Movilab

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MoviLab est un dispositif de laboratoire de modes de vie durables "in vivo". Il combine l'approche du libre (au sens de l'open source) et du développement durable. Movilab s'appuie sur l'innovation sociétale qui se pratique dans certains territoires, tiers lieux (p. ex Fab labs, espaces de coworking ou EPN), dans les modèles collaboratifs sur Internet et dans la vie courante, tout en leur donnant un but qui est la conversion vers des modes de vie durables par l'expérimentation et l'exemple. Il propose une articulation entre les initiatives qui viennent du local par les usages, et le global par l'incubation et le développement d'axes de politique industrielle et territoriale. Movilab a été initialement soutenu par le Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie à travers son programme Movida[1]. Il est également soutenu par la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Génèse de Movilab

Movilab est né formellement de l'appel à projet Movida lancé par le Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie en 2010. Cet appel encourageait la mise en place de projets de recherche pluridisciplinaires sur l'accompagnement au changement vers des modes de vie et de consommation durables.

Porté par Skema Business School, le projet initial a été administré par Thanh Nghiem[2] (Institut Angenius) et Christophe Sempels (Skema), en collaboration avec une équipe pluridisciplinaire (Skema Business School, Ecole des Mines de Saint-Etienne, Fondaterra) et ce sous l’égide d’un Comité des Sages (Barbara Glowczewski, Olivier Frérot, Christian Brodhag, Michel Bernasconi, Véronique Chable, Sylvie Faucheux, Jean-Michel Cornu). Movilab peut compter sur le soutien d’acteurs précurseurs du libre et durable, qui font partie de l’expérimentation in vivo : le Comptoir Numérique de Saint-Etienne/Zoomacom, O2Zone, Arsenic, le réseau des Eric PACA, Imagination For People, …). Les territoires pilotes 2012 sont Mouans-Sartoux, Loos-en-Gohelle et Saint-Etienne.

Le dispositif s’appuie également sur des étudiants des grandes écoles et universités associées au programme, qui seront immergés en observation participante (démarche propre des anthropologues) dans les sites pilotes. Un suivi scientifique à deux niveaux (en local et en national) permettra de tirer les leçons de l’ensemble des expérimentations.

Les fondamentaux de Movilab

En croisant l'approche du libre et du durable, Movilab s'appuie sur les pratiques collaboratives issues initialement du web 2.0. (mais aujourd'hui présentes on-line et off-line) pour co-produire des modes de vie durables et les partager au plus grand nombre dans un processus d'intelligence collective. Afin de pouvoir expérimenter des solutions opérationnelles, Movilab s'appuie sur des territoires pilotes d’expérimentation. Les villes de Mouans-Sartoux et de Loos-en-Gohelle sont deux exemples de tels pilotes. Un territoire pilote n'est pas forcément institué, mais il peut renvoyer à un territoire de projet, à l'image d'un tiers-lieu, et peut être physique ou virtuel. Qui dit territoire dit communautés d'hommes et de femmes vivant ou évoluant en son sein. Movilab va accorder une importance toute particulière à ces communautés apprenantes qui vont s'investir dans la co-production de modes de vie durables. L'innovation ascendante prend donc forme dans ces communautés apprenantes qui s'incarnent au sein de territoire, passant ainsi de la théorie et des concepts à la confrontation au réel et à l'expérimentation. C'est la rencontre entre des territoires dits intelligents et des communautés apprenantes qui est au cœur du processus d'expérimentation Movilab[3].

Movilab se fonde sur trois approches complémentaires[4].

La documentation de projets remarquables

Les territoires sont souvent riches de projets remarquables qui sont malheureusement méconnus à une échelle large. En outre, ces projets sont rarement documentés, c’est-à-dire qu'il est rare de bénéficier d'un historique du projet, de sa trajectoire de développement, de la communauté porteuse du projet et de ses facteurs clés de succès. Ils sont finalement rarement ancrés dans le terreau de forme le territoire. Comprendre ce terreau aide pourtant à comprendre les projets qui s'y enracinent. Movilab entend ainsi participer à la documentation de projets remarquables selon une méthodologie particulière (voir ci-après). Par analogie avec le monde de l'open source, ce processus de documentation vise à écrire le code source des projets.

L'incubation de projets

L'apprentissage peut se faire par le décodage et la documentation de projets remarquables. Il passe également par l'action. La phase d'incubation consiste à mettre en œuvre des projets innovants au sein d'un territoire pilote, en lien avec une communauté apprenante, et là aussi d'en documenter l'ensemble de la phase d'évolution. Lancer une télévision citoyenne participative, créer un observatoire de la restauration durable, développer un projet de cartopartie du territoire, initier un système de monnaie locale, sont autant de projets potentiellement innovants pour un territoire qui peuvent faire l'objet de ce processus d'incubation.

La pollinisation

L'objectif final de conversion vers des modes de vie durables appelle nécessairement à un passage à l'échelle d'initiatives locales. Il faut donner à voir les savoir-faire et les solutions locales et mettre à disposition le code source des projets remarquables, documentés ou incubés.

Conjuguer le libre et le durable, c'est rendre libre les savoirs et savoir-faire expérimentés de ça de là dans les territoires pilotes ou observés ailleurs pour en favoriser l'appropriation et la réplication par d'autres dans d'autres contextes. C'est aussi pouvoir documenter au fil de l'eau l'impact de ces projets sur les modes de vie et le mieux vivre ensemble. Le code source de chaque projet est ainsi rendu librement disponible dans le respect de l'approche creative commons. Au-delà d'être disponible, chacun peut s'approprier tout ou partie du code, l'utiliser à ses fins propres et faire profiter la communauté des retours d'expérience.

La méthodologie de documentation Movilab

En référence à l'approche de libre diffusion des savoirs qui caractérise Movilab, chaque projet remarquable, qu'il soit préexistant ou incubé, fait l'objet d'un important travail de documentation, repris sous le vocable d'écriture du code source[5].

L’écriture des codes sources, c’est à dire la formalisation des clés de compréhension des projets à documenter, repose sur une méthodologie particulière qui maximise les chances de pollinisation réussie des expériences vers d’autres territoires. Ce travail démarre systématiquement par une interrogation sur l’histoire du territoire et sa mise en récit (storytelling). Lire le passé et le mettre en récit, c’est offrir un moyen de comprendre le présent et de bâtir le futur. La rédaction du storytelling d’un territoire permet donc de comprendre ses trajectoires de développement, de comprendre ses projets passés et d'y inscrire ses projets futurs. Ce travail, loin d’être anecdotique – l’anthropologie ayant mis en évidence le rôle de la mise en récit et de la construction de mythes sur la diffusion et le partage des savoirs – est au cœur des projets de pollinisation des savoirs et des bonnes pratiques de Movilab. Il permet en outre d'interroger la qualité d'un "terreau" d'accueil pour des projets innovants (degré de maturité du territoire et des acteurs en place, sens du projet par rapport à l'histoire du territoire, capacité de mobilisation d'acteurs en place autour du projet, ...).

La seconde spécificité méthodologique de Movilab consiste à mettre l’accent sur les communautés d’acteurs qui portent les projets, y participent, y mettent de l’énergie et les font vivre au quotidien. Un projet, aussi prometteur soit-il, n’a que peu de chance de réussir s’il ne parvient pas à mobiliser une communauté d’acteurs qui se l’approprient, le portent et le développent. Cartographier les acteurs de la première heure, celles et ceux qui les ont rejoint ensuite, interroger les modalités d'appropriation des projets, la motivation à y participer, les succès et les échecs vécus, ... bref documenter l'histoire humaine qui jalonne tout projet, sont au cœur du processus d'écriture des codes sources.

Ce double travail de storytelling d'une part et d'écriture des codes sources d'autre part permet à tout porteur de projet potentiel inspiré d'un projet remarquable d'interroger la capacité du territoire et de la communauté d'acteurs à l'accueillir et le développer.

Notes

  1. http://programme-movida.fr
  2. http://thanh-nghiem.fr/tiki-index.php
  3. Thanh Nghiem, Des abeilles et des Hommes, passerelles pour un monde libre et durable, 2010, (ISBN 978-2227479005)
  4. Le lecteur désireux d'avoir plus d'information sur la méthodologie de Movilab pourra se référer à l'ouvrage suivant : Thanh Nghiem, Des abeilles et des Hommes, passerelles pour un monde libre et durable, 2010, (ISBN 978-2227479005). Il peut également regarder ce TED Talk
  5. Dans l’univers des logiciels libres, le code source fait référence aux lignes de codes du logiciel que l’utilisateur peut librement consulter, s’approprier et modifier. Il n’y a donc pas de boite noire lorsque le code source est ouvert. Par analogie, le code source Movilab fait référence à l’ensemble des clés de compréhension d’un projet, mis en forme via des didacticiels, vidéos d’illustration, données techniques, constitution de communautés d’entraide, forum, … Une fois mis librement à disposition d’usagers potentiels, ce code source peut être approprié et adapté à de nouveaux contextes, favorisant de fait la réplication et la pollinisation.

Article publié sur Wikimonde Plus

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