Marie-Odile Krebs
| Nationalité | française |
|---|
| Domaines | Psychiatrie, Neurosciences, Schizophrénie |
|---|---|
| Institutions | Centre hospitalier Sainte-Anne, Inserm, Université Paris-Cité |
| Diplôme | Doctorat en pharmacologie moléculaire et cellulaire |
| Formation | Université Pierre-et-Marie-Curie |
| Renommée pour | Recherche sur la vulnérabilité aux troubles psychotiques et l'intervention précoce |
| Distinctions | Prix Philippe et Maria Halphen (2014), prix Camille Woringer (2018) |
Marie-Odile Krebs est une psychiatre et chercheuse française, professeure des universités-praticienne hospitalière, spécialiste de la schizophrénie et des phases précoces des troubles psychotiques. Elle exerce au centre hospitalier Sainte-Anne à Paris, intégré au Groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris psychiatrie & neurosciences, et dirige une équipe de recherche de l'Inserm au sein de l'Institut de psychiatrie et neurosciences de Paris[1].
Ses travaux portent sur les mécanismes biologiques et environnementaux impliqués dans l'apparition des psychoses, ainsi que sur leur repérage et leur prise en charge chez les adolescents et les jeunes adultes. Elle a contribué au développement en France de l'intervention précoce, notamment à travers le Centre d'évaluation pour les jeunes adultes et adolescents (C'JAAD), le réseau Transition et le programme de recherche PsyCARE[2],[3].
Formation et carrière
Marie-Odile Krebs se forme à la médecine, à la psychiatrie et aux neurosciences. Elle obtient en 1992 un doctorat en pharmacologie moléculaire et cellulaire à l'université Pierre-et-Marie-Curie. Sa thèse, consacrée à la régulation de la libération de dopamine par les systèmes glutamatergiques, témoigne de ses premiers travaux en neuropharmacologie. Cette formation expérimentale nourrit par la suite une démarche de recherche translationnelle, destinée à rapprocher les observations biologiques de la pratique clinique[1].
Elle mène l'essentiel de son activité hospitalière à Sainte-Anne, où elle prend la responsabilité d'un service hospitalo-universitaire de psychiatrie. En 2001, elle y constitue une équipe consacrée à l'étude des mécanismes des maladies psychiatriques. Rattachée à l'Inserm et à l'université Paris-Descartes, puis à l'université Paris-Cité, cette équipe développe des recherches sur les vulnérabilités neurodéveloppementales, les premiers épisodes psychotiques et l'évolution de la schizophrénie[3],[4].
En 2012, elle participe à la fondation de l'Institut de psychiatrie, réseau national réunissant des équipes de recherche en psychiatrie et en neurosciences. Elle en assure également la présidence. À l'hôpital, elle prend la direction du pôle hospitalo-universitaire Évaluation, prévention et innovation thérapeutique (PEPIT), dont les activités associent soins, recherche et prévention. Elle est aussi responsable d'un centre de référence constitutif consacré aux maladies rares à expression psychiatrique, au sein du dispositif national de prise en charge de ces affections[5],[6].
Travaux de recherche
Vulnérabilités et mécanismes de la schizophrénie
Les recherches de Marie-Odile Krebs s'inscrivent dans une conception neurodéveloppementale des troubles psychotiques : leur émergence résulterait de l'interaction, au cours du développement cérébral, entre des prédispositions biologiques et des expositions environnementales. Ses équipes étudient à cette fin les mécanismes neuronaux, les caractéristiques cognitives et les modifications moléculaires associés à la vulnérabilité à la psychose, en combinant études cliniques et approches expérimentales[4].
Elle participe à des collaborations internationales en génétique psychiatrique, notamment avec des chercheurs canadiens. Une étude publiée en 2010 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences décrit des mutations nouvelles du gène SHANK3, impliqué dans le fonctionnement des synapses, chez un petit nombre de personnes atteintes de schizophrénie. Ces résultats étayent l'existence de formes génétiquement hétérogènes de la maladie et de mécanismes neurodéveloppementaux pouvant être communs à plusieurs troubles. Ils n'établissent toutefois pas l'existence d'une cause génétique unique de la schizophrénie[7].
Une autre partie de ses travaux explore l'épigénétique, c'est-à-dire les modifications de l'expression des gènes qui ne changent pas leur séquence. Dans une étude longitudinale publiée en ligne en 2016, puis dans Molecular Psychiatry en 2017, son équipe observe des différences de méthylation de l'ADN chez de jeunes patients au moment de l'apparition d'un premier épisode psychotique. Les mécanismes étudiés concernent notamment la plasticité neuronale, le stress oxydatif et les processus inflammatoires. Ces observations proposent des pistes pour comprendre la transition vers la psychose, mais nécessitent des confirmations indépendantes et ne constituent pas, en elles-mêmes, un test prédictif utilisable en pratique courante[8].
Marie-Odile Krebs s'intéresse également à l'effet des facteurs environnementaux, en particulier de l'exposition au cannabis à l'adolescence. Ses publications sur ce sujet abordent les conséquences cognitives de la consommation et les liens entre usage de cannabis, vulnérabilité individuelle et troubles psychotiques. Elles soulignent l'importance de l'âge de début, de l'intensité de l'exposition et des autres facteurs de risque, sans réduire la survenue d'une psychose à une seule cause[9].
Recherche sur les phases précoces
Une dimension centrale de son activité consiste à étudier les changements cliniques, cognitifs et biologiques précédant un premier épisode psychotique. Elle participe à des programmes de suivi de jeunes présentant des symptômes psychotiques atténués ou une dégradation de leur fonctionnement quotidien, afin de mieux comprendre les trajectoires qui mènent, ou non, à une psychose caractérisée[10].
La distinction entre un état de risque et une maladie constituée est essentielle à cette approche. Les manifestations initiales ne sont pas spécifiques de la schizophrénie, et nombre de jeunes suivis ne développent pas de trouble psychotique. Le repérage précoce vise donc autant à répondre à une souffrance et à des difficultés déjà présentes qu'à limiter le risque d'aggravation, sans présumer de l'évolution individuelle[2].
Intervention précoce et organisation des soins
Le C'JAAD et le réseau Transition
À Sainte-Anne, Marie-Odile Krebs contribue au développement du Centre d'évaluation pour les jeunes adultes et adolescents (C'JAAD), l'un des premiers dispositifs français spécialisés dans le repérage et l'accompagnement des débuts de la psychose. Il reçoit principalement des personnes de 15 à 30 ans, qu'elles présentent des signes de risque ou un premier épisode psychotique. Le suivi associe évaluation psychiatrique, interventions psychologiques, soutien aux familles, remédiation cognitive et accompagnement social. Une place importante est accordée aux coordinateurs de soins, chargés de maintenir le lien avec les patients et de faciliter leurs parcours de formation, d'emploi ou de vie quotidienne[10],[2].
Cette organisation privilégie le maintien des jeunes dans leur milieu de vie et la continuité des soins plutôt qu'une réponse limitée à la phase de crise. Elle s'inspire d'expériences internationales d'intervention précoce, tout en cherchant à les adapter au système de psychiatrie français. Une étude clinique publiée en 2018 décrit le fonctionnement du C'JAAD et les profils des personnes orientées vers cette structure ; elle constitue une évaluation descriptive du dispositif, non une démonstration à elle seule de l'efficacité de toutes ses interventions[10].
En 2006, la psychiatre lance le réseau Transition pour diffuser ces pratiques au-delà de Sainte-Anne. Le réseau favorise les échanges entre centres, la formation des professionnels et l'élaboration d'outils communs de détection et de prise en charge. Il contribue ainsi à structurer en France un champ de soins qui demeure inégalement accessible selon les territoires. Dans un reportage publié en 2025, Le Monde souligne le rôle pionnier de Marie-Odile Krebs tout en relevant, à travers ses propos et ceux d'autres professionnels, l'insuffisance de l'offre disponible face aux besoins[2],[11].
Le programme PsyCARE
Cette articulation entre recherche et soins se retrouve dans le programme national PsyCARE, dont Marie-Odile Krebs assure la coordination. Sélectionné en 2019 et engagé en janvier 2020, il constitue le premier projet consacré à la psychiatrie financé par le dispositif français de recherche hospitalo-universitaire (RHU). Doté d'environ 8,8 millions d'euros, il rassemble des équipes hospitalières, universitaires, des organismes de recherche et des partenaires technologiques[12].
PsyCARE vise à améliorer le repérage des premiers troubles psychotiques, à étudier des marqueurs biologiques et cognitifs susceptibles d'éclairer leur évolution et à évaluer des interventions personnalisées. Parmi ses axes figurent les outils numériques de suivi, l'entraînement cognitif et la coordination des soins. Il s'agit d'objectifs de recherche et d'évaluation : la mise au point de marqueurs ou d'applications ne signifie pas, à elle seule, que leur bénéfice clinique a été démontré[12],[4].
Engagement dans les politiques de santé mentale
Au-delà de ses travaux scientifiques, Marie-Odile Krebs défend une organisation des soins centrée sur les besoins des adolescents et des jeunes adultes, notamment pour réduire les retards d'accès à une prise en charge spécialisée. Elle insiste aussi sur la nécessité de combattre la stigmatisation des troubles psychiatriques et de mieux faire connaître les possibilités de soins et de rétablissement[3],[2].
En février 2026, elle remet à la ministre de la Santé Stéphanie Rist, avec la psychiatre Rachel Bocher et Angèle Malâtre-Lansac, un rapport intitulé 10 mesures d'urgence pour le repérage et l'intervention précoce en santé mentale. Élaboré à l'issue d'une mission de consultation, le texte préconise une meilleure identification des premières difficultés psychiques, le renforcement de la formation des professionnels, des parcours de soins plus lisibles et une coordination territoriale de l'offre destinée aux jeunes. Il s'agit de propositions adressées aux pouvoirs publics, distinctes des résultats de ses recherches cliniques[13].
Publications
Outre ses articles de recherche sur la génétique, l'épigénétique et la psychiatrie clinique, Marie-Odile Krebs a dirigé ou cosigné plusieurs publications de synthèse et de recommandations.
- Marie-Odile Krebs (dir.), Signes précoces des schizophrénies, Paris, Dunod, coll. « Psychothérapies », 2015 (ISBN 978-2-10-073843-4). Cet ouvrage collectif présente les signes annonciateurs, les modèles neurodéveloppementaux et les modalités de prise en charge des psychoses débutantes[14].
- Rachel Bocher, Marie-Odile Krebs et Angèle Malâtre-Lansac, 10 mesures d'urgence pour le repérage et l'intervention précoce en santé mentale, rapport remis à la ministre de la Santé le 12 février 2026, publié par le ministère chargé de la Santé, 2026[13].
Distinctions
- 2014 : prix Philippe et Maria Halphen de l'Académie des sciences, récompensant des recherches sur la physiopathologie des maladies psychiatriques[15].
- 2018 : prix Camille Woringer de la Fondation pour la recherche médicale, destiné à distinguer des recherches sur les maladies du cerveau[16].
Notes et références
- ↑ 1,0 et 1,1 « Krebs, Marie-Odile », sur Persée (consulté le )
- ↑ 2,0 2,1 2,2 2,3 et 2,4 Lilas Pepy, « En psychiatrie, une prise en charge précoce des jeunes pour éviter une pathologie chronique », sur Le Monde, (consulté le )
- ↑ 3,0 3,1 et 3,2 « Portrait de chercheur : Marie-Odile Krebs », sur Fondation pour la recherche médicale, (consulté le )
- ↑ 4,0 4,1 et 4,2 « Équipe Krebs : Physiopathologie des maladies psychiatriques, développement et vulnérabilité », sur Institut de psychiatrie et neurosciences de Paris, Inserm U1266 (consulté le )
- ↑ « L'institut : la gouvernance », sur Institut de psychiatrie (consulté le )
- ↑ « Schizophrénie à début précoce : protocole national de diagnostic et de soins », sur Haute Autorité de santé, (consulté le )
- ↑ Julie Gauthier et al., « De novo mutations in the gene encoding the synaptic scaffolding protein SHANK3 in patients ascertained for schizophrenia », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 107, no 17, 2010, p. 7863-7868 (DOI : 10.1073/pnas.0906232107).
- ↑ Oussama Kebir et al., « Methylomic changes during conversion to psychosis », Molecular Psychiatry, vol. 22, 2017, p. 512-518, publication en ligne le 26 avril 2016 (DOI : 10.1038/mp.2016.53).
- ↑ Alain Dervaux, Marie-Odile Krebs et Xavier Laqueille, « Les troubles cognitifs et psychiatriques liés à la consommation de cannabis », sur Académie nationale de médecine, (consulté le )
- ↑ 10,0 10,1 et 10,2 « The C'JAAD: a French team for early intervention in psychosis in Paris », sur PubMed, Early Intervention in Psychiatry, (consulté le )
- ↑ « Le réseau Transition », sur Santé Psy Jeunes (consulté le )
- ↑ 12,0 et 12,1 « Projets de recherche : RHU PsyCARE », sur Institut de psychiatrie (consulté le )
- ↑ 13,0 et 13,1 « 10 mesures d'urgence pour le repérage et l'intervention précoce en santé mentale », sur Ministère chargé de la Santé, (consulté le )
- ↑ « Signes précoces des schizophrénies », sur Dunod (consulté le )
- ↑ « Avec l'Académie des sciences en 2013-2014 : prix Philippe et Maria Halphen », sur Académie des sciences, (consulté le )
- ↑ « Prix de la FRM 2018 », sur Fondation pour la recherche médicale (consulté le )
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