Louis Caprioli
| Naissance | Alger (Algérie française) |
|---|---|
| Nationalité | Française |
| Profession |
Policier et haut fonctionnaire français |
| Activité principale |
Renseignement et lutte contre le terrorisme |
| Autres activités |
Conseil en sécurité, auteur |
| Distinctions |
Chevalier de la Légion d'honneur (1995) ; officier de l'ordre national du Mérite (2002) |
Louis Caprioli est un haut fonctionnaire et policier français, inspecteur général honoraire de la Police nationale. Il a effectué l'ensemble de sa carrière, de 1970 à 2004, à la Direction de la surveillance du territoire (DST), dont il a dirigé la sous-direction chargée de la lutte contre le terrorisme de 1998 à 2004[1],[2]. Après son départ de la fonction publique, il exerce des activités de conseil en sécurité et intervient dans les médias sur le terrorisme international.
Biographie
Parcours au sein de la DST
Né à Alger, Louis Caprioli a vécu une partie de sa jeunesse pendant la guerre d'Algérie. Le dossier de presse du documentaire L'Avocat de la terreur, auquel il participe en 2007, le présente comme un témoin de l'attentat du Milk-Bar de 1956, auquel il aurait échappé de peu[3].
Il entre à la DST en 1970. À partir de 1983, il occupe plusieurs postes dans les services spécialisés dans le terrorisme international, alors que la menace traitée par le renseignement intérieur français évolue. Aux activités de groupes armés palestiniens et libanais s'ajoutent, dans les années 1990, les réseaux issus de la guerre civile algérienne, puis ceux liés à Al-Qaïda. La DST renforce progressivement ses structures antiterroristes et leur coopération avec les magistrats et les services étrangers[1].
En 1998, Louis Caprioli devient sous-directeur chargé du contre-terrorisme. Il est nommé contrôleur général de la Police nationale la même année, puis inspecteur général des services actifs de la Police nationale en 2003. Il prend sa retraite en mars 2004, après trente-quatre ans à la DST[4]. La DST sera intégrée en 2008 à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), à laquelle succédera en 2014 la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI).
Enquêtes et renseignement antiterroriste
Au cours des années 1980, Louis Caprioli travaille sur les organisations impliquées dans les attentats commis en France et sur leurs ramifications à l'étranger. Il participe notamment, au sein de la DST, aux investigations concernant les Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), groupe auquel appartient Georges Ibrahim Abdallah. En 1984, la surveillance d'une personne liée à un transport d'explosifs intercepté en Italie contribue à identifier Abdallah, alors porteur de faux papiers. L'enquête se poursuit avec l'aide des services suisses et aboutit à la découverte d'une arme liée à l'assassinat de deux diplomates à Paris. Louis Caprioli revient sur ces investigations dans une enquête publiée par Le Monde en 2024[5].
Son activité couvre également les groupes islamistes implantés au Maghreb et en Europe. À la fin de sa carrière, la prévention des projets d'attentats attribués à des réseaux liés au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) et à Al-Qaïda occupe une place importante dans le travail de sa sous-direction. Caprioli défend une méthode fondée sur la collecte de renseignements en amont, leur transmission à l'autorité judiciaire et la collaboration internationale entre services[6].
Rôle dans l'affaire de la rue Copernic
La contribution de Louis Caprioli à l'enquête sur l'attentat de la rue Copernic constitue l'un des aspects les plus documentés de sa carrière. L'attaque à la bombe contre une synagogue parisienne, le 3 octobre 1980, a tué quatre personnes et blessé plusieurs dizaines d'autres. Caprioli reprend ce dossier au sein de la DST à partir de 1983, dans le cadre des recherches sur une branche dissidente du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP)[2].
Le 19 avril 1999, il adresse au juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière un rapport de renseignement désignant plusieurs membres présumés du commando, parmi lesquels Hassan Diab, universitaire libano-canadien. L'identité des sources ayant permis d'établir ce rapport n'est pas communiquée à la justice. Les éléments réunis au cours de l'instruction donnent ensuite lieu à des appréciations divergentes : les juges d'instruction prononcent un non-lieu en 2018, estimant les charges insuffisantes, avant que la cour d'appel n'ordonne, en 2021, le renvoi de Hassan Diab devant les assises[7],[8].
Entendu comme témoin le 7 avril 2023, Louis Caprioli maintient sa conviction quant à l'implication de Hassan Diab, tout en précisant que ses informations devaient être vérifiées par la justice. À la même audience, l'ancien juge d'instruction Marc Trévidic se montre plus réservé sur les conclusions pouvant être tirées du dossier. Le 21 avril 2023, la cour d'assises spécialement composée de Paris condamne Hassan Diab, jugé en son absence et qui continue de proclamer son innocence, à la réclusion criminelle à perpétuité[2],[9].
Conseil en sécurité et interventions publiques
Après sa retraite de la police, Louis Caprioli rejoint en juin 2004 le groupe GEOS, entreprise privée spécialisée dans la prévention et la gestion des risques, les audits de sécurité et l'intelligence économique, comme conseiller spécial. Il met ainsi son expérience du renseignement au service du conseil aux entreprises, notamment pour l'évaluation des risques liés au terrorisme international[1].
Il prend régulièrement position dans les débats sur les moyens de lutter contre le terrorisme. Lors de la discussion du projet de loi antiterroriste de 2005, il soutient l'élargissement des outils de surveillance, notamment techniques, au nom de la prévention des attentats, tout en affirmant la nécessité de contrôles légaux sur leur utilisation[6]. Après les attentats du 13 novembre 2015, il plaide, lors d'une conférence à Sciences Po, pour le renforcement du renseignement humain, qu'il juge complémentaire des moyens techniques, ainsi que pour une meilleure coordination européenne[10].
Ses interventions à la radio et à la télévision lui donnent une visibilité médiatique comme ancien responsable de la DST. Cette présence est également discutée : en novembre 2015, l'association de critique des médias Acrimed reproche notamment aux chaînes et aux journaux de privilégier, à travers ses analyses et celles de l'ancien officier Pierre Servent, un point de vue issu des institutions policière et militaire sur les attentats[11].
Publications et cinéma
En 2007, Louis Caprioli apparaît dans son propre rôle dans le film documentaire L'Avocat de la terreur, réalisé par Barbet Schroeder et consacré à l'avocat Jacques Vergès. Il y intervient parmi les témoins de l'histoire du terrorisme et des affaires défendues par l'avocat. Le film est présenté au Festival de Cannes 2007, dans la sélection Un certain regard[3],[12].
Avec Jean-François Clair et Michel Guérin, deux autres anciens cadres de la DST, il publie en 2024 La DST sur le front de la guerre contre le terrorisme, récit consacré à l'évolution de la lutte antiterroriste au sein du service depuis sa création jusqu'à sa disparition en 2008. Cet ouvrage repose sur le témoignage de ses auteurs et leur expérience du renseignement[13].
Ouvrage
- Louis Caprioli, Jean-François Clair et Michel Guérin, La DST sur le front de la guerre contre le terrorisme, Paris, Mareuil éditions, 2024, (ISBN 978-2-37254-358-3).
Distinctions
Notes et références
- ↑ 1,0 1,1 et 1,2 Jérôme Ferret et Anne Wuilleumier (organisation), « La France et le terrorisme international : les racines historiques et organisationnelles du savoir policier », table ronde avec Louis Caprioli et Jean-Pierre Pochon, Les Cahiers de la sécurité intérieure, no 55, premier trimestre 2004, p. 147-179, lire en ligne, notamment p. 147.
- ↑ 2,0 2,1 et 2,2 Christophe Ayad, « Au procès de l’attentat de la rue Copernic, les certitudes du policier Caprioli, les regrets du juge Trévidic », Le Monde, 8 avril 2023.
- ↑ 3,0 et 3,1 L'Avocat de la terreur, dossier de presse, 2007, p. 11, rubrique « Les experts », notice consacrée à Louis Caprioli, consultable sur le site du Festival de Cannes.
- ↑ Arrêtés du 17 juin 1998 portant promotion (police nationale) ; texte du 11 septembre 2003 nommant Louis Caprioli inspecteur général ; arrêté du 11 février 2004 portant admission à la retraite, Journal officiel de la République française.
- ↑ Christophe Ayad, Benjamin Barthe et Abel Mestre, « Georges Abdallah, prisonnier à vie de la “raison d’État” », Le Monde, 2 octobre 2024.
- ↑ 6,0 et 6,1 « Lutte antiterroriste : le projet de loi est-il adapté à la menace ? », débat avec Louis Caprioli, Le Monde, 26 octobre 2005.
- ↑ Élise Vincent, « Attentat de la rue Copernic : un non-lieu épineux », Le Monde, 13 janvier 2018.
- ↑ Christophe Ayad, « Attentat contre la synagogue de la rue Copernic : la cour d'appel renvoie Hassan Diab devant les assises », Le Monde, 28 janvier 2021.
- ↑ « Attentat de la rue Copernic : Hassan Diab condamné en son absence à la perpétuité », Le Parisien, 21 avril 2023.
- ↑ « Éviter le piège du fatalisme et celui de l'hubris », Sciences Po, 26 novembre 2015.
- ↑ Denis Souchon, « La grande vadrouille médiatique de deux “experts” ès attentats », Acrimed, 23 novembre 2015.
- ↑ « L'Avocat de la terreur », fiche du film, Festival de Cannes, 2007.
- ↑ La DST sur le front de la guerre contre le terrorisme, notice bibliographique de la Bibliothèque nationale de France, 2024.
- ↑ Décret du 14 avril 1995 portant promotion et nomination, Journal officiel de la République française, 16 avril 1995.
- ↑ Décret du 30 avril 2002 portant promotion et nomination, Journal officiel de la République française, 2 mai 2002.
Liens externes
- Notice d'autorité de Louis Caprioli sur le site de la Bibliothèque nationale de France.
- « Louis Caprioli » (présentation), sur l'Internet Movie Database
- « Louis Caprioli » (fiche bio), sur Allociné
Article publié sur Wikimonde Plus
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