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Caractéristiques linguistiques de l'espéranto

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Fundamento de Esperanto, publié en 1905

En tant que langue construite, l'espéranto n'est généalogiquement rattaché à aucune famille de langues vivantes. Cependant, une part de sa grammaire et l'essentiel de son vocabulaire portent à le rattacher aux langues indo-européennes. Ce groupe linguistique a constitué le répertoire de base à partir duquel Ludwik Lejzer Zamenhof a « composé » la langue internationale.

Cependant, le type morphologique de l'espéranto l'écarte significativement des langues indo-européennes, qui sont largement à dominante flexionnelle. En effet, il consiste en monèmes invariables qui se combinent sans restriction, ce qui l'apparente aux langues isolantes. En espéranto, comme en chinois, on dérive « mon » (mia), de « je » (mi) et « premier » (unua) de « un » (unu). Sa tendance à accumuler, sans en brouiller les limites, des morphèmes porteurs d'un trait grammatical distinct le rapproche aussi des langues agglutinantes.

Phonétique et écriture

Article détaillé : Alphabet de l'espéranto.

L'espéranto possède vingt-huit phonèmes : cinq voyelles et vingt-trois consonnes. Ils sont transcrits au moyen d'un alphabet de vingt-huit lettres : vingt-deux lettres de l'alphabet latin (q, w, x et y ne sont pas utilisés, sauf dans les expressions mathématiques), et six lettres utilisant deux diacritiques (accent circonflexe et brève), propres à l'espéranto : ĉ, ĝ, ĥ, ĵ, ŝ, ŭ. L'orthographe est parfaitement phonologique : chaque lettre représente invariablement un seul phonème.

En plus de leur rôle premier de transcription, les lettres diacritées visent à rappeler en espéranto l'orthographe ou la prononciation de plusieurs langues européennes. Par exemple, poŝto « poste », rappelle graphiquement et phonétiquement le mot pošta du tchèque, du slovaque, du slovène, du serbo-croate, mais aussi par la graphie les mots français, anglais, néerlandais, allemand poste, post, post, Post, et par le son le bulgare поща (prononcé ['pɔʃtɐ]). L'espéranto aboutit souvent ainsi à un compromis rappelant plusieurs langues sources : ainsi ĝardeno [d͡ʒarˈdeno] rappelle le français jardin, l'allemand Garten, le néerlandais gaarden et l'anglais garden.

Les lettres diacritées peuvent poser quelques problèmes typographiques à l'imprimerie ou l'informatique (plus particulièrement avec les systèmes informatiques anciens). Le Fundamento de Esperanto (adopté lors du Premier congrès mondial d'espéranto en 1905 à Boulogne-sur-Mer) préconise dans ce cas de remplacer les lettres diacritées par des digrammes composés de la lettre de base suivie d'un h, les éventuelles ambiguïtés étant levées par l'ajout d'un tiret entre les monèmes. Pour la commodité de certains traitements informatiques, le h est parfois remplacé par un x. Les trois systèmes (ŝ, sh, sx) coexistent sur Internet.

La langue comporte un accent tonique toujours situé sur l'avant-dernière syllabe des mots. Le système vocalique comporte cinq timbres : a e i o u, correspondant aux valeurs du français a é i o ou, comme dans de nombreuses langues, sans distinction de quantité.

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Extraits du discours de Zamenhof en 1905
Fichier:Bulonjaprelego.ogg

Le cadre sonore à droite, permet d'écouter un court extrait du discours de Zamenhof prononcé lors du premier congrès mondial d'espéranto en 1905 à Boulogne-sur-Mer (wikisource). Cet extrait lu par Claude Piron a été enregistré lors de la rencontre commémorative de 2005 à Boulogne-sur-Mer. Ces extraits sont reproduits et traduits dans la page de description du fichier.

Voyelles

Antérieure Centrale Postérieure
Fermée i i u u
Moyenne e e o o
Ouverte a a

Consonnes

  Bilabiale Labio-dentale Labio-vélaire Dentale Alvéolaire Post-alvéolaire Palatale Vélaire Glottale
Occlusive p p b b     t t d d       k k ɡ g  
Nasale m m     n n          
Affriquée         t͡s c t͡ʃ ĉ d͡ʒ ĝ      
Fricative   f f v v     s s z z ʃ ŝ ʒ ĵ   x ĥ h h
Latérale         l l        
Roulée         r r        
Approximante     w ŭ       j j    

Remarques

  • Lorsqu'une case contient deux signes, le premier désigne une consonne sourde et le second la consonne sonore correspondante.
  • L'affriquée dz n'est pas répertoriée dans la liste habituelle des consonnes, mais se rencontre néanmoins dans quelques mots tels que edzo « époux ». Elle peut être considérée comme un groupe de consonnes.
  • j et ŭ comme semi-voyelles peuvent former le second élément de diphtongues phonétiques : aj, ej, oj, uj, , . D'un point de vue phonologique cependant, ces diphtongues s'analysent comme des combinaisons de phonèmes. Une évolution relativement récente utilise ŭ pour transcrire le son [w] dans les noms propres (Ŭato, Watt ; mais Vaŝingtono, Washington).
  • L'espéranto étant parlé par des personnes de langues maternelles différentes, il existe des allophones. Notamment, la prononciation de e varie entre [e] et [ɛ], celle de o entre [o] et [ɔ], et r peut-être prononcé [r], [ɾ] ou [ʁ] (c'est-à-dire comme en russe, en espagnol ou en français).

Transcription en braille

Comme pour toutes les langues utilisant des lettres diacritées, le braille dispose d'une transcription adaptée à ces caractères.

Signuno

Signuno est une adaptation à l'espéranto de la langue des signes internationale pour les sourds.

Grammaire

La célèbre grammaire du site d'apprentissage en ligne Lernu!
Article détaillé : Grammaire de l'espéranto.

La grammaire de l'espéranto se base sur seize principes énoncés dans le Fundamento de Esperanto, adopté comme référence intangible au premier Congrès Universel d'Espéranto de Boulogne-sur-Mer en 1905. Ils ne constituent cependant qu'un cadre dans lequel ont été progressivement dégagées des règles plus détaillées.

Substantifs, adjectifs et adverbes dérivés

Un mot se forme en ajoutant à un radical des morphèmes invariables signalant chacun un trait grammatical précis :

Le pluriel (-j) puis l'accusatif (-n) suivent la terminaison du substantif ou de l'adjectif, ce qui donne les terminaisons -oj, -on, -ojn, -aj, -an, -ajn. L'adjectif s'accorde en nombre et en cas avec le substantif auquel il se rapporte.

L'accusatif a pour fonction essentielle de marquer le complément d'objet direct (Ili konstruas grandan domon « Ils construisent une grande maison »), et indique aussi le changement de lieu, de position ou d'état (Mi iras Parizon « Je vais à Paris », ŝanĝi akvon en glacion « changer l'eau en glace »). Une particularité de l'espéranto est que dans cet emploi l'accusatif peut également s'ajouter à l'adverbe dérivé. Enfin, l'accusatif a également une fonction « joker »: de même que la préposition je, il s'emploie en cas de doute, ou pour remplacer une préposition, et marque alors simplement la dépendance syntaxique (tiu tablo estas longa je du metroj - tiu tablo estas du metrojn longa « Cette table fait deux mètres de long »; oni pendigis lin kun la kapo malsupren - oni pendigis lin kapon malsupren « On l'a pendu la tête en bas »)[1].

L'ordre des mots n'intervient pas dans la distinction entre sujet et objet, entièrement assurée par l'accusatif. On a ainsi :

La patrino kisas la infanon. - La infanon kisas la patrino. - La patrino la infanon kisas. - La infanon la patrino kisas. - Kisas la patrino la infanon. - Kisas la infanon la patrino.

Dans ce premier exemple, la phrase signifie à chaque fois « La mère embrasse l'enfant. »

La patrinon kisas la infano. - La infano kisas la patrinon. - La patrinon la infano kisas. - La infano la patrinon kisas. - Kisas la patrinon la infano. - Kisas la infano la patrinon.

Dans ce second exemple, la phrase signifie à chaque fois « L'enfant embrasse la mère. »

Les autres fonctions syntaxiques sont indiquées par des prépositions.

Comme l'anglais, l'espéranto ne connaît pas le genre grammatical, mais fait des distinctions de sexe dans son lexique. Dans ce cas, le sexe féminin est marqué par le suffixe -in-, tiré de l'allemand et du néerlandais -in (ex. frato « frère » - fratino « sœur », vulpo « renard » - vulpino « renarde »)[2].

Verbes

Article détaillé : Conjugaisons en espéranto.

Les verbes se caractérisent par une série de marques qui forment une conjugaison mêlant des valeurs temporelles et modales :

  • -i pour l'infinitif,
  • -as pour le présent,
  • -is pour le passé,
  • -os pour le futur,
  • -us pour le conditionnel,
  • -u pour le volitif.

À noter que a, i et o ont été repris des préfixes de même sens en volapük.

Ces terminaisons permettent d'exprimer n'importe quel concept sous forme de verbe : muziko « musique » → li muzikas « il joue de la musique », ĝoja « gai » → ĝoji « se réjouir ». Cette possibilité est notamment exploitée pour former des verbes d'état à partir d'adjectifs : « elle est belle » peut se dire aussi bien ŝi belas que ŝi estas bela.

Le conditionnel est le mode du fictif, de l'irréel ; il s'emploie aussi bien en proposition principale qu'en proposition subordonnée : Mi povus, se mi volus. « Je pourrais si je voulais ». L'éventualité est plutôt rendue par le futur : Morgaŭ eble pluvos. « Il se peut qu'il pleuve demain. Il pleuvra peut-être demain ».

Le volitif est le mode de l'expression de la volonté ; il correspond en français à l'impératif (Atendu ! « Attends! Attendez ! ») et à certains usages du subjonctif quand il exprime un désir, un souhait, une volonté, ou une exigence (Li venu. « Qu'il vienne. » Kien ni iru? « Où faut-il que nous allions ? », Mi proponas ke ni laboru kune. « Je propose que nous travaillions ensemble »).

Le système verbal comporte également des participes présents, passés et futurs, marqués respectivement par -ant-, -int- et -ont- pour la voix active et -at-, -it- et -ot- pour la voix passive. Ils peuvent se combiner à l'auxiliaire esti pour former des temps composés qui expriment l'aspect progressif avec les participes présents, le passé récent avec les participes passés, le futur proche avec les participes futurs. En pratique, l'usage de ces temps composés est assez restreint, surtout à l'actif, la préférence allant à l'usage d'adverbes temporels[3].

À l'inverse du français, mais à l'instar des langues slaves, l'espéranto ne pratique pas la concordance des temps : Mi ne sciis ke li venos. « Je ne savais pas qu'il viendrait ».

La transitivité des verbes en espéranto est généralement fixée, et il n'est pas possible de déduire régulièrement si un verbe formé par simple ajout des marques de conjugaison à un radical est ou non transitif. En revanche, deux suffixes permettent d'en modifier la valence :

  • -ig- indique que l'on provoque une action et transforme un verbe intransitif en transitif (causatif)
  • -iĝ- indique un changement interne, et transforme un verbe transitif en intransitif (décausatif). Exemples[4] :
  • turni « tourner (quelque chose) » - turnigi « faire tourner » - turniĝi « tourner (faire un ou plusieurs tours) » ;
  • sidi « être assis » - sidigi « asseoir » - sidiĝi « s'asseoir » ;
  • blanki « être blanc » - blankigi « blanchir (rendre blanc) » - blankiĝi « blanchir (devenir blanc) ».

Par ailleurs, la préfixation d'une préposition aboutit généralement à transitiver un verbe intransitif :

  • naĝi « nager » → tranaĝi « traverser à la nage » ;
  • plori « pleurer (être en pleurs) » → priplori « pleurer (quelque chose) ».

D'autres affixes permettent d'exprimer diverses nuances d'aspect :

  • le préfixe ek- pour l'aspect inchoatif (action commençante, entrée dans un état): dormi « dormir » → ekdormi « s'endormir » ;
  • le suffixe -ad- pour l'aspect duratif (action prolongée) : labori « travailler » → laboradi « travailler sans arrêt » ;
  • le préfixe re- pour l'aspect itératif (action répétée) : legi « lire » → relegi « relire ».

Mots-outils

Pronoms personnels et possessifs

La personne grammaticale s'exprime par la série suivante de pronoms personnels: mi « je », vi « tu/vous »[5], li « il » (pour un être vivant de sexe masculin), ŝi « elle » (pour un être vivant de sexe féminin), ĝi « il/elle » (pour les êtres vivants de sexe indéterminé ou les choses), si « soi » ou « se » (réfléchi), ni « nous », ili « ils/elles/eux » (pour tous les cas), oni « on ». Tous prennent la marque de l'accusatif, le cas échéant. Les possessifs en dérivent par l'ajout de la marque d'adjectif -a : mia « mon, ma », nia « notre », etc. Les possessifs prennent les marques du pluriel et de l'accusatif, le cas échéant. Seul si n'est pas utilisé en position de sujet.

Article

L'espéranto utilise l'article défini invariable la. Il n'y a ni article indéfini, ni article partitif.

Corrélatifs

L'espéranto utilise également comme déterminants un ensemble de pronoms-adjectifs assemblés systématiquement à partir d'une initiale et d'une finale caractéristiques :

D'autres finales produisent des adverbes circonstanciels: -e (lieu), -am (temps), -el (manière), -al (cause), -om (quantité). Les mots formés sur ces bases sont désignés collectivement comme corrélatifs ou (en espéranto même) tabel-vortoj[6].

Ainsi par exemple :

  • kiu signifie « qui » ou « quel »,
  • ĉiu signifie « chacun » ou « chaque »,
  • neniu signifie « personne » ou « aucun »,
  • iam signifie « à un moment »,
  • ĉiam signifie « toujours »,
  • neniam signifie « jamais ».

Particules invariables

L'espéranto recourt également à diverses particules invariables dans l'organisation de la phrase: il s'agit de conjonctions de coordination (kaj « et », « ou », do « donc », sed « mais »...) ou de subordination (ke « que », ĉar « parce que », dum « pendant que », se « si »...) qui précisent les rapports entre propositions, et des adverbes simples à valeur spatiale, temporelle, logique ou modale. Par exemple, ne marque la négation, et ĉu marque l'interrogation globale.

Syntaxe de phrase

Comme en russe ou en latin, l'ordre des mots est plutôt libre en espéranto. Grâce à la marque -n du complément d'objet (accusatif), l'espéranto accepte toutes les constructions (SOV, VSO, OSV, etc.). Le plus fréquent, bien que n'étant pas obligatoire, est l'ordre sujet-verbe-objet suivi du complément circonstanciel. L'usage d'autres dispositions est courant notamment en cas de mise en relief afin de placer l'élément le plus important en début de phrase. Il existe cependant certaines règles et tendances bien établies[7]:

  • L'article défini se place au début du groupe nominal.
  • L'adjectif précède généralement le substantif.
  • Les prépositions se placent au début du groupe prépositionnel.
  • Les adverbes précèdent généralement l'expression qu'ils modifient.
  • Les conjonctions précèdent la proposition qu'elles introduisent.

D'une manière générale, on peut dire que l'ordre des syntagmes est libre mais que la disposition des morphèmes à l'intérieur d'un syntagme est fixé par l'usage.

Certaines tendances expressives peuvent sembler peu communes par rapport à l'usage du français :

  • Les prépositions sont volontiers préfixées au verbe, produisant des doublets entre formulation intransitive avec groupe prépositionnel et formulation transitive à verbe préfixé: Ni diskutos pri la afero ~ Ni pridiskutos la aferon. « Nous discuterons de l'affaire. » (Tous les verbes à préposition préfixée ne forment cependant pas doublet : par exemple, altiri « attirer » diffère de tiri al « tirer à ».)
  • Un syntagme peut facilement se condenser en mot composé: Knabo kun bluaj okuloj. ~ Bluokula knabo. « Un garçon aux yeux bleus. »
  • L'emploi de l'adverbe dérivé (issu de l'usage poétique) est très étendu dans la langue courante (orale comme écrite).

Du fait de l'absence de restriction sur la combinaison des monèmes, une même phrase peut se formuler de multiples façons:

  • Mi enigis ĉion en la komputilon. ~ Mi enkomputiligis ĉion. ~ Mi ĉion enkomputiligis. « J'ai tout introduit dans l'ordinateur. »
  • Mi iros al la hotelo per biciklo. ~ Mi alhotelos bicikle. ~ Mi biciklos hotelen. « J'irai à l'hôtel à vélo. »
  • Mi iros al la kongreso per aŭto. ~ Mi alkongresos aŭte. ~ Mi aŭtos kongresen. « J'irai au congrès en voiture. »
  • Ni estas de la sama opinio. ~ Ni havas la saman opinion ~ Ni samopinias. « Nous sommes du même avis. »

L'espéranto peut ainsi alternativement se montrer synthétique ou analytique.

Vocabulaire

Dictionnaire

Sources lexicales

Bien qu'étant une langue construite, l'espéranto, tire ses bases lexicales de langues existantes (essentiellement indo-européennes): c'est ce que l'on appelle une langue construite a posteriori. Les principales sources sont, par importance décroissante[8]:

Les mots provenant d'autres langues désignent surtout des réalités culturelles spécifiques: boaco « renne » (du same), jogo « yoga » (du sanskrit), haŝioj « baguettes (pour manger) » (du japonais), etc.

Les morphèmes grammaticaux doivent beaucoup au latin (participes en -nt- et -t-, nombreux adverbes et prépositions, série des numéraux) et dans une moindre mesure au grec ancien (j du pluriel, n de l'accusatif, conjonction kaj « et »). Une partie est construite a priori sans référence évidente à des langues existantes (le pronom personnel ĝi, le suffixe -uj- dénotant un contenant total...), ou profondément remanié à partir d'éléments rappelant ceux de langues préexistantes, comme la série des corrélatifs.

Zamenhof a suivi diverses méthodes pour adapter ses sources lexicales à l'espéranto. Le plus grand nombre a été simplement adapté à la phonétique et l'orthographe de la langue, tantôt davantage à partir de la prononciation (ex. trotuaro du français trottoir; beleco « beauté » de l'italien bellezza ; ŝuo « chaussure » de l'anglais shoe, le néerlandais schoen, et de l'allemand Schuhe), tantôt à partir de la forme écrite (ex. semajno « semaine », soifi « avoir soif » empruntés au français ; birdo « oiseau », teamo « équipe » empruntés à l'anglais). Lorsque plusieurs de ses sources comportaient des mots proches par la forme et le sens, Zamenhof a souvent créé un moyen terme (ex. ĉefo « chef », cf. français chef / anglais chief ; forgesi « oublier », cf. allemand vergessen / néerlandais vergeten / anglais to forget ; gliti « glisser », cf. français glisser / allemand gleiten / néerlandais glijden / anglais to glide ; lavango « avalanche », cf. français avalanche / italien valanga / allemand Lawine ; najbaro « voisin », cf. allemand Nachbar / néerlandais nabuur / anglais neighbour).

Les radicaux sont parfois davantage altérés que ne le nécessiterait la simple adaptation phonétique ou orthographique[9] :

  • pour éviter d'avoir des radicaux homophones : lafo « lave (volcanique) » car lavi signifie « laver », pordo « porte » car la racine port appartient déjà au verbe porti qui signifie « porter »
  • pour différencier plusieurs sens : pezi « peser (être pesant) » / pesi « peser (mesurer le poids) » du français peser, helico « hélice » / heliko « escargot » du latin helix
  • pour éviter des confusions avec des affixes ayant déjà un autre sens en espéranto: mateno « matin » (-in- marquant le sexe féminin), rigardi « regarder » (re- marquant la répétition)
  • pour abréger des mots longs: asocio « association », terni « éternuer ».

Le vocabulaire de l'espéranto comprenait quelques centaines de radicaux dans le Fundamento de Esperanto de 1905. En 2002, après un siècle d'usage, le plus grand dictionnaire monolingue espérantiste (Plena Ilustrita Vortaro de Esperanto), en comprend 16 780 correspondant à 46 890 éléments lexicaux.

Formation des mots

La formation des mots espéranto est traditionnellement décrite en termes de dérivation lexicale par affixes et de composition. Cette distinction est cependant relative, dans la mesure où les « affixes » sont susceptibles de s'employer aussi comme radicaux indépendants : ainsi le diminutif -et- forme l'adjectif eta « petit (avec idée de faiblesse) », le collectif -ar- forme le nom aro « groupe », le causatif -ig- forme le verbe igi « faire, rendre », etc.

Les deux principes essentiels de formation des mots sont :

  • l'invariabilité des radicaux : contrairement à ce qui peut se passer par exemple en français, en anglais, en allemand... la dérivation ne provoque aucune altération interne des monèmes : vidi « voir », vido « vue », nevidebla « invisible »
  • l'ordre de composition où l'élément déterminant précède le déterminé : kantobirdo « oiseau chanteur » et birdokanto « chant d'oiseau », velŝipo « bateau à voile, voilier » et ŝipvelo « voile de bateau », centjaro « centenaire (= centième année) » et jarcento siècle « (= centaine d'années) ».

En théorie, il n'existe pas d'autre limite que sémantique à la combinatoire des radicaux. Il en résulte un certain schématisme qui aboutit à la formation systématique de longues séries sur le même modèle, parfois sans équivalent direct dans d'autres langues. Par exemple :

  • à côté de samlandano « compatriote » et samklasano « camarade de classe », il existe samideano « partisan du même idéal » et samaĝulo « personne du même âge »
  • pour exprimer le fait de prendre une couleur, le français possède « rougir, jaunir, verdir, bleuir, blanchir, brunir, noircir ». L'espéranto possède comme équivalents respectifs ruĝiĝi, flaviĝi, verdiĝi, bluiĝi, blankiĝi, bruniĝi, nigriĝi mais le procédé y est illimité : griziĝi « devenir gris », oranĝiĝi « devenir orange », etc.
  • il est possible de former le contraire de n'importe quelle notion par le préfixe très fréquent mal- : ĝoja « gai » ~ malĝoja « triste », helpi « aider » ~ malhelpi « gêner », multe « beaucoup » ~ malmulte « peu », etc.[10]

Ce schématisme a pour effet de diminuer le nombre de radicaux nécessaires à l'expression au profit de dérivés, réduisant ainsi la composante immotivée du lexique. Le procédé pouvant parfois paraître lourd, la langue littéraire a cependant introduit quelques radicaux alternatifs à titre de variantes stylistiques : par exemple olda « vieux » peut doubler maljuna (formé sur juna « jeune ») ou malnova (formé sur nova « neuf, nouveau »). L'usage courant tend cependant à préférer les dérivés[11],[12],[13].

Le système de dérivation s'adapte aisément aux besoins en mots nouveaux. Ainsi, du mot reto (« réseau, filet »), on a extrait le radical ret- pour former tout un ensemble de mots liés à Internet : retadreso (« adresse de courriel »), retpirato (« pirate informatique »), etc.

Exemples

Quelques mots de base

Mot Traduction Prononciation
Transcription phonétique selon l'usage de l'API. Transcription phonétique selon l'usage du français.
terre tero ˈteɾo ro
ciel ĉielo ʧiˈelo tchiélo
eau akvo ˈakvo akvo
feu fajro ˈfajɾo fayro
homme (être humain masculin) viro ˈviɾo viro
femme (être humain féminin) virino viˈɾino virino
manger manĝi ˈmanʤi manedji
boire trinki ˈtɾinki trineki
grand granda ˈgɾanda graneda
petit (dans le sens inverse de grand) malgranda malˈgɾanda malgraneda
nuit nokto ˈnokto nokto
jour tago ˈtago tago
papa paĉjo ˈpaʧjo patchyo
maman panjo ˈpanjo panyo
frère frato ˈfɾato frato
sœur fratino fɾaˈtino fratino
langue (organique) lango ˈlanɡo lanego
langue (orale) lingvo ˈlinɡvo linegvo

Texte analysé en constituants

La akcento êtreas sur la avantdernièrea silabo. La kernon de la silabo formeras vokalo. Vokaloj joueras grandan rôleon en la ritmo de la parolo. Substantivoj finas par -o, adjektivoj par -a. La signeo de la pluralo êtreas -j. La pluralo de « derniera moto » êtreas « dernieraj motoj ».

« -o » = substantifs/« -a » = adjectifs/« -j » = pluriel/« -n » = accusatif'

Traduction : L'accent est sur l'avant-dernière syllabe. Le cœur de la syllabe est formé par une voyelle. Les voyelles jouent un grand rôle dans le rythme de la parole. Les substantifs finissent par -o, les adjectifs par -a. La marque du pluriel est -j. Le pluriel de « lasta vorto » (« dernier mot ») est « lastaj vortoj ».

Notes et références

  1. Joguin 2001, p. 61-67
  2. Cette distinction ne se fait que pour les êtres vivants de sexe déterminé ; il s'agit bien d'une distinction de sexe et non de genre grammatical.
  3. Joguin 2001, p. 112-115
  4. Joguin 2001, p. 127-135
  5. La distinction T(u)-V(ous) n'existe pas en espéranto ; bien qu'il existe cependant une deuxième personne du singulier, (ci), elle ne s'emploie réellement qu'en poésie. (Joguin 2001, p. 144)
  6. Littéralement « mots de tableau », d'après la forme sous laquelle sont souvent présentés ces outils grammaticaux.
  7. Joguin 2001, p. 106-107
  8. Janton 1994, p. 56
  9. Janton 1994, p. 57
  10. Voir aussi négation (linguistique)#En espéranto.
  11. Janton 1994, p. 85 et Joguin 2001, p. 260
  12. Création de termes (vortfarado)
  13. Quelques problèmes de la traduction

Voir aussi

Bibliographie

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