Majid Oukacha

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Majid Oukacha, né le à Paris, est un essayiste, écrivain, vidéaste web et blogueur français. Issu d'une famille musulmane d'origine algérienne, il quitte l'islam à la fin de son adolescence et se définit par la suite comme agnostique. Il est principalement connu pour ses livres et ses vidéos consacrés à la critique de l'islam, à l'examen critique du Coran et à l'expérience des personnes ayant renoncé à cette religion[1],[2].

À partir de 2015, il développe une activité publique sur YouTube et publie plusieurs essais, ainsi qu'un roman. Une partie de son travail porte sur les difficultés sociales et familiales qu'il associe à l'apostasie de l'islam. Ses prises de position, souvent formulées dans des termes très critiques à l'égard des textes et de la tradition islamiques, lui valent à la fois une audience au sein des milieux ex-musulmans et des critiques portant notamment sur la généralisation de certaines de ses analyses et sur leur tonalité[3],[4].

Biographie

Enfance et rupture avec l'islam

Majid Oukacha naît à Paris le 14 mars 1986 dans une famille originaire d'Algérie. Le chercheur Nedjib Sidi Moussa le présente comme un Français né à Paris en 1986, issu d'une famille algérienne et se définissant comme « ex-musulman »[1].

Oukacha raconte avoir grandi dans une famille musulmane et commencé à fréquenter une mosquée vers l'âge de huit ans. Il y reçoit pendant son enfance et son adolescence un enseignement religieux régulier[3]. Dans ses témoignages ultérieurs, il décrit une éducation où les prescriptions religieuses tenaient une place importante et évoque certaines interdictions enseignées par l'imam de la première mosquée qu'il fréquentait[5].

Il situe sa perte de foi vers dix-huit ou dix-neuf ans. Selon son propre récit, sa rupture ne provient pas initialement d'un désintérêt pour la religion : il explique au contraire avoir voulu approfondir les textes afin de devenir un musulman plus rigoureux, démarche qui l'aurait progressivement conduit à remettre en cause leur origine divine et plusieurs dogmes islamiques[6]. Il se définit ensuite comme agnostique, position qu'il revendique encore publiquement en 2025 et 2026[7].

Avant de faire de ses publications et de ses vidéos son activité principale, Oukacha indique avoir occupé un emploi salarié dans le marketing[8].

Débuts comme auteur et vidéaste

En 2015 paraît son premier essai, Il était une foi, l'islam : l'histoire de celui qui voulait diviniser pour mieux régner, aux éditions Tatamis. L'ouvrage, qui compte 461 pages, se présente comme une étude critique d'ensemble des textes sacrés de l'islam. Oukacha y expose le cheminement intellectuel qui l'a conduit à abandonner sa foi et entreprend de discuter les dogmes coraniques à partir d'une lecture qu'il veut rationnelle et systématique[9].

La même année, il lance sa chaîne YouTube. En 2024, Le Point le décrit comme le premier apostat français à avoir acquis une audience notable en ligne grâce à sa critique de l'islam[2]. Il publie des vidéos consacrées à l'analyse du Coran et des hadiths, à l'histoire de l'islam, à l'apostasie ainsi qu'aux débats français sur la religion et la laïcité.

En 2018, il collabore régulièrement au site de Valeurs actuelles. Ses tribunes ne portent pas uniquement sur la religion : il intervient également sur l'immigration, l'identité, la politique française et des débats de société[10]. Une tribune de juin 2018 consacrée au voile islamique le présente alors comme « essayiste et blogueur »[11].

Il s'essaie à la fiction en 2020 avec le roman Nul n'est censé ignorer la loi de la jungle[12].

En 2023, il crée la société d'édition Libertaria, dont il devient président. La société, immatriculée à Paris, a pour activité principale l'édition de livres[13]. Il y publie la même année 100 contradictions et erreurs scientifiques dans le Coran, puis, en 2025, Ex-Musulman : le guide de survie.

En 2026, Ce que je détestais dans l'islam, quand j'étais musulman revient plus directement sur son enfance et son adolescence. L'ouvrage délaisse en partie l'analyse théorique des textes pour adopter une forme autobiographique centrée sur l'éducation religieuse qu'il dit avoir reçue[14],[5].

Travaux et positions

Critique des textes islamiques

L'essentiel des essais et des vidéos de Majid Oukacha repose sur une critique interne des textes de l'islam. Son raisonnement part de la conception musulmane traditionnelle du Coran comme révélation divine. Il considère que, si le texte est présenté comme la parole d'un Dieu omniscient et infaillible, l'existence d'une contradiction interne ou d'une affirmation factuellement erronée suffit, selon lui, à remettre en cause cette origine surnaturelle.

Cette démarche structure particulièrement 100 contradictions et erreurs scientifiques dans le Coran. Oukacha y rassemble cent exemples qu'il classe notamment comme contradictions lexicales, narratives, mathématiques, historiques ou scientifiques. Le résumé de l'ouvrage indique explicitement que son objectif est de défendre la thèse d'une origine humaine du Coran à partir de ces incohérences supposées[15]. Parmi les thèmes qu'il aborde de façon récurrente figurent la cosmologie coranique et les règles de calcul des parts successorales. Il conteste également les tentatives d'interprétation rétrospective de certains versets comme des anticipations de découvertes scientifiques.

Cette méthode prolonge celle de son premier livre. Dans Il était une foi, l'islam, il affirme avoir consacré plusieurs années à lire et comparer le Coran, les traditions attribuées à Mahomet et différents commentaires afin d'en proposer une critique d'ensemble[9]. Il ne se présente cependant pas comme islamologue universitaire et ses travaux relèvent de l'essai polémique et de la critique personnelle des textes religieux.

Morale, droit et organisation sociale

Oukacha étend sa critique aux prescriptions morales et juridiques qu'il tire des sources islamiques. Il s'intéresse notamment au statut des femmes et des non-musulmans, à l'esclavage dans les textes anciens, aux peines corporelles, aux relations conjugales et à la liberté de changer de religion. Il considère que plusieurs de ces normes entrent en contradiction avec l'égalité juridique, la liberté individuelle et les principes d'une société laïque contemporaine.

Il cite notamment les textes relatifs aux sanctions sexuelles ou à l'autorité du mari sur son épouse pour soutenir que certaines prescriptions ne peuvent, selon lui, être conciliées avec les principes modernes d'égalité. Cette lecture l'amène à rejeter l'idée qu'une distinction entre des passages qui seraient seulement historiques et d'autres qui resteraient normatifs suffise à résoudre les difficultés qu'il relève : il estime qu'une telle sélection dépend davantage des valeurs contemporaines de l'interprète que du texte lui-même[9].

Son premier essai propose également une lecture politique de la naissance de l'islam. Le sous-titre, l'histoire de celui qui voulait diviniser pour mieux régner, résume sa thèse selon laquelle Mahomet aurait associé autorité religieuse et pouvoir politique. Oukacha présente ainsi certains développements de l'islam primitif comme la constitution progressive d'un ordre politique coercitif. Cette interprétation, qui relève de sa propre lecture des sources, est au cœur de sa critique des usages politiques de la religion.

Il distingue cependant, dans ses interventions, la critique des textes de l'appréciation individuelle des croyants. Dans la présentation de son livre de 2023, il précise que son travail vise les textes sacrés et non les personnes qui y adhèrent[15]. Certaines de ses généralisations sur les attitudes des musulmans ont néanmoins fait l'objet de controverses.

Apostasie et liberté de conscience

À partir des années 2020, l'expérience de l'apostasie prend une place croissante dans son travail. Oukacha affirme que l'abandon public de l'islam peut entraîner, pour certaines personnes issues de familles ou de milieux pratiquants, une rupture familiale, un isolement social ou l'obligation de dissimuler leur absence de foi. Il présente son exposition publique comme une manière de banaliser le droit de quitter une religion.

Ex-Musulman : le guide de survie, publié en janvier 2025, est consacré à ces difficultés. Le livre s'adresse en priorité aux personnes qui envisagent de quitter l'islam ou qui cachent leur apostasie et aborde les rapports avec la famille, l'entourage et l'identité héritée[16]. Oukacha rattache cette question à une défense plus générale de la liberté de conscience.

Dans ses interventions de 2026, il raconte qu'après avoir cessé de croire vers dix-huit ou dix-neuf ans, il n'a pas immédiatement estimé pouvoir annoncer librement cette rupture à son entourage. Il évoque à ce propos un risque de « mort sociale », expression par laquelle il désigne principalement la mise à l'écart familiale et communautaire[17]. Sa présentation de lui-même comme le premier ex-musulman de France à s'être exposé publiquement à visage découvert constitue toutefois une revendication personnelle ; des médias le présentent plus prudemment comme l'un des premiers à avoir acquis une audience importante par cette démarche[2].

Activité publique et réception

L'apparition de Majid Oukacha sur YouTube en 2015 précède la structuration plus visible, en France, de réseaux utilisant l'étiquette « #ExMuslim ». Son parcours est ainsi étudié par Nedjib Sidi Moussa dans un article universitaire consacré à la marginalisation de l'apostasie dans l'espace franco-algérien[1]. Le Point le présente en 2024 comme un précurseur de la prise de parole numérique d'anciens musulmans critiquant publiquement leur ancienne religion[2].

Cette antériorité est également reconnue par certains autres ex-musulmans. Dans un reportage publié en 2022, Charlie Hebdo rapporte que des membres d'un réseau français d'apostats considèrent qu'ils ont une forme de dette envers Oukacha en raison de son exposition publique précoce. Les mêmes interlocuteurs critiquent néanmoins son ton, jugé parfois trop abrupt ou condescendant envers les musulmans, et estiment que cette manière de s'exprimer limite la portée pédagogique de son travail[4].

Sa collaboration avec Valeurs actuelles en 2018 contribue par ailleurs aux débats sur le positionnement politique de certaines figures du mouvement ex-musulman. Oukacha y publie des textes sur l'islam mais aussi sur l'immigration, la gauche, la droite et l'identité nationale[10]. Il affirme pour sa part que sa critique d'une religion ne doit pas être assimilée à une appartenance politique particulière.

En novembre 2019, une enquête du Nouvel Obs consacrée aux « #ExMuslims » provoque un différend entre Oukacha et ses auteurs. Le vidéaste leur reproche d'avoir présenté comme une citation prononcée durant leur entretien une phrase affirmant que les musulmans seraient plus proches des islamistes que des non-musulmans. Dans une mise au point publiée quelques jours plus tard, Timothée de Rauglaudre et Célia Mebroukine reconnaissent qu'Oukacha n'avait pas formulé cette phrase dans ces termes lors de leur rencontre et qu'ils n'auraient pas dû la lui attribuer ainsi. Ils précisent toutefois qu'une formulation semblable figurait dans une interview de 2016 et publient une longue transcription de leur entretien dans laquelle il maintient l'idée que, d'après son expérience, les musulmans tendent à se sentir davantage liés à d'autres musulmans qu'aux non-musulmans[10]. Cet épisode illustre les controverses suscitées par ses généralisations sur les croyants et la distinction qu'il affirme faire entre critique doctrinale et jugement porté sur les individus.

Dans les années 2020, Oukacha continue d'intervenir dans des médias audiovisuels et numériques pour présenter ses ouvrages et son parcours. Ses interventions de 2025 et 2026 portent notamment sur la liberté de conscience, l'éducation religieuse reçue durant son enfance et son abandon de l'islam[6].

Œuvres

Essais et récits

  • Il était une foi, l'islam : l'histoire de celui qui voulait diviniser pour mieux régner, Blois, Éditions Tatamis, , 461 p. (ISBN 9782371530225) (OCLC 912828552) (BNF 44334600) [9].
  • 100 contradictions et erreurs scientifiques dans le Coran, Libertaria, (ISBN 9782958761905) [15].
  • Ex-Musulman : le guide de survie, Libertaria, , 132 p. (ISBN 9782958761929) [16].
  • Ce que je détestais dans l'islam, quand j'étais musulman, publication indépendante, (ISBN 9798253676028) [14].

Roman

  • Nul n'est censé ignorer la loi de la jungle, publication indépendante,  [12].

Références

  1. ↑ 1,0 1,1 et 1,2 Nedjib Sidi Moussa, « Une apostasie impensable ? Les ressorts d’une marginalisation dans l’espace franco-algérien », Contemporary French Civilization, vol. 47, no 2,‎ , p. 143-160 (DOI 10.3828/cfc.2022.8)
  2. ↑ 2,0 2,1 2,2 et 2,3 Naëm Bestandji, « Sur TikTok des apostats en guerre contre les prédicateurs islamistes », sur Le Point, (consulté le )
  3. ↑ 3,0 et 3,1 Célia Mebroukine et Timothée de Rauglaudre, « #ExMuslims, ces anciens musulmans qui fustigent l’islam », sur Le Nouvel Obs, (consulté le )
  4. ↑ 4,0 et 4,1 Laure Daussy, « Apostasie : avec les dégoûtés de l’islam », sur Charlie Hebdo, (consulté le )
  5. ↑ 5,0 et 5,1 « « C’est horrible pour un enfant » : Majid Oukacha, ex-musulman, raconte les interdits dictés par un imam quand il était enfant », sur Europe 1, (consulté le )
  6. ↑ 6,0 et 6,1 « « Je ne voulais pas d’islam à la carte » : Majid Oukacha raconte comment il est devenu apostat », sur Europe 1, (consulté le )
  7. ↑ « Majid Oukacha : De l’islam à la liberté de conscience, récit d’une rupture ! », sur Dailymotion, TVLibertés, (consulté le )
  8. ↑ « Majid Oukacha : « C’est dangereux de dire ouvertement qu’on a renoncé à l’Islam » », sur Dailymotion, TVLibertés, (consulté le )
  9. ↑ 9,0 9,1 9,2 et 9,3 « Il était une foi, l'islam / Majid Oukacha », sur Bibliothèque numérique francophone accessible (consulté le )
  10. ↑ 10,0 10,1 et 10,2 Timothée de Rauglaudre et Célia Mebroukine, « À propos de notre enquête sur les « #ExMuslims » », sur Le Nouvel Obs, (consulté le )
  11. ↑ Majid Oukacha, « Cet islam qui met les voiles partout où il s’installe », sur Valeurs actuelles, (consulté le )
  12. ↑ 12,0 et 12,1 « Nul n'est censé ignorer la loi de la jungle », sur SensCritique (consulté le )
  13. ↑ « Libertaria (75008) : Siret, Siren, TVA, adresse... », sur Le Figaro Entreprises (consulté le )
  14. ↑ 14,0 et 14,1 « Ce que je détestais dans l'islam, quand j'étais musulman », sur AbeBooks (consulté le )
  15. ↑ 15,0 15,1 et 15,2 « 100 contradictions et erreurs scientifiques dans le Coran », sur SensCritique (consulté le )
  16. ↑ 16,0 et 16,1 « Ex-Musulman : le guide de survie », sur Amazon.fr (consulté le )
  17. ↑ « Majid Oukacha : « J'ai été le premier ex-musulman à assumer le fait que j'avais quitté l'islam » », sur Dailymotion, CNews, (consulté le )

Liens externes

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