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Péter Kovács (prisonnier politique)

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Péter Kovács est un ressortissant hongrois et prisonnier politique, né le 25 juin 1894 à Hódmezővásárhely (Royaume de Hongrie), tapissier de profession. Condamné à cinq ans de prison par le tribunal militaire de la 76e DI française pour ses activités politiques à Szeged en avril 1919, il a été transféré en France avec le retrait de la division en Albanie puis en France. Transféré au bagne de Cayenne en 1923, libéré en 1924, il ne peut retourner dans son pays car condamnéà la résidence perpétuelle. Il décède en Guyane le 1er juillet 1925. Son cas illustre l’extraterritorialité de la justice militaire française qui a exercé son autorité sur une partie du territoire du Royaume de Hongrie jusqu'à son départ en 1919.

Biographie

Jeunesse

Il est le fils de Michel Kovács[1] et de Maria Tzolva[1], établis en 1894 dans la ville de Hódmezővásárhely (Royaume de Hongrie). Son dossier de condamnation[1] mentionne qu'il était domicilié à Szeged (Royaume de Hongrie) et exerçait le métier de tapissier.

Condamnation

Contexte du Royaume de Hongrie en 1919

Jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, la Hongrie avait pour souverain l'empereur d'Autriche, dans le cadre de la double monarchie austro-hongroise. Aussitôt après l'armistice du 11 novembre 1918, l'empereur et roi Charles Ier, dernier roi de Hongrie sous le nom de Charles IV, annonce son retrait des affaires publiques, mais sans abdiquer, et la Hongrie entre dans une brève période d'instabilité politique et de quasi-guerre civile.

L'Empire austro-hongrois disloqué, une République démocratique hongroise se met en place, dont le président Mihály Károlyi refuse les conditions de la Triple-Entente. Les communistes hongrois développent leur propagande et s'allient aux sociaux-démocrates. Le 21 mars 1919, au lendemain de la démission de Károlyi, communistes et sociaux-démocrates proclament la République des conseils de Hongrie (21 mars - ), régime inspiré très nettement de l’expérience des conseils ouvriers en Russie (1905, puis 1917-1918) et en Allemagne (1918-1919).

En mars 1919, les communistes, alliés aux sociaux-démocrates, prennent le pouvoir et établissent la République des conseils de Hongrie, avec Béla Kun comme principal dirigeant. Le régime communiste met en œuvre une politique de terreur rouge.

La Hongrie communiste souhaite récupérer les territoires perdus par la Hongrie et entre rapidement en conflit avec tous les pays voisins. En avril, les troupes tchécoslovaques attaquent la Hongrie communiste pour l'empêcher de faire main basse sur le territoire de l’ex-Haute-Hongrie, qui constitue la Slovaquie. Les Hongrois décrètent alors la mobilisation générale et forment l’Armée rouge hongroise, dont la contre-offensive débouche sur des succès importants et l’occupation de la Slovaquie, où une République slovaque des conseils est proclamée.

Les 15 et 16 avril, les Hongrois lancent une offensive préventive contre les Franco-roumains du Général Berthelot mais la contre-attaque de ces derniers brise les lignes hongroises et dès le début du mois de mai, les troupes du Général Berthelot occupent la rive est de la rivière Tisza, selon le partage territorial prévu par la note Vix. Le 2 mai, le gouvernement hongrois réclame la paix.

Béla Kun vise cependant à reprendre le terrain perdu et prépare une attaque contre les Tchécoslovaques et les Roumains : le 20 mai, l’Armée rouge hongroise attaque et repousse les troupes tchécoslovaques et roumaines.

Le 30 mai 1919, un « contre-gouvernement » anticommuniste est fondé à Szeged, dirigé par Gyula Károlyi. En juin, l’ordre de la conférence de la paix de Paris met un terme au conflit hungaro-tchèque. Une nouvelle attaque des troupes hongroises contre l’Armée roumaine, menée entre le 17 et le 20 juillet, a par contre des conséquences désastreuses. Les Franco-Roumains, qui ont reçu renforts et munitions par la mer Noire, enfoncent les positions hongroises : le 26, elles contrôlent à nouveau la rive est de la Tisza et, dans la nuit du 29 au 30 juillet, elles traversent la Tisza et avancent sur Budapest alors que l’Armée rouge hongroise est en pleine déroute.

L’armée franco-roumaine d’Henri Berthelot, entre le 6 août 1919 à Budapest et l’occupe jusqu’en novembre, date à laquelle Miklós Horthy, ministre de la Guerre du gouvernement contre-révolutionnaire, fait son entrée dans Budapest le 16 novembre 1919 avec ses troupes. Une politique de terreur blanche[2] féroce est menée dans le pays à la suite du renversement de la République des Conseils. Des unités paramilitaires se réclamant de Horthy s'en prennent de manière arbitraire aux révolutionnaires réels ou supposés, aux étudiants et à leurs professeurs, ainsi qu'aux Juifs, assimilés aux communistes.

Arrestation

Szeged est le siège d'un contre-gouvernement (présidé par Gyula Peidl, puisque Károlyi est démissionnaire) qui s'installe à Szeged et non encore reconnu de Gyula Károlyi, après sa libération par l'armée roumaine après la prise de Arad en mai 1919[3]. La ville de Segzed est occupée par la 76e division de l'armée du Danube composée des 16e DIC, 30e DI, 76e DI[4].

La situation semble tendue à l'approche du . Le journal de marche de la 76e division[5] mentionne que des dispositions ont été prises à la suite de l'arrivée de renforts aux trois régiments le 30 avril 1919, en vue d'arrêter toute manifestation qui pourrait avoir lieu le .

Arrêté le 30 avril 1919, Michel Kovács est condamné le 18 mai 1919[5] par le conseil de guerre de la 76e division de l'armée française qui cantonne à Szeged[6],[4], pour intelligence avec l'ennemi à cinq ans de travaux forcés, avec interdiction de séjour. Son dossier de matricule mentionne qu'il est un « propagandiste bolcheviste » et un « poète communiste »[7].

Après sa condamnation

Michel Kovács suit le retrait des troupes de l'Armée Françaises de Hongrie après le 31 août 1919, date de sa dissolution[4], à la suite de laquelle l’armée du Danube reçoit, le 10 septembre 1919, la dénomination d’armée française d’Orient (AFO 2e formation). La 76e division d'infanterie fait mouvement vers Séméndria ; s'embarque à destination de Neusatz ; puis fait mouvement vers Szëgédio.

Michel Kovács est interné en France à la suite de la dissolution de la division en 1919. Emprisonné sous le matricule 2215, il est embarqué le 7 juin 1923 sur la Martinière à Saint-Martin-de-Ré (France) à destination de la Guyane. À son arrivée à la colonie, il porte le matricule 46900 / 14660. Libérable (statut administratif de 4e 1re classe) le 30 avril 1924, il décède le . Son dossier de matricule mentionne qu'il a obtenu une remise de l'obligation de résidence par décret du 12 août 1925[8].

Situation de la division en mai 1919 (source SHDGR GR 26 N 405 007 0101 T)

Liens externes

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Notes et références

  1. 1,0, 1,1 et 1,2 « Condamnés aux bagnes coloniaux », sur anom.archivesnationales.culture.gouv.fr (consulté le ).
  2. Le Vatican, l'Europe et le Reich: De la Première Guerre mondiale à la guerre froide, Armand Colin, (ISBN 978-2-200-21641-2), p. 149 .
  3. Histoire de la Hongrie, Perrin, , 480 p. (ISBN 2262022380), p. 456 .
  4. 4,0, 4,1 et 4,2 Les Armées françaises en Orient après l'armistice de 1918, Imprimerie nationale, , 445 p., p. 294 .
  5. 5,0 et 5,1 Journal de marche de l'infanterie divisionnaire / J.M.O 26 N 405/7.
  6. (en) The Tragic Fate of Hungary: A Country Carved-up Alive at Trianon, American Hungarian Literary Guild, (ISBN 9780879340377) .
  7. « Visionneuse - Mémoire des Hommes », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le ).
  8. Lettre du Ministre de la guerre du 17 Aôut 1925, Paris, , p. n°18738/10 .

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