L'Informatique au service des handicapés

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L'informatique au service des handicapés
Auteur Patrick Collignon
Genre Guide pratique
Sujet Informatique adaptée et handicap
Version originale
Langue Français
Éditeur OEM-Eyrolles
Collection Guide de référence
Lieu de parution Paris
Date de parution 29 mai 2003
Nombre de pages 296
ISBN 978-2-7464-0483-0

L'informatique au service des handicapés est un guide pratique de Patrick Collignon consacré aux usages de l'informatique par les personnes en situation de handicap. Publié le 29 mai 2003 par les éditions Eyrolles dans la collection « Guide de référence », l'ouvrage compte 296 pages et est accompagné d'un CD-ROM[1].

Destiné à la fois aux personnes handicapées, à leur entourage, aux enseignants et aux professionnels du handicap, le livre combine une initiation générale à l'informatique, un panorama des aides techniques, des conseils pour choisir et financer un équipement, ainsi qu'une introduction à Internet et à l'accessibilité numérique[1]. Une recension de Stic-Hebdo publiée en 2004 le présente comme une source d'information de base et d'adresses utiles, tout en signalant que son chapitre consacré à « l'informatique adaptée » offre un panorama plus technique des matériels et logiciels spécialisés[2].

Contenu et démarche

Patrick Collignon conçoit l'ouvrage comme un guide d'accompagnement plutôt que comme un manuel réservé aux spécialistes. Son sommaire progresse d'un « tour d'horizon » des usages possibles vers la recherche de solutions adaptées, l'initiation à l'informatique générale, l'informatique adaptée, les précautions à prendre avant de se lancer puis l'utilisation d'Internet[1]. Cette organisation permet d'aborder aussi bien le premier achat d'un ordinateur que des questions plus spécialisées d'accès au clavier, au pointeur, à l'affichage ou à la communication.

Le guide insiste sur l'adéquation entre une aide technique et les besoins de son utilisateur. Il recommande d'essayer les matériels avant l'achat, de tenir compte de l'évolution éventuelle du handicap et de solliciter, lorsque cela est utile, des professionnels de la réadaptation ou des centres de ressources spécialisés. Cette approche conduit l'auteur à accorder une place importante au choix du matériel, à la constitution d'un entourage capable d'apporter une aide technique, aux possibilités de financement et à la résolution des pannes[3].

L'ouvrage s'adresse également aux lecteurs peu familiers de l'informatique. Il explique le fonctionnement général d'un ordinateur et décrit les options d'accessibilité disponibles dans les environnements Windows de l'époque, notamment Windows 98. Il traite en parallèle d'Internet, des navigateurs adaptés, des groupes de discussion et des ressources en ligne, dimensions qui complètent l'adaptation matérielle du poste de travail[4].

Approche de l'accessibilité

Accès à l'ordinateur et accès aux contenus

Collignon distingue l'accès à l'ordinateur lui-même, qui peut nécessiter des périphériques ou logiciels adaptés, de l'accessibilité des contenus, notamment des sites web, qui dépend aussi de leur conception[5]. Cette distinction correspond à deux dimensions complémentaires : d'une part les technologies d'assistance et les réglages utilisés par la personne, d'autre part la conception de contenus et d'interfaces capables de fonctionner avec ces outils. Le World Wide Web Consortium cite ainsi parmi les technologies d'assistance les lecteurs d'écran, agrandisseurs, logiciels de reconnaissance vocale, claviers alternatifs et contacteurs, tandis que ses recommandations d'accessibilité portent sur la manière dont les contenus web doivent être perceptibles et utilisables par différents publics[6],[7].

Lorsque le livre paraît en 2003, la recommandation publiée du W3C pour l'accessibilité des contenus web est WCAG 1.0, adoptée en mai 1999 ; WCAG 2.0 ne devient une recommandation qu'en décembre 2008[8],[9]. Cette chronologie aide à situer le chapitre consacré à Internet : ses exemples techniques appartiennent au web et aux environnements logiciels du début des années 2000.

Cette approche conduit le livre à ne pas réduire l'accessibilité à un périphérique particulier. Il met l'accent sur l'ensemble formé par les capacités de la personne, les dispositifs d'entrée et de sortie, les logiciels utilisés et l'accessibilité du contenu consulté.

Aides à la saisie et au pointage

Le guide consacre une place importante aux dispositifs qui remplacent ou adaptent le clavier et la souris. Pour la saisie, le guide décrit notamment les guide-doigts, la temporisation des frappes, les claviers de dimensions adaptées, les modèles utilisables d'une seule main, les claviers programmables et les claviers virtuels. Le guide-doigts est une plaque placée au-dessus d'un clavier physique dont les ouvertures aident à viser une touche sans actionner les touches voisines ; cet équipement est encore cité, avec l'ouvrage de Collignon comme référence, dans un état de l'art publié en 2018 sur les systèmes d'aide à la communication pour des personnes présentant une paralysie cérébrale athétosique[10].

Pour le pointage, Collignon recense des solutions telles que la boule de commande (trackball), le joystick, les interfaces d'émulation de souris, les dispositifs commandés par la tête ou la bouche et différentes souris à touches. Une étude québécoise sur l'inclusion numérique des personnes handicapées reprend encore en 2012 l'ouvrage pour décrire la souris à touches et l'usage du joystick comme solutions de remplacement de la souris standard[11].

Le livre présente enfin les contacteurs, qui permettent de déclencher une action avec un mouvement ou un signal très limité. Il en distingue plusieurs formes — pression, souffle, son, mouvement, activité musculaire ou commande pneumatique — et décrit les interfaces permettant de les utiliser pour piloter un ordinateur. Les écrans tactiles et la reconnaissance ou dictée vocale sont abordés comme d'autres moyens de remplacer simultanément certaines fonctions du clavier et de la souris[12].

Déficience visuelle et restitution de l'information

Pour les personnes aveugles ou malvoyantes, le guide traite des dispositifs qui transforment ou adaptent la restitution de l'information : plage braille, impression braille, synthèse vocale, lecture d'écran et adaptation de l'affichage. Le CD-ROM joint au livre contient d'ailleurs le texte intégral de l'ouvrage dans plusieurs formats afin qu'il puisse être exploité au moyen d'une plage braille ou d'une synthèse vocale[1].

Au-delà du matériel, Collignon donne aussi des conseils à l'entourage des personnes aveugles. Il recommande notamment de ne pas éviter artificiellement le vocabulaire visuel courant, tel que le verbe « voir », dans la conversation[13].

Conception du handicap et contexte historique

Le livre reprend le triptyque « déficience, incapacité, désavantage » associé aux travaux de Philip Wood[14]. Il correspond à la Classification internationale des handicaps (CIH), publiée en anglais par l'Organisation mondiale de la santé en 1980 ; la traduction française paraît en 1988 sous le titre Classification internationale des handicaps : déficiences, incapacités et désavantages[15],[16].

Cette référence doit toutefois être replacée dans son contexte : deux ans avant la parution du livre, l'Assemblée mondiale de la santé avait entériné, le 22 mai 2001, la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF). Celle-ci décrit le fonctionnement et le handicap à partir des fonctions et structures corporelles, des activités et de la participation, ainsi que des facteurs environnementaux[17],[18]. La CIF demeure l'une des classifications internationales de référence de l'OMS[19].

Repères sur l'histoire des aides électroniques

Parmi les précurseurs évoqués par l'ouvrage figure l'ingénieur suisse Jean-Claude Gabus. En 1972, il met au point le Linguaduc, un dispositif de commande actionné par la langue destiné aux personnes ayant de très fortes limitations motrices ; il fonde ensuite, en 1982, la Fondation suisse pour les téléthèses (FST), consacrée au développement et à la diffusion d'aides électroniques adaptées[20],[21].

La FST développe en 1986 JAMES, une télécommande universelle infrarouge pensée pour le contrôle de l'environnement par des personnes à mobilité très réduite[22]. En 1998, elle met également au point B.A.Bar, un lecteur de codes-barres associé à des messages vocaux préenregistrés, conçu comme outil d'aide à la communication notamment pour des personnes autistes ou aphasiques[23]. Ces exemples illustrent l'un des fils directeurs du guide : l'informatique adaptée ne se limite pas au micro-ordinateur, mais s'inscrit dans un ensemble plus large d'aides à la communication et au contrôle de l'environnement.

CD-ROM d'accompagnement

Le CD-ROM joint à l'ouvrage complète le texte imprimé par des logiciels d'assistance, des démonstrations et une sélection de ressources en ligne. Stic-Hebdo indique qu'il comprend dix logiciels d'aide, certains nécessitant une synthèse vocale[2]. Les logiciels proposés couvrent notamment le clavier virtuel, l'émulation de souris, la synthèse vocale et la lecture de texte ; le disque contient aussi cinq présentations multimédias et le texte intégral de l'ouvrage dans plusieurs formats[24].

Les caractéristiques techniques du disque témoignent de l'époque de publication : les logiciels fournis sont prévus pour Windows 95 ou une version ultérieure[24]. Les listes de logiciels, de fabricants et de distributeurs décrivent ainsi le marché des technologies d'assistance du début des années 2000 et ne constituent plus un annuaire actuel. En revanche, les conseils consacrés à l'évaluation des besoins, à l'essai du matériel et à la distinction entre adaptation du poste de travail et accessibilité des contenus ne dépendent pas directement de cette configuration technique.

Réception et réutilisations

Dans sa recension du 16 février 2004, Stic-Hebdo présente l'ouvrage comme destiné aux personnes handicapées et à leurs « aidants », et souligne l'intérêt, pour les informaticiens, du chapitre consacré à l'informatique adaptée et des annexes regroupant des adresses utiles. La revue signale également que la conclusion reprend un long passage d'un travail de fin d'études de Yasmina Salmandjee consacré au même sujet[2].

L'ouvrage continue ensuite d'apparaître dans des travaux sur les aides techniques. Le rapport québécois Raconter l'expérience et comprendre les pratiques : l'inclusion numérique des personnes handicapées au Québec le cite en 2012 pour plusieurs dispositifs de pointage[11], tandis que l'état de l'art publié dans le Journal d'Interaction Personne-Système l'utilise comme référence pour le guide-doigts et pour certains logiciels de communication[10]. Ces réemplois concernent surtout ses descriptions de matériels et de solutions de saisie, plutôt qu'une théorie générale de l'accessibilité.

Édition

  • Patrick Collignon, L'informatique au service des handicapés, Paris, OEM-Eyrolles, coll. « Guide de référence », 2003, 296 p. (ISBN 978-2-7464-0483-0)[1].

Notes et références

  1. ↑ 1,0 1,1 1,2 1,3 et 1,4 « L'informatique au service des handicapés », sur Éditions Eyrolles (consulté le )
  2. ↑ 2,0 2,1 et 2,2 « Le livre de la semaine : Handicapés », sur Stic-Hebdo, (consulté le )
  3. ↑ Patrick Collignon, L'informatique au service des handicapés, OEM-Eyrolles, 2003, chap. « Rechercher des solutions adaptées à vos besoins » et « Ce qu'il faut savoir avant de vous lancer ».
  4. ↑ Patrick Collignon, L'informatique au service des handicapés, OEM-Eyrolles, 2003, chap. « Initiation à l'informatique générale », « Introduction à l'informatique adaptée » et « Internet, un outil pour tous ».
  5. ↑ Patrick Collignon, L'informatique au service des handicapés, OEM-Eyrolles, 2003, p. 20.
  6. ↑ (en) « Tools and Techniques », sur Web Accessibility Initiative, W3C (consulté le )
  7. ↑ (en) « Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) 2.2 », sur World Wide Web Consortium (consulté le )
  8. ↑ (en) « W3C Issues Web Content Accessibility Guidelines as a Recommendation », sur World Wide Web Consortium, (consulté le )
  9. ↑ (en) « WCAG 2 Overview », sur Web Accessibility Initiative, W3C (consulté le )
  10. ↑ 10,0 et 10,1 Yohan Guerrier, Christophe Kolski et Franck Poirier, « État de l'art sur les systèmes d'aide à la communication envisageables pour des utilisateurs de profil IMC athétosique », sur Journal d'Interaction Personne-Système, (consulté le )
  11. ↑ 11,0 et 11,1 Dominic Dagenais, Karine Poirier et Sylvain Quidot, « Raconter l'expérience et comprendre les pratiques : l'inclusion numérique des personnes handicapées au Québec », sur Communautique, (consulté le )
  12. ↑ Patrick Collignon, L'informatique au service des handicapés, OEM-Eyrolles, 2003, chap. « Introduction à l'informatique adaptée ».
  13. ↑ Patrick Collignon, L'informatique au service des handicapés, OEM-Eyrolles, 2003, p. 25.
  14. ↑ Patrick Collignon, L'informatique au service des handicapés, OEM-Eyrolles, 2003, p. 22.
  15. ↑ Myriam Winance, « La notion de handicap et ses transformations à travers les classifications internationales du handicap de l'OMS, 1980 et 2001 », sur Dynamis, (consulté le )
  16. ↑ « Classification internationale des handicaps : déficiences, incapacités et désavantages », sur Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France (consulté le )
  17. ↑ (en) « International Classification of Functioning, Disability and Health (ICF) », sur Organisation mondiale de la santé (consulté le )
  18. ↑ François Chapireau, « La classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé », sur Gérontologie et société, (consulté le )
  19. ↑ « Classifications et terminologies », sur Organisation mondiale de la santé (consulté le )
  20. ↑ (de) « 1997 Jean-Claude Gabus », sur Dr. J. E. Brandenberger Stiftung (consulté le )
  21. ↑ « Historique », sur Association Jean-Claude Gabus (consulté le )
  22. ↑ « JAMES4 », sur Association Jean-Claude Gabus (consulté le )
  23. ↑ « B.A.Bar », sur Association Jean-Claude Gabus (consulté le )
  24. ↑ 24,0 et 24,1 « L'informatique au service des handicapés », sur E.Leclerc (consulté le )

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