ordre social : caste, race, classe et genre, PUF, « La vie des idées », Paris, 2013.
- Entrer dans l'élite. Parcours de réussite en France, aux Etats-Unis et en Inde, Presses Universitaires de France, « Le Lien Social », Paris, 2012.
Articles (sélection)
- « Devenir dominant : Les grandes étapes de l'expérience de la mobilité sociale ascendante », Revue Européenne des Sciences Sociales, vol. 50, 2012, n°1, pp. 161-189.
- « Mobilité sociale et explications de la réussite en France, aux États-Unis et en Inde. », Sociologie, vol. 3, n°1, 2012, pp. 39-59.
- « Anthony F. Heath and Roger Jeffery (Eds.): Diversity and Change in Modern India: Economic, Social and Political Approaches. », European Sociological Review, 2011, doi: 10.1093/esr/jcr083.
Notes et références
- ↑ "L'expérience de la réussite sociale des personnes issues des milieux populaires", Mémoire de Master 2, IEP de Paris, 2005.
- ↑ "Analyse comparée de l'expérience de la mobilité sociale ascendante intergénérationnelle aux États-Unis, en France et en Inde", thèse de doctorat, IEP de Paris, 2010.
- ↑ http://sociologie.revues.org/2084
- ↑ http://lectures.revues.org/10692
- ↑ Le Journal du Dimanche, 15 juin 2014.
- ↑ http://lectures.revues.org/12787
- ↑ http://raconterlavie.fr/collection/grand-patron-fils-d-ouvrier/#.U3zGbvl_vWI
- ↑ http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/05/14/le-recit-exemplaire-de-deux-patrons-partis-de-rien_4416674_3234.html
- ↑ http://www.usinenouvelle.com/article/c-est-l-histoire-d-un-mec-qui-a-pris-l-ascenseur-social.N263635
- ↑ http://www.nonfiction.fr/article-7069-la_fierte_des_origines_populaires_comme_arme_de_pouvoir.htm
- ↑ Jules Naudet, Grand patron, fils d'ouvrier, "Raconter la vie", Collection dirigée par Pierre Rosanvallon et Pauline Peretz, Le Seuil, Paris, 2014, page 68
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