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Relativité du normal et du pathologique

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Au plus simple et au plus court, il y a la révolte et la critique de l'Antipsychiatrie européenne de Ronald Laing, David Cooper, Thomas Szasz et les autres, pour qui la pathologie mentale est une invention du pouvoir médical conféré par quelque autorité politique. Thomas Szasz est psychiatre et "Professeur Emeritus" de psychiatrie aux États Unis et ses aphorismes élégants et éclairants sont très connus et souvent cités. Voir aussi l'article anglais à son sujet.

  • "Parler à Dieu, c'est une prière, entendre Dieu parler, c'est de la schizophrénie".
  • "La maladie est une altération des fonctions du corps, or l'esprit ne fait pas partie du corps. La maladie mentale est un mythe”.

Généralités

Commençons avec cette petite histoire inventée à partir des travaux de Margaret Mead sur le comportement de cour (courting behavior) entre garçons et filles dans le cadre du contact transculturel entre les Américains et les Anglais, où, selon l'humoriste irlandais George Bernard Shaw, "l'Américain et l'Anglais sont deux peuples séparés par une même langue ". Le terrain de cette étude effectuée par l'anthropologue américaine Margaret Mead a été l'Angleterre, durant la Seconde Guerre Mondiale, qui fut, de toute l'Histoire, la plus grande "ville de garnison" américaine où stationnèrent les militaires en vue de la prochaine "invasion" de l'Europe continentale occupée par les armées nazies.

  • Un jeune Américain et une jeune anglaise se rencontrèrent du regard complice et se contèrent fleurette. Là dessus, le jeune Américain donna à la jeune Anglaise un baiser à "bouche-en-veux-tu". Illico, celle-ci s'est enfuie, effrayée et très en colère.

Du point de vue du jeune Américain, le comportement de la jeune Anglaise pourrait être qualifié d'hystérie si elle s'enfuit ou de nymphomanie si elle l'amène directement au lit. Du point de vue de la jeune Anglaise, le comportement du jeune Américain pourrait être qualifié de délinquant ou d'obsédé sexuel.

En effet, dans le processus de cour, du premier contact visuel jusqu'à la copulation, chaque culture définit la séquence des étapes à franchir et à respecter par les jeunes gens. Aux États-Unis, le baiser sur la bouche est aux toutes premières étapes, tandis qu'en Angleterre, il est aux toutes dernières, le point de bifurcation entre s'enfuir ou se préparer au coït. Le monde animal, déjà, connaît ces malentendus illustrés par l'historiette suivante.

  • Un jeune chiot de par le monde alla chercher amitié. Chemin faisant, il rencontra un jeune chaton avenant. Le jeune chiot agita de la queue pour manifester sa joie, plissa ses oreilles pour proposer une amitié et s'aplatit en signe de soumission. Alors, le jeune chaton lui tomba dessus toutes griffes dehors et une bataille homérique s'ensuivit.

Du point de vue du jeune chiot, tout le comportement du jeune chaton pourrait être qualifié de paranoïaque. Du point de vue du jeune chaton, le jeune chiot pourrait bien être violent, agressif et asocial. En effet, toutes les manifestations de joie, d'amitié et de soumission du jeune chiot sont des signes de colère, d'agression et d'attaque dans le monde des félins. Comme pour l'Américain et l'Anglaise, le chiot et le chaton, si l'on passe d'une culture à une autre, de l'américaine à l'anglaise, par exemple, et si on apprend plusieurs langages (le "canin" et le "félin", par exemple), on commence à comprendre que les significations et les valeurs d'un comportement sont relatives et que la "réalité" peut paraître très différente selon les différentes cultures (comprenant les langues et les langages) et on se rend compte qu'il n'y a pas de "Réalité Réelle". Ceux qui ne participent pas à notre "culture", vision du monde ou "Weltanschauung" (ou "Kultur" en allemand) ne sont ni des fous, ni des méchants.

Perspectives anthropologiques

Cultures, langues et langages conduisent à esquisser l'apport des anthropologues au renversement ou recadrage des théories et pratiques sur le comportement humain. Le psychiatre ou le psychologue n'est pas dénué de jugements préconçus: il a en tête un certain modèle de la maladie et de la santé mentale qu'il cherche à appliquer au patient qu'il reçoit. Il cherche souvent, malgré lui, à voir jusqu'à quel point le cas qu'il doit traiter peut s'expliquer ou se comprendre à partir du modèle théorique propre à l'école dans laquelle il a été formé et à laquelle il appartient. Or, et avec une certaine simplification, il semble que l'anthropologue suit des procédures exactement inverses. Il n'a, lorsqu'il est confronté à une culture qui lui est étrangère, qu'un minimum de présupposés. Il demeure, par les règles de sa discipline, un observateur attentif mais passif qui cherche simplement à comprendre, sans préconception, le fonctionnement et les conventions de cette culture ou de cette civilisation qui lui est étrangère.

ll semble que le principal apport de l'anthropologue en psychologie se situe peut-être ici: en se faisant le promoteur d'un renversement de perspective, il a beaucoup contribué à introduire l'interaction dans le champ de la psychiatrie et de la psychologie, là où, auparavant, il n'y avait qu'action et réaction. L'autre apport est dans la relativité du normal et du pathologique, ces deux apports formant une Gestalt figure-fond et sont indissociablement liés en s'interpellant mutuellement.

En exemple illustratif, à Bombay, en Inde, des "swamis", c'est-à-dire des "saints", présentent des "symptômes qui tombent dans le diagnostic de "schizophrénie catatonique" en Occident, tandis qu'en Inde ils sont considérés comme des saints. Autrement dit, ce qui est conçu comme pathologique dans une culture est normalité dans une autre. On se heurte à ce même phénomène à l'intérieur d'une même culture : quelqu'un qui est hypersensible est taxé de "fou", alors que quelqu'un d'autre, qui est insensible, est soi-disant "normal" et inversement selon le groupe social et l'époque où ils se trouvent. D'autre part, il y a encore ce phénomène encore plus "fou" : le Génie qui ne rentre dans aucun des critères de la normalité quotidienne. Nous pouvons voir que toute nouvelle idée scientifique et artistique, vraiment novatrice, est de l'ordre du délire, du point de vue du contenu, en ce qu'il s'agit d'une projection de l'imaginaire sur le "réel" et du point de vue de la forme, en ce qu'il s'agit d'une déviance par rapport aux habitudes de pensée et d'action. Ce n'est que parce qu'elle accepte a priori d'être modifiée ou même abandonnée sous l'effet des confrontations avec de nouvelles observations et expériences qu'elle s'en sépare finalement.

Perspectives antipsychiatriques

La "folie", en dernière analyse, est un phénomène social d'attribution d'une signification et d'une valeur à un comportement humain. Les premiers asiles d'aliénés modernes, devenus par la suite hôpitaux psychiatriques, ont été créés en Angleterre par des aristocrates pour mettre "hors circuit" des jeunes aristocrates anglais dont la conduite risque de mettre en péril la fortune et la réputation familiales. Les "goulags" de Soljenitsyne ne sont que des formes soviétiques de ces asiles d'aliénés pour "dissidents".

Qu'il soit aristocrate anglais "dépensier" ou soviétique russe "dissident", le "fou du roi" a une fonction très importante dans le groupe social, celle de la "victime émissaire" (cf. René Girard), immolée parce que sacrée et, en retour dans la logique récursive ou circulaire, sacrée parce qu'immolée. Elle est la purgation, l'expulsion et l'expression du groupe social, c'est-à-dire le symptôme d'une maladie dont le groupe social est atteint. On a pu constater que dans des familles où se trouvaient des cas de schizophénie, le "patient identifié" fait office de "fou du roi".

La normalité et la pathologie impliquent une relation de pouvoir et d'autorité, le pouvoir de définir l'altérité, le normal et le pathologique, le changement et la stabilité. Ce pouvoir demande toujours une position individuelle dans un "système" (groupe social ou famille) tout entier qui impose, d'une façon impersonnelle, cette contrainte à l'individu. Dans la thérapie familiale systémique, on cherche précisément à empêcher que la guérision du "patient identifié" ne fasse éclater le reste de la famille qui, souvent, délègue un autre membre de la famille comme un nouveau "patient identifié" et ainsi de suite pour préserver ces constances et sa structure. Sans cette relation de pouvoir, il n'y aurait pas de double contrainte pathologique, mais humour et créativité.

Il y a des doubles contraintes qui sont imposées par la famille et par la société et qui, à un moment (signifiant à la fois "instant" et "rapport de forces"), deviennent intolérables. Dans ce cas là, l'individu se réfugie dans la maladie mentale ou la dissidence. Chaque famille et chaque société, pour pouvoir exister et satisfaire des exigences biologiques, psychologiques ou sociales, établissent et imposent un certain nombre de règles. Mais, en même temps, elles laissent un espace de liberté ou "jeu", suffisamment souple pour que chacun puisse développer son propre style personnel ou sa propre individualité. Dans des familles ou des sociétés dites "saines", il y a presque toujours une possibilité de métacommuniquer, c'est-à-dire de commenter et de discuter sur des actes ou des comportements. Dans les familles ou sociétés "troublées", toute métacommunication est interdite, à l'instar des dictatures, des sociétés totalitaires où il faut non seulement obéir, mais encore ne pas poser la moindre question ou exprimer le moindre commentaire.

On peut soutenir que, dans ces cas là, la "maladie mentale" ou la "dissidence" n'est plus l'état d'un individu isolé, mais la dialogique ou dialectique qui s'instaure à l'intérieur d'un groupe qui a besoin de la répartition ou de la "distribution de rôles" pour fonctionner correctement. Alors, la "guérison" d'un "malade" pourrait faire apparaître un autre "malade", ou faire ressurgir la maladie chez le patient "guéri", ou encore faire éclater le groupe dans lequel il est inséré, dans l'hypothèse de Donald D. Jackson d'une "homéostasie familiale" qui est l'état stable et la conservation de la structure des relations.

Thérapies systémiques familiales

En effet, c'est la difficulté avec le traitement individuel qui, souvent, fabrique des récidivistes, lorsque les patients "guéris" retrouvent leur milieu de vie habituel. Dans les traitements classiques, il est relativement facile de guérir un malade mental et de le faire parvenir à un état de fonctionnement satisfaisant. Mais, dès qu'il rentre dans sa famille, la situation préalable - celle qui l'a envoyé à l'institution psychiatrique - se rétablit. Dans cette perspective, il n'y a que deux solutions: soit le "malade" redevient "fou" de nouveau, soit s'il a la force de caractère ou s'il a résolu les contradictions pour résister à cette influence pathogénique de la famille, de la société ou du groupe social, presque inévitablement un autre membre du groupe commence à manifester une symptomatologie.

Il s'agit d'un contexte de règles, souvent implicites, dont les membres ignorent (aussi bien dans la signification française qu'anglaise de "ne pas savoir" et de "ne pas vouloir savoir") l'existence et la source.

En élargissant le champ d'observation et d'action, de l'individu au groupe social primal qui est sa famille, de groupe en société et de société en culture, on arrive ainsi à relativiser le normal et le pathologique. Cette relativité n'est pas seulement transculturelle, mais encore temporelle à l'intérieur d'une même culture qui varie et fluctue dans le temps. La "folie" est absolument relative aux idées du moment (comme "instant" et "rapport de forces") et du lieu sur la normalité et la déviance et aux pouvoirs qui ont la capacité de privilégier certaines idées plutôt que d'autres et de les imposer. Le pouvoir est cette possibilité de transformer les préférences des uns en obligations de tous dont les balises sont des normes.

La "normalité" est tout ce qui est à l'intérieur de ces balises et la "déviance" est tout ce qui est au-delà. La culture est de l'ordre des idées et des représentations engendrées par les activités des êtres sociaux dépendants de la nature inorganique et de la nature organique sans lesquelles ils n'existeraient pas.

Dans les sociétés anciennes, la "folie" est l'expression d'une possession magique ou démoniaque qui demande quantité d'exorcismes pour provoquer la guérison. Dans les sociétés modernes, la "folie" est l'expression d'une définition juridique sur la santé et la maladie mentales qui a pour objet la capacité d'un accusé de subir un procès juste et équitable, quant au degré de sa responsabilité dans le délit commis.

En exemple illustratif et dans les Indes néerlandaises (maintenant l'Indonésie), l'amok était considéré par les habitants des îles de cet archipel comme une possession magique ou démoniaque (les "mauvais esprits") qui donne à un individu cette fureur homicide. L'individu en état d'amok court dans les rues, un poignard (un "kris ") à la main, et blesse ou tue toutes les personnes qu'il rencontre. La coutume voulait qu'on l'arrêtât en le tuant à son tour, car seule la mort était sensée pouvoir mettre fin à cet état de possession. Les autorités coloniales hollandaises ayant pris le contrôle des îles, les mentalités se sont occidentalisées et l'amok n'est plus considéré comme une possession démoniaque, mais comme un état pathologique. L'individu pris dans cet état n'est plus tué, mais capturé et interné dans des hôpitaux psychiatriques locaux. En élargissant le champ d'observation et d'action, on apprécie mieux la relativité du symptôme et de la maladie, dans l'oscillation figure-fond d'une Gestalt inconcevable avec la conception biologique et intrapsychique traditionnelle de la maladie et de la santé mentales. À cet Gestalt figure-fond de la maladie et du symptôme correspond celles de cause-effet et individu-famille.

Symptôme et maladie

À côté de la relativité du normal et du pathologique, il y a la relativité de la maladie et du symptôme. En élargissant le Gestalt (ou totalité) figure-fond, la maladie physique comme la tuberculose pulmonaire offre un exemple illus-tratif dans lequel la personne phtisique atteinte par les ravages du bacille de Koch n'est que la manifestation, l'expression ou le symptôme d'une maladie qui est la pauvreté, les conditions de vie et de travail dures et malsaines. En replaçant le tuberculeux guéri, de retour du sanatorium, dans son milieu d'origine et dans les conditions de vie et de travail préalables à son hospitalisation, on peut s'attendre à des rechutes. Cette illustration physique aiderait à mieux comprendre la pathologie familiale dans la schizophrénie, comme la tuberculose pulmonaire est une pathologie sociale de la pauvreté et des mauvaises conditions de vie et de travail.

Dans l'étiologie sociale de la tuberculose pulmonaire, le Canadien Henry Norman Bethune était un pionnier de la médecine sociale préventive, comme l'Anglais Gregory Bateson l'était à l'étiologie sociale de la schizophrénie, en particulier, et, en général, à la maladie mentale. Dans l'interpellation mutuelle de la figure et du fond, du symptôme et de la maladie, ce qui est figure et ce qui est fond, ainsi que ce qui est symptôme et ce qui est maladie est le produit d'un choix délibéré ou involontaire de l'importance accordée à des termes ou des systèmes. Dans l'exemple illustratif de la tuberculose pulmonaire, en mettant l'accent sur l'individu tuberculeux et en soignant sa "maladie", on évacue les problèmes socio-économiques qui sont à la source de la pauvreté et des mauvaises conditions de vie et de travail, constituant en soi la "maladie" dont la bacille de Koch est un élément déclencheur et le tuberculeux un symptôme, on privilégie le maximal à court terme, créant des rechutes et des épidémies ("e-pidemos ": littéralement, "sur le peuple"). L'optimal, à longue échéance, serait le renversement total où le tuberculeux ne serait plus le "malade", mais le "symptôme" d'une maladie dont le remède n'est plus médical, mais des solutions socio-politiques à la pauvreté et aux mauvaises conditions de vie et de travail.

Dans l'oscillation d'une Gestalt figure-fond, symptôme-maladie, pour la tuberculose pulmonaire, il est évident que le choix de ce qui est symptôme et de ce qui est maladie est un produit du pouvoir que détient une partie de l'éco-système social de définir et de ponctuer, c'est-à-dire de découper en intervalles privilégiées discontinues une séquence continue et régulière, spatiale et temporelle d'interactions. D'autre part, l'attribution de la maladie au tuberculeux est une microscopie, tandis que concevoir ce tuberculeux comme le symptôme d'une maladie sociale est une macroscopie, dans l'élargissement et l'approfondissement du champ d'observation et d'intervention.

Dans la schizophrénie, en particulier, et, en général, la maladie mentale, l'attribution du symptôme et de la maladie rejoint la position du pouvoir à l'intérieur de la société, du groupe social et de la famille. Le renversement, en "psychologie communautaire", est la préoccupation majeure consistant à montrer que la maladie mentale n'est pas - comme on l'avait cru communément - un état affectant un individu isolé, mais que c'est aussi une fonction (le "fou du roi") que celui-ci assume à l'intérieur d'un système social dont il fait partie et qui est, en l'occurrence, la famille.

Or, celle-ci sécrète son propre "mythe", opérant ainsi une stricte attribution des fonctions ou des rôles à ces différents membres. Celle, précisément, de "malade" se montre déterminante et sert souvent à masquer tous les autres problèmes qui peuvent se poser à l'intérieur de la famille, comme le tuberculeux pour des problèmes socio-économiques à l'intérieur de la société. Comme la famille tend à maintenir sa stabilité ou son statu quo, il est nécessaire de s'attaquer au système familial entier, si l'on veut mener une action thérapeutique valable et en profondeur, après avoir dénoncé le théâtre familial du quotidien et attaqué le pouvoir qui attribue la qualité de "maladie" et de "symptôme". Cette action thérapeutique valable et en profondeur vise à pouvoir modifier à la fois la conduite du patient et libérer, lui-même et les autres, de leurs "rôles" ou "fonctions", c'est-à-dire des "double binds" dont ils sont tous prisonniers. En d'autres termes, cette action thérapeutique valable et profond consiste à découvrir et à révéler le "mythe" familial, son fonctionnement et ses structures de fonctionnement. C'est en cela que les thérapies systémiques familiales tentent de discriminer la maladie et le symptôme, ne se fiant pas aux définitions faites a priori et en ne cherchant plus la "cause" de la "maladie", mais plutôt la modification du symptôme, d'un comportement, afin de réinsérer le malade dans la société, l'association, la famille.

Pour mieux saisir l'esprit des thérapies systémiques familiales, voyons les convergences et les divergences avec l'antipsychiatrie de Ronald Laing et de David Cooper. Du point de vue théorique, le modèle de lantipsychiatrie est un renversement du modèle de la causalité traditionnelle. Selon cette vue traditionnelle, le "fou" est la vraie "cause" qui fait souffrir son entourage habituel, tandis que pour le modèle de l'antipsychiatrie, le soit-disant "fou" est le seul être "sain" et c'est la société qui est "malade". Cette convergence est de faible utilité pour les thérapies systémiques familiales, car elle n'est que le retournement du vénérable déterminisme causal linéal (antériorité de la cause sur l'effet) et linéaire (proportionnalité de l'effet à la cause) où les conditions initiales déterminent entièrement les états finaux. Alors, la divergence est la tenue en compte de l'équifinalité qui, en termes de cause et d'effet, dit que des mêmes effets peuvent avoir des causes multiples et différentes et qu'ils sont relativement indépendants des conditions initiales et de la multifinalité qui, dans ces mêmes termes, dit que des mêmes causes peuvent produire des effets multiples et différents.

En exemple illustratif de la multifinalité, une même famille pathogène peut conduire différents membres à présenter différentes symptômologies. Du moment que l'on commence à penser et agir en termes de causalité circulaire, récursive et récurrente de la rétroaction cybernétique et de l'interaction, on se situe en dehors de ce cadre traditionnel et non contre ce cadre, comme l'indique le préfixe "anti" de l'antipsychiatrie.

La "multifinalité" a été forgée par Anthony Wilden pour désigner, au plus simple de la relation de cause à effet, qu'une même cause puisse mener à différents effets dont la représentation mathématique serait une suite divergente.

En contraste, l’ "équifinalité de Ludwig von Bertalanffy, toujours en termes simples de cause et effet, dit que des mêmes effets puissent avoir des causes différentes, à la manière d'une suite convergente, en mathématiques. Pour une compréhension plus complète, plus profonde et plus large, il serait utile de passer à une plus grande abstraction des niveaux de réalité.

Niveaux de réalité

Paul Watzlawick a fait des niveaux de réalité son cheval de bataille où chacun fait de sa réalité la "Réalité".

  • "[…] De la réalité chacun se fait une idée. Dans les discours scientifique et politique, dans les conversations de tous les jours, nous renvoyons en dernière instance au référent suprême : le réel.
  • Mais où est donc ce réel ? Et surtout, existe-t-il réellement ? De toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu'il n'existe qu'une seule réalité. En fait, ce qui existe, ce sont différentes versions de la réalité, dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes l'effet de la communication et non le reflet de vérités objectives et éternelles" (Paul Warzlawick, "La réalité de la réalité", Seuil, Paris, 1976).

Au premier niveau physique est la réalité objectale nécessaire et insuffisante des êtres, faits et objets répérables, observables, quantifiables et mesurables directement par tous.

Au deuxième niveau social est la réalité psychique des significations et valeurs conférées aux éléments et systèmes de la réalité objectale précédente. Ainsi, un "fait" ne devient "événement" que par ses effets et réprcussions dans l'esprit des personnes. Lorsque tout est oublié il n'y a plus d'événement, seulement un fait enregistré dans quelque archive.

Au troisième niveau culturel est la réalité symbolique des croyances et règles qui orientent et délimitent les significations et valeurs possibles des parties de la réalité objectale. Ainsi se révèle la relativivité du bien et du mal, du normal et du patholologique, du beau et du laid, du juste et du faux.

À ces réalités, il y a aussi la "réalité bureaucratique" où est " réel " tout ce qui est inscrit sur des documents officiels. Dans le ciel calme et serein du début des années 70, un rapport d'expérimentation, publié dans la vénérable revue "Science", a éclaté comme une bombe.

Des étudiants "normaux" et parfaitement sains se sont portés volontaires pour cette expérimentation. Ils ont été présentés à un hôpital psychiatrique avec leur "dossier médical" mentionnant leur "maladie". Pendant leur séjour, tout le monde les prenait vraiment pour "fous", avec des symptômes appropriés et adéquats à leur "maladie officielle", sauf les "fous", bien entendu. Cette expérimentation venait appuyer les positions de Thomas Szasz.

Conclusion

Critique épistémologique des vices de pensée et d'action la Théorie des contextes d'Anthony Wilden est le fondement de la relativité du normal et du pathologique en compagnie de celle du symptôme et de la maladie, dans la grappe (cluster) de l'approche écosystémique avec les paradoxes et double contrainte exprimée dans les thérapies systémiques familiales dont le précurseur est Alfred Adler avec son étiologie sociale de la Psychologie individuelle dans le sentiment d'infériorité en Psychologie. En politologie des études militaires et stratégiques, la théorie des contextes se déploie dans la stratégie et tactique de la Guerre psychologique et les autres détails des forces armées et batailles. Le tout est dans une cohérence de niveau intellectuel et linguistique.

Références bibliographiques

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