La Loi de la jungle (documentaire)
La Loi de la jungle : chronique d'une zone de non-droit, la Guyane française est un documentaire de Philippe Lafaix, sorti en 2003.
Contenu
Le documentaire montre des témoignages rapportant les séquelles environnementales, psychologiques et sociales du développement rapide de l'orpaillage en Guyane française. Selon les témoignages des personnes filmées, les travailleurs clandestins, expulsés ou isolés sont surexploités et parfois violemment menacés, torturés ou tués. Les personnes interviewées réclament une réaction appropriée des autorités. Ils décrivent une vaste économie parallèle, des milices qui tortureraient et tueraient les ouvriers brésiliens, menaceraient les Amérindiens, et polluent les rivières au mercure, causant des symptômes semblables à ceux des victimes de la catastrophe de Minamata. Le film relaie des critiques de scientifiques concernant l'installation du barrage de Trois-Sauts, et tend à montrer que l'administration aurait renoncé à contrôler l'arrière-pays, ce qui est démenti par les fonctionnaires interrogés[1]. À l'époque du tournage, le SAMU de Cayenne, cité dans le film, notait de son côté une augmentation de 80 % du nombre de blessures par balles traitées par le SAMU.
Analyse
Le film est analysé par un article universitaire comme une œuvre engagée explorant les rapports entre droit, pouvoir et marginalité dans un contexte postcolonial et frontalier (comparé dans l'article à une autre frontière, celle qui sépare le Mexique des États-Unis ; « Bien qu'apparemment éloignés, ces deux cas représentent des mécanismes de contrôle mondiaux qui perpétuent la violence systématique, les politiques d'exclusion et des stéréotypes coloniaux. Alors que le premier est marqué par un mur discontinu et des stratégies de confinement des migrations militaires, le second est articulé par un pont (surdimensionné)[2] qui, dans un discours d'intégration, renforce la domination française à l'étranger »). Selon Marcela Landazábal Mora (2025, dans la revue Transmodernity), ce film met en scène des individus confrontés à des institutions juridiques et administratives perçues comme arbitraires, oppressives et déconnectées des réalités locales, dans un territoire ultramarin français. À travers une mise en scène sobre et réaliste (basée sur des témoignages), le film dénonce les mécanismes d’exclusion et des abus de pouvoir étatique, tout en interrogeant la légitimité du droit quand il devient un instrument de domination. Le film s’inscrit dans une démarche critique et politique, soulignant les tensions entre normes juridiques universelles et contexte social local d'une fièvre de l'or qui a suivi la simple découverte d'un filon près d'une frontière particulièrement difficile à contrôler dans le contexte d'une jungle tropicale dense[3].
Distinctions
Diffusion
Ce documentaire a été refusé durant plusieurs années par toutes les chaînes de télévision françaises[4].
Il a cependant été diffusé publiquement plus d'une centaine de fois, parfois suivi d'un débat avec l'auteur.[réf. souhaitée]
Notes et références
- ↑ « Le journaliste Philippe Lafaix a réalisé en 2002 un documentaire de 53 minutes... », sur www.telesatellite.com (consulté le ).
- ↑ « Le pont sur l’Oyapock relie la France au Brésil par la route » [archive du ], sur www.diploweb.com (consulté le ).
- ↑ (en) Marcela Landazábal Mora, « La visualidad amurallada. Estructuras de control sobre dos paisajes fronterizos de América Latina en México y la Guayana Francesa », TRANSMODERNITY: Journal of Peripheral Cultural Production of the Luso-Hispanic World, vol. 13, no 1, (ISSN 2154-1353, DOI 10.5070/T4.48799, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « En Guyane, la loi de la jungle... médiatique - L'Humanité », sur https://www.humanite.fr, (consulté le ).
Voir aussi
Articles connexes
- Guyane
- Mercure
- Exploitation aurifère en Guyane
- Nager avec les piranhas, court essai de Michel Onfray (2017)
Liens externes
Article publié sur Wikimonde Plus
- Portail du cinéma français
- Portail des années 2000
- Portail de l'or
- Portail de la Guyane