Ariella Masboungi

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Ariella Masboungi
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Ariella Masboungi en 2024.
Naissance
Beyrouth (Liban)
Nationalité Française
Profession
Architecte, urbaniste
Formation
Université libanaise
Université Paris-XII
Distinctions
Grand prix de l'urbanisme (2016)

Ariella Masboungi, née en 1948 à Beyrouth, est une architecte et urbaniste française[1]. Ancienne haute fonctionnaire, elle développe au sein du ministère chargé de l'urbanisme les ateliers « Projet urbain », consacrés à l'analyse et à la diffusion d'expériences d'aménagement françaises et étrangères. Elle dirige de nombreux ouvrages sur la ville et les territoires et reçoit le Grand prix de l'urbanisme en 2016[2].

Biographie

Formation et débuts professionnels

Ariella Masboungi étudie l'architecture à l'Université libanaise, où elle obtient son diplôme en 1973. Elle poursuit sa formation en France et obtient en 1975 un diplôme d'urbanisme à l'université Paris-XII, ainsi que le titre d'architecte diplômé par le gouvernement, ou DPLG[1].

Elle commence sa carrière à la direction départementale de l'Équipement de la Moselle, où elle travaille de 1975 à 1978 sur les lotissements et leurs espaces collectifs. Elle rejoint ensuite le Service technique de l'urbanisme à Paris[3]. Après avoir réussi le concours d'urbaniste de l'État en 1980, elle exerce à l'agence d'urbanisme de l'agglomération marseillaise, dont elle devient directrice adjointe[1].

Administration et enseignement

De retour dans l'administration centrale, elle est chargée de mission auprès du directeur de l'urbanisme et de l'architecture du ministère de l'Équipement à partir de 1990[1]. Jean Frébault lui confie la mission « Projet urbain », dont elle anime les ateliers de 1992 à 2016, d'abord avec l'architecte Christian Devillers[3],[4].

Nommée inspectrice générale du développement durable en 2010, elle exerce au Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD)[1]. Elle y conçoit et anime les « Matinées du CGEDD », lancées en janvier 2011. Ces rencontres rapprochent les questions d'aménagement d'autres enjeux du développement durable et réunissent professionnels, chercheurs, agents publics et élus[1].

Elle préside l'École d'architecture de la ville et des territoires à Marne-la-Vallée de 1999 à 2004 et est professeure associée à l'Institut français d'urbanisme de 2005 à 2014[3]. En 2017, elle est titulaire de la chaire interuniversitaire BSI-citydev.brussels, à Bruxelles, consacrée aux leçons du projet urbain[5].

Projet urbain et diffusion des pratiques

D'abord consacrés à la transformation des grands ensembles, les ateliers « Projet urbain » s'élargissent à la ville et aux territoires, en confrontant les expériences de concepteurs, d'aménageurs et d'élus[4]. Le politiste Gilles Pinson souligne leur contribution à une approche souple, évolutive et attentive aux contextes, différente du fonctionnalisme des décennies précédentes[4].

Les rencontres alternent débats thématiques à Paris et visites d'agglomérations. Elles abordent notamment les apports du paysage, de l'art contemporain et de la lumière à l'aménagement, ainsi que les rapports entre ville et automobile. Des expériences de Nantes, Lille, Bilbao, Barcelone ou Lisbonne alimentent les échanges. Les ateliers donnent lieu à la collection d'ouvrages « Projet urbain », destinée à conserver et à transmettre leurs enseignements[2].

Ariella Masboungi participe aussi, avec Jean Frébault, à la refondation du Grand Prix de l'urbanisme[2]. Elle en assure la conduite au ministère de 1998 à 2015, puis poursuit la direction des ouvrages consacrés aux lauréats, notamment avec Antoine Petitjean[6]. Elle contribue également à la création du Palmarès des jeunes urbanistes, lancé en 2005[3].

Membre du Club Ville Aménagement depuis sa création en 1993[3], elle y conduit des études et anime les conférences « 5 à 7 ». Ces rencontres abordent des questions de société et les évolutions des pratiques d'aménagement[7].

Travaux et publications

Conception de la ville

Pour Ariella Masboungi, le projet urbain ne se réduit pas à une opération de construction ou à un plan : il doit relier les habitants, les fonctions et les espaces à partir d'une vision politique du territoire. Elle défend des projets capables d'évoluer avec les usages, la réutilisation des bâtiments existants et la prise en compte des initiatives locales. Elle critique, à l'inverse, les opérations uniformes et figées qui reproduisent les mêmes formes indépendamment des lieux[4]. Elle rassemble ses réflexions sur cette démarche dans Le plaisir de l'urbanisme, publié à la suite de l'attribution du Grand Prix de l'urbanisme[8].

Ses travaux explorent aussi les liens entre aménagement et énergie. Dans l'ouvrage collectif L'énergie au cœur du projet urbain (2014), qu'elle dirige, les choix énergétiques sont envisagés à l'échelle du quartier et du territoire, en articulant bâtiments, déplacements et ressources locales. L'aménageur y est appelé à coordonner les acteurs et à organiser les échanges d'énergie, au-delà de la performance de chaque bâtiment pris isolément[9].

La ville pas chiante : alternatives à la ville générique (2021), réalisé avec Antoine Petitjean, rassemble des expériences qui privilégient la diversité des usages, l'imprévu et la transformation de l'existant. Dans sa recension, le sociologue Alain Bourdin y voit un panorama des nouvelles pratiques urbaines plutôt qu'un manuel ou une doctrine. Il interroge toutefois la place accordée aux lieux de proximité et de séjour, qui ne doivent pas faire oublier les mobilités et les libertés offertes par la ville. Christian de Portzamparc souligne la diversité des démarches présentées, tout en mettant en garde contre une condamnation trop générale des règlements d'urbanisme[10].

Territoires peu denses et égalité des usages

Avec Guillaume Hébert, Ariella Masboungi publie en 2024 Les territoires oubliés : un futur désirable, issu d'une étude du Club Ville Aménagement. L'ouvrage s'intéresse aux espaces peu denses situés hors des grandes métropoles, à leurs initiatives locales et aux possibilités de reconversion de leur patrimoine. Il rapproche les expériences françaises de démarches menées dans plusieurs pays européens, afin d'examiner d'autres manières d'aménager que les grandes opérations métropolitaines[11].

Elle travaille par ailleurs sur l'urbanisme féministe et copilote le groupe consacré à ce sujet au Club Ville Aménagement pour le cycle 2023-2025[7]. Elle défend une conception de la ville plus attentive aux usages des femmes, notamment en matière de déplacements, de sécurité et d'accès à l'espace public, en considérant que cette approche peut améliorer les conditions de vie de l'ensemble des habitants[12].

Ouvrages choisis

Cette sélection comprend des ouvrages écrits, coécrits ou dirigés par Ariella Masboungi.

  • Penser la ville par le paysage, sous sa direction, Éditions de la Villette, 2002[3].
  • Penser la ville par l'art contemporain, sous sa direction, Éditions de la Villette, 2004[3].
  • Un urbanisme des modes de vie, avec Alain Bourdin, Le Moniteur, 2004[13].
  • Agir sur les grands territoires, avec David Mangin, Le Moniteur, 2009[3].
  • L'énergie au cœur du projet urbain, sous sa direction, Le Moniteur, 2014[9].
  • Le plaisir de l'urbanisme : Grand Prix de l'urbanisme 2016, Parenthèses, 2017[8].
  • Berlin : le génie de l'improvisation, sous sa direction, avec la collaboration d'Antoine Petitjean, Parenthèses, 2017[14].
  • La ville pas chiante : alternatives à la ville générique, avec Antoine Petitjean, Le Moniteur, 2021[10].
  • Les territoires oubliés : un futur désirable, avec Guillaume Hébert, Le Moniteur, 2024[15].

Distinctions

Le jury lui attribue à l'unanimité le Grand Prix de l'urbanisme le 31 mars 2016. Il récompense son travail de médiation entre les disciplines et les acteurs de la ville, ainsi que la diffusion d'expériences d'aménagement par les ateliers et les publications[2]. Emmanuelle Cosse, ministre du Logement et de l'Habitat durable, lui remet le prix le 1er décembre 2016[16].

Ariella Masboungi reçoit également la grande médaille d'urbanisme de l'Académie d'architecture[17]. Elle est nommée officier de l'ordre national du Mérite par décret du 14 novembre 2008[18] et promue officier de la Légion d'honneur par décret du 3 avril 2015[19].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 et 1,5 Charles Centofanti, « Une ouverture sur le monde, qui échappe à tout catéchisme », Échos CGEDD, n° 69, avril 2013, p. 4-5, notamment l'encadré « Le parcours d'Ariella Masboungi ».
  2. ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 Ministère du Logement et de l'Habitat durable, « Le Grand Prix de l'urbanisme 2016 décerné à Ariella Masboungi », IGEDD, 7 avril 2016, mis à jour le 14 juin 2022.
  3. ↑ 3,0 3,1 3,2 3,3 3,4 3,5 3,6 et 3,7 Ariella Masboungi, Le plaisir de l'urbanisme : Grand Prix de l'urbanisme 2016, Marseille, Parenthèses, 2017, ISBN 978-2-86364-216-0, p. 24-25 et 166-169.
  4. ↑ 4,0 4,1 4,2 et 4,3 Gilles Pinson, « Ariella Masboungi », Cambo, n° 21, mai 2022.
  5. ↑ Chambre des urbanistes de Belgique, « 18.04. Leçon inaugurale de la chaire interuniversitaire BSI-citydev.brussels », 10 avril 2017.
  6. ↑ Ariella Masboungi, « Le Grand Prix de l'urbanisme : faire bouger les lignes pour agir sur le monde de demain », Urbanisme Francophonie, sections « À propos d'Ariella Masboungi » et « Concernant le grand prix de l'urbanisme ».
  7. ↑ 7,0 et 7,1 Club Ville Aménagement, 11es Entretiens de l'aménagement, Lyon, 26-27 juin 2025 : programme, 2025, p. 41-42 et 50.
  8. ↑ 8,0 et 8,1 « Le plaisir de l'urbanisme », Éditions Parenthèses, notice éditoriale, parution en janvier 2017.
  9. ↑ 9,0 et 9,1 « La question énergétique : une approche originale par le projet urbain », EPA Paris-Saclay, 27 novembre 2014, mis à jour le 6 janvier 2022.
  10. ↑ 10,0 et 10,1 Alain Bourdin et Christian de Portzamparc, « La ville pas chiante », Urbanisme, 2 novembre 2021.
  11. ↑ Stéphanie Chemla, « Territoires oubliés, territoires inspirants ? », Horizons publics, 10 juin 2024.
  12. ↑ Ariella Masboungi, « L'urbanisme féministe, pour un droit à la ville pour tous », Urbanisme, 28 octobre 2025.
  13. ↑ « Un urbanisme, des modes de vie, Ariella Masboungi et Alain Bourdin », Club Ville Aménagement, 9 septembre 2004.
  14. ↑ « Berlin : le génie de l'improvisation », Éditions Parenthèses, notice éditoriale, parution en octobre 2017.
  15. ↑ « Territoires oubliés, Ariella Masboungi, Guillaume Hébert », Club Ville Aménagement, 8 février 2024.
  16. ↑ « Emmanuelle Cosse remet le Grand Prix de l'urbanisme 2016 et le palmarès des jeunes urbanistes », Batinfo, 6 décembre 2016, source : ministère du Logement.
  17. ↑ « Speakers : Ariella Masboungi », IFLA World Congress 2025, notice biographique.
  18. ↑ Décret du 14 novembre 2008 portant promotion et nomination, Journal officiel de la République française, 15 novembre 2008, section « Ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire », grade d'officier.
  19. ↑ Décret du 3 avril 2015 portant promotion et nomination, Journal officiel de la République française, n° 81, 5 avril 2015, texte n° 4, section « Logement, égalité des territoires et ruralité ».

Article publié sur Wikimonde Plus