Tony Ferri

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Tony Ferri dans le reportage "Enfermés dehors", diffusé sur France 2 en février 2016
Tony Ferri, à la Radio Télévision Suisse, en 2015

Tony Ferri est né en 1973 en Normandie. Philosophe et criminologue, docteur en philosophie (PhD), chercheur au Laboratoire GERPHAU (Groupe d'études et de recherches philosophie - architecture - urbain) et au C3RD (Centre de recherche sur les relations entre les risques et le droit), conférencier, chargé d'enseignement universitaire à l'École de criminologie critique européenne de Lille, intervenant à l'École nationale de protection judiciaire de la jeunesse, il exerce la profession de conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation au sein du ministère de la Justice. Sa thèse de doctorat, dirigée par le professeur Alain Brossat, a eu pour objet le système de la peine[1].

Marqué par l'esprit philosophique de grands penseurs tels que Jean-Paul Sartre, Michel Foucault et Vladimir Jankélévitch, spécialiste du champ pénitentiaire et du registre de l'application des peines, ses recherches actuelles s'articulent autour de la question du sens des pénalités contemporaines, et entretiennent des rapports avec la criminologie. Il est le créateur des concepts critiques d'« hypersurveillance » et de « pantopie pénale », et l'analyste des mécanismes de l'enfermement propres à la surveillance électronique pénale, en tant que détention à domicile. Il explore les conséquences du pouvoir technologique de punir sur les corps[2], et les différentes facettes du geste punitif contemporain[3]. Il défend une vision humaniste des pénalités et s'engage philosophiquement dans la voie de l'humanisation pénale. On lui doit notamment la co-signature avec le philosophe Michel Onfray, le député Noël Mamère, l'économiste Yann Moulier-Boutang et d'autres intellectuels d'une tribune sur Mediapart appelant à l'abolition des prisons, au nom de l'humanisme et de la dignité. Il envisage d'autres voies pénales que l'emprisonnement[4], et analyse les structures du pouvoir de punir contemporain[5].

Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles portant sur le système pénal, la pénologie, le sens et les fonctions de la peine, le service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP), les prisons, le service de l'application des peines (SAP), la figure du juge de l'application des peines (JAP), la détention domiciliaire sous surveillance électronique, le statut et la pratique de la criminologie, la délinquance, la désistance.

Concepts-clés

Sa pensée s'articule à la construction d'un ensemble de concepts philosophiques, pénaux et criminologiques, parmi lesquels se démarquent :

1/ Le concept « d'arrière-monde pénal », développé par le philosophe et criminologue Tony Ferri, désigne l'ensemble des dispositifs, des normes et des pratiques qui ont pour but de contrôler, de surveiller et de punir les individus, non pas seulement à l'intérieur du cadre juridique officiel, mais au sein même des espaces dynamiques de la société ouverte[6]. Ferri montre comment cet arrière-monde évolue en étant de plus en plus envahissant et punitif dans l'ordinaire de l'existence, et comment il constitue une menace grandissante pour les libertés fondamentales, la dignité de tout un chacun et l'épanouissement démocratique.

2/ Le concept de « pantopie pénale » est un concept forgé par Tony Ferri pour caractériser le processus d'extension et de généralisation du contrôle pénal à l'ensemble des espaces familiaux et sociaux. Selon lui, la pantopie se reconnaît à l'organisation qu'elle permet d'une diffusion des dispositifs de surveillance au cœur de la société, et à son application du modèle de la surveillance électronique dont elle s'inspire. La conséquence en est qu'elle transforme asymptotiquement la vie libre et le milieu ouvert en un gigantesque espace carcéral invisible et permanent[7]. Ferri souligne également comment la pantopie pénale est le pendant de la multiplication des normes pénales, dont l'effet est qu'elle tend à produire à la fois une inflation législative et une surcriminalisation des comportements[8]. Par là, il donne à voir à quel point la pantopie pénale correspond au mouvement de banalisation des pratiques pénales, qui se signale non seulement par la croissance du recours à des acteurs non judiciaires et civils dans la mise en œuvre des sanctions et la gestion des conflits, mais encore par le renforcement de l'utilisation du système pénal comme paradigme social interventionniste à l'encontre des sujets-citoyens et des sujets-consommateurs (exportation du modèle carcéral au cœur du tissu social organique).

3/ Le concept de « détention domiciliaire sous surveillance électronique », comme mesure pénale destinée à assigner la personne à son domicile en lui faisant porter un bracelet électronique (la chaîne à la patte), est posé et examiné en profondeur par Tony Ferri aux fins justement de mettre en exergue la manière dont se réalise la pantopie pénale et d'illustrer son idée de l'existence d'un arrière-monde pénal. Pour le philosophe-criminologue, la détention domiciliaire se présente comme la configuration pénale par excellence du processus d'enfermement social et collectif, ayant pour objet ou effet attentatoire de porter atteinte à la sphère familiale, à la vie privée, aux droits fondamentaux, à la dignité humaine, et de nuire jusqu'à l'épanouissement personnel et la réinsertion sociale. Il montre comment le bracelet électronique n'offre pas de garantie contre les passages à l'acte[9].

4/ Le concept d' « abolitionnisme carcéral » fait partie de la pensée de Tony Ferri, et s'articule à son analyse de l'urgence non seulement de se distancer de l'appareil carcéral qui n'annule pas la récidive et la violence, mais de repenser de fond en comble le système pénal devenu inefficace, onéreux, malheureux, insensé[10][11]. Ce concept a pour pendant, chez Ferri, un ensemble de propositions réalistes visant à remplacer la prison par d'autres formes d'accompagnement pénal, telles que la réconciliation, la réparation, la justice restaurative, la prévention, la création de nouveaux espaces inclusifs et collaboratifs, voire psychothérapiques[12][13].

5/ Le concept d' « hypersurveillance » est un concept central de la philosophie pénale de Tony Ferri[14][15], et se définit comme l'ensemble des techniques de surveillance, qui s'adossent au fonctionnement des pénalités contemporaines, tout particulièrement sous leur forme électronique et ondulatoire, qui revêtent un caractère programmatique, et qui exercent une emprise croissante et invasive sur les corps, les pensées, les habitations, les vies[16]. L'intérêt des analyses de Ferri réside dans le fait qu'il montre dans quelle mesure et en quel sens ce système de contrôle est à la fois généralisé et particularisé, c'est-à-dire comment il vise la multitude, mais aussi le quelconque et l'insubstituable[17].

6/ La notion de « fonction potentiaire » de la peine, qui désigne l'une des cinq fonctions pénales que le philosophe Tony Ferri instaure et caractérise dans ses travaux portant sur les régimes des pénalités contemporaines. La fonction potentiaire lui apparaît originale et nouvelle en ce qu'elle définit, selon lui, un certain type de procédure d'évaluation et de contrôle des personnes condamnées qui regroupe deux logiques complémentaires et qui n'est pas sans rapport avec la dynamique fonctionnelle du panoptique. Ferri indique, en effet, dans Criminologie et philosophie. Sens et fonctions de la peine (2022) et dans « Du droit intrusif de punir : vers une fonction inaperçue de la peine, à partir de l'étude du cas de la surveillance électronique », dans Archives de politique criminelle no 43, Espaces privés (2021)[18], que l'adjectif « potentiaire », qu'il distingue de l'adjectif « pénitentiaire », désigne tout à la fois ce qui est « relatif à un pouvoir » et ce qui est « objet de savoir ». C'est ainsi que l'individu, sur qui s'exerce le pouvoir de punir et de contrôle, devient un objet de surveillance.

7/ Le concept de « système de la peine » de Tony Ferri est un concept philosophique et criminologique qui permet d'analyser les formes, les fonctions et les effets des sanctions pénales. Selon lui, le système de la peine caractérise un ensemble complexe et dynamique de dispositifs, de pratiques, de discours et de normes qui ont évolué au cours du temps, et qui servent à justifier le traitement, réservé par la justice, aux personnes condamnées[19]. De ce fait, le système de la peine se rapporte aussi bien à un appareillage de sanctions qu'à un mode de production de savoirs, de pouvoirs et de subjectivités - éléments d'analyse qu'on retrouve dans l'ensemble de son œuvre [20][21].

8/ Le concept de « spécularité tournoyante » de Tony Ferri : quand la justice se réfléchit elle-même

Dans son ouvrage Tous surveillés, tous punis. Aux origines de l'hypersurveillance, Tony Ferri introduit un concept clé pour comprendre les dérives du système pénal contemporain : la « spécularité tournoyante ». Ce concept décrit une dynamique paradoxale et auto-référentielle du système judiciaire. En termes simples, c'est l'idée que le système punitif est devenu comme un miroir qui ne cesse de se regarder lui-même. Il se reproduit et se renforce par ses propres instruments, sans pour autant chercher une véritable transformation ou réhabilitation.

Voici les points essentiels pour comprendre ce phénomène :

  • Autoreproduction du système : la justice ne punit plus principalement pour éduquer ou réinsérer, mais pour se maintenir et renforcer son propre fonctionnement. La production de peines devient une fin en soi.
  • Logique circulaire : c'est un cycle sans fin où la surveillance mène à la punition, qui à son tour justifie davantage de surveillance. Ferri parle d'un système qui « tournoie sans fin », créant un « bouclage idéologique ».
  • L'individu comme miroir : la personne condamnée n'est plus perçue comme un sujet à transformer, mais comme un reflet du système lui-même, un élément à gérer et à contrôler. Ce qui importe, c'est de maintenir l'ordre établi et la continuité de la machine punitive.

Ouvrages

Références

  1. Thèse de doctorat
  2. Le corps face aux pénalités contemporaines d'enfermement
  3. Geste punitif et institution judiciaire
  4. Samuel Gautier, Michel Onfray, Tony Ferri et al, « Abolir la prison, ses mécanismes et ses logiques », Mediapart,‎ (lire en ligne)
  5. Le pouvoir de punir. Qu'est-ce qu'être frappé d'une peine ?, Paris, L'Harmattan, , 144 p. (ISBN 978-2-343-04004-2) 
  6. Punition et risque : les geôles du quotidien | WorldCat.org
  7. Notes bibliographiques | Cairn.info
  8. Humains, trop humains? - Le Courrier
  9. "La surveillance électronique ne saurait empêcher le passage à l’acte"... (aefinfo.fr)[1]
  10. Livres, films, etc. | Cairn.info
  11. Peine de mort, prison, bracelet électronique... À qui profite la peine ? (lepoint.fr)[2]
  12. [Extrait radiophonique] Le philosophe Tony Ferri, sur France Culture, août 2016 - YouTube
  13. Notes bibliographiques | Cairn.info
  14. Définition de hypersurveillance | Dictionnaire français (lalanguefrancaise.com)[3]
  15. Big Brother is watching you - rts.ch - Portail Audio
  16. La prison, modèle de l’hypersurveillance - Revue Pratiques
  17. Tony Ferri : «Nous sommes tous des placés sous surveillance électronique en puissance» – Libération (liberation.fr)[4]
  18. "Du droit intrusif de punir : vers une fonction inaperçue de la peine, à partir de l’étude du cas de la surveillance électronique" | Cairn.info
  19. theses.fr – Tony Ferri , Le système de la peine : du châtiment à l'hypersurveillance
  20. T. Ferri | Semantic Scholar
  21. Recherche simple "Tony Ferri" : liste de notices | BnF Catalogue général

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