Maria Justeau
Maria Justeau, née Maria Françoise Dabout le à Rennes (Ille-et-Vilaine) et morte le à Pipriac (Ille-et-Vilaine), est une résistante française de la Seconde Guerre mondiale. Au Moulin du Pont, à Saint-Séglin, où elle vit avec son mari Eugène Justeau, elle participe à un point d'appui clandestin qui accueille des aviateurs alliés, des résistants et des parachutistes français du SAS. En septembre 1943, le couple cache notamment pendant trois semaines cinq aviateurs américains tombés dans la région à bord du B-17 Battlin' Bobbie[1]. Son action est reconnue par l'attribution de la croix de guerre 1939-1945 et d'un diplôme de reconnaissance des parachutistes SAS[1].
Biographie
Origines et installation à Saint-Séglin
Maria Françoise Dabout naît le à Rennes[2]. Elle épouse Eugène Louis François Justeau en 1936[3].
Le couple s'établit au Moulin du Pont, un moulin à eau situé sur le Combs, près du bourg de Saint-Séglin. Eugène y exerce comme minotier[4].
Le Moulin du Pont dans la Résistance
Au cours de la campagne de France de 1940, Eugène Justeau est mobilisé comme soldat de 2e classe au 35e régiment d'artillerie divisionnaire et fait prisonnier. Son nom figure encore sur une liste officielle de prisonniers publiée en janvier 1941[5]. Après son retour, il participe à la Résistance ; son dossier conservé au Service historique de la Défense est homologué au titre des Forces françaises combattantes[6].
Le Moulin du Pont devient un lieu d'appui de la Résistance locale. Une synthèse historique publiée en 2002 présente Eugène Justeau comme le responsable d'un groupe et le moulin comme un lieu connu des résistants[4]. Une autre contribution du même bulletin mentionne le passage au moulin d'agents de la France libre, de résistants, de parachutistes et de combattants du maquis de Saint-Marcel ; elle cite également le général Marcel Allard parmi les personnes qui y ont trouvé assistance et décrit le site comme un point d'émission radio vers Londres[1]. L'activité de Maria Justeau est surtout documentée par l'hébergement et l'assistance qu'elle assure au moulin avec son mari.
Les aviateurs du Battlin' Bobbie
Le , le B-17 Flying Fortress américain Battlin' Bobbie (no 42-29876), du 379th Bomb Group, est attaqué alors qu'il participe à une mission vers Nantes et s'écrase près de Messac. Les dix membres d'équipage sautent en parachute : deux sont capturés et huit échappent à l'arrestation[7].
Cinq des aviateurs qui ont atterri dans le secteur de Guipry et Pipriac sont conduits chez Eugène et Maria Justeau. Ils restent cachés trois semaines au Moulin du Pont avant d'être dirigés vers d'autres relais d'évasion, notamment à Paramé et à Ploërmel ; Lucienne Nadan, étudiante et membre du Front national-FTP de Redon, leur sert d'interprète[1]. Parmi les hommes aidés par le couple figure le pilote Elton « Pete » Hoyt[8]. La presse locale a également rappelé le rôle des Justeau dans l'aide apportée aux aviateurs américains tombés dans la région[9].
Le nom de Marie Françoise Justeau figure par ailleurs dans la Consolidated List of French Helpers dressée en 1946, qui recense des Français ayant aidé des militaires alliés à échapper à la capture[10].
Parachutistes SAS et combats de Saint-Marcel
Après le combat de Saint-Marcel du , les résistants et les parachutistes français du SAS quittent le camp de la Nouette et se dispersent dans la région afin de poursuivre leurs opérations clandestines[11].
Un récit consacré aux réseaux de liaison des SAS indique qu'après un passage à la Grée de Callac, le groupe Varnier gagne Saint-Séglin et y est mis en relation avec M. Justeau. Les parachutistes sont alors répartis entre plusieurs refuges des environs, notamment une maison inhabitée à la Métairie Neuve et des abris aménagés dans un bois[12]. Le témoignage local publié en 2002 confirme plus largement le passage de parachutistes et de combattants issus du maquis de Saint-Marcel par le Moulin du Pont[1]. Ces sources établissent ainsi le rôle du couple comme relais dans l'accueil et l'orientation des hommes dispersés, sans permettre de retenir le chiffre parfois avancé de plus de vingt parachutistes hébergés simultanément au moulin.
Après-guerre et mémoire
Eugène Justeau meurt en 1975[4]. En septembre 2002, des cérémonies sont organisées à Sainte-Anne-sur-Vilaine et à Messac pour commémorer les équipages américains abattus dans la région en septembre 1943. Dix-sept Américains font le déplacement, parmi lesquels Elton Hoyt, revenu sur les lieux près de soixante ans après le crash du Battlin' Bobbie[1],[13].
Maria Justeau meurt le à Pipriac, à l'âge de 96 ans[2]. Quelques jours plus tard, Ouest-France lui consacre un avis sous le titre « Maria Justeau, figure de la Résistance, est décédée »[14].
Distinctions
Notes et références
- ↑ 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 1,6 et 1,7 Jean-Claude Bourgeon, « Pour ne pas oublier », sur Bulletin municipal, (consulté le ), p. 50.
- ↑ 2,0 et 2,1 « Maria Françoise Dabout », sur MatchID, d'après le fichier des personnes décédées de l'Insee (consulté le )
- ↑ « L'Ouest-Éclair : journal quotidien d'informations, politique, littéraire, commercial », sur Gallica, (consulté le )
- ↑ 4,0 4,1 et 4,2 « Des repères géographiques et historiques », sur Bulletin municipal, (consulté le ), p. 49.
- ↑ Centre national d'information sur les prisonniers de guerre, « Liste officielle des prisonniers de guerre français », sur Gallica, (consulté le )
- ↑ Service historique de la Défense, « Sous-série GR 16 P — Dossiers administratifs de résistantes et résistants — lettre J », sur Musée de la Résistance en ligne (consulté le ), cote GR 16 P 315275.
- ↑ (en) « B-17 'Battlin Bobbie' 42-29876 Crash Memorial », sur American War Memorials Overseas (consulté le )
- ↑ (en) « The Adventures of Lt Glickman », sur Conscript Heroes (consulté le )
- ↑ « Le décès du pilote américain crashé à Messac », sur Rennes.maville.com, (consulté le )
- ↑ (en) « Consolidated List of French Helpers, 1946 » (consulté le ), p. 423.
- ↑ Direction du patrimoine, de la mémoire et des archives, « Juin 1944. Les combats de Saint-Marcel », sur Chemins de mémoire (consulté le )
- ↑ « Anne Créquer », sur Musée de la Résistance en ligne, (consulté le ), p. 25.
- ↑ (en) « Commemorative Days — Grand Assembly of American Aviators and French Resistants », sur Air Forces Escape & Evasion Society Newsletter, (consulté le ), pp. 23-24.
- ↑ « Maria Justeau, figure de la Résistance, est décédée », Ouest-France,
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