Albums pirates des Rolling Stones

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Les albums pirates des Rolling Stones sont des disques et des enregistrements diffusés sans l'autorisation du groupe ou de ses ayants droit. Ils comprennent des concerts captés par des spectateurs ou pour la radio et la télévision, des répétitions, des maquettes et des prises de studio écartées des albums officiels. Apparue sur disque microsillon à la fin des années 1960, cette discographie parallèle s'est développée sur cassette, disque compact puis sous forme de fichiers numériques. Elle ne constitue pas une série d'albums définie par le groupe : une même bande peut circuler sous plusieurs titres, dans des montages et avec des qualités sonores très différents[1].

Les enregistrements des tournées de 1969, 1972-1973 et 1978, ainsi que les séances de studio des années 1960 et 1970, occupent une place importante dans cet ensemble. Certains titres, tels Live'r Than You'll Ever Be, Welcome to New York, Brussels Affair ou Handsome Girls, sont devenus des références parmi les collectionneurs. Leur intérêt tient autant à la découverte de morceaux inédits qu'à la possibilité d'entendre des concerts entiers, des arrangements abandonnés ou des formations successives du groupe. Depuis les années 2010, plusieurs enregistrements longtemps connus par leurs éditions pirates ont fait l'objet de publications officielles, parfois remastérisées ou tirées de sources plus complètes[2],[3].

Origine et circulation des enregistrements

Un album pirate (bootleg) se distingue de la contrefaçon d'un disque commercialisé : il présente, en principe, un enregistrement que l'artiste n'a pas choisi de publier. Dans le cas des Rolling Stones, ses sources sont très diverses. Les bandes enregistrées dans la salle par un spectateur conservent l'ambiance du public, mais peuvent souffrir de la distance avec la scène et de la saturation des appareils. Les enregistrements provenant d'une console de sonorisation ou d'une émission radiophonique offrent souvent une meilleure définition ; leur circulation sans autorisation ne leur donne pas pour autant le statut d'édition officielle. Les bandes de travail permettent, quant à elles, de suivre les transformations d'une chanson avant son enregistrement définitif.

Le phénomène prend une importance particulière à la fin des années 1960, quand l'enregistrement amateur de concerts devient suffisamment accessible pour alimenter un commerce de vinyles non autorisés. Des labels spécialisés, notamment Trademark of Quality puis The Swingin' Pig, multiplient les éditions. Leurs pochettes donnent parfois peu d'indications, ou attribuent à tort à l'année de fabrication du disque la date du concert. Des compilations mêlent aussi des sources sans rapport entre elles. Le travail de discographes spécialisés consiste ainsi à identifier les bandes d'origine, les différentes prises et les rééditions d'un même document[1],[4].

Cette circulation parallèle ne s'interrompt pas avec la constitution d'une discographie de concerts officiels. Les amateurs continuent notamment à rechercher les prestations intégrales, les chansons absentes des albums live et les versions non retouchées en studio. Inversement, la publication ultérieure d'une bande par les Rolling Stones ne signifie pas toujours qu'elle reproduise exactement le montage ou le mixage d'un ancien disque pirate.

Enregistrements de concerts

Des premières tournées à 1969

Honolulu 1966

Les éditions connues sous le titre Honolulu 1966 reproduisent un concert enregistré le 28 juillet 1966 à Honolulu, à Hawaï, à la fin d'une tournée américaine. Cette date est parfois incorrectement indiquée comme étant le 26 juin. Une captation diffusée par la radio locale KPOI a permis la conservation d'environ une demi-heure de musique. Les huit morceaux généralement repris sont Not Fade Away, The Last Time, Paint It, Black, Lady Jane, Mother's Little Helper, Get Off of My Cloud, 19th Nervous Breakdown et (I Can't Get No) Satisfaction[5],[6].

L'intérêt du document est principalement historique : il restitue la formation avec Brian Jones à une période où le public couvre fréquemment les musiciens de ses cris. Le son, relativement étroit et parfois déformé, ne présente pas la fidélité des captations de la décennie suivante.

Live'r Than You'll Ever Be

Live'r Than You'll Ever Be compte parmi les disques fondateurs du marché des albums pirates de rock. Publié dès 1969, il provient du concert donné le 9 novembre de cette année-là à l'Oakland Coliseum, en Californie, pendant la première tournée américaine des Rolling Stones depuis 1966. Le guitariste Mick Taylor vient de remplacer Brian Jones. Contrairement aux bandes de radio ou de studio, l'enregistrement a été réalisé dans la salle par un spectateur, avec une qualité jugée remarquable pour l'époque[2],[7].

On y retrouve notamment Jumpin' Jack Flash, Sympathy for the Devil, Midnight Rambler et Honky Tonk Women. Le jeu du groupe y paraît plus brut que sur l'album officiel Get Yer Ya-Ya's Out!, publié en septembre 1970 à partir d'autres concerts de la tournée et retravaillé en studio sur certains morceaux. La diffusion rapide de Live'r Than You'll Ever Be, avant même la parution du disque officiel, a contribué à imposer le concert inédit comme un objet recherché par les amateurs de rock[2],[7].

D'autres bandes de la même période ont été éditées sous diverses appellations, notamment celles du concert gratuit du 6 décembre 1969 à Altamont Speedway, connu également par le film documentaire Gimme Shelter. Leur provenance et leur qualité varient sensiblement d'un pressage à l'autre[1].

Les tournées de 1971 à 1973

Get Your Leeds Lungs Out!

Enregistré le 13 mars 1971 à l'université de Leeds, au cours d'une courte tournée britannique, le concert souvent intitulé Get Your Leeds Lungs Out! (ou Get Yer Leeds Lungs Out!) a d'abord circulé grâce à une bande destinée à la radio. Les éditions pirates comprennent notamment Dead Flowers, Stray Cat Blues, Love in Vain, Midnight Rambler, Bitch et Brown Sugar, alors récemment composé. La plupart des copies anciennes omettaient les deux titres d'ouverture du concert[1],[8].

Un enregistrement stéréo de treize morceaux, incluant ces deux ouvertures, a finalement été publié dans l'édition « super deluxe » de Sticky Fingers en 2015, sous le titre Get Yer Leeds Lungs Out!. Cet exemple illustre la différence entre une bande pirate partielle et la restauration ultérieure d'un concert à partir des archives musicales[8].

Welcome to New York

Welcome to New York provient du concert du 26 juillet 1972 au Madison Square Garden de New York, dernière étape de la tournée nord-américaine organisée après la sortie de Exile on Main St.. Le disque pirate original, publié par Trademark of Quality en 1973, ne présente qu'une partie de la prestation. Ses huit morceaux comprennent All Down the Line, You Can't Always Get What You Want, Midnight Rambler, Bye Bye Johnny, Rip This Joint, Love in Vain, Sweet Virginia et Jumpin' Jack Flash[1].

Les titres ont été repris sur de nombreux vinyles puis CD, souvent accompagnés de bandes d'autres provenances pour reconstituer le concert. Le disque est également connu pour sa pochette illustrée par William Stout, qui réalise alors plusieurs couvertures pour Trademark of Quality. Cette illustration date de 1973 et non de l'enregistrement de 1972[9],[4].

Brussels Affair

Le titre Brussels Affair désigne des enregistrements des deux concerts donnés le 17 octobre 1973 au Forest National, à Bruxelles, lors de la tournée européenne qui suit Goats Head Soup. Les Rolling Stones ne pouvant alors se produire en France, de nombreux spectateurs français se rendent en Belgique. La station RTL affrète notamment un train spécial à destination de Bruxelles[10].

Les concerts, auxquels participe encore Mick Taylor, sont enregistrés professionnellement. Des extraits diffusés à la radio alimentent plusieurs éditions pirates, parfois combinés avec des morceaux d'autres prestations de 1973. Sous des titres tels que Bedspring Symphony, Nasty Music ou Brussels Affair, les différentes versions font entendre Brown Sugar, Gimme Shelter, Happy, Tumbling Dice, Angie, You Can't Always Get What You Want, Midnight Rambler ou Street Fighting Man. Les listes de pistes et les sources exactes ne sont donc pas identiques sur tous les pressages[1],[11].

La réputation de ces bandes tient à leur qualité sonore et à la prestation du groupe, particulièrement à l'interaction des guitares de Keith Richards et Mick Taylor. Lors de leur parution officielle, le critique John Harris, dans The Guardian, a notamment souligné la vigueur de l'interprétation et la place de cette captation parmi les meilleurs témoignages scéniques des Rolling Stones[12].

Le groupe a officiellement édité Brussels Affair (Live 1973) en téléchargement en 2011, à l'occasion du lancement des archives Rolling Stones. L'album de quinze titres associe des prises provenant des deux concerts bruxellois ; il comprend notamment Doo Doo Doo Doo Doo (Heartbreaker) et Star Star, parfois absents des compilations pirates les plus répandues. Il a ensuite été intégré à la réédition de Goats Head Soup en 2020. La première publication officielle de 2011 ne faisait pas partie de la collection audiovisuelle From the Vault, lancée ultérieurement[3],[13].

Des tournées de 1975 à 1981

L.A. Friday et les concerts de 1975

Le concert enregistré le 13 juillet 1975 au Forum d'Inglewood, près de Los Angeles, est longtemps resté connu des collectionneurs sous le titre L.A. Friday. Cette appellation prête à confusion : la prestation a eu lieu un dimanche, et non un vendredi. Le document présente la tournée américaine de 1975, à laquelle participe Ron Wood avant son intégration officielle au groupe. Il associe le répertoire des années précédentes à des titres de It's Only Rock 'n Roll, avec un dispositif scénique et un ensemble de musiciens plus étoffés que sur les tournées de 1969-1973[14].

Les Rolling Stones ont conservé le nom L.A. Friday pour leur publication numérique officielle de 2012, remixée à partir des bandes d'origine. La série From the Vault a également proposé un concert filmé lors de cette résidence au Forum, mais il ne s'agit pas de la même représentation[14].

Handsome Girls

Handsome Girls est un coffret pirate de quatre CD consacré à la tournée américaine de 1978, entreprise pour promouvoir Some Girls. L'une des éditions les plus connues paraît chez The Swingin' Pig. Les deux premiers disques reproduisent la totalité du concert du 18 juillet 1978 au Will Rogers Auditorium de Fort Worth, au Texas, avec plusieurs versions présentées comme des mixages alternatifs. Les deux derniers réunissent des morceaux de concerts donnés à Memphis, Lexington, Détroit et Houston, provenant principalement de bandes de diffusion radiophonique[15],[1].

La compilation documente une tournée au format plus resserré que celle de 1975. Aux classiques Honky Tonk Women, Tumbling Dice et Brown Sugar s'ajoutent de nombreux morceaux du nouvel album : When the Whip Comes Down, Beast of Burden, Miss You, Shattered, Respectable et Far Away Eyes. Parmi les reprises figurent Let It Rock et Sweet Little Sixteen de Chuck Berry ou Just My Imagination (Running Away with Me), emprunté aux Temptations[16].

L'enregistrement et le film du concert de Fort Worth ont été publiés officiellement en 2011 sous le titre Some Girls: Live in Texas '78. Cette édition permet d'entendre et de voir dans un cadre autorisé le spectacle dont provient une grande partie de Handsome Girls, sans reprendre l'ensemble des autres concerts réunis sur les troisième et quatrième disques du coffret pirate[16].

On Top of Old Smokey

On Top of Old Smokey rassemble, sur deux disques dans certaines éditions, des extraits de la tournée nord-américaine de 1981, organisée autour de Tattoo You. Ce n'est pas l'enregistrement intégral d'un concert unique, mais un montage de prestations données dans plusieurs villes, notamment à Pontiac (Michigan), dans la région de Washington, à Chicago, à La Nouvelle-Orléans et à Tempe (Arizona). Plusieurs prises proviennent de programmes ou de bandes destinés aux radios américaines[17].

Le choix des titres associe des succès plus anciens, comme Honky Tonk Women, Brown Sugar, Tumbling Dice et Jumpin' Jack Flash, à Shattered, She's So Cold, Waiting on a Friend et Start Me Up. Les indications de villes et les dates figurant sur les pochettes doivent être distinguées de la date de fabrication des différentes éditions pirates. Le groupe publie parallèlement l'album officiel Still Life en 1982 ; d'autres concerts de cette tournée, notamment celui de Hampton en décembre 1981, font ultérieurement l'objet de sorties intégrales dans les archives officielles[17],[14].

De la fin des années 1980 à la tournée Voodoo Lounge

Le développement des retransmissions télévisées offre de nouvelles sources aux éditions non autorisées. Le concert du 19 décembre 1989 à Atlantic City, donné pendant la tournée Steel Wheels, circule notamment à partir de sa diffusion à la télévision à péage. La prestation comporte des interventions d'Eric Clapton, de John Lee Hooker et de membres des Guns N' Roses. Elle est finalement éditée officiellement sous le titre Steel Wheels Live en 2020[18].

Miami Dice se rattache à une autre captation télévisée : le concert du 25 novembre 1994 au Joe Robbie Stadium de Miami, pendant la tournée de l'album Voodoo Lounge. La bande circule notamment sous la forme d'un double CD pirate de Kiss the Stone (KTS 388/389), mais aussi sous d'autres titres[19]. La prestation marque une étape dans la carrière du groupe : Bill Wyman a quitté la formation et le bassiste Darryl Jones accompagne désormais Mick Jagger, Keith Richards, Ron Wood et Charlie Watts. Chuck Leavell tient les claviers[20].

Le répertoire reprend des titres de Voodoo Lounge tels que You Got Me Rocking, Sparks Will Fly et I Go Wild, mais aussi Not Fade Away, Angie, Miss You et Sympathy for the Devil. Bo Diddley rejoint le groupe pour Who Do You Love? ; Sheryl Crow et Robert Cray figurent également parmi les invités de la soirée. Le spectacle a été restauré, complété et publié officiellement en 2018 sous le titre Voodoo Lounge Uncut. Il faut donc distinguer l'enregistrement du concert en 1994, la circulation d'éditions pirates dans les années 1990 et cette sortie officielle plus tardive[20].

Démos, prises de studio et compilations de raretés

Enregistrements des débuts et archives radiophoniques

Little Boy Blue and the Blue Boys regroupe des documents particulièrement anciens, associés aux débuts de Mick Jagger et de Keith Richards, avant la formation définitive des Rolling Stones. Le nom vient du groupe informel Little Boy Blue and the Blue Boys, auquel participent notamment Dick Taylor, Bob Beckwith et Allen Etherington. Des répétitions domestiques enregistrées à la fin de 1961 ou au début de 1962 comprennent des reprises de Chuck Berry, dont Little Queenie et Beautiful Delilah, ainsi que La Bamba. Ces bandes sont distinctes des premiers enregistrements réalisés après la rencontre avec Brian Jones et de ceux du groupe stabilisé en 1963[21],[22].

Les compilations pirates commercialisées sous ce titre ajoutent souvent des séances postérieures : Road Runner, Bright Lights, Big City et Diddley Daddy, enregistrés dans la première période des Stones, des interprétations données pour la BBC, voire des curiosités sans lien direct avec Little Boy Blue. Le jingle publicitaire composé pour les céréales Rice Krispies en 1964 en est un exemple : il appartient bien à l'histoire des Rolling Stones, mais pas à celle de la formation amateur de 1961-1962. Certaines listes de pistes comportent encore Trouble in Mind, enregistré en 1966 avec Brian Jones ; ces ajouts font du disque une anthologie de raretés plutôt qu'un témoignage homogène des origines du groupe[1],[23].

Les émissions de la BBC enregistrées entre 1963 et 1965 forment elles-mêmes un ensemble très recherché. Leur circulation pirate explique la présence récurrente de Memphis, Tennessee, Roll Over Beethoven, Cops and Robbers, Hi-Heel Sneakers ou Fannie Mae dans des compilations de cette période. Une sélection officielle de ces prestations a été publiée en 2017 sous le titre On Air, avec des enregistrements restaurés provenant notamment de Saturday Club, Top Gear et d'autres programmes de la radio britannique[24].

The Black Album, Thee Satanic Sessions et The Trident Mixes

The Black Album est un coffret pirate de trois vinyles, parfois diffusé sous le nom The Black Box. Selon les pressages, les disques peuvent être transparents ou colorés. Le coffret mêle des prises de studio, des enregistrements de radio, des morceaux joués sur scène et des raretés allant de l'époque de Brian Jones à celle de Ron Wood. Il reprend en réalité le contenu de trois albums pirates antérieurs, Beautiful Delilah, Gravestones et Rape of the Vaults, plutôt qu'un programme inédit enregistré pour ce coffret. On y trouve, entre autres, Memphis, Tennessee, Carol, Fannie Mae, Cocksucker Blues, Too Many Cooks et Exile on Main Street Blues. Les pressages n'ayant pas tous les mêmes mentions, il convient de ne pas confondre la période des enregistrements avec une prétendue date unique de sortie de l'anthologie[1].

Thee Satanic Sessions rassemble des prises éparses de la fin des années 1960, auxquelles s'ajoutent des enregistrements allant jusqu'à 1970. Malgré son nom, le disque ne se limite pas aux séances de Their Satanic Majesties Request (1967). Les listes de pistes font notamment apparaître Family, Memo from Turner, Blood Red Wine, Still a Fool, Gimme Shelter, Brown Sugar, Sway ou Schoolboy Blues, titre également connu sous le nom Cocksucker Blues. Les dates indiquées à côté de certains morceaux correspondent aux séances, et non à la commercialisation du disque pirate. Le titre est notamment répertorié comme un CD du label Diabolo Music, sous la référence DIA CD 002[1].

The Trident Mixes ou Trident Demos 1969 réunit des versions de travail liées aux studios londoniens de Trident et à d'autres séances de la fin des années 1960 et du début des années 1970. On y entend des compositions inachevées, des instrumentaux, plusieurs prises de Family et des morceaux tels que Jiving Sister Fanny, I'm Going Down, I Don't Know Why, Hamburger to Go, Downtown Suzie, Blood Red Wine, Travellin' Man, Leather Jacket, Potted Shrimp et Aladdin Story. Les enregistrements ne proviennent donc pas tous d'une seule session en 1969, ni d'une simple audition de Mick Taylor[1].

Ces bandes renseignent sur une période où la formation change de guitariste et où le groupe expérimente des chansons qui ne seront pas nécessairement retenues. Certaines pièces ont acquis ultérieurement un statut officiel sous une autre forme : Aladdin Story est devenue So Divine (Aladdin Story), tandis que Dancing in the Light figure également parmi les suppléments de la réédition d'Exile on Main St. en 2010. Cette réédition comprend toutefois des interventions et des enregistrements complémentaires récents, ce qui interdit de l'assimiler sans nuance aux anciennes prises pirates[25].

Séances de Black and Blue : Reggae 'n' Roll

Reggae 'n' Roll provient des séances de 1974-1975 qui aboutissent à l'album Black and Blue, publié en 1976. Après le départ de Mick Taylor, les Rolling Stones travaillent avec plusieurs guitaristes, parmi lesquels Jeff Beck, Harvey Mandel, Wayne Perkins et Ron Wood. Ces expériences se retrouvent dans des morceaux aux influences reggae, funk, blues et rock. Le disque pirate rassemble sept prises : Sometimes I Wonder Why, Reggae 'n' Roll, Back to the Country, une version instrumentale de Memory Motel, Sexy Night, Black 'n' Blue Jam et Come On Sugar[1],[26].

Plusieurs de ces noms sont provisoires ou employés uniquement par les éditeurs pirates : Sometimes I Wonder Why correspond à Worried About You, Black 'n' Blue Jam à une prise instrumentale de Slave, et Reggae 'n' Roll à Munich Reggae. Le morceau Worried About You sera finalement publié sur Tattoo You en 1981. La réédition officielle enrichie de Black and Blue, parue en novembre 2025, apporte un autre éclairage sur cette période avec I Love Ladies, Shame, Shame, Shame, plusieurs improvisations mettant en valeur les guitaristes invités et un concert de la tournée de 1976 à Earls Court. Elle ne reproduit cependant pas intégralement le contenu du disque pirate Reggae 'n' Roll[1],[26],[27].

Les séances de Some Girls : Some More Girls et Place Pigalle

Les séances parisiennes de 1977-1978 au studio Pathé Marconi fournissent une quantité importante de prises alternatives et de chansons écartées de Some Girls. Plusieurs disques pirates présentent ces bandes sous des titres proches, qui ne désignent pas nécessairement des albums différents du groupe.

Some More Girls, connu notamment par le pressage Lips Records 00791, contient sept morceaux : Lazy Bitch, Time to Go, Miss You, Beast of Burden, Truck Driver Blues, Some Girls et Shaved Stone. Les quatre titres inhabituels correspondent, respectivement, à des versions ou à des désignations de Hang Fire, Everything Is Turning to Gold, Far Away Eyes et I Can't Help It. Le disque donne à entendre le travail de préparation de chansons destinées pour certaines à être publiées sur d'autres albums, parfois plusieurs années plus tard[1].

Place Pigalle rassemble une autre sélection issue de cette période, publiée notamment sur vinyle par Gold Records. Elle comporte des prises de Respectable, The Way She Held Me Tight, I Need You, Fiji Jim, Munich Hilton, Do You Think I Really Care?, Lies, A Different Kind et Shattered. Les pochettes et répertoires de collectionneurs emploient aussi des titres tels que Come Bring Your Electric Guitar, Miss Your Love ou Tattoo Blue pour certaines de ces bandes. Les dénominations Place Pigalle – La Locomotive et Place Pigalle – Some More Girls 2 ont également servi à présenter des ensembles de titres sensiblement identiques ; leurs listes ne doivent pas être comptabilisées comme deux séances distinctes[1].

Ces éditions soulignent la durée et l'abondance du travail en studio des Rolling Stones à cette époque, mais le classement chronologique des pistes demeure délicat : des morceaux enregistrés pendant les séances de Some Girls peuvent être remaniés pour Emotional Rescue (1980) ou Tattoo You (1981). La réédition officielle de Some Girls en 2011 a rendu disponibles douze prises ou compositions supplémentaires, parmi lesquelles Claudine, So Young, Do You Think I Really Care? et No Spare Parts, sans reproduire l'ensemble des bandes diffusées par les pirates[28].

L'histoire de ces disques ne doit pas non plus être confondue avec la controverse provoquée par la pochette de l'album officiel Some Girls : celle-ci représentait notamment des personnalités féminines et fut modifiée après sa commercialisation à la suite de contestations concernant l'utilisation de leurs images. Il ne s'agit pas d'une pochette initialement destinée au seul disque pirate Some More Girls[29].

Titres provisoires et attribution des bandes

L'un des obstacles à l'identification des enregistrements pirates est l'emploi de titres inventés ou provisoires. Les désignations suivantes sont documentées par les catalogues discographiques ; elles ne signifient pas toujours que deux pistes de différents disques utilisent une prise strictement identique[1].

Titre rencontré sur une édition pirate Titre identifié ou généralement retenu Ensemble concerné
Sometimes I Wonder Why Worried About You Reggae 'n' Roll
Reggae 'n' Roll Munich Reggae Reggae 'n' Roll
Back to the Country Cellophane Trouts Reggae 'n' Roll
Sexy Night (I Love the) Lady Reggae 'n' Roll
Black 'n' Blue Jam Slave (version instrumentale) Reggae 'n' Roll
Come On Sugar Let's Do It Right Reggae 'n' Roll
Lazy Bitch Hang Fire Some More Girls
Time to Go Everything Is Turning to Gold Some More Girls
Truck Driver Blues Far Away Eyes Some More Girls
Shaved Stone I Can't Help It Some More Girls
Come Bring Your Electric Guitar Fiji Jim Place Pigalle
Miss Your Love A Different Kind Place Pigalle
Tattoo Blue Munich Hilton (deuxième partie) Place Pigalle

Des éditions pirates aux archives officielles

La mise à disposition de bandes autrefois inédites s'est accélérée à partir de la réédition augmentée d'Exile on Main St. en 2010 et du lancement des archives numériques du groupe en 2011. Celles-ci ont notamment proposé Brussels Affair (1973), le concert de Hampton (1981) et L.A. Friday (1975). La publication des spectacles filmés s'est poursuivie avec Some Girls: Live in Texas '78, Voodoo Lounge Uncut et Steel Wheels Live. Du côté des archives radiophoniques et de studio, On Air, les éditions enrichies de Sticky Fingers, Some Girls, Goats Head Soup et Black and Blue ont ouvert une partie des mêmes répertoires au public dans des versions autorisées[3],[14],[24],[27].

Les concerts confidentiels du club El Mocambo de Toronto, donnés en mars 1977, illustrent toutefois les limites d'un rapprochement automatique : quatre morceaux figuraient sur l'album officiel Love You Live de 1977, mais la prestation intégrale du 5 mars et trois titres du 4 mars n'ont été proposés officiellement qu'en 2022, sur Live at the El Mocambo. L'existence de publications pirates ou d'extraits isolés ne signifie donc pas qu'un concert complet ait effectivement circulé auparavant[30].

De même, une sortie officielle ne restitue pas toujours à l'identique les anciennes bandes de travail. Les éditeurs peuvent choisir des prises différentes, restaurer le son, remixer les enregistrements ou compléter les chansons. Mick Jagger a ainsi indiqué avoir ajouté des paroles, du chant et des percussions à certains titres retrouvés pour la réédition d'Exile on Main St.. Les éditions pirates conservent donc un intérêt documentaire lorsqu'elles permettent de comparer les différentes étapes d'un morceau, mais leur contenu doit être examiné avec prudence, notamment en matière de dates, de provenance et d'attribution[25],[1].

Notes et références

  1. ↑ 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 1,09 1,10 1,11 1,12 1,13 1,14 1,15 et 1,16 (en) Felix Aeppli, « Rolling Stones – Bootlegs and 7" Leftovers » [PDF], sur The Ultimate Guide to the Rolling Stones, (consulté le )
  2. ↑ 2,0 2,1 et 2,2 (en) Kris Needs, « The Rolling Stones 1969: live'r than you’ll ever be », sur Classic Rock, Louder, (consulté le )
  3. ↑ 3,0 3,1 et 3,2 (en) « The Rolling Stones Launch The Rolling Stones Archive », sur PR Newswire, communiqué d'Universal Music Group, (consulté le )
  4. ↑ 4,0 et 4,1 (en) « About TMOQ », sur Trademark of Bowie (consulté le )
  5. ↑ (en) Felix Aeppli, « The Ultimate Guide to the Rolling Stones, 1966–1969 » [PDF], sur The Ultimate Guide to the Rolling Stones (consulté le )
  6. ↑ (en) « The Rolling Stones – Live in Honolulu – 1966 », sur Past Daily (consulté le )
  7. ↑ 7,0 et 7,1 (en) Richie Unterberger, « Live'r Than You'll Ever Be – The Rolling Stones », sur AllMusic (consulté le )
  8. ↑ 8,0 et 8,1 (en) « Rolling Stones' Sticky Fingers Lives Again: Deluxe Reissue Features Extensive Rare Bonus Material », sur Universal Music Canada, (consulté le )
  9. ↑ (en) William Stout, « Trademark of Quality Bootlegs – Part Two », sur William Stout's Journal, (consulté le )
  10. ↑ Denis Nuñez, « Bruxelles, ma belle », sur Section26, (consulté le )
  11. ↑ (en) Nico Zentgraf, « The Rolling Stones Complete Works – 1973 », sur The Rolling Stones Complete Works (consulté le )
  12. ↑ (en) John Harris, « Why a Rolling Stones bootleg is one of my albums of the year », sur The Guardian, (consulté le )
  13. ↑ (en) « The Rolling Stones Reissue Goats Head Soup in Super Deluxe Package », sur Rolling Stone Australia, (consulté le )
  14. ↑ 14,0 14,1 14,2 et 14,3 (en) Joe Marchese, « Rolling Stones Flash Back To 1975 With New Archive Release « LA Friday » », sur The Second Disc, (consulté le )
  15. ↑ (en) « Rolling Stones CD Guide – Handsome Girls », sur It's Only Rock'n Roll, guide discographique (consulté le )
  16. ↑ 16,0 et 16,1 (en) « Eagle Rock Entertainment Presents The Rolling Stones Caught Live at the Top of Their Game « Some Girls Live in Texas 1978 » », sur PR Newswire, communiqué d'Eagle Rock Entertainment, (consulté le )
  17. ↑ 17,0 et 17,1 (en) « 1981 Broadcasts », sur The Rolling Stones Archives Website (consulté le )
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  19. ↑ (en) Felix Aeppli, « The Ultimate Guide to the Rolling Stones, 1994–1997 » [PDF], sur The Ultimate Guide to the Rolling Stones (consulté le )
  20. ↑ 20,0 et 20,1 (en) « The Rolling Stones Announce Archive Concert Film, Voodoo Lounge Uncut, to Be Released November 16 », sur Universal Music Canada, (consulté le )
  21. ↑ (en) « Mick Jagger and Keith Richards: Early « Little Boy Blue and the Blue Boys » recordings », sur Christie's, notice de vente et historique des bandes (consulté le )
  22. ↑ (en) Martin Elliott, « Little Queenie (Little Boy Blue & The Blue Boys) », sur The Rolling Stones Complete Recording Sessions (consulté le )
  23. ↑ (en) « The Rolling Stones, television advertising and pop music in the 1960s », sur Transformation and Tradition in Sixties British Cinema, (consulté le )
  24. ↑ 24,0 et 24,1 (de) « The Rolling Stones: « On Air » », sur Rolling Stone (Allemagne), (consulté le )
  25. ↑ 25,0 et 25,1 (en) Sean Michaels, « The Rolling Stones unearth lost tracks for Exile On Main St reissue », sur The Guardian, (consulté le )
  26. ↑ 26,0 et 26,1 (en) Joe Marchese, « Hand of Fate: The Rolling Stones' « Black and Blue » Goes Super Deluxe with New Steven Wilson Remix, Outtakes, More », sur The Second Disc, (consulté le )
  27. ↑ 27,0 et 27,1 (en) « The Rolling Stones Reissue of Classic 1976 Album « Black and Blue » – Super Deluxe Box Set Out Now », sur Universal Music Canada, (consulté le )
  28. ↑ (en) « Rolling Stones: Some Girls Bigger Than Ever – Set for November 21 Release », sur Universal Music Canada, (consulté le )
  29. ↑ (en) « A Brief History of Musicians Being Sued by Their Album Cover Subjects », sur Pitchfork (consulté le )
  30. ↑ (en) « The Rolling Stones Release Live at the El Mocambo Album », sur Universal Music Canada, (consulté le )

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