Salaire à vie

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Le salaire à vie (ou Salaire universel) est une proposition formulée initialement par Bernard Friot qui consiste, en se basant sur la socialisation du salaire, à verser un salaire à tous les citoyens.

Pour Bernard Friot il s'agit de généraliser le « déjà là » obtenu par les conquêtes sociales du 20e siècle, pour passer de la « convention capitaliste » à la « convention salariale » : il propose l'extension des institutions révolutionnaires que sont la cotisation sociale et le salaire à la qualification personnelle, pour libérer le travail des employeurs, des actionnaires et des prêteurs[1].

Le concept général est développé plus en détail dans les livres L'Enjeu du salaire et Émanciper le travail - Entretiens avec Patrick Zech.

Même si Bernard Friot en est le promoteur le plus célèbre, le salaire à vie est désormais soutenu par le réseau salariat.

Prérequis

Prérequis économiques développés par Bernard Friot pour expliquer sa théorie du salaire à vie. Un salaire versé à un individu est la reconnaissance que celui-ci est producteur de valeur économique.

Le travail

Il ne faut pas confondre le travail concret avec le travail abstrait. Le travail concret est le travail produisant de la valeur d'usage (mais pas nécessairement de la valeur économique). Alors que le travail abstrait (communément appelé travail) est le travail qui est socialement considéré comme produisant de la valeur économique. Par exemple : faire du café chez soi est une activité utile mais pas un travail. Mais faire du café dans un bistro est considéré comme du travail. Alors que l'on produit exactement la même chose.

Ce qui défini le travail (travail abstrait) n'est pas la nature de ce qu'on fait. Ce qui définit le travail c'est une convention sociale qui attribue de la valeur à certaine activités dans certaine condition et pas à d'autres.

La définition du travail provient donc des rapports sociaux et de la violence sociale qui s'en dégage. La définition du travail n'est donc que politique. Elle provient de la classe dirigeante qui va essayer de ponctionner une partie de la valeur produite par autrui en essayant de légitimer sa définition du travail.

Propriété lucrative et propriété d'usage

La propriété lucrative est un patrimoine que l'on ne consomme pas personnellement mais dont on tire un revenu sous des formes variées (loyer, profit issu d'une entreprise, rendement d'un portefeuille financier...). C'est l'inverse de la propriété d'usage (ou propriété de jouissance).

La propriété d'usage d'un bien est une propriété limitée à l'usufruit de ce bien, et dont on ne peut retirer aucun profit lucratif. Il est donc interdit de vendre ce bien pour en retirer un bénéfice. Cela n'exclut donc pas théoriquement la nue-propriété de ce bien. Mais cela l'exclut dans la pratique, car on ne peut pas (dans notre société actuelle) interdire à une personne de faire du bénéfice sur la vente de son bien[2].

Le salaire à vie

Le salaire à vie consiste à reconnaître le statut de producteur de valeur économique à tout citoyen ayant atteint 18 ans, en lui versant un salaire sans autre condition. À la majorité civile et politique qui confère le droit de vote s'ajouterait donc la majorité économique. Son montant serait fonction de la qualification personnelle, évoluerait avec le grade, et l'écart entre le salaire minimum et le salaire maximum ne dépasserait pas une certaine échelle.

La qualification personnelle

La qualification personnelle reconnait la capacité de créer de la valeur économique quelle que soit cette valeur. Elle ne peut que progresser. Le droit à la qualification personnelle évite donc à celui qui en bénéficie d'être rémunéré en fonction de la production ou de la compétence.

Convention capitaliste

Dans le capitalisme tout humain peut naitre libre et égaux en droits. Mais la violence sociale n'a pas disparu pour autant, elle est juste plus cachée et subtile. Et la prédation de valeur par la classe dirigeant reste présente. Dans le capitalisme cette prédation de valeur se fait par :

Répartition actuel du PIB

Répartition du PIB de la France en 2010[3]:

  • 60%: Salaires
    • 32.5%: Salaire net
      • 25%: Salaire du privé
      • 7.5%: Salaire des fonctionnaires
    • 27.5%: Cotisations sociales
      • 12.5%: Pension
      • 10%: Santé
      • 3.5%: Chômeurs
      • 1.5%: Autres(famille, ...)
  • 5%: Indépendants
  • 35%: Profit
    • 20%: Investissement
    • 15%: Profit pur

Proposition

Propositions émises par Bernard Friot pour sortir du capitalisme en attribuant un salaire à vie[3] :

Supprimons le capitalisme en supprimant la propriété lucrative et le marché du travail.

Pour cela, on va attribuer un salaire à vie à tous (y compris aux indépendants) Le salaire sera l'attribut de la personne et non plus du post de travail. Cela va supprimer le marché du travail. Cela va supprimer les employeurs, mais PAS les chefs d'entreprises, les entrepreneurs, les supérieurs hiérarchique (à pas confondre).

Il faut supprimer le profit et PAS le taxer. Car le taxer c'est le légitimer, et on en viendrait à des raisonnements : « Il faut que les entreprises fassent du profit pour pouvoir financer la sécurité sociale ». En supprimant le profit, on va également supprimer la propriété lucrative pour instaurer une propriété d'usage. Tout employé d'une entreprise deviendrait copropriétaire d'usage de cette entreprise. Et on ne pourrait plus faire de profit sur la propriété.

A 18 ans on aurait droit à un salaire à vie. Cela serait vu comme un droit politique irrévocable (ce serait un droit du sol, donc valable pour toute personne résidant sur le territoire). Et commencerait à 1500€ net (1er niveau de qualification). Et on aurait également droit à une carrière salariale avec 4 niveaux de qualification (1500€, 3000€, 4500€, 6000€). Cela est possible car actuellement le salaire moyen est de 2100€ net par mois, et le salaire médian de 1700€ net par mois. On passerait de temps en temps une épreuve pour espérer monter de niveau de qualification. Auquel on ajouterait une augmentation salariale liée à l'ancienneté. Lors de cette épreuve, serait examiné ce qu'on a fait, les valeurs d'usage produites, nos qualifications, … Le contenu de ces épreuves et la manière de pouvoir monter de classe fait partie de la politique. → On va transposer la lutte de classe actuelle en une autre lutte de classe utilisant la hiérarchie des salaires.

Le mode de financement

Une caisse de cotisation sur le modèle de celle déjà existante pour la santé, le chômage et la retraite, verserait les salaires de tous les citoyens. Une caisse de cotisation économique exclusivement dédiée à l'investissement serait créée, rendant le crédit et les prêteurs inutiles.

La totalité du PIB irait au salaire socialisé sous forme de cotisations[4]:

Ne pas confondre le travail et l'emploi

Bernard Friot se dit promoteur du travail et « combat le capitalisme car il est incapable aujourd'hui dans les pays capitalistes développés d'organiser le travail sous une forme qui soit humaine et pour la société et pour l'individu. Il s'agit au contraire de valoriser le travail à condition de ne pas le confondre avec l'emploi[4]. » Bernard Friot affirme qu'il n'y a pas dans le capitalisme de plein emploi possible, que la bataille pour l'emploi est une erreur stratégique des forces politiques de gauche. Pour lui, se battre pour le plein emploi revient à se battre pour multiplier les employeurs, et signifie se battre pour ne pas sortir du capitalisme, lequel repose sur le chantage à l'emploi par des propriétaires. Selon lui, après 50 ans de bataille pour le salaire réussie de 1920 à 1970, la bataille pour l'emploi qui lui a succédé a été contre-productive car perdue d'avance[4].

La convention salariale

Actuellement, convention capitaliste et convention salariale s'opposent sur la définition de la valeur économique[5].

Le travail étant le seul créateur de richesse, toute rémunération n'étant pas basée sur le travail repose sur le vol du travail d'autrui. Dès lors il est proposé que le salaire soit la seule forme de rémunération. Chacun, dès sa majorité se voit attribuer, sans condition, le premier niveau de qualification auquel est associé un salaire. Chacun peut ensuite choisir de passer des épreuves de qualification. La propriété lucrative est abolie, les salariés bénéficient de la propriété d'usage sur les moyens de production.

Constatation d'un « déjà là »

Fonction publique

Une caractéristique importante de la fonction publique est que la qualification est attribuée à la personne et non au poste de travail. Un fonctionnaire ne verra donc jamais sa rémunération baisser, même s'il change de poste. Il se voit attribuer un grade qui ne peut que progresser et est irrévocable. Une autre conséquence est que le chômage ne peut pas exister en son sein, le fonctionnaire n'étant pas soumis au marché du travail.

Cotisations sociales

Produites par le travail, les cotisations sociales sont immédiatement réparties sans jamais passer entre les mains des propriétaires lucratifs. Elles permettent de reconnaître la valeur du travail des retraités, des soignants, des parents et des chômeurs.

Le système de retraite

Actuellement, grâce aux cotisations sociales, le retraité se voit attribuer une pension relative à sa qualification personnelle. Selon Bernard Friot, le retraité bénéficie d'une sorte de salaire à vie qui lui offre la possibilité de travailler librement, sans être soumis au marché du travail[6].

Implications

Sortie du capitalisme : abolition de la propriété lucrative et émancipation du travail

Les travailleurs obtiendraient la propriété d'usage de leur entreprise et percevraient un salaire fonction de leur qualification et de leur grade. Les entreprises conserveraient un pourcentage de la valeur ajoutée pour de l'autofinancement et un autre pourcentage irait à la caisse de cotisation économique dédiée à l'investissement. Elles bénéficieraient de subventions versées par cette même caisse, selon les décisions prises démocratiquement par l'ensemble des producteurs économiques (à savoir tous les citoyens, tous les salariés). En effet, tous participeraient au choix des investissements et à l'établissement de la répartition des cotisations. Ainsi, ce système libérerait d'une part les entrepreneurs de leur fonction d'employeurs, et d'autre part les travailleurs du marché de l'emploi.

Lutte efficace contre la pauvreté : disparition de l'emploi et donc du chômage

L'emploi implique que le salaire est lié au poste et non à la personne (une personne licenciée de son poste perd son salaire dans le secteur privé, et se retrouve au chômage). Le chômage étant lié à l'existence d'emplois, lier le salaire à la personne générerait ainsi la fin du chômage.

D'autre part, le système du salaire à vie donne accès à tous à la capacité de produire grâce à la caisse d'investissement qui subventionne les entreprises devenues propriétés de ses salariés. Les salaires étant assurés à vie, chacun aurait la liberté de choisir son activité et d'en changer. Travailler reprendrait alors un sens tel que défendu par les syndicats et concrétisé dans la fonction publique, à savoir:

  • avoir un salaire à vie lié à sa personne,
  • ne pas mettre en valeur de capital,
  • produire en dehors de la dictature du temps de travail.

L'impôt obsolète

Selon Bernard Friot, dans une telle configuration, l'impôt disparaît car présenterait une moindre utilité si l'essentiel du PIB se trouvait socialisé. En effet, l'impôt est un dispositif de redistribution, indispensable dans un système où une partie de la richesse est détournée au moment même de sa production vers les profits aux dépens des salaires, mais inutile dans un système où est généralisée la cotisation sociale[6]. Le paiement des salaires du secteur public et les investissements seraient eux aussi assurés par la socialisation.

Égalité des salaires femmes-hommes

Les femmes percevraient un salaire égal à celui des hommes à qualification équivalente et accéderaient plus facilement aux postes nécessitant une qualification.

L'euphémisation de la violence sociale

Selon Bernard Friot, « penser que l'on pourrait faire une société sans violence est un rêve dangereux : quand on élimine la question du pouvoir, de la réflexion on s'aperçoit que le pouvoir éliminé illusoirement revient par la fenêtre et de la pire façon. La hiérarchie des salaires est une façon bien plus émancipée d'assumer la violence liée à la valeur économique que le rapport binaire propriétaire/non propriétaire. Les critères de qualification deviendront alors l'enjeu essentiel de la lutte des classes »[4].

La transition

Une proposition de Bernard Friot pour permettre une transition entre le système actuel et celui du salaire à vie consiste en la création d'une sécurité sociale professionnelle par :

  • maintien du salaire pendant la période de chômage entre deux emplois équivalents,
  • pérennisation dans la fourchette 1500 €-6000 € de tous les salaires, indemnités de chômage et pensions,

financés par l'augmentation de la mutualisation du salaire. Actuellement celle-ci est de 45 % de cotisation sur un salaire[4].

Il propose également en parallèle que lorsqu'une entreprise se retrouve en faillite, les salariés obtiennent la propriété d'usage de leur entreprise.

Différences avec le « Revenu de base »

La différence majeure réside dans la question des institutions capitalistes du travail. Le revenu de base est compatible avec celles-ci car cumulable avec tout revenu du travail. Tandis que le salaire à vie implique la disparition du marché de l'emploi et la suppression de la propriété lucrative. Le salaire à vie rendrait aux travailleurs la maîtrise de la valeur économique qu'ils produisent.

Le salaire à vie est versé à tout citoyen à partir de la majorité, comme reconnaissance de son statut de producteur de valeur économique. Tandis que le revenu de base selon la définition du Basic Income Earth Network (BIEN)[7] est attribué de la naissance à la mort d'un individu.

Le réseau salariat a réalisé un comparatif des deux projets[8].

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

Notes et références

Article publié sur Wikimonde Plus

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